‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 68 sur 133 · Les druides · texte numérisé non relu

Les druides

(César, De bello Gaïlico , vi, 13-14.)

Ils sont les ministres du culte 1 et président les sacrifices publics et privés ; on a recours à eux pour tout ce qui ee rapporte à la religion. Les jeunes gens viennent en grand nombre s’instruire 2 auprès d'eux. Us sont entourés d’un grand respect par les Gaulois. Ce sont eux, en effet, qui jouent le rôle d’arbitres dans la plupart des différends publics ou privés. Si une faute grave, si un meurtre a été, commis, si une contestation s’élève à propos d’un héritage ou des limites d’une propriété, ce sont eux qui tranchent la question. Si un individu ou un peuple ne «se soumet 3 pas à leur décision, ils l’excluent des sacrifices. Ils ont à leur tête un seul druide, qui exerce parmi eux l’autorité suprême. À sa mort, sa place est occupée par celui qui jouit parmi les autres de la plus grande considération. Si j

plusieurs ont des titres égaux, les druides nomment leur chef par élection. Ils se réunissent à une époque déterminée chez les Carnutes, dont le pays est considéré comme le centre de toute la Gaule, en un endroit consacré à la divinité. C’est là que de toute la Gaule viennent ceux qui ont des différends à régler et tous se soumettent à leurs ordonnances et à leurs décisions. Les druides ne vont pas d’ordinaire à la guerre et ne paient pas les impôts comme les autres Gaulois. Ces avantages si considérables leur attirent de nombreuses recrues, soit qu’on vienne à eux spontanément, soit que les jeunes gens leur soient envoyés par leurs parents ou leurs proches. Chez eux, on apprend par cœur, dit-on, une grande quantité de vers; aussi, certains vont jusqu’à rester vingt ans sous leur direction. Ce serait, selon eux, un sacrilège que de mettre cet enseignement par écrit 4 , et pourtant, pour leurs autres affaires, ils se servent couramment de caractères grecs. Le point de leur doctrine auquel ils tiennent le plus, c’est l’immortalité de l’âme: selon eux, après la mort, lame passe dans un autre corps. Ils pensent que cette conviction est le meilleur stimulant du courage, puisqu’elle fait mépriser la mort. Ils s’occupent aussi beaucoup des astres et de leurs révolutions, des dimensions de l’univers et de la terre, de la nature 5 , de la puissance matérielle et de la souveraineté morale des dieux immortels et c’est ce qu’ils enseignent aux jeunes gens.

Notes. — 1. Ils se mêlent des choses du culte; ils s’occupent des sacrifices. — 2. En vue de s’instruire (de l’instruction). — 3. Starty s’en tenir à (ablatif). — 4. Litteriê mandare , confier à l’écriture. — 5. Rerum natura t la nature.

Commentaire grammatical. — 1. Religens était primitivement synonyme de diligens, soigneux, exact, scrupuleux; de là religio, le scrupule, puis plus particulièrement le scrupule dans les rapports avec la divinité, enfin l’ensemble de ces rapports : présages, serments, rites en général. On a donc tort de tirer parfois ce mot de reltgare, relier l’homme à Dieu. Religiones désigne ici tout ce qui a rapport au culte. — 2. Magno sunt honore est un exemple d’ablatif

