‹ Vertus et doctrine spirituelle de Saint Vincent de PaulChapitre 5 sur 61 · PRÉFACE. H · texte numérisé non relu

PRÉFACE. H

ê, suivant l'exemple du Sauve îr qu'il aimait tant à citer : Cœpit Je su s facere et docere. Ce plan, en séparant les actes des paroles, nous a permis de mettre plus d'ordre et de suite dans les faits et dans les idées : le récit ne vient plus interrompre le discours, ni le discours couper le récit. Du reste, le récit est nécessairement fort sommaire dans ce livre, qui se réfère sur ce point à la Vie, dont il forme, avons- nous dit, le pendant. Une place plus large nous était ainsi laissée pour la doctrine, qui a pu se développer dans toute sa riche abondance: il y a plusieurs chapitres où l'enseignement du Saint, pieusement recueilli et logiquement ordonné, forme un traité complet sur la matière.

Est-il nécessaire, maintenant, de beaucoup insister à l'avance sur le caractère soit des vertus, soit des enseignements de saint Vincent de Paul, et ne le verra-t-on pas suffisamment à la lecture? Qui ne sait que saint Vincent de Paul, sous l'inspiration et l'influence de la grâce divine, a trouvé le secret de pousser l'exercice des vertus chrétiennes jusqu'à l'héroïsme, tout en vivant d'une vie en apparence fort commune ? qu'il les a embrassées toutes et possédées en un degré très -parfait, même les plus opposées, en sorte qu'on n'aurait pas pa dire quelle était en lui la dominante, si l'humilité dont il les couvrait comme d'un voile n'eût d'abord frappé les regards, si la charité qui embrasait son cœur n'eûl

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éclaté par tant d' œuvres comme par autant de lumineux rayons? qu'arrivé de bonne heure au plus haut sommet des vertus, il a toujours parlé et agi, même en son extrême vieillesse, comme s'il eût été retenu encore par ses imperfections et ses péchés au pied de la sainte montagne ; qu'il a travaillé jusqu'à la fin comme s'il n'eût rien fait encore, se regardant toujours comme un novice et un misérable, alors qu'il était, dans l'estime de tous, un vétéran et un émérite au service de Dieu ?

Et tel est aussi le caractère de ses enseignements, qui mettent la plus haute spiritualité à la portée de tous sans la rabaisser ni la dégrader; qui concilient ensemble toutes les vertus et tous les devoirs ; qui repoussent à chaque instant l'âme dans les profondeurs d'une vie humble et cachée, et la provoquent en même temps au grand jour pour l'exercice du zèle et la pratique de toutes les œuvres charitables. Ces enseignements, parlés ou écrits, qui nous restent de lui, ne s'adressent guère qu'à ses Missionnaires ou à ses Filles de la Charité,c'està-direàdes âmes ayant fait vœu de perfection chrétienne, sinon engagées, à parler rigoureusement, dans la profession religieuse : et, néanmoins, il en est peu qu'un bon ecclésiastique, une âme pieuse, et même un vrai chrétien dans le monde ne puisse et ne doive s'appliquer, tant ils se renferment et se tiennent, également éloignés de tous les extrêmes, dans ce milieu où le vrai

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et le bien ont placé leur trône. On les sent inspirés à la fois de ce bon sens, si exquis et si pratique, qui était la faculté maîtresse de l'esprit de saint Vincent de Paul, et de cette ardeur de charité qui était la vie de son cœur. Oui, voilà bien leur caractère vraiment unique, et qu'on ne retrouverait nulle part ailleurs aussi prononcé ni aussi éclatant. De là la netteté et la précision qui en font l'utilité, l'onction et l'éloquence qui en font le charme. De là aussi le prix de ce recueil dont aucun livre de spiritualité ne dépasse, n'atteint peut-être la richesse.

Nous publions en appendice quelques lettres et quelques pages inédites de Mademoiselle Le Gras, cet écho si fidèle de saint Vincent de Paul, et aussi des passages de son testament si chrétien : les Filles de la Charité recevront avec bonheur, nous l'espérons, ces reliques de leur vénérable Mère.

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