‹ Vestigia flammae; poèmesChapitre 25 sur 95 · UN HOMME PARLE · texte numérisé non relu

UN HOMME PARLE

« Je fuis en emportant votre imaj^e en racs yeux. Tout ce qui vous entoure ici m'est odieux. M'irrite, me fait mal, me blesse et m'exaspère. Je hais à votre front la caresse d'un père, L'étreinte protectrice et le calme baiser Qu'avant que vous donniez, chaque soir, vient poser La lèvre maternelle à votre jeune joue... Victime d'un tourment qu'avec peine on avoue Je voudrais vous savoir sans parents, sans amis. Seule et faible, au milieu d'un monde d'ennemis ; Et mon hostilité s'étend jusques aux choses. Je déteste en mon creur les miroirs et les roses Parce qu'à leur couleur, parce qu'à leur reflet, Hélas 1 en souriant, votre reg-ard se platt; Et j'ai honte pourtant d'élrc ainsi, c'est pourquoi Je vous fuis avec votre image au fond de moi

70 VEStIGIA FLAMMJË

Jusqu'à ce que j'entende, au-dessus de ma léte,

Murmurer la forêt et que mon pas s'arrête.

La solitude est douce à qui souffre d'amour.

Au moins, là, je pourrai oublier, tout un jour,

Ma douleur, mon souci, mon ani^oisse, ma peine.

Je vous ai arrachée à la ville lointaine,

Je vous ai devant moi, telle que je vous veux.

Nul ne touchera plus vos mains et vos cheveux.

Vous ne sourirez plus au visiteur habile

Qui vous vient raconter les propos de la ville

Et je n'épierai plus vos yeux pour deviner

Quel espoir de lui plaire ils peuvent lui donner.

Nul rival n'a suivi notre fuite amoureuse.

Si vous saviez comme ma pauvre âme est peureuse !

Mais, tout à coup, voici que le feuillage au vent

Frémit, en un clair rire innombrable et vivant

Par lequel la forêt m'avertit et me raille.

Et que soudain mon cœur jaloux bat et tressaille;

Je ne me sens plus seul et quelqu'un est venu

Rêver aussi de vous, en ce bois étendu,

Car il me semble entendre, inquiet et farouche,

L'écho redire un nom que n'a pas dit ma bouche ! »

CE qu'ils M'ont dit 7'

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