‹ Vertus et doctrine spirituelle de Saint Vincent de PaulChapitre 15 sur 61 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

&:":voïioN et pilte envers dieu et le saint-

feACUKMKNTi - IMITATION DE JÉSUS CHRIST.

La dévotion, telle que nous l'entendons ici, est la vertu qui se rorte avec respect et affection vers tout ce qui concerne le culte et l'honneur divin.

La dévotion de saint Vincent de Paui tirait son principe du sentiment très-haut et très-profond qu'il avait de la grandeur inlinie de Dieu.

Cette dévotion remplissait son cœur, animait toutes ses paroles, se traduisait dans tous les actes de sa journée, dans toute sa conduite. Le matin, au premier son de la cloche, il sortait de son lit, faisait le signe de la croix, se prosternait et haisait la terre. Il adorait la majesté de Dieu, lui rendait grâces de sa gloire, de celle qu'il a donnée à son Fils, à la sainte Vierge, aux saints anses, à l'ange gardien, à saint Jean-Baptiste, aux apôtres, à saint Joseph et à tous les saints et saintes du paradis. Il le remerciait encore des grâces faites à la sainte Église, de celles qu'il avait reçues lui-même, et, en particulier, d'avoir été conservé pendant la nuit. Il lui offrait ses pensées, ses paroles et ses actions, en union de celles de Jésus-Christ ; il lui demandait de le garder de tout péché et de l'aider à accomplir fidèlement tout ce qui lui serait le plus agréable.

Après ces premiers actes de religion, il se rendait à l'église Ou, malgré son âge et l'enflure de ses jambes, il était arrivé plu* tôt que le* plus sains et les plus jeunet. La vue de m

famille assemblée devant Notre-Scigncur i'éjouisjait et coniolait son ûmc,

Son oraison achevée, il récitait à haute voix les litanies du saint Nom de Jésus, et, entre les glorieuses épitliétcs que lui donne l'Église, il insistait avec un goût singulier sur celleci : Je s u pater pauperum! De là, presque tous les jours, il allait se confesser, ne pouvant souffrir en lui l'apparence mémo du péché. Presque jamais son confesseur ne trouvait matière à absolution : « Ah ! Monsieur, lui disait l'humble Saint, si vous aviez les lumières que Dieu me donne, vous me jugeriez autrement! •

Il faisait ensuite sa préparation à la messe; et, quoique à peine sorti de l'oraison, il y donnait un temps considérable. Il s'habillait enfin et célébrait. Il paraissait à l'autel comme un autre Jésus-Christ, victime et sacrificateur : victime, il s'abaissait et s'humiliait; c'était en criminel, en condamné à mort, qu'il prononçait le Confiteor, le Domine non sum dignus et toutes les paroles de la liturgie qui expriment l'humilité et la contrition, surtout le Nobis quoque peccatoribus, sur lequel il écrivait : « Quand vous serez au Nobis quoque de la sainte messe, souvenez-vous de moi comme du plus grand pécheur qui soit au monde » ; sacrificateur, il était grave et majestueux comme le Sauveur, et en même temps plein de douceur, de sérénité et de miséricorde; c'était avec ces sentiments peints sur son visage et dans son attitude, qu'il se tournait vers le peuple, et, au ton de sa voix, à la manière dont il étendait les bras et ouvrait les mains, on voyait la dilatation de son cœur et le désir qu'il avait de l'embrasser, comme sur un autre calvaire, dans la charité de Jésus-Christ. Il récitait les prières de la messe et en faisait les cérémonies sans lenteur ni précipitation, de manière à atteindre et à ne point dépasser la demiheure. Il prononçait toutes les paroles d'une voix médiocre et agréable, distincte et dévote, dans un accord manifeste de la bouche et du cœur. Son respect et son attention redoublaient à la lecture du saint Évangile, et, s'il s'y rencontrait quelque parole de Notrc-Seigneur, il la répétait d'un ton plus tendre et plus affectueux; ù la double affirmation du Dieu de vérité t Amen, amen dico vobit, il m recueillait pour se rendre plu»

attentif aux paroles suivantes où il soupçonnait plus d'importance et de mystère, et il les lisait lentement, avec foi et soumission, pour se les mettre Lien avant dans le cœur. Tous les assistants étaient édifiés. « Mon Dieu, disaient-ils, que voila un prêtre qui dit bien la messe! » — g II faut que ce soit un saint homme b, ajoutait celui-ci; et celui-là : « C'est plutôt un ange à l'autel ! •

