‹ VeuillotChapitre 13 sur 15 · L'UNIVERS RÉTABLI · texte numérisé non relu

L'UNIVERS RÉTABLI

V*uillot.

chapuke: x.

L LMVtUs KL r ABU,

Cette grande fortune de Veuillot, Timporlance qu'il achevait de prendre, n'empêchait pas que le gouverneaicnt n'eût atteint une partie au moins de co qu'il avait recherché, et que la cau&e en général pàtît.

Dans le combat que se livraient les idées, rien ne pouvait remplacer le journal. L'Unwcrs muet, la polémique du Siècle et celle du Journal des Débaii^ prirent une avance considérable, après laquelle les brochures s'essoufflaient. Ce qu'il y avait de journaux catholiques, demeurait manifestement au-dessous de la tâche à laquelle manquait \'euillot.

(Jn a\ait répété chez eux, que leur modération ferait mieux que ses violences. On peut en juger à relïel. Il fut honteux et piluyable. Ces journaux firent peu, et ce peu souleva des rages plus fortes que ÏUniver& n'en avait jamais déchaîné. On le craignait, et l'adversaire, pour peu qu'il fût capable de réflexion et de prudence, le ménageait. Contre une

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presse incertaine, timide, à demi-complice, on se permettait tous les excès. D'autre part, aucun ou presque aucun de ceux du camp ennemi qu'on dépeignait comme honnêtes gens, capables de porter témoignage pour l'Eglise, si Veuillot ne les eût rebutés, ne se montra.

« Du côté des philosophes et des académistes, dit notre auteur dans la préface du onzième volume des Mélanges, un grand silence s'est fait. Parmi ces hommes, que l'on disait prêts à embrasser le Christianisme si nous pouvions cesser de les épouvanter, à peine un seul s'est levé pour défendre l'Eglise, attaquée avec tant de fureur. Ceux du tiers parti, non moins réservés, ont paru décidément plus philosophes que chrétiens. Les vrais chrétiens se sont honorés par quelques efforts, trop souvent encore affadis des superstitions de l'Esprit moderne. Ou ils ont été dédaignés, ou ils ont vu s'animer contre eux, plus furieuse que contre nous-mêmes, la meute qu'ils nous reprochaient d'irriter... Nous avions mainte fois annoncé ce résultat. Si la ligne franche de V Univers n'était pas tenue, disions-nous, ses adversaires catholiques, sous peine de forfaire, seraient contraints de parler comme lui ; et nous, qui déserterions le poste, nous aurions les honneurs de la charité et les responsabilités du silence. C'est à

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l'abri du zèle de quelques-uns, que d'autres récoltf^nt les bénéfices de la modération. ^

Cependant un journal de profession exclusivement catholique comme VUnivers, le Monde, avait été fondé. Coquille et Du Lac y écrivaient. V^euillot n'y prit jamais la plume, autant parce qu'il n'y tenait guère, se sentant surveillé et ne pouvant espérer trouver, même hors de chez lui, même sous l'anonyme, ses coudées franches, que parce que Taconet, le directeur, se fût cru compromis de l'admettre. Puis Veuillot ailleurs qu'à VUnivers n'était pas Veuillot. Il fallait, avec la force de ses raisons et le prestige de sa verve, le poids de son autorité, qu'un changement pareil diminuait.

Ainsi la doctrine ne chôma point, mais on manqua de la controverse, qui seule pouvait tenir la partie.

Cela fut senti, cela Test encore, à l'égard de l'encyclique Quanta cura et du Syllabus, qui parurent pendant cette période. Tous ceux qui ont suivi l'opinion catholique et qui vivent au milieu de ses témoignages, ont pu remarquer ime chose : c'est que cet acte de Pie ÏX est le seul qui n'ait pas parfaitement triomphé chez elle du parti hostile ù ce pontife. Ceux qui attaquent sa mémoire, ménagent les Zouaves pontificaux, glissent sur l'Infaillibilité, et s'arrêtent au Syllabus ; chez les catholiques libéraux,

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tout de Pie IX obtient, sinon l'amour, au moins le respect, excepté le Syllabus : chez les simples fidèles non spécialement instruits, le Syllabus rencontre un peu d'hésitation ; de bien disposés disent : Oblige-t-il ? Telle est la situation ; quelk raison en donner? Nulle autre, que celle-ci.

VUnlvers était supprimé, Veuillot était muet, quand le Sijllahus parut.

Le Syllabus et l'encyclique ont manqué devant l'opinion de l'appui particulier dont la presse seule dispose de ce temps-ci. I^ur vigueur doctrinale et leur autorité ne fait point doute ; la pensée sérieuse et instruite, l'o'béissance simple les avoue ; mais devant la pensée distraite, devant l'esprit de chicane, il leur faut batailler, et ils passent chez l'ennemi pour des points vulnérables. Ils ne passeraient pas pour tels, et l'on n'aurait pas plus de bataille à livrer en cet endroit qu'ailleurs, si par quelques coups vigoureux V Univers avait été là pour dégager la polémique, sauver de scandale les faibles, et administrer à l'adversaire quelqu'une de ces bonnes corrections, dont le souvenir est la sagesse des sois,

C'était en 1864. On eut, au lieu de Veuillot, Mgr Dupanloup, c'est-à-dire l'un des hommes d'Europe^ que le document pontifical gênait le plus. Il fut forcé, il crut habile, d'en prendre publiquement la] défense, mais comment v eût-il mis la force ? Si

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brochure ne fut qu'un écrit de circonstance, qui faisait face aux \ iolences déchaînées contre le Pape, mais n'abordait pas la doctrine. Pic IX demanda au prélat de revenir sur le sujet afin de pourvoir à cette partie, mais ce supplément ne vit jamais le jour.

Chose curieuse, ce fait remarquable, de Veuillot réduit au silence au temps où parut le Sijllahus, s'effaça promptement de la mémoire des hommes. Les libéraux cr-urent se rappeler qu'il en avait fait l'outrageux éloge ; tout ce qui dans la presse impie s'est imprimé d'injures contre Veuillot, met cet éloge au nom des torts du polémiste. Tant il était dans son rôle de le faire, tant l'obstacle qu'y mettaient les choses faisait violence ti la nature. Mais j'ai remarqué que, s'il eût fait cet éloge, la lâcheté et la haine eussent été réduites h le lui reprocher d'un autre ton.

Il se trouvait alors à Rome, pour la septième fois, avec ks siens, et pour un séjour de plusieurs mois. L'encyclique eut entre autres effets celui de tourner tous les regards sur lui.

« Il faut avouer, écrivait-il alors, que je suis un mortel bien caressé par la réclame. Je passe le temps A promener mes enfants et mes bonnes ; la police en fait ses rapports et persiste à me voir aux mains le levier qui remue le monde... Ces imbéciles croient qu'on pourrait et qu'on voudrait se

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mêler d'intervenir dans le gouvernement de l'Eglise. Il n'est pas jusqu'au seigneur Ulloa, ministre du roi de Naples, qui déplore ma présence. Il m'accuse aussi de souffler le feu d'où les encycliques s'élancent tout allumées. »

C'était la première fois que Veuillot avait l'honneur de se voir attribuer ce rôle. Il faut noter la date. Elle marque, et dans sa vie la période de grande importance, et chez l'ennemi le commencement d