descriptif (Gr. $ 114 et note). — 3. Aliquis «Bt remplacé par quis (ou qui ) après si, nisi t ne num , cum (Gr. § 151). — 4. On dit interdicere alicui aliqua re , faire interdiction à qqn. de quelque chose, l’ablatif marque séparation (Gr. $ X76). — 5. Êxcellere dignitate est un exemple d’ablatif de relation « au point de vue de » (Gr. § 189, praestare ingenio). — 6. Quand l’antécédent serait une apposition à ce qui précède la règle § 146 s’applique obligatoirement; l’antécédent passe dans la relative : in finibus Carnutum , régions quae devient quae regio. — 7. Consuerunt eBt une forme syncopée pour consueverunt (Gr. § 63, 2*); il faut traduire ici par un présent (Gr. § 85, note). — 8. Sponte est l’ablatif de spons , spontis, f. « volonté libre »; ce mot, inusité au nominatif, est très usité à l’ablatif avec ou sans possessif dans le sens de spontanément. — 9. Convenire in disciplinant, se réunir en vue de l’enseignement. In avec l’accusatif ne marque pas seulement le mouvement vers un lieu, mais aussi le but en général. — 10. Ex comme préfixe marque souvent qu’on fait une chose à fond, complètement : ediscere , apprendre par cœur; ebibere , boire complètement, ex haurire , épuiser. — 11. Vicenos, vingt années (pour chacun). — 12. Fas est , il est permis par la loi divine, par la loi naturelle; jus est , il est permis par la loi, par le droit positif. — 18. *Cum utantur , bien qu’ils se servent; le subjonctif est de rigueur avec le sens concessif (Gr. § 299: cum posset dives esse). — 14. In nrimis , inprimis ou imprimé , litt.: < parmi les premières choses », signifie surtout, principalement.

Commentaire littéraire. — 1. Quand on nous parle des Druides, nous les voyons volontiers occupés à la cueillette du gui. En effet, les druides y procédaient au premier jour du mois lunaire et cette cérémonie était accompagnée de sacrifices. Les Celtes, depuis longtemps d’ailleurs, entou raient d’un culte certaines plantes. Quant à la. vieille formule « au gui l’an neuf », elle n’a probablement aucun rapport avec l’usage druidique ni même peut-être avec le mot « gui », désignant la plante de ce nom. Les druides étaient divisés en trois classes : les druides proprement dits, puis les eut âges ou ovates qui auraient été surtout des sacrificateurs et des devins, enfin les bardes spécialement adonnés & la poésie. Les bardes subsistèrent les derniers. On en trouve encore au VI® et VII® siècle en Grande-Bretagne. Ils vinrent au vi® siècle avec l’émigration bretonne dans notre Armorique. Ossian était dit-on un barde du III® siècle. — 2. Les renseignements que nous donne César semblent fournis par un homme bien informé et parfaitement impartial. Il était difficile qu’il ne fût pas parfaitement au courant de la question. Il était sans cesse en relations avec les peuplades gauloises et souvent sans doute avec les druides eux-mêmes. On a cependant contesté la possibilité de cette assemblée générale périodique des druides au pays des Camutes. Elle a paru peu vraisemblable dans un pays si

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divisé. Pourtant il est difficile de supposer que César ait avancé à la légère une chose de cette importance. — 3. Malheureusement César pique notre curiosité plus qu’il ne la satisfait. Il s’intéresse visiblement peu à la manière de vivre des druides. Gardaient-ils le célibat, comme le ferait supposer leur mode de recrutement ? Vivaient-ils isolés ou grou-

S és ? César ne rapporte de leur doctrine que l’immortalité e l’âme : c’est une croyance assez répandue chez tous les peuples. Combien d’autres questions on voudrait lui poser! — 4. Mais César est un guerrier, un administrateur : il lui suffit d’avoir mentionné l’influence sociale de la caste des druides; il lui suffit d'avoir signalé un seul point de leur doctrine dans la mesure où cette croyance explique la valeur guerrière du peuple qu’il veut soumettre. Il n'est pas homme & s’intéresser à la cueillette du gui. — 5. César est d’ailleurs fort sobre de renseignements sur les institutions gauloises. Il n’en parle qu’en passant, çà et là, sans méthode, dans la mesure où ces renseignements aident à comprendre ses opérations ou sa politique. Au fond, les Gaulois par eux-mêmes l’intéressent médiocrement s ils sont simplement pour lui une occasion de victoire et le marchepied de son ambition.