Et ainsi tous les jours, excepté les trois premiers de sa retraite annuelle, qu'il s'abstenait de célébrer, suivant l'usage de la Compagnie. Hors ces jours de pénitence et de purification plus parfai'e, à la ville ou aux champs, à poste fixe ou en voyage, sain ou malade, il n'omettait jamais le sacrifice quotidien, et cela jusqu'aux dernières semaines de sa vie où ses jambes refusèrent de le soutenir.

La messe dite, il en entendait et souvent en servait une seconde. Il était accablé d'affaires, il était vieux, il avait quatrevingts ans, il ne pouvait plus marcher sans bâton, ni se mettre à genoux qu'à grand'peine : n'importe, le vénérable supérieur, avec la simplicité naïve d'un jeune clerc et plus encore de respect et de dévotion, servait à l'autel le moindre de ses prêtres. Il le faisait par foi et par amour; il le faisait aussi pour donner l'exemple à ses clercs, pour qu'ils ne souffrissent jamais qu'un laïque servit la^messe devant eux : • C'est un sujet de honte à un ecclésiastique qui a le caractère pour le service des autels, leur disait-il avec Bourdoise, qu'en sa présence ceux qui ne l'ont pas fassent son office. »

Les jours de fête et dans les offices solennels, sa piété se montrait avec un nouvel éclat. Il avait prévu toutes les cérémonies et s'en était fait instruire soigneusement. Aussi, pas une rubrique violée par lui, pas une dont il permit qu'on s'éloignât. Il s'humiliait beaucoup devant Dieu et devant ses frères de ne pouvoir plus faire les génuflexions dans la mesure prescrite par l'Église, et, s'il croyait avoir manqué à quelque autre cérémonie, il en demandait, après l'office, pardon à genoux à toute sa communauté. A lui encore il imputait les fautes faites par les autres, ce qui ne l'empêchait pas, malgré sa grande douceur, de les en reprendre sévèrement. Du reste, il donnait un tel exemple et une telle édification, que les

offices de Saint-Lazare élaicnl distingués dans toul Pari? pour

la religion, la dignité et la modestie qui y présidaient. Vincent lui-même, quaud il chantait ou psalmodiait au chœur, ressemblait moins à un homme qu'à un ange du ciel chantant les louanges de Dieu. Ses prêtres et ses clercs imitaient son respect et sa piété. On les voyait les yeux baissés et arrêtés sur leur livre, dans une immobilité modeste, ne trahissant la vie que par le pieux éclat de leur voix et les élans de l'amour divin.

Ce qu'il se montrait dans les offices publics, Vincent l'était encore sous le seul œil de Dieu, dans la récitation privée de son bréviaire. Il le récitait toujours tête nue, à genoux, excepté les deux ou trois dernières années de sa vie, que ses infirmités, lui interdisant cette posture humble et respectueuse, le forcèrent à demeurer assis. A genoux encore et tête nue, il faisait sa lecture quotidienne de la sainte Écriture et surtout du Nouveau Testament.

Sa dévotion s'étendait à tous les mystères de la religion, et, en particulier, à celui de la très-sainte Trinité, le premier de tous; puis, à celui de l'Incarnation qui en est pour nous la manifestation la plus touchante, et à oelui de l'Eucharistie, qui perpétue l'Incarnation sur la terre.

Si grande était sa dévotion envers l'Eucharistie considérée comme sacrifice, non moindre était sa dévotion envers ce même mystère considéré comme sacrement.

Il se tenait toujours prosterné à deux genoux devant le saint tabernacle, dans une contenance si humble, qu'il semblait vouloir s'abaisser jusqu'au centre de la terre pour témoigner davantage son respect; avec une telle foi peinte sur le visage, qu'on eût dit qu'il voyait Jésus-Christ de ses yeux; avec une telle religion, qu'il eût inspiré la foi aux plus incrédules et la piété aux plus insensibles; dans une telle modestie et un tel silence, qu'il n'avait pas un regard pour les pompes les plus brillantes, ni une parole pour les plus augustes personnages.

