‹ Vestigia flammae; poèmesChapitre 40 sur 95 · LA CHUTE · texte numérisé non relu

LA CHUTE

« C'est en vain que je porte une aile à mon talon Que, plus vif que n'est vif le rapide aquilon, J'ai bondi vers le ciel hors de la gaine juste Qui me tenait au sol, prisonnier jusqu'au buste, Et que, d'un seul élan, tout à coup, j'ai volé... Tout d'abord, j'ai senti l'ivresse d'être ailé, De monter, dans une vertigineuse joie, Vers l'azur, et si haut que nul œil ne me voie. D'avoir enfin rompu le terrestre lien Et d'être devenu l'Hermès aérien ; Et j'ai cru que jamais sur la terre fangeuse Je ne reposerais ma sandale orgueilleuse ; Mais bientôt j'ai senti le regret d'être un Dieu Perdu dans la lumière et noyé dans l'air bleu ; Le vieil attrait d'en bas a pesé dans mes veines ; J'ai respiré l'odeur des vallons et des plaines

CR qu'ils m'ont dit loi

Et brusque, haletant, lourd de honte, éperdu, Vers la terre soudain je suis redescendu Et les hommes ont vu ce prodige bizarre ; Le vol d'Hermès Huir par la chute d'Icare. »

C'est ainsi que, joyeuse ou triste, tour à tour.

J'ai prêté dans ces vers ma voix à ton amour.

Et maintenant relis les patjes du poème...

C'est pour toi que j'ai dit: « Jesens,je soufjfre, j'aime. »

Ai je bien reproduit ta pensée et ton cœur.

En sa détresse, en son espoir^ en son ardeur ?

Sont-ce bien là tes yeux, ta bouche, ton langage ?

Ai' je fidèlement offert à ton visage

Le fidèle miroir des rythmes et des mots ?

Est-ce là ton refiet, sont-ce là tes échos ?

Allons relis encor les strophes du poème.

Et, si ma voix n'est pas ton sou/fie et ta voix même.

Disperse aux quatre vents le feuillet déchiré.

Et si j'ai fait mentir le visage sacré

Qu'au plus humble de nous donne un instant la vie

Lorsque se montre en lui le Dieu quelle humilie.

Alors brise d'un geste amical et déçu

Le miroir oà l'amour ne s'est pas reconnu !

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