‹ Vestigia flammae; poèmesChapitre 90 sur 95 · UE[\THR MORISOT · texte numérisé non relu

UE[\THR MORISOT

(mAUAUR EUGÈNE MANEt)

Le dimanche, parfois,Miillarm6 m'emmenait.

Non loin du Bois, dîner chez madame Manet.

On quittait l'avenue où la foule circule.

C'était l'été. Dé-jà venait le crépuscule

Et, quand nous entrions dans levaste atelier

Calme, élégant, avec son roido mobilier

Knipire, — canapés, chaises aux formes nettes,

Sphinx allongés aux bras des fauteuils à palmettcs, —

On se sentait un peu timide et presque sot

Sous le regard aigu do Ucrthe Morisot.

Jo la revois comme jadis en ces dimanches:

Houolie amère, veux très noirs et longues mèches blauchos,

Hautaine et grave on son silencieux orgueil

De porter ce grand nom dont l'art était ea deuil

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Et qui, de haut, planait sur son œuvre de femme,

Œuvre probe, sincère, ardente et sans réclame ...

On était peu. Sa fille et quelques vieux amis

Autour d'elle, chaque semaine, réunis :

Parfois Renoir nerveux et Degas sarcaslique.

Je revois Mallarmé leur donnant la réplique,

Courtois, ingénieux, ironique, éloquent.

Je me taisais. Puis, à l'heure du dîner, quand.

Par groupes, on allait vers la table servie,

Madame Morisot et sa fille Julie

Nous précédant, on entendait sur le parquet,

Où la crispation de ses ongles craquait.

Se glisser, par la porte à deux battants ouverte,

Le pas souple et grlQu du lévrier Laërte.

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