Là il aimait à demeurer tout le temps que les affaires lui laissaient libre, et il s'y oubliait des heures entières. Il y retournait, comme autrefois Moïse, pour consulter le divin oracle dans les circonstances difficiles. C'était là, derrière le grand

autel de Saint-Lazare, ou quelque part ailleurs qu'il se trouvât, qua genoux, tête nue, il ouvrait et lisait les lettres dont lî prévoyait l'importance. Un jour, dans la cour du Palais de Taris, on lui remit une lettre où devait lui être annoncé le succès d'une affaire considérable. Quoique fort incommodé de sus jambes, il monta à la haute chapelle du Palais, et, l'ayant trouvée fermée, il se ma au moins à genoux sur le seuil, et prit, dans cette posture, connaissance de sa lettre.

Avant de sortir de Saint-Lazare, il allait devant le Saint- Sacrement, qu'il appelait le maître de la maison, pour le saluer, prendre congé de lui et recevoir sa bénédiction ; il y retournait en rentrant, comme pour lui rendre compte de sa mission, et aussi pour le remercier des grâces qu'il avait reçues et s'humilier des fautes qu'il croyait avoir commises.

Pencon trait-il le Saint-Sacrement en passant par les rues de la ville, il se mettait à genoux en quelque endroit qu'il se trouvât, et y demeurait jusqu'à ce qu'il l'eût perdu de vue, souvent même il le suivait tète nue, et d'aussi près que le lui permettaient ses jambes vieilles et malades.

Dd\i< ses voyages, en traversant les villages, il descendait de cheval ou de voiture pour entrer dans les églises et y saluer le Saint Sacrement, ou, s'il les trouvait fermées, pour en baiser le seuil; et, arrivé au terme, c'était à l'église encore qu'il faisait sa première visite.

Dans ses maladies, privé de célébrer, il voulait au moins communier tous les jours, ce qu'il lit jusqu'à la veille de sa mort, et avec un respect, un ravissement qu'il est aussi inutile qu'impossible de dire.

Les profanations commises par les hérétiques ou les gens de guerre lui étaient une douleur mortelle. Larmes, pénitences extraordinaires, prières ferventes, il employait tout pour les réparer et les expier. Il allait lui-même où il envoyait les siens en pèlerinage dans les églises profanées : les prêtres y disaient la messe, et les autres communiaient sous lorme d'amende honorable. Par des envois de vases et d'ornements sacrés, il réparait le dommage matériel causé par les rois Bdtiriltfgës, et nu moyen de iniséiotlB, le dommage causé à l'honneur de Dieu cl aux aine* par l'impiété et l'hérésie.

Ce qu'il adorait dans l'Incarnation et l'Eucharistie, c'était / Dieu s'abaissant pour se mettre à notre portée et se faire sem-l blable à nous; ce que son r.mour reconnaissant pour Jésus- 1 Christ lui inspirait, c'était de se rendre à son tour semblable! à lui. 11 s'est l'orme, il a vécu sur ce divin modèle. A l'imita-' tion de Jésus-Christ, il a caché, sous une vie basse et com-1 mune en apparence, les plus héroïques vertus; sous les dehors d'un pauvre villageois, les dons les plus excellents de la nature et de la grâce; sous une profession continuelle de sottise et d'ignorance, l'esprit le plus juste et une science fort étendue. Dans ses pensées, dans ses paroles, dans ses actions, il ne s'inspirait que de Jésus-Christ, il ne répétait que son langage, il ne se conduisait que sur son modèle. Jésus-Christ toujours, Jésus-Christ partout, Jésus-Christ en tout et en tous : voilà sa doctrine, sa morale et sa politique, ce qu'il aimait à exprimer d'un mot : « Rien ne me plait qu'en Jésus-Christ î »

