PRÉSENCE DE DIEU
L'autour unit fe§ cœurs et les volontés ; il efface aussi Ira distances et ne se plnit que dans la présence et la vue continuelle de l'objet aimé. Si plein d'amour pour Dieu, Vincent n'avait garde de perdre un seul instant la pensée de sa sainte et aimable présence. Seul ou en public, dans le repos ou dans les affaires, en joie ou en affliction, dans le silence de la cellule ou dans le tumulte des rues, de la cour et des assemblées, il était toujours avec Dieu, toujours uni a Dieu de pensée et de cœur. En quelque moment ou quelque part qu'on le surprit, il était aisé de voir à son recueillement, à son égalité d'âme, a la nature et à l'accent de ses paroles, que Dieu lui était sans cesse présent. L'interrogeait-on, il mettait toujours un intervalle entre la demande et sa réponse, pour réfléchir et consulter Dieu, et c'était au nom de Dieu, in nomiiic Domini, sa formule ordinaire, qu'il donnait ses décisions ou ses conseils. 11 songeait à la présence de Dieu au moins quatre foi3 par heure. Que l'horloge vint à sonner, aussitôt il se découvrait, faisait son signe de croix et levait ses yeux au ciel. Ordinairement il les tenait baissés, et même fermés lorsqu'il était en carrosse, et ne les ouvrait que sur le crucifix du chapelet qu'il portait toujours à sa ceinture. Pour ne rien voir, n'être vu de personne et se pouvoir entretenir plus facilement avec Dieu, il tirait presque toujours sur lui le rideau de la voiture. Du reste, la vue des créatures, bien loin, de le distraire.
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le portait à leur auteur. Des campagnes couvertes de moissoins, des arbres chargés de fruits lui donnaient lieu de bénir la bonté de Dieu cl sa paternelle providence; les Heurs, les oiseaux ou tout autre objet agréable, le faisaient s'écrier : • Qu'est-ce qu'il y a de comparable à la beauté de Dieu, qui ost Je principe de toute la beauté et perfection des créatures ? N'est-ce pas de lui qu'elles empruntent leur lustre et leur éclat? » Le plus souvent, toutefois, c'était en se privant de la vue des objets agréables et en mortiiiant ses sens, qu'il honorait Dieu et se tenait uni à lui.
S'il marchait à pied dans les rues, il observait le môme recueillement et les mêmes pratiques. En passant devant une église, il y entrait et se prosternait le visage contre terre. Que V Angélus sonnât, au milieu de la foule comme à la cour, il se découvrait et tombait à genoux pour le réciter. Tl ne voyait personne, bien que tous le regardassent avec admiration. Les enfants se le montraient eux-mêmes en disant : t Voilà le Saint q.'ii passe l »
Ce qui lui était un moyen à lui-même pour se maintenir dans la présence de Dieu, il le conseillait aux autres. S'étant trouvé une fois dans un salon de la cour tout entouré de glaces ci brillantes qu'elles rétléchissaient jusqu'à un insectr et à un atome de poussière, il fut frappé d'une pensée qu'il s'empressa de communiquer aux siens : « Si les hommes, dit-il, ont trouvé l'invention de représenter de la sorte tout ce qui se passe en un lieu, jusques au moindre mouvement des plus petites choses, à plus forte raison devons-nous croire qu'elles sont toutes représentées daus ce grand miroir de la Divinité, qui remplit tout et qui renferme tout par son immensité, et en qui les bienheureux voient toutes choses, et particulièrement les bonnes œuvres des âmes fidèles, et par conséquent tous leurs a:tes de patience, d'humilité, de conformité à la volonté de Dm, et des autres vertus. »
Pour rendre plus pratique la pensée do la présence de Dieu, il fit mettre en différents endroits do Saint-Lazare ces mots écrits en gros caractères: t Dieu me regarde! » vou^ lant que ces placards fussent comme l'œil de Dieu ouvert su/ les passants et visible à leurs cœurs. De l'exercice de la pré sence de Dieu il disait : t Qui s'y rendrait fidèle, qui en goûterait les attraits, parviendrait bientôt à un très-haut degré de sainteté. » Il disait encore : t La pensée de la présence de Dieu nous rendra familière la pratique de faire incessamment sa volonté : le souvenir de la divine présence s'établira peu à pr-u dans l'esprit, et par sa grâce se formera en habitude ; en sorte que nous serons enfin comme animés de cette divine présence. •