# 66. Caton en Afrique

(Lucain, Pharsale , liv. IX, v. 498-511; 594-605.)

tes corps sont trempés de sueur, les bouches desséchées par la soif: alors on aperçoit à quelque distance un peu d'eau qui filtre à, travers le sable. Un soldat recueille avec peine cette eaui dans la poussière pour la verser dans le fond arrondi 1 d'un casque; puis il le tend à son général. Tous avaient la gorge chargée de poussière, et ce peu d'eau, même dans les mains de Caton, excitait l'envie de tous. « Eh quoil dit-il, mauvais soldat, tu crois donc que je suis le seul dans cette armée à manquer d'endurance? T'ai-je paru faible à ce point et peui capable de supporter les premières chaleurs? Tu mérites plus que moi que l'on t'inflige cette honte, toi qui boirais 2 pendant qu'un peuple entier souffre de la soif. » Et dans cet élan d’indignation, il renverse le casque... Si la gloire est réservée aux vrais hommes de bien, si l'on apprécie le mérite en lui-même, «ai» tenir compte du succès, tout

ce que nous vantons dans n’importe lequel de nos anciens, ne fut qu'un bienfait de la fortune. Qui jamais par ses victoires, ou par le sang qu'ont répandu ses armes, a mérité un si grand nom? Pour moi, j’aimerais mieux avoir fait cette marche triomphante autour des Syrtes, à travers les régions les plus lointaines de la Lybie, que de monter trois fois au capitole sur le char de Pompée ou de briser la résistance de Jugurtha 3 . Le voilà, ô Borne, le vrai père de la patrie, le héros digne de tes autels, celui par qui, dans aucun temps, tu n'auras honte 4 de jurer; celui dont un jour, si jamais ta tête se relève libre du joug, tu feras sans doute un dieu !

Notes. — 1. Dans le cercle creux. — 2. On entend aussi : digne de cette honte, (à savoir) de boire ( dignior qui , Gr. § 125). — 3. Le sens de frangere colla est sans doute figuré, car Jugurtha ne fut ni étranglé, ni décapité, il mourut de faim dans sa prison. H s’agit ici de Marius, vainqueur de Jugurtha. — 4. A côté de pudebit on peut sous-entendre te ou nos , mais le sujet logique peut être aussi indéterminé : personne n’aura honte.

Commentaire grammatical. — 1. M aligna unda, ablatif descriptif : un peu d’eau ( varva unda) au cours avare (peu abondant), pour dire un filet d’eau (Gr. § 114). — 2. On emploie le génitif avec les adverbes de quantité, seulement quand il s’agit de choses qui ne se comptent pas et ne peuvent se dire grandes ou petites (Gr. § 91, 3® cas). C’est donc par hardiesse poétique que Lucain a dit plus haut parva unda pour paulum undae. — 3. Mene — me (accus, de ego ) et ne interrogatif. — 4. Quanto au lieu de quantum, à cause du comparatif : c’est l’ablatif de différence (Gr. § 91, 2* et § 137). — 5. Successu remoto est un ablatif absolu; les éléments de l’ablatif absolu peuvent être ainsi séparés, surtout en poésie. — 6. Extrema ( loca ) Libyae; cet emploi du neutre pluriel désignant le lieu et accompagné d’un génitif est très fréquent sous l’Empire. — 7. Maluerim est employé comme affirmaverim (Gr. § 220). Ce subjonctif parfait affaiblit l’affirmation. — 8. Capitolia n’a pas d’autre sens ici que Capitolium. Le pluriel est souvent employé en poésie au lieu du singulier. — 9. Cervice soluta pourrait être expliqué comme ablatif descriptif (Gr. § 114) ; il est plus simple d’y voir un ablatif absolu : ton cou étant (devenu) libre (du joug). -— 10. Factura es : tu es sur le point de faire, tu es dans l’intention de faire; tu es destinée à faire. — 11. Cor ripi | eus gale | ae con | vex (um) in | fudit in | orbem. On remarquera l’élision de la syllabe terminée par m (Qv. S 371). ‘ ‘ r

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