I.a fontaine en secret parle au bosquet ombreux
Les papillons mêlent leurs ailes à la brise
Et les fruits sont de l'or dans le feuillage heureux;
Mais dans le beau jardin d'extase et de lumière Aucun pas ne résonne en l'écho qui le fuit ; Nulle lèvre en riant ne boit l'eau solitaire, Nulle main aux doigts frais ne cueille l'or du fruit,
Et, debout sur le seuil avec ses ailes d'aig-le, Taciturne gardien de la porte et du lieu, Le grand Ange d'airain, protecteur de la Règle, A laissé devant lui choir son glaive de fou. . .
C'est lui qui, noir témoin du geste et de l'étreinte, De l'Eden pour jamais a chassé les amants, Et là-bas, au dehors de la céleste enceinte, Il les regarde au loin s'en aller, lentement.
Se retourneront-ils avant que disparaisse L'asile merveilleux qu'ils ne reverront pas ? L'air apportera-t-il l'appel de leur détresse ? Lèveront-ils la tête ou tendront ils les bras ?
Non ! Ceux dont le baiser joint les lèvres ardentes. Que la ronce ci^uelle écorche leurs pieds nus Ou que la source manque à leurs haltes brûlanteS; Ne se souviennent pas des paradis perdus !
PO^MBS DXVBns 15
Et, sur le sol pierreux que hérisse l'épine, S'éloignant côlo à côle en se tenant la main, Le beau couple banni fièrement s'achemine, Farouche, dans la paix de son péché divin.
16 ViiSTîGlA FLAMM/ÏÎ