VIII. Vertiges pneumogastriques
Ce vertige est le plus fréquent des vertiges d'origine labyrinthique après celui du nerf labyrinthique. L'énorme domaine du pneumogastrique nous explique sa multiplicité d'action et de réaction et ses nombreuses susceptibilités aux incitations vertigineuses. Son noyau, qui fait suite au noyau du glossopharyngien, est sans doute comme lui en rapport de continuité et de contiguïté avec le noyau interne du nerf vestibulaire, le centre le plus fréquent de la réaction vertigineuse; et il s'agit ici, comme pour le vertige associé à la nausée, d'un vertige d'irradiation, suscité par
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une excitation anormale ou excessive des noyaux pneumogastriques dont l'irritation éveille un trouble plus ou moins intense des centres vestibulaires de l'orientation subjective directe.
On peut attribuer à la sensibilité du pneumogastrique certains cas de vertige guttural et aussi le vertige provoqué par certaines irritations du conduit auriculaire.
Nous ne nous arrêterons que sur les plus connus et les plus fréquents des vertiges pneumogastriques.
3. ¥ertige laryngé. — Nous renverrons, pour l'étude de cette question au travail du docteur Luc sur les JSévropathies laryngées (p. 70). Les cas de vertige provoqué par de violents accès de toux, comme ceux de Gasquet et dt; quelques auteurs, peuvent sans doule être considérés comme des vertiges provoqués par irradiation bulbaire des noyaux pneumogastriques de la toux aux noyaux vestibulaires du nerf labyrinthique, mais ne le peuvent-ils aussi par la congestion et la commotion céplialique oculaire et labyrinthique? Les ecchymoses qui peuvent succéder aux toux d'une certaine violence montrent de quelle force est la poussée sanguine dans les vaisseaux de la tête. Ce qui se fait sous la conjonctive peut se faire dans la rétine, dans le labyrinthe, à la surface corticale; la pression sanguine subitement accrue sans retour possible momentanément, ne peut-elle expliquer l'éblouissement, les brouillards, les « mouches volantes » qui accompagnent la toux, l'éternûment? Ne peut -elle être cause de l'étourdissement, de l'incohérence locomotrice, de la titubation, des convulsions, comme du vertige, du bourdonnement et de la surdité qui peuvent s'y associer de la part du labyrinthe? Enfin, la poussée aérienne qui traverse quelquefois si facilement la trompe chez certains sujets et vient battre les tympans, ne peut-elle se produire dans un accès de toux surprenant les orifices tubaires en les forçant, et produire aussi le vertige ainsi qu'une douche de Politzer?
Nous savons combien le tabès, la goutte sont favorables aux troubles labyrinthiques, surtout quand il y a lésion ou faiblesse rénale etquela sclérose membraneuse de l'oreille,
VERTIGE LARYNGÉ.
indépendamment des troubles moteurs ou neurovasculaires de la région, s'opposent à la compensation labyrinthique. Le visage dans presque tous les cas observés, est fortement congestionné; l'ictus laryngé n'est-il parfois un ictus labyrinthique? Il est bien délicat d'affirmer qu'un vertige est véritablement laryngé. Cependant, quand il existe des troubles sensoriels de la région laryngée, et que la toux est trop légère pour que l'on puisse songer à une commotion apoplectiforme des organes céphaliques, quand l'accès de vertige accompagne et même précède la toux, et n'est suivi ou précédé que d'une sensation toute particulière de chatouillement bien localisé dans la région glotto-épiglottique, on peut avec vraisemblance considérer le pneumogastrique comme la voie centripète de l'irritation dont l'irradiation aux noyaux vestibulaires va produire le vertige. Nous avons vu un cas très net de vertige laryngé chez un malade atteint d'œdème brightique de la glotte, et chez lequel le moindre attouchement de l'espace interaryténoïdien antérieur provoquait un court accès de vertige. Un autre malade, goutteux, à la luette très procidente, avait depuis quelques jours une sensation de chatouillement très irritant quand, la bouche fermée, la luette rouge, gonflée et trop basse, descendait sur l'épiglotte; il fut atteint d'un premier accès de vertige laryngé, presque sans toux, quelques jours après avoir vu ses enfants, atteints alors de coqueluche. Un autre malade brightique avait de l'œdème localisé à la luette, et de fréquents accès de vertige, précédés du même chatouillement et d'efforts involontaires pour avaler sa luette. Tout disparut après quelques scarifications et la cure lactée.
La coqueluche peut donner le vertige laryngé.
Ce vertige, comme le vertige glossopharyngien et les autres vertiges pneumogastriques et viscéraux, étant un vertige d'irradiation, on comprend comment le bromure de potassium pourra diminuer la propagation intrabulbaire de l'irritation, et la susceptibilité aux réactions vertigineuses. En cas d'irritation locale, traitement local. Quant à l'aura bulbaire qui accompagne parfois le vertige, elle ne nous semble nullement imputable à l'épilepsie ; presque tous
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les malades, et surtout les brightiques, qui ont le vertige consécutif à des palpitations ou aune irritation pneumogastrique quelconque, présententune aura bulbaire intéressant l'estomac, l'œsophage, le larynx, puis une nausée, et le vertige éclate associé à des troubles vaso-moteurs et sécréteurs dont le mécanisme s'explique par la propagation aux centres étagés dans le bulbe.
4. Vertige cardiaque. — De même que pour le vertige laryngé, nous ne considérons comme vertige cardiaque que le vertige dû à une irritation des noyaux bulbaires du pneumogastrique et irradié aux noyaux vestibulaires. Les troubles cardiaques de toute nature, surtout quand il y a insuffisance rénale, ont un retentissement sur la circulation de l'encéphale et du labyrinthe, et il ne s'agit pas dans ce cas de vertige pneumogastrique. Nous réserverons le nom de vertige cardiaque au vertige de l'angine de poitrine presque exclusivement, car il n'est pas d'autre trouble cardiaque où l'on ne puisse incriminer soit une irritation bulbaire, soit des troubles circulaires du côté de l'encéphale ou du labyrinthe. Les palpitations se trouvent fréquemment associées au vertige, c'est alors le syndrome bulbaire.
5. Vertige stomacal. — De la Mettrie (cité par Weill) raconte que pour les anciens, sur deux vertiges il y en avait un qui venait de quelque dérangement de l'estomac. On peut ajouter que sur deux vertiges dus à des troubles gastriques, il y en a un qui doit être regardé comme un vertige ab aure lœsa. Si l'on examine avec soin des malades présentant, d'après des diagnostics antérieurement portés, du vertige gastrique, on peut constater le plus souvent ou bien que le trouble stomacal a retenti sur la circulation encéphalique et labyrinthique, ou encore que troubles gastriques et troubles labyrinthiques sont deux symptômes de maladie de Bright, que beaucoup d'autres symptômes viennent attester dès qu'on en fait l'appel. Trousseau caractérise le vertige gastrique par un sentiment de vide dans la tête ou de constriction céphalique (Weill). Il s'agit de vertige