‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 62 sur 133 · L’humanité primitive · texte numérisé non relu

L’humanité primitive

(Sénèque, Litres à Lucilius , 90.)

Que peut-on imaginer de plus heureux que les hommes de cette époque? Ils jouissaient en commun des bienfaits de la nature, qui, comme une mère, assurait à tous une protection suffisante. La terre elle-même, sans être travaillée, se montrait plug fertile et plue libérale envers çeg peuples qui

ne saccageaient jamais rien. C'était une joie de découvrir les productions spontanées de la nature, c'en était une aussi de faire part de sa découverte à autrui. Jama,is l'un n'avait trop 1 , ni l'autre trop peu, car on partageait de bon cœur. Le plus fart .n'avait pas encore porté la main sur le "plus faible; l'avare n'avait pas encore, en entassant des réserves pour lui seul, privé les autres du nécessaire. On prenait autant de soin d'autrui que de 6oi-même. Point de combats; points de mains souillées du sang des hommes: on n'avait de haine que contre les bêtes sauvages. Ces hommes, qui se mettaient à l'abH* du soleil dans un bois touffu, qu’une pauvre cabane de feuillage 2 défendait contre les rigueurs de l’hiver ou des pluies, passaient des nuits paisibles sans soupirer ; nous autres, nous nous tournons et retournons sur nos lits de pourpre, réveillés par les aiguillons douloureux des soucis; mais eux, comme ils dormaient doucement sur la dure! Ils ne couchaient point sous des lambris sculptés 3 , mais étendus en plein air, ils voyaient au-dessus d'eux passer les étoiles et jouissaient du magnifi que spectacle des nuits: le ciel tournait, entraînant sans bruit sa sphère immense. Mais vous, au moindre bruit, vous tremblez dans vos maisons 4 ; parmi vos riches peintures, au moindre craquement, vous fuyez éperdus. Ils n'avaient pas de maisons grandes comme des villes; mais ils avaient le grand air, la brise soufflant librement dans l'espace 5 , T’ombre légère d'un rocher ou d'un arbre, le cristal des fontaines; des ruisseaux que ne ! défiguraient ni les digues®, ni les tuyaux, ni aucun détour forcé, mais qui couraient à lear~guiro, des prairies dont la beauté ne devait rien à l'artifice, et dans ce décor, une cabane rustique, élevée par leurs mains inexpérimentées. C'était la maison conforme au vœu de la nature. On y habitait avec plaisir, sans la craindre, sans craindre pour elle.

Notes. — 1. Cela (ce que la nature avait produit) ne pouvait ni être en trop ni manquer à personne; cela était partagé antre gens qui étaient d’accord. — 2. Qui vivaient

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