‹ Vertu et temperamentChapitre 11 sur 18 · METAMORPHOSES. 2 2Q · texte numérisé non relu

METAMORPHOSES. 2 2Q

tes-moi le plaisir de prêcher cela au prône; c'est inconstitutionnel , mais c'est égal, vous m'en direz des nouvelles, de plus, j'ai l'honneur de quêter pour le compte du trappiste.

— Frère , la communauté n'est pas riche , répliqua en français le plus barbu des quatre; nous prierons pour le succès des armes du prince très-chrétien , et ferons le meilleur usage possible de ses proclamations; c'est une guerre sainte que Dieu protège. Vive le roi absolu, et mort aux libéraux. Périsse la constitution !

Après ce cri absolutiste qui fut répété en chœur par les autres moines , ils éperonnèrent leurs mulets sans avoir jeté un maravédis dans le chapeau que leur tendait le quêteur en échange de ses paperasses ; celui-ci les regarda s'éloigner avec colère et mépris ; il les coucha enjoué pour leur faire peur; mais l'approche d'une troupe de cavaliers le rendit plus circonspect et reporta son attention de l'autre côté de la route où défilaient des transports de toute espèce sous l'escorte de quarante soldats du train ; le distributeur de proclamations hésita un moment s'il rega-

23o VERTU ET TEMPÉRAMENT.

gnerait son poste, examina encore les uniformes qu'il avait reconnus du premier coup d'ceil, et se décida silencieusement à prendre en main un nouveau paquet d'imprimés plus volumineux avec lesquels il alla au devant du convoi.

— ■ Il n'y a rien à frire avec ces moineaux en capuchon, grondait-il entre ses dents; mais tout de même çà fera un diable d'effet si l'altesse trouve sur son passage la besogne faite; il est généreux, cet excellent prince, comme s'il avait le Pérou dans sa culotte. voyons maintenant ce qu'on peut chauffer pour ces pauvres hommes libres qui me font de la peine sur leurs monts pyrénées ; TT. Chappuis n'entend pas mal la rédaction , mais il ne bat guère monnaie au nom de Napoléon II.

Les soldats de l'escorte apercevant un espagnol qui les attendait de pied ferme , crurent que le terrible Mina venait les attaquer et s'apprêtèrent à la défense ; mais la contenance amicale et tranquille de l'étranger , qu'ils avaient pris d'abord pour un guérillero , dissipa leurs appréhensions justifiées par la ter-

MÉTAMORPHOSES. a3l

reur qui s'attachait aux exploits merveilleux de Mina l'invincible. Cet homme leur présenta plusieurs liasses d'une proclamation et d'un manifeste portant l'aigle impérial en frontispice, humides encore de la presse; les soldats présumèrent que c'était l'ordre du jour du général en chef; mais le brigadier, vieux troupier à moustaches grises, distingua tout d'abord l'aigle des fleurs de lis, et ne parcourut pas les premières lignes de ces imprimés sans fixer son œil scrutateur sur le quidam qui l'abordait de la sorte.

— Diable ! qu'est-ce que vous me direz de ça , camarades ? s'écria effrontément celui-ci qui observait l'effet de sa distribution ; voilà pourtant les fruits que produisent les arbres de ce pays : j'ai trouvé ces paperasses au bord du chemin , dans le creux d'un noyer et j'en ai pris lecture comme je vous y invite; cà m'a paru drôle, quoique un peu inconstitutionel; mais il y a du bon, et Napoléon II peut se vanter d'avoir un conseil de régence qui enfonce la charte; ce sont des hommes libres, voyez-vous, et c'est tout dire ; ils ont des magasins de drapeaux et de cocardes tricolores,

suffit; je vous recommande ce passage de l'adresse qui m'a fait battre quelque chose là dedans. « Braves de toutes armes de l'armée française, qui conservez encore dans votre sein l'étincelle du feu sacré ! c'est à vous que nous faisons un généreux appel; embrassez avec nous la cause majestueuse des peuples contre celle d'une poignée d'oppresseurs : la patrie, l'honneur, votre propre intérêt le commandent. Venez , vous trouverez dans nos rangs tout ce qui constitue la force, et des compatriotes , des compagnons d'armes qui jurent de défendre jusqu'à la dernière goutte de leur sang leurs droits , la liberté , l'indépendance nationale. Vive la liberté! vive Napoléon II! vivent les braves! » Enlevezmoi çà !

— Vive Napoléon ! répétèrent par un souvenir d'habitude ceux qui avaient servi sous l'empereur ; mais la crainte du conseil de guerre glaça ce mouvement électrique.

— Deux mots en douceur, mon brave, dit le brigadier qui arrêta du geste l'enthousiasme des soldats et poussa son cheval vers le faux Espagnol, qui se tint sur la défensive;— n'aie

Page 1