‹ Vertus et doctrine spirituelle de Saint Vincent de PaulChapitre 10 sur 61 · AMOUR POUR DIEU · texte numérisé non relu

AMOUR POUR DIEU

pourrions dire. » Aussi, quand après l'avoir entendu on sortait de l'assemblée, chacun disait aux Missionnaires : «Oh! que vous êtes heureux, de voir et d'entendre tous les jours un homme si rempli de l'amour de Dieu ! » Gel amour se manifestait enlin par la droiture et la pureté a intentions, qui tendaient uniquement et incessamment à la gloire de Dieu, dans les plus petites comme dans les plus grandes choses.

C'était précisément par cette pureté d'intention qu'il engageait ses disciples à se former à l'amour de Dieu. «Dieu, leur disait-il, ne regarde pas tant l'extérieur de nos actions que le degré d'amour et de pureté d'intention dans lequel nous les faisons. Les petites actions faites pour plaire à Dieu ne sont pas si sujettes à la vaine gloire que les autres actions plus éclatantes, qui bien souvent s'en vont en fumée. Si nous voulons plaire à Dieu dans toutes nos actions, il faut nous habituer à lui plaire dans les petites».

Par là on peut juger de son horreur pour toute action faite par respect humain. L'un de ses Missionnaires de Rome avait eu la pensée de commencer les missions par les terres des cardinaux, pour se rendre ceux-ci favorables. « 0 Jésus 1 Monsieur, lui répondit Vincent à qui il l'avait communiquée, Dieu nous garde de faire jamais aucune chose par des vues si basses! Sa divine bonté demande de nous que nous ne fassions jamais du bien en aucun lieu pour nous rendre considérables, mais que nous la regardions toujours directement, immédiatement et sans milieu en toutes nos actions. Cela me donne occasion de vous demander deux choses, prosterné en esprit à vos pieds, et pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ : la première, que vous fuyiez, autant qu'il vous sera possible, de paraître; et la seconde, que vous ne lassiez jamais rien par respect humain. Selon cela, il est juste en toute manière que vous honoriez pour quelque temps la vie cachée de

Notre- Seigneur; il y a quelque trésor renfermé là -dedans, puisque le Fils de Dieu a demeuré trente ans sur la terre comme un pauvre artisan, avant que de se manifester. Il bénit aussi toujours beaucoup mieux Jes commencements humbles, que ceux qui ont de l'éclat. — Vous me direz peut-être : Quel j sentiment aura de nous cette cour, et que dira-t-on de nous à ; Paris? — Laissez, Monsieur, penser et dire tout ce qu'on voujdra, et assurez -vous que les maximes de Jésus-Christ et les ; ' exemples de sa vie ne portent point à faux ; qu'elles donnent leur fruit en leur temps; que ce qui ne leur est pas conforme est vain , et que tout réussit mal à celui qui agit dans les maximes contraires. Telle est ma foi, et telle est mon expérience. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez cela pour infaillible, et vous cachez très-bien. »

« Il vaudrait mieux, disait-il encore, être jeté pieds et mains liés parmi des charbons ardents, que de faire une action pour plaire aux hommes. » Ensuite, pour mieux montrer l'injustice et la folie de ceux qui agissent par des vues basses et humaines, il mit en opposition les perfections du créateur et les misères des créatures, et il ajouta : «Honorons toujours les perfections de Dieu; prenons pour but de tout ce que nous avons a faire celles qui sont les plus opposées à nos imperfections , comme sa douceur et sa clémence , directement opposées à notre colère; sa science, si contraire à notre aveuglement ; sa grandeur et sa majesté infinie , si fort élevées au dessus de notre bassesse et vileté; son infinie bonté, toujours opposée à notre malice. Étudions-nous de faire nos actions pour honorer et glorifier cette perfection de Dieu, qui est directement contraire à nos défauts. » De cette direction et application de nos œuvres venait , suivant lui, tout leur prix et toute leur valeur : « Car, disait-il, les habits ne sont pas ordinairement tant estimés pour l'étoffe dont ils sont faits, que pour les passements d'or et enrichissements de broderies, perles et pierres précieuses, dont ils sont ornés : de même, il ne faut pas se contenter défaire de bonnes œuvres, mais il les faut enrichir et relever par le mérite dune très-noble et très-sainte intention, les faisant uniquement pour plaire à Dieu et pour le glorifier. » Il concluait par le grand mot de l'Evangile' : « Cherchez pre-

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