MÉTAMORPHOSES. I^J
il retint le bras de son ami avec inquiétude et songea d'abord à la fuite.
— Diable ! Lamoureux , dit-il à demi-voix en caressant la bandoulière de son espingole, dans quel guêpier nous as-tu menés? C'est le camp des Français; faisons demi-tour à gauche.
— Imbécile! reprit Lamoureux qui fit signe au caporal de l'attendre; n'es-tu pas sous ma sauve-garde ? Reste là avec mon cheval , pendant que j'irai parler au chef du poste qui te laissera passer avec deux mots d'explication ; je t'habille en fournisseur, sauf ton respect.
Bias n'eut rien à objecter à cette formalité de la consigne militaire, malgré le sourire faux qui erra sur les lèvres de Lamoureux ; ce dernier avait joint le caporal de service.
— Caporal, lui dit-il après avoir montré sa commission, il y a là-bas un espion des réfugiés français et napolitains que je vous prie d'arrêter; c'est un malfaiteur condamné en France aux travaux forcés à perpétuité ; vous trouverez sur lui les preuves de ses rapports avec l'ennemi : vous le conduirez au capitaine du conseil de guerre.
Lamoureux franchit l'enceinte du camp, et se retourna pour assister à l'arrestation de Bias , qui , se voyant cerné et sommé de rendre les armes, comprit la trahison dont il était victime , et dans sa rage oublia que le cheval pouvait favoriser son évasion ; il eut l'idée de se venger, et ajusta son dénonciateur qui n'évita les balles qu'en se blotissant dans un fossé ; il se releva en ricanant, et vit la résistance désespérée de l'espion qui le montrait du doigt et criait de toutes ses forces :
— Mes braves ! c'est inconstitutionnel d'arrêter un agent du prince généralissime! arrêtez plutôt ce monstre qui s'enfuit; c'est Lamoureux, ex- voleur, ex-forçat et fournisseur !