Première preuve. — Navarrete nous dit (III
(1) A propos de faits inconnus sur la biographie tic Colomb, nous croyons devoir reproduire, avec plus d'exactitude, dans la planche cijointe, trois notes latines de la main du grand Génois, que nous avons pour la première fois publiées dans le premier volume de notre Histoire générale du Brésil (p. 320 et 321), les ayant copiées des marges de l'exemplaire de V Imago mundi de Pierre d'Ailly, qui appartenait à Colomb, et qui se trouve dans la Bibliothèque Colombine'u Séville.
Après avoir confronté soigneusement l'écriture microscopique de ces notes marginales avec le livre autographe de Colomb sur les Prophéties, nous avons réussi à reconnaître que cette écriture était bien de Colomb lui-même, et non de sou frère Bartholomé, comme Washington Irving l'avait cru avec Las-Casas. Et, au mois de mai 1846, nous avons eu le plaisir de communiquer ce résultat à l'illustre historien de Colomb, qui se trouvait alors à Madrid en qualité de ministre des États-Unis, et qui a appris la nouvelle avec beaucoup d'intérêt.
Ces trois notes confirment le fait des navigations de Colomb en Guinée, et surtout elles nous font connaître une visite de Colomb à Lisbonne, en 1488, à la suite de l'invitation qu'il reçut du roi de Portugal par la lettre que Navarrete a publiée.
Comme l'imprimerie n'aurait pu rendre certaines abréviations, nous avons cru préférable de recourir à la lithographie.
p. 3) que (( en conséquence de la permission générale donnée en Espagne, en 1495, pour aller aux découvertes, plusieurs navigateurs se préparèrent pour cela ; » et il ajoute : « Gomme ces expéditions se faisaient généralement par des particuliers et à leurs propres frais, leurs journaux de route ne se sont point conservés. » Et le vieux Gomara confirme cette assertion par les mots suivants : « Voyant combien étaient considérables les pays que Christophe Colomb avait fait connaître, plusieurs marins allèrent poursuivre la découverte de tous ces pays : les uns à leurs frais , les autres aux frais du roi, et tous s'imaginant de s'enrichir, d'acquérir de la renommée et de s'attirer l'estime des rois. Mais comme la plupart d'entre eux n'ont fait que découvrir et se ruiner, il n'est pas resté de mémoire de tous, que je sache.... ni même de tous ceux qui sont allés de l'autre côté de Paria depuis l'année 1495 jusqu'à celle de 1500 (1). » Or, nous savons que la permission du 10 avril 1495, pour ces voyages, n'a été révoquée que le 2 juin 1497, quand Vespuce était déjà en mer.
17. — Seconde preuve. — Vespuce déclare qu'il a pris la résolution de voyager quatre ans après avoir été, à Séville, occupé dans le commerce, et nous sa-
(1) Entendiendo quan grandissimas tierras eranlasque Christoval Colon descubria, fueron muchos a continuar el descubrimiento de todas : uuos a su costa, otros a la del rey, y todos pësaDdo enriqueçer, ganar fama y medrar con los reyes. Pero como Ios mas dellos no hizieron sino descubrir y gastarse, no quedô memoria de todos, que yo sepa... Ni aun de todos los que fueron por la otra parte de Paria desde cl aùo de 1495 hasta el de 1500. » (Fol. 50, éd. de 1553.}
vons qu'il était en Espagne depuis 1492 (1), envoyé par Lorenzo Pier Francesco de Medice pour surveiller une maison de commerce que celui-ci avait dans ce royaume (2). Il se peut bien qu'une telle résolution de voyager lui fût survenue par suite du décès du négociant Juanoto Berardi , au mois de décembre 1495. Vespuce qui lui succéda dans la gérance de la maison à Séville, prit sur lui la responsabilité de l'engagement qu'avait fait le même Berardi (3), au mois d'avril précédent, de fournir à l'Etat, de quatre en quatre, douze navires pour les voyages aux Indes orientales, et il ne cessa pas de s'occuper de l'équipement de quatre de ces navires jusqu'à leur sortie de San- Lucar. Ce port est, comme nous le savons, en face de Cadix, d'où selon le récit de Vespuce est partie, en 1497, l'expédition justement composée de quatre navires aussi, dont il nous dit qu'il a fait partie ; ce qui paraît très probable, attendu que, pendant le temps qu'il déclare avoir été absent, il n'y a pas de traces de la continuation de son séjour en Espagne, Les faits qui se rencontrent dans l'ouvrage de Navarrete (II, p. 316 et 317) ont été interprétés et racontés avec beaucoup d'exactitude par Washington Irving (éd. de 1849, vol. III, p. 331) ; et ils auraient été certainement beaucoup plus avantageusement mis à profit par Humboldt, si le savant auteur de Y Examen critique
(1) BartoIozzi,p. 9o.
