‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 69 sur 133 · LIVRE BU MAIÎBB · texte numérisé non relu

LIVRE BU MAIÎBB

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Commbntairb LITTÉRAIRE. — 1. Ce trait est certainement admirable. Il symbolise la conduite que Lucain prête à Caton dans sa campagne d’Afrique : il donnait à ses soldats l’exemple de l’endurance, allant à pied à la tête de ses troupes, portant lui-même ses armes; quand on découvrait une source, il attendait debout que le dernier valet d’armée eût bu pour boire lui-même: stat, dum lixa bibat . On peut trouver cependant que Lucain prête à Caton un emportement inutile : le soldat qui lui offrait à boire obéissait à une louable intention et ne méritait pas d’être « rabroué » de cette façon. Certains traducteurs laissent même de côté degener miles , sans doute dans la pensée que ces mots gâtent un peu l’impression. Dans l’ensemble de l’attitude de Caton on voudrait plus de calme simplicité. Quinte-Curce, qui prête à Alexandre un trait analogue, lui donne un autre caractère : le roi refuse de boire seul, mais il rend le casque (VII, v, 9). — 2. La seconde partie du morceau est toute lyrique : « Ces brusques échappées, complètement absentes de l’œuvre paisible d’Homère, sont encore très rares dans le poème si discret de Virgile; fréquentes chez Lucain, tout en dérangeant un peu 1 ordonnance du récit, elles donnent à la poésie un accent plus pathétique. Il semble que l’écrivain soit trop puissamment ému par ce qu’il a sous les yeux. Pour quelques-unes de ces apostrophes qui sont factices, il y en a beaucoup de fort éloquentes (Pichon) ». — 3. Lucain, qui, dans les trois premiers livres (les seuls publiés de son vivant), flatte Néron, change ensuite d’attitude à l’égard du régime impérial. « Il entre dans son attitude beaucoup d’exaltation cérébrale, beaucoup de dépit... beaucoup de souvenirs de l’école des rhéteurs (Berthaut Litt. lat. p. 356). Nous le voyons ici s’élever contre le titre de « père de la patrie » donné si fréquemment aux empereurs, contre leur apothéose indigne, contre le joug qu’ils font peser sur Eome. — 4. Lucain est très emphatique. L’éloquence le conduit aisément à l’enflure et la concision à l’obscurité : s’il parle de chaleur et de soif, c’est avec les traits les plus forts; s’il s’agit d’adresser un reproche, comme ici, ce reproche tourne à l’injure la plus violente; s’il faut louer Caton, Caton écrase tous les grands hommes de l’histoire. Néanmoins, même en faisant la part de ce qu’il peut y avoir d’artificiel dans cette perpétuelle exaltation, il faut reconnaître « que dans toute son œuvre, circule un souffle d’inspiration patriotique et stoïcienne, qui lui donne une grandeur et un éclat incontestables (Waltz) ». — 6. Corneille a beaucoup aimé Lucain. Il disait que ce qui lui avait causé une ae ses jouissances les plus pures, c’était le prix obtenu par lui en rhétorique chez les Jésuites de Rouen pour avoir traduit en vers une page de la Pharsale . Plus tard, dans une lettre il l’appelle « mon bon ami Lucain ». Il passait près de ses contemporaine pour le préférer à Virgile. Sa tragédie de Pompée est empruntée à la Pharsale. Il n’est pas difficile de saisir l’analogie de ces deux génies, tous deux épris de sublime et de

grandeur surhumaine. Si Lncain tombe pins facilement qné Corneille dans l'emphase, il faut l’en excuser en se rappelant qu'il est mort à 26 ans et que son œuvre est inachevée.

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