LA PRÉDESTINÉE
C'est en vain, 6 ma sœur, que, dans la solitude, Votre cœur chercherait le repos qui le fuit ; Chaque âme a son destin et jamais ne l'élude, Et, pour elle, demain continue aujourd'hui.
Ni le fauve désert ni la forêt profonde N'eussent été pour vous le sûr et vrai séjour, Car sous aucun climat et dans nul lieu du monde Les cœurs prédestinés n'échappent à l'amour ;
Et, si môme le cloître et sa clôture austère Vous eussent isolée en un rôve divin.
Vous sentiriez encor sous vos pieds nus la terre Où saignent tant de pas aux ronces du chemin
Dans l'illusoire paix et dans le faux silence Dont le mensong^e, hélas ! ne vous tromperait point, N'entendriez-vous pas la voix de la souffrance Par delà les hauts murs vous appehr de loin ?
Et, dans l'étroit jardin que hantent les colombes, Vous verriez s'avancer vers vous, entre les buis, L'amour qui fait fleurir des roses sur les tombes Et veut que certains cœurs à jamais soient à lui.
puÈUEs DivEns 43
APOLLON ET DAPILNÉ
rjunml la Nymphe eut senti lYcorcc protectrice, Ue la nuque au talon, l'enserrer peu à peu Kl que ral)ri vivant du fcuillag'e complice Eut euflu délivré son corps rebelle au dieu,
Apollon ravisseur, devant Daphné ravie Au lumineux désir qu'elle avait évite, S'arrêta, contemplant avec mélancolie Le vert laurier promis h l'immortalité ;
Puis, baissant tristement sa této sans victoire, On vit le Dieu pleurer dans l'ombre, le front lourd, Car que vaux-tu. Laurier, si la main do la (îloire N'a pas cueilli ta Veuille au soleil de l'Amour ?
44 VESTIOIA FLAMMEE