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LE "VERTIGE

varient dans chacun des canaux verticaux selon que l'inclinaison est sagittale ou transversale.

Si nous nous déplaçons angulairement dans le plan horizontal, le frottement apparaît dans nos canaux horizontaux, positif dans l'un, négatif dans l'autre.

Les inclinaisons dans des plans intermédiaires donnent lieu à des décompositions dans la sollicitation de l'inertie du contenu par le déplacement du contenant, et les analyses des nerfs ampullaires fournissent des valeurs composées. Les nerfs ampullaires nous donnent donc des sensations de mouvement, comme l'a dit Breuer, d'accélération^ comme l'ont reconnu Breuer et Crum-Brown.

En dehors des mouvements angulaires facilement perçus grâce à la disposition circulaire des canaux, les mouvements de translation seront appréciés par le reflux de la totalité du contenu endolymphatique dans le sens opposé à celui de la direction imposée au corps. Dans ces mouvements, les courants ampullaires ne se composent sans doute pas comme dans les inclinaisons angulaires, qui intéressent oujours un canal plus fortement que les autres. De plus ce recul est très limité par la tonicité du frénateur tympanique interne ou muscle de l'étrier, qui maintient la masse endolymphatique dans un équilibre de pression indispensable au fonctionnement du vestibule et du limaçon. Aussi les sensations de translation sont-elles moins familières, à l'oreille, et quand elles prennent une certaine intensité, elles engendrent facilement une réaction vertigineuse.

Enfin, la pesanteur n'est pas sans action sur l'appareil vestibulaire endolymphatique. Tout d'abord les articles solides et membraneux de l'oreille moyenne pèsent, et la direction de leur pesanteur se traduit par une certaine présentation de la base de l'étrier, laquelle présentation varie avec l'attitude la tête, avec la direction de la pesanteur par rapport aux parties suspendues de l'oreille moyenne. Il en résulte que les ébranlements parviennent à l'oreille interne selon une direction qui varie avec l'attitude de l'oreille et de la tête (v. plus loin, Orientation objective, dans Vertige labyrinthique, page 90). C'est une source directe d'équilibration.

LE SENS DE L'ESPACE

Chacun a pu observer sur soi-même le petit phénomène suivant. Au moment de l'invasion du sommeil, quand la résolution s'empare des muscles tympano-moteurs, si la sensibilité veille encore quelque peu, nous percevons une sensation de chute ou de transport qui détermine en nous soit une sorte de cri sourd et étouffé, un « h euh ! » soit un sursaut de réaction avec un réveil momentané. Le phénomène vertigineux est sans doute attribuable à la chute des parties solides suspendues de l'oreille moyenne, qu'abandonne non la tonicité, mais l'activité réflexe de leurs muscles suspenseurs et frénateurs, et dont l'affaissement fait aussitôt varier la présentation de l'étrier dans la fenêtre ovale.

Le récipient endolymphatique membraneux est suspendu d'une façon très étroite dans les canaux semi-circulaires osseux, mais l'utricule est libre dans la cavité vestibulaire sur la presque totalité de sa surface, et si faible que soit le poids de sa membrane, la forme de l'utricule varie avec la direction de la pesanteur. Les variations de forme de l'utricule se traduisent par une circulation de son contenu, à laquelle prennent respectivement part les canaux et leurs ampoules.

La pesanteur sollicite, d'autre part, l'inertie des liquides, et leur chute incessante est différemment perçue par les terminaisons nerveuses saupoudrées d'otolithes. Peut-être devons-nous accepter aussi en partie l'hypothèse de Goltz sur la distension des ampoules.

Nous voyons donc que l'oreille vestibulaire est, pour plusieurs raisons, sensible aux déplacements et aux changements d'attitude de la tête, et, sans aller plus loin, nous comprenons pourquoi et comment cet organe est une source si abondante de perceptions subjectives indispensables à V équilibration. Goltz, le premier, en a fait l'organe des sensations d'équilibre. Cette définition est trop étroite, puisque le labyrinthe nous donne des illusions vertigineuses de chute en profondeur ou de mouvements de translation, de manège, dans lesquelles l'équilibre n'est aucunement troublé. Nous comprenons aussi comment Flourens y a vu un organe de modération des mouve-

