LE COLLIER DE VERRE
Je suis assis au fond d'une boutique obscure De lu Galle Lar^a San Marco. Je choisis Un de ces clairs colliers dont le verre s'azure Et j'écoute en naes doigts tinter son cliquetis ;
Touslesmurssonlcouverts,du plafond jusqu'aux plinthes. De longs fils suspendus qui balancent leurs grains Dont les vives rondeurs sous un émail sont peintes Do toutes les couleurs du soir et du matin ;
La boutique du vieux Bcrengo est étroite, Etroite la « calle » et pauvre le marchand, Mais tout y luit, scintille, clincclle et miroite Et les perles de verre y gazouillent leur chant.
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Car, lorsque par hasard, du coude ou de la hanche, On touche ces longs fils lumineux et légers Mystérieusement l'un vers l'autre se penche Et l'air vibre longtemps de leurs sons échangés...
C'est là que j'ai choisi pour vous, un jour d'automne, Ce collier sans fermoir qui vous allait si bien : « Vous rappellerez-vous celui qui vous le donne ? « Vous rappellerez-vous le ciel vénitien ?
« Vous rappellerez-vous », disais-je, Le temps pa^se Et rompt de son doigt dur le fil le mieux Isé ; Le collier se dénoue et la perle se casse Et si je me souviens vous avez oublié.
Et s^n.^ doute, aujourd'hui» en ce soir solitsiire, Mélancoliquement je pense, seul de oqus, A la boutique obscure, à ces colliers de verre, A l'étroite Calle Larga — je pense à vous...