(2) Ibid. p. 80.
(3) Ce Berardi avait déjà été chargé, l'année précédente, d'une commission analogue de la part de Colomb (Nav. III, p. 292 et 316).
n'eût pas été prévenu (1) de l'idée que ces équipements ne pouvaient se rapporter qu'aux préparatifs du troisième voyage de Colomb ; ce qui n'est dit nulle part.
18. — Troisième preuve. — Si Vespuce n'avait pas rendu à l'Espagne d'autre service que d'avoir accompagné Hojeda à Paria et à l'Espanola en 1499, il n'aurait pas reçu tant de marques de considération, de 1505 à 1512, à peine arrivé, après avoir été quatre ans au service du Portugal. De l'année 1505 à 1508, il était consulté pour tout ce qui regardait les expéditions aux Indes ; il percevait des appointements ; il reçut d'honorables lettres de naturalisation; enfin il fut élevé au poste de pilote majeur, avec des attributions si étendues, que personne ne pouvait servir de pilote pour les colonies sans son approbation.
19. — Quatrième preuve. — D'après le récit de Vespuce, dans tout l'espace compris entre les 16° nord jusqu'aux plages septentrionales, il n'avait pas trouvé de canal de communication avec la mer des Indes orientales; et d'autre part nous savons que Colomb, qui ne cherchait que cette communication, dans son quatrième voyage, en 1502, c'est-à-dire à la première occasion qu'il eut après qu'il put avoir des nouvelles du voyage de Vespuce , au lieu d'aller essayer de le trouver en naviguant tout droit des Antilles vers l'occident, se dirigea vers le sud-ouest, à la latitude de 16° et au cap de Higueras que nous croyons le parage où Ves-
(1) Voy. Humboldt, Ex. crit., vol. IV, p. 267, 272, 273,274, 303, et t. V, p. 50. Voy. aussi le même vol. IV, p. 268 et 2G9.
puce avait atterri. Et au lieu de suivre la côte à l'ouest, déjà étudiée par Vespuce et reconnue comme un golfe sans communication, il prit vers l'est et explora une côte qui n'avait pas encore été visitée.
20. — Cinquième preuve. — En 1A94, Colomb ayant découvert les côtes de l'île de Cuba, crut qu'elles appartenaient à un continent. Or, déjà en 1500, on voit Cuba figuré sur la carte comme une île, et peu de temps après, Anghiera (Dec. I", liv. 6) nous dit : « Il ne manque pas de gens qui prétendent avoir navigué autour de Cuba. S'il en est ainsi je ne le décide
pas , nous le saurons par le temps, vrai juge toujours vigilant (1). » Et à un autre endroit (Dec. IIe, liv. 7) il ajoute : « Vincent Yanez. ... fit la circumnavigation de Cuba, jugée par beaucoup de monde jusqu'alors un continent, à cause de sa longueur. Plusieurs autres se vantent aussi d'en avoir fait autant (2). » Anghiera, qui écrivait ces lignes en 1514, ajoute encore, peut-être en confondant un peu les faits, « Vincent Yanez ayant clairement reconnu par l'expérience que Cuba était une île, s'avança au delà et rencontra d'autres terres vers l'ouest de Cuba. »