FOI
échauffait son cœur, animait ses pensées et ses affections, ses paroles et ses actes, et le dirigeait en tout et partout selon les vérités et les maximes de Jésus-Christ; foi qu'il portait non-seulement dans les choses de Dieu, mais jusque dans 1rs choses temporellesct humaines, n'en entreprenant aucune qu'il ne lui donnât la foi pour principe, qu'il ne la rapportât à une lin surnaturelle.
Telle était sa foi ; telle était aussi la foi qu'il enseignait aux autres II reprenait ceux qui voulaient trop éclairer les vérités chrétiennes par la lumière de la science, ou les trop appuyer sur le raisonnement; ou môme, jeter sur elles un regard curieux et téméraire ; et il se servait contre eux de cette comparaison : « Gomme plus on porte ses yeux pour regarder le soleil, et moins on le voit, de même plus on s'efforce de raisonner sur les vérités de notre religion, et moins on les connaît par la foi. C'est assez que l'Église nous les propose : nous ne saurions manquer de la croire, et de nous y soumettre. » Et il ajoutait : < L'Église est le royaume de Dieu, lequel inspire à ceux qu'il a préposés pour la gouverner, les bonnes conduites qu'ils tiennent. Son Saint-Esprit préside dans les conciles, et c'est de lui que sont procédées les lumières répandues par toute la terre, qui ont éclairé les saints, offusqué les méchants, développé les doutes, manifesté les vérités, découvert les erreurs, et montré les voies par lesquelles l'Église en général, et chaque fidèle en particulier, peut marcher avec assurance. »
Il avait déjà épuisé la charité et la modération auprès des gens de Port-Royal. On vint lui aire d'ea user encore. Il se contenta de répondre : « Lorsqu'un différend est jugé, il n'y a . point d'autre accord à faire que de suivre le jugement qui en a été rendu. Avant que ces Messieurs fussent condamnés, ils ont fait tous leurs efforts afin que le mensonge prévalut sur la vérité, et oui youIu emporter le dessus avec tant d'ardeur
qu'à peine osait-on leur résister, ne voulant pour lors entendre à aucune composition. Depuis même que le Saint-Siège a décidé les questions à leur désavantage, ils ont donné divers sens aux constitutions pour en éluder l'effet. Et quoique, d ailleurs, ils aient fait semblant de se soumettre sincèrement au Pure commun des fidèles, et de recevoir les constitutions dans le véritable sens auquel il a condamné les propositions de Jansénius : néanmoins les écrivains de leur parti qui ont soutenu ces opinions, et qui ont fait des livres et des apologies pour les défendre, n'ont pas encore dit ni écrit un mot qui paraisse pour les désavouer. Quelle union donc pouvonsnous faire avec eux, s'ils n'ont une véritable et sincère intention de se soumettre ? Quelle modération peut-on apporter à ce que l'Église a décidé? Ce sont des matières de foi qui ne peuvent souffrir d'altération, ni recevoir de composition, et, par conséquent, nous ne pouvons pas les ajuster aux sentiments de ces Messieurs-la ; mais c'est à eux à soumettre les lumières de leur esprit, et à se réunir a nous par une même créance et par une vraie et sincère soumission au chef de l'Église. Sans cela, il n'y a rien à faire qu'à prier Dieu pour leur conversion. »
Il blâmait l'empressement et l'inquiétude, même dans les œuvres les plus saintes, y voyant un mouvement de la nature et une défiance delà Providence divine. Il écrivit un jour à Mademoiselle Le Gras : « Je vous vois toujours un peu dans les sentiments humains, pensant que tout est perdu dès lors que vous me voyez malade. 0 femme de peu de foi, que n'avez-vous plus de confiance et d'acquiescement à la conduite et à l'exemple de Jésus-Christ ! Ce Sauveur du monde se rapportait à Dieu son Père pour l'état de toute l'Église ; et vous, pour une poignée de filles que sa providence a notoirement suscitées et assemblées, vous pensez qu'il vous manquera ! . Allez, Mademoiselle, humiliez-vous beaucoup devant Dieu. » ;
C'était à une confiance trop grande dans les raisons hu- ! maines qu'il attribuait le peu (^'avancement dans la vertu et dans les choses de Dieu. « Non, non (dit-il un jour), il n'y a Ijtte lee vérités éternel les qui soient capablea de noua remplir le
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poi. S
faut que s'appuyer fortement et solidement sur quelqu'une des perfections de Dieu, comme sur sa bonté, sur sa providence, but sa vérité, sur son immensité, etc.; il ne faut, dis-je, que se bien établir sur ces fondements divins pour devenir parfait eu peu de temps. Ce n'est pas qu'il ne soit bon aussi de se vaincre par des raisons fortes et prégnantes qui peuvent ton servir, mais avec une subordination aux vérités de la foi. L'expérience nous apprend que les prédicateurs qui prêchent conformément aux lumières de la foi, opèrent plus dans les âmes que ceux qui remplissent leurs discours de raisonnements humains et de raisons de philosophie, parce que les lumières de la foi sont toujours accompagnées d'une certaine onction toute céleste, qui se répand secrètement dans les cœurs des auditeurs ; et de là on peut juger s'il n'est pas nécessaire, tant pour notre propre perfection que pour procurer le salut des âmes, de nous accoutumer de suivre toujours, et en toutes choses, les lumières de la foi. »
Il enseignait encore à considérer les choses non dans leur extérieur et leur apparence, mais selon ce qu'elles pouvaient être en Dieu et aux yeux de Dieu; alléguant à ce sujet les paroles de l'Apôtre : Qux videntur, temporalia sunl ;quœautem non videntur, œterna sunt. « Je ne dois pas considérer, disaitil, un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui parait de la portée de leur esprit ; d'autant que bien souvent ils n'ont pas presque la figure ni l'esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres. Mais tournez la médaille, et vous verrez, par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres ; qu'il n'avait presque pas la figure d'un homme en sa passion, et qu'il passait pour fou dans l'esprit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; et avec tout cela il se qualifie l'évangéliste des pauvres, euangelizare paupenbus misit me. 0 Dieu, qu'il l'ait beau de voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l'estime que Jésus-Christ en a faite ! mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l'esprit mondain, ils paraîtront mé*