‹ Vertus et doctrine spirituelle de Saint Vincent de PaulChapitre 30 sur 61 · AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

AMOUR DE DIEU

(Sur cette parole de Notre-Seigneur : u Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi. »)

« Celte parole de notre cher maître et amant nous enseigne que nous pouvons et devons prétendre à la perlection du pur amour. C'est son dessein bien signifié de nous attirer à lui, et il parle avec pouvoir d'effectuer ses promesses. Faut-il autre chose, notre très-cher amant, pour vous faire aimer par dessus tout? Pourquoi est-ce que la vanité a prévalu et prévaut contre la vérité ? Soyons plus courageuses, mes très-chères Sœurs, et accomplissons, autant qu'il nous sera possible, la parole de Dieu. Ou plutôt prions-le d'accomplir en nous ia promesse qu'il a faite de tirer tout à soi-même, ce qui donnera la domination de toute chose à l'auteur de tout. N'est-il pas juste, n'est-il pas glorieux aux âmes de coopérer avec Dieu à l'exécution de ses desseins ? Acquiesçons donc à la volonté de notre très-cher amaut, alin que ses paroles soient véritables ea nous. Que serait-ce, si, le voyant élevé de terre dans le dessein de nous tirer à lui, nous demeurions si fortement attachées à la terre, que le poids de nos mauvaises affections prévalût sur la puissance et l'attrait de son pur amour? Tires-

nous donc, mon Seigneur; nous courrons, et l'odeur de vos parfums nous tiendra si fortement, que rien ne nous pourra plus séparer de votre charité. Vous nous voulez tirer à vous-même : faites-nous concevoir fortement cette parole. Si nous sommes à vous, nous ne serons plus à nous, car ce serait un larcin de nous dérober tant soit peu à la possession de votre amour. Vous nous voulez tirer à vous-même : je le veux aussi, mon cher époux, je le veux ; et, pour témoignage, je vous suis jusqu'au pied de votre croix que je choisis pour mon cloître ; et là, je veux laisser à la terre toute affection de la terre, y étant conviée par votre voix qui dit à mon cœur d'incliner mon oreille et d'oublier mon peuple et la maison de mon père, pour être remplie delà grandeur de votre amour. C'est donc au pied de cette croix sainte et sacrée, que je sacrifie tout ce qui pourrait altérer la pureté de l'amour que vous voulez de moi, n'en prétendant jamais aucune jouissance que soumise à votre bon plaisir.

« Ne vous effrayez pas, mes très-chères Sœurs. L'Épouse des cantiques, qui nous a précédées dans la sainte dilection et que nous devons tenir pour notre abbesse, a dit que le bien- aimé était blanc et vermeil. Que les épines de ces deux roses ne nous empêchent pas de nous parer de ce bouquet ; mais plutôt, le propre de l'amour étant d'établir ressemblance avec l'objet aimé, imitons sa pureté et sa charité, représentées l'une par la blancheur, l'autre par le vermeil de la rose : pureté de Dieu en lui-même par sa grande simplicité, en toutes ses grâces par son entier désintéressement ; amour de Dieu en lui-même dans l'unité de son essence et la production des personnes divines, amour de Dieu envers les hommes, voulant que son Fils se fit homme pour ce que ses délices sont d'être avec les hommes, et afin que, Raccommodant à la façon des hommes, il leur témoignât en toute sa vie humaine sur la terre que Dieu de toute éternité les a aimés. Aimons donc cet amour et en conservons la durée, puisqu'elle dépend de nous. Ayons souvent en notre souvenir toutes les actions de la vie de notre amant, qui, non content de l'amour général de toutes les âmes appelées» en veut avoir de très-chéries, éle*

pmt tui hamt mj^klim piua pur et plus parfait. Ad*

mirons en cela la bonté de notre amant ; et, dans la simplicité de la colombe, demandons-lui s'il veut que nous soyons de ces âmes privilégiées : * Mon Seigneur, j'ai eu je ne sais quelle nouvelle lumière d'un amour non commun que vous désirez des créatures choisies par vous pour exercer sur la terre la pureté de votre amour. Nous voici une petite troupe : ! pourrions-nous y prétendre ? Il me semble que nous en avons bien le désir dans le cœur. Mais la connaissance que nous avons de notre faiblesse par nos infidélités passées, nous fait ; craindre que vous nous rebutiez. Néanmoins, le souvenir que vous n'avez point limité le nombre que nous devons observer pour pardonnera nos ennemis, nous fait croire que vous ferez pour nous le semblable. Cela étant, nous croyons que vous nous aimez. Vous nous aimez vraiment, puisque vous n'êtes qu'un avec votre Père, et que votre Père a voulu nous témoigner son amour en nous donnant son Fils qui est vous. Nous sommes assurées que vous voulez que nous vous aimions, puisque votre loi soit ancienne soit nouvelle nous le commande, et que vous nous promettez d'être aimés de votre Père, de venir en nous avec lui et d'y demeurer, si nous vous aimons. Puissance de l'amour ! admirable trésor caché au plus intime de l'âme ! 0 amour pur, que je vous aime ! Puisque vous êtes fort comme la mort, ôtez de moi tout ce qui vous est contraire. — Nous voici donc, mon Seigneur, au pied de votre croix, afin d'être tirées à vous comme vous nous l'avez promis. N'était que votre parole est toute puissante, je craindrais ia pesanteur des affections terrestres ; mais vous le saviez bien, i mon cher Sauveur, puisque vous ne demandez ni notre consen- ' tement ni notre travail. Agissez donc fortement, unissant notre amour à votre amour, notre vie à votre vie, et notre mort à votre mort. •

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