Cette vue continuelle et universelle de Jésus Christ éclairait, élevait, échauffait sa charité. Jésus-Christ, il le voyait pontife suprême dans le pape, évé«|ue et prince des pasteurs dans les évèques, souverain prêtre dans les prêtres, maître et docteur unique dans les docteurs, roi des rois, juge des juges dans les princes et les magistrats, grand et noble dans les gentilshommes et petit dans les petits, ouvrier dans les artisans, divin négociant dans les hommes de trafic, pauvre dans les pauvres, prisonnier dans les prisonniers, infirme et agonisant dans les malades et les moribonds. De là son respect et sa tendresse pour tous les hommes et, en particulier, pour tous ceux dont la bassesse et les souffrances lui présentaient une image plus ressemblante du Dieu anéanti et de l'Homme de douleurs. j

Imitateur si fidèle de Jésus-Christ, il put, & ion tour, tenir de modèle aux tiens, et leur donner ses pratiques en leçons et en règle*.

Il leur inspira d'abord une haute idée de Dieu : « Étudion-inous, mes Frères, leur dit-il un jour, à concevoir une grande, mais une très-grande estime de la majesté et de la sainteté de Dieu. Si nous avions la vue de notre esprit assez forte pour pénétrer quelque peu dans l'immensité de sa souveraine excellence, ô Jésus, que nous en rapporterions de hauts sentiments ! Nous pourrions bien dire, comme saint Paul, que les yeux n'ont jamais vu, ni les oreilles ouï, ni l'esprit conçu rien qui lui soit comparable. C'est un abime de perfections, un Être éternel, très-saint, très-pur, très-parfait et infiniment glorieux, un bien infini qui comprend tous les biens, et qui est en soi incompréhensible. Or, cette connaissance que nous avons, que Dieu est infiniment élevé au dessus de toutes connaissances et de tout entendement créé, nous doit suffire pour nous le faire estimer infiniment, pour nous anéantir en sa présence, et pour nous faire parler de sa majesté suprême avec un grand sentiment de révérence et de soumission; et, à proportion que nous l'estimerons, nous l'aimerons aussi, et cet amour produira en nous un désir insatiable de reconnaître ses bienfaits, et de lui procurer de vrais adorateurs. »

De la dévotion aux mystères de la sainte Trinité et de l'Incarnation il fit une règle expresse pour laquelle il obtint l'approbation spéciale du Saint-Siège dans la bulle d'érection de sa Compagnie : « Nous tâcherons de nous acquitter de ce devoir avec un très-grand soin, et, si cela se peut, en toutes manières, mais principalement en faisant ces trois choses : 1° en produisant souvent du fond du cœur des actes de foi et de religion sur ces mystères ; 2' en offrant tous les jours en leur honneur quelques prières et bonnes œuvres, et en célébrant avec le plus de solennité et de dévotion qu'il nous sera possible leurs fêtes; 3' en nous étudiant soigneusement à faire, soit par nos instructions, soit par nos exemples, que les p-uples les connaissent, les honorent et les aient en grande vénération, b H leur disait de la célébration du saint sacrifice : « Ce n'est pas assez que nous célébrions la Messe, mais nous devons aussi offrir ce sacrifice avec le plus de dévotion qu'il nous sera possible, selon la volonté du même Dieu ; nous conformant autant qu'il est en nous, avec sa grâce, à Jésus-

