‹ Vertus et doctrine spirituelle de Saint Vincent de PaulChapitre 9 sur 61 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

AMOUli FOUR DIEU.

L'amour est tout intérieur, et l'œil seul de Celui qui pénètre au fond des cœurs en connaît bien l'ardeur et la flamme. Toutefois, de ce foyer intime, comme d'une fournaise souterraine, s'élancent des étincelles qui le révèlent même aux yeux des hommes.

L'amour de Vincent pour Dieu se manifestait d'abord par une obéissance parfaite à sa loi sainte. C'est l'apôtre même de l'amour qui a dit : « Celui qui garde sa parole a vraiment en lui l'amour parfait de Dieu ; » et encore : « L'amour de Dieu, c'est que nous gardions ses commandements (1 Joan. II, 5; v., 3). » Or, Vincent fut la loi de Dieu vivante; tout, dans son corps et dans son âme, dans ses pensées, ses affections, ses paroles et ses actes, était réglé sur la loi de Dieu; et sa vie fut un perpétuel holocauste consumé par le feu de l'amour divin.

Cet amour se manifestait encore par son ardent, continuel et efficace désir que Dieu fût de plus en plus connu, adoré, servi, obéi, aimé et glorifié en tout temps, en tous lieux et par toute sorte de créatures; désir qui s'échappait en ces vives exclamations : « 0 Seigneur! ô mon Sauveur! ô bonté divine ! ô mon Dieu ! quand nous ferez- vous la grâce d'être tout à vous et de n'aimer que vous ! »

Il se manifestait par ses paroles qui, parties de son cœur, témoignaient, oar leur accent enflammé, combien était brûlant

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la Charité incarnée elle-même, tous les auditeurs disaient; « Notre cœur ne brûlait-il pas dans notre poitrine pendant qu'il s'entretenait avec nous ? ■ C'est ce qu'exprimait un jour, dans une assemblée des Dames de la Charité, la présidente do ^Lanioignon, en s'adressant a la duchesse de Mantoue : « EU bien, Madame, lui dit-elle, ne pouvons-nous pas dire, à l'imitation des disciples d'Emmaus, que nos cœurs ressentaient les ardeurs de l'amour de Dieu, pendant que M. Vincent nous parlait ? Pour moi, quoique je sois fort peu sensible ù toutes les choses qui regardent Dieu, je vous avoue néanmoins que j'ai le cœur tout embaumé de ce que ce saint homme vient de nous dire. — Il ne faut pas s'en étonner, reprit Marie de Gon* zague : il est l'ange du Seigneur, qui porte sur ses lèvres les charbons ardents de l'amour divin qui brûle dans son cœur. — Cela est très-véritable, ajouta une troisième, et il ne tiendra qu'à nous de participer aux ardeurs de ce même amour. » Dans les conférences ecclésiastiques, il produisait les mêmes impressions. « Quand avides nous écoutions sa parole, a raconté Bossuot, pas un qui n'y sentit l'accomplissement du mot de l'aj /.re : « Si quelqu'un parle, que sa parole soit comme de Dieu. » C'est au sortir d'une de ces conférences, que Tronson, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, transporté hors de lui-même, s'écria semblablement : « Voilà un homme tout rempli de l'esprit et de l'amour de Dieu! » Plusieurs ne venaient aux conférences que pour l'entendre, et ils s'en retournaient contristés, lorsque sa modestie lui avait interdit la parole. Il y avait là souvent des évêques du plus grand nom. Si Vincent leur déférait, par humilité et par respect, la conclusion de l'entretien qui lui revenait, en sa qualité de directeur, par le règlement et par l'usage, ils s'y refusaient pour ne pas perdre le bonheur de l'entendre. « Monsieur Vincent, lui dit un jour le plus ancien d'entre eux, il ne faut pas que vous priviez la compagnie, par votre humilité, des bons sentiments que Dieu vous a communiqués sur ce sujet qu'on traite. Il y a je ne sais quelle onction du Saint-Esprit en vos paroles, qui touche un chacun : et pour cela tous ces Messieurs vous prient de leur faire part de vos pensées, car un mot de votre bouche fera plus d'effet que tout ce que noiiâ

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