Le sentiment religieux à Rome
(Tite-Live, V, 51, 52.)
Même si les institutions religieuses n'avaient pas été établies chez nous dès l'origine de notre ville et ne nous avaient pas été transmises sans interruption 1 , la divinité, dans ces derniers temps, est intervenue si visiblement dans les affaires romaines, qu’il me semble que les hommes n'oseront plus désormais négliger 3 le culte des dieux. Examines
LÎVfcÈ dü Maitrè
©il effet les succès et les revers de ces dernières années. Vous constaterez que les succès accompagnèrent 3 notre soumission aux ordres des dieux, les revers suivirent la désobéissance. Voyez d'abord 4 la guerre contre Véies (combien longue, combien pénible!): elle ne se termina qu 'après que, sur l'ordre des dieux, nous eûmes dérivé les eaux du lac d'Albe. Eh quoi? et cette dernière invasion qui s'est abattue sur notre ville? n'a-t-elle pas commencé après que nous eûmes dédaigné 5 l'avertissement du ciel concernant l'arrivée des Gaulois? après que nos ambassadeurs eurent violé le droit des gens? Aussi, battus, pris, rachetés à prix d'or, nous avons été si durement punis par les dieux et les hommes que nous pouvons servir d’exemple à l'univers. Ces malheurs nous ont ramenés à la piété. Nous nous sommes réfugiés auprès des dieux du Capitole, dans le séjour même du très bon et très grand Jupiter. Dans cette dévastation complète de nos biens, nous avons caché les objets sscrés du culte en les enfouissant ou bien nous les avons soustraits aux regards de l'ennemi en les envoyant dans des villes voisines. Abandonnés des dieux et de*> hommes, nous n'avons pas interrompu le culîe des dieux. Aussi nous ont-ils rendu notre patrie, la victoire, notre ancien prestige militaire que nous avions perdu, tandis qu'ils ont semé la terreur, la fuite et la mort dans les rangs de nos ennemis, qui, aveuglés par la cupidité, avaient, en pesant l'or, violé le traité et trahi la foi jurée 8 . Notre ville a été fondée avec la garantie des auspices et des augures; chaque endroit y est plein des dieux et de leur culte. Pour les sacrifices solennels, les endroits 7 , où ils doivent se faire sont aussi rigoureusement fixés que les jours où on doit les célébrer.
Notes. — 1. Per manus , de main en main. — 2. Je pense toute négligence être ôtée aux hommes. — 3. Vous trouverez tout être arrivé heureusement. — 4. Comme première chose entre toutes, la guerre de Véies (faite pendant combien d’années, avec quelles grandes fatigues !) ne prit pas fin avant que. — 5. Spreta (est). — 6. Ils ont tourné contre (sur) les ennemis qui, aveuglés par la cupidité, avaient manqué au
traité et à la parole donnée. — 7. Les jours ne sont psi plus (strictement) fixés que ne le sont les lieux.
Commentaire grammatical. — 1. Les verbes qui signifient « enlever, arracher > sont souvent construits avec le datif d’intérêt (Gr. § 173) : exemptant hominibus ; ôtée aux hommes.