Cbrtet s'offrant lui-même, lorsqu'il était sur la terre, en sacrifice à son Pùrc éternel. Efforçons-nous donc, Messieurs, d'offrir nos sacrifices à Dieu dans le même esprit que Notre- Seigneur a offert le sien, et autant parfaitement que notri , pauvre et misérable nature le peut permettre. » I II prescrivait le plus grand respect à l'église et dans les cérémonies. La précipitation, les génuflexions tronquées, les moindres négligences dans l'office divin étaient un supplice à son esprit de religion, et un effroi à son âme toujours tremblante devant la possibilité d'un scandale. Aussi avertissait-il en particulier, et au besoin en public, de tous les manquements qu'il observait. Un des siens passait-il légèrement devant l'autel avec une génuflexion immodeste et irréfléchie, il l'appelait aussitôt et lui montrait de quelle manière et jusqu'à quel point il fallait s'abaisser devant Dieu. Et il disait alors : « Nous ne devons pas nous présenter comme des marionnettes, auxquelles on fait faire des mouvements légers et des révérences sans âme et sans esprit. » Et il ajoutait, dans son humble habitude de se rendre responsable de toutes les fautes : t Qui en est coupable, mes Frères? C'est ce misérable, qui se mettrait à genoux, s'il le pouvait. Excusez mes incommodités. > En effet, quand il ne put plus porter le genou en terre, ce lui fut une privation cruelle qu'il attribuait à ses péchés, dont il demandait publiquement pardon, avec prière de n'en pas prendre scandale. « Néanmoins, ajoutait-il, si je vois que la Compagnie se relâche, je m'efforcerai de mettre le genou en terre, quoi qu'il m'en coûte, sauf à me relever le mieux que je pourrai, avec l'aide de quelqu'un de vous, ou en m'appuyant sur mes mains, pour donner par ce moyen l'exemple tel que je le dois. Car les fautes qui se commettent dans une communauté sont imputés au supérieur, et celles de la Congrégation en ce point sont de conséquence : tant à cause quil s'agit d'un devoir de religion, et d'une révérence extérieure qui marque le respect intérieur que nous rendons à Dieu ; que parce que, si nous sommes les premiers à y manquer, les ordinands et les ecclésiastiques de dehors qui viennent ici croiront qu'ils ne sont pas obiigés d'en faire davantage;

*t ceux de la Compagnie qui viendront après nous, et qui se régleront sur nous, en feront encore moins, et ainsi tout s'en ira en décadence ; car si l'original est défectueux, que sera-ce des copies ? Je vous prie donc, Messieurs et mes Frères, d'y faire grande attention, et de vous comporter eu cette action en telle sorte que la révérence intérieure prévienne et accompagne toujours l'extérieure. Dieu veut être adoré en esprit et en vérité, et tous les véritables chrétiens doivent se comporter de la sorte, à l'exemple du Fils de Dieu, lequel, se prosternant la face contre terre au jardin des Olives, accompagna cette dévote posture d'une humiliation intérieure très- profonde, par respect à la majesté souveraine de son Père. »

Ce qu'il disait de la génuflexion, il retendait à toutes les cérémonies : « Elles ne sont, à la vérité, que l'ombre, mais c'est l'ombre des plus grandes choses, qui requièrent qu'on les fasse avec toute l'attention possible, et qu'on les montre avec un silence religieux, et une grande modestie et gravité. Gomment les feront ces messieurs, si nous ne les faisons pas bien nous-mêmes ? Qu'on chante posément, avec modération, qu'on psalmodie avec un air de dévotion. Hélas ! que répondronsnous à Dieu, quand il noas demandera compte de ces choses, si elles sont mal faites? »

La sainte ardeur qu'il puisait dans la communion embrasait ses paroles : « Ne ressentez-vous pas, mes Frères, disait-il, ne ressentez-vous pas un feu divin brûler dans vos poitrines, quand vous avez reçu le corps adorable de Jésus- Clirist ? » Aussi ne voulait-il pas qu'on s'en éloignât facilement dans les peines intérieures : « Vous avez un peu mal fait, écrivait-il à une personne, de vous être aujourd'hui retirée de la sainte communion pour la peine intérieure que vous avez ressentie; ne voyez-vous pas que c'est une tentation, et que vous donnez par ce moyen prise à l'ennemi de ce trèsadorable sacrement? Pensez-vous devenir plus capable et mieux disposée de vous unir à Notre-Seigneur en vous éloignant de lui ? Oh ! certes, si vous aviez celte pensée, vous vous tromperiez grandement, et ce serait une pure illusion. »

On sait combien il s'atlris toit de voir l'usage de la cornmu-

irion fréquente diminuer parmi les chrétiens, et avec quel empressement il condamna le livre d'Arnauld et les doctrines jansénistes qui tendaient à détourner les fidèles et les prêtres t de la fréquente lianlisc des saints sacrements. »

Il portait surtout à l'imitation de Jésus-Christ : « Honorons, écrivait-il, l'état inconnu du Fils de Dieu. C'est là notre centre, et c'est ce qu'il demande de nous pour le présent, et pour l'avenir, et pour toujours, si sa divine Majesté ne nous fait connaître en sa manière, qui ne peut tromper, qu'il veuille autre chose de nous. Honorons, dis-je, la vie commune que Notrc-Seigneur a menée sur la terre, son humilité, son anéantissement, et la pratique qu'il a faite des plus excellentes vertus dans cette manière de vie. Mais honorons particulièrement ce divin Maître dans la modération de son agir. Non, il n'a pas voulu faire toujours tout ce qu'il a pu, pour nous apprendre à nous contenter, lorsqu'il n'est pas expédient de faire tout ce que nous pourrions faire, mais seulement ce qui est convenable à la charité et conforme aux ordres de la divine volonté.