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me'nts, puisque, ainsi que nous le verrons, les mouvements se coordonnent par le cervelet sur les rapports centripètes que lui fournit le nerf labyrinthique, et que les mouvements voulus, en particulier, ne sont appropriés que par les images d'attitude et d'espace fournies par le nerf vestibulaire et d'autres avec lui. L'appropriation d'un mouvement nécessite l'action commune de forces directrices et modératrices nées dïmages d'attitudes. Nous admettons avec Breuer que le labyrinthe est l'organe des sensations de mouvement, puisqu'il perçoit les attitudes de la tète, et par celles-ci certaines altitudes du corps entier, et que les mouvements sont, perçus comme variations d'attitude. C'est également un organe périphérique du sens de l'espace, car aucun mouvement, aucune attitude, aucun équilibre ne se définit sans image d'espace. Nous aurons à examiner, d'ailleurs, à nouveau, l'hypothèse de de Cyon à propos de l'orientation objective auriculaire. C'est aussi un organe sensitivo-moteur, comme l'a dit Laborde, mais tous les appareils périphériques de la sensibilité présentent ce même caractère d'être la source de réflexes. Mais, au moins, dans son rôle d'organe de l'orientation subjective directe, il n'a aucun rapport avec l'ouïe, dont il précède de bien loin l'apparition dans la série animale; l'ouïe doit être considérée, au contraire, de par la physiologie comparée, comme une annexe des fonctions seisesthésiques qui se retrouvent dans toutes les espèces animales, même les plus primitives. Quant au rôle que Delage attribue à cet appareil vis-à-vis des mouvements des globes oculaires, il s'explique aisément par les rapports très nets du noyau interne du nerf labyrinthique avec les noyaux oculomoteurs par l'intermédiaire de l'olive supérieure, et qui rendent compte de l'association fréquente des phénomènes vertigineux aux troubles oculomoteurs et inversement. Enfin l'idée de rattacher chacun des trois canaux à un centre distinct, cerveau, cervelet, bulbe, comme le fait Gellé, nous semble perdre beaucoup de la valeur que cet auteur s'est plu à lui accorder, par cette observation que tous les appareils sensoriels sont simultanément en rapport avec des centres bulbo-médullaires, cérébelleux et cérébraux, et qu'ils n'of-

LE SENS DE L'ESPACE

frent pas pour cela la même subdivision périphérique. L'anatomie et la physiologie comparées, ainsi que les lois de la physique, font aisément abandonner un grand nombre d'autres hypothèses auxquelles nous ne nous arrêterons pas davantage.

En résumé, l'appareil de l'utricule et des canaux nous fournit des notions directes sur V attitude et les mouvements, c'est-à-dire les variations d'attitude, du segment céphalique dans V espace. Ces perceptions prennent la forme d'images que ne définit aucun caractère objectif, aucune signification sensorielle. Nous sentons notre attitude, mais cette sensation ne ressemble nullement à celles que procurent les autres organes sensoriels de la vue, de l'ouïe, du toucher. C'est une perception interne formée d'une analyse de mouvement, c'est-à-dire d'attitude, c'est-à-dire de localisation dans l'espace, mais cet espace lui-même n'est pas objectivement défini.

Les autres segments de notre corps nous révèlent également leurs attitudes par des notions fournies grâce à une sorte de taciilité interne, qui localise et définit la situation de nos leviers osseux les uns par rapport aux autres, et par rapport à l'action de la pesanteur, et aussi grâce à la sensibilité cutanée; mais les images vestibulaires sont de beaucoup les plus précises et les plus importantes, et offrent ce caractère d'être exclusivement subjectives.

Toutes ces images d'attitudes segmentaires et de mouvements jouent un rôle prépondérant et directeur dans toutes les formes de la motricité et principalement dans le mécanisme initial de l'équilibration (v. p. 55).

Ajoutons que nos viscères, dont la situation nous est inconnue à l'état normal, se localisent très nettement quand ils deviennent le siège d'un trouble douloureux. Nous localisons alors nos viscères comme nos leviers osseux segmentaires. Toute douleur nous permet de localiser l'organe qui souffre, il y a donc un sens de l'espace qui double les opérations de la sensibilité interne. C'est un tact mal connu, mais indéniable, et dont les opérations jouent un rôle important dans l'équilibration et tiennent la première place dans le vertige marin.

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2° Orientation subjective indirecte. — Nous appellerons orientation subjective indirecte celle que nous réalisons par le renversement des opérations de l'orientation objective. Celle-ci nous définit l'espace par rapport à nous, son renversement définit notre propre position dans l'espace objectivement révélé. La définition du non-moi est celle du moi. Ces opérations purement sensorielles formeraient donc autant d'orientations subjectives qu'il y a d'appareils sensoriels, mais la superposition des analyses à l'état normal nous permet de percevoir à la fois l'identité de l'espace qui nous entoure et se manifeste de diverses façons, et notre propre identité faite de la synthèse de nos réactions sensorielles d'orientation, toutes superposables et réductibles. Notre identité psychique est liée à la cohésion de toutes nos orientations subjectives.

Cette double opération définit donc la subjectivité par l'objectivité, et l'identité de l'une comme celle de l'autre résulte de la réductibilité de nos facultés d'orientation en images superposables.

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