« Oh ! que j'estime celte généreuse résolution que vous avez prise d'imiter la vie cachée de Notrc-Seigneur ? Il parait bien que celte pensée vient de Dieu, puisqu'elle est si éloignée des sentiments de la chair et du sang. Tenez pour certain que c'est là proprement l'assiette qui convient aux enfants de Dieu, et par conséquent demeurez-y ferme, et résistez courageusement à tous les sentiments contraires qui pourraient arriver. Assurez-vous que par ce moyen vous serez en l'état auquel Dieu vous demande, et que vous ferez incessamment sa sainte volonté, qui est la fin à laquelle nous tendons, et à laquelle ont tendu tous les saints. »

t II invitait ses Missionnaires à se conformer aux exemples de | Jésus-Christ dans la prédication, nous l'avons vu, et dang toutes les fonctions de leur saint ministère : « Qui dit un Missionnaire, dit un homme appelé de Dieu pour sauver les âmes ; car noire fin est de travailler à leur salut, à l'imitation de Notrc-Seigneur Jésus-Christ, qui est le seul véritable rédempteur, et qui a parfaitement rempli ce nom aimable de Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Il est venu du ciel

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en terre pour en exercer l'office ; il en a fait le sujet de s* vie et de sa mort, et il exerce incessamment cette qualité t!« Sauveur par la communication des mérites du sang qu il a répandu. Pendant qu'il vivait sur la terre, il portait toute» ses pensées au salut des hommes, et il continue encore dans les mêmes sentiments, parce que c'est là qu'il trouve la vo~ lonlé de son Père. Il est venu, et il vient tous les jours à nous pour cela, et par son exemple il nous a enseigné toutes W vertus convenables à la qualité de Sauveur. Donnons-nous donc à lui, afin qu'il continue d'exercer cette môme qualité en nous et par nous. »

Enfin, il disait en général des règles de la Mission : t Ces règles sont presque toutes tirées de l'Évangile, comme chacun le voit, et elles tendent toutes à conformer notre vie à celle que Nôtre-Seigneur a menée sur la terre. Car il est dit que ce divin Sauveur est venu et a été envoyé de son Père pour évangéliser les pauvres : Pauperibus evangelizare misit me* comme, par la grâce de Dieu, la petite Compagnie tâche de faire, laquelle a grand sujet de s'humilier et de se confond » de ce qu'il n'y en a point eu encore d'autre que je sache, qui se soit proposé pour lin particulière et principale d'annoncer l'Évangile aux pauvres, et aux pauvres les plus abandonné?, Pauperibus evangelizare misit me : car c'est là notre fin. Oui, Messieurs et mes Frères, notre partage sont les pauvres. Quel bonheur de faire la môme chose pour laquelle Notre-Scigneur a dit qu'il était venu du ciel en terre, et moyennant quoi nous espérons avec sa grâce d'aller de la terre au ciel ! Faire cela, c'est continuer l'ouvrage du Fils de Dieu, qui aliait volontiers dans les lieux de la campagne chercher les pauvres. Voila à quoi nous oblige notre Institut, à servir et aider les pauvre^ que nous devons reconnaître pour nos seigneurs et pour nos ■ maîtres. 0 pauvres, mais bienheureuses règles! qui nous engagent à aller dans les villages à l'exclusion des grandes ville;,, pour faire ce que Jésus-Christ a l'ait ! Voyez, je vous prie, le bonheur de ceux qui les observent, de conformer ainsi leur vit; et toutes leurs actions à celles du Fils de Dieu ! 0 Seigneur ! quel motif avons-nous en cela de bien observer ces règles, qui nous conduisent à une lin si sainte et si désirable ! »

ciîaimiri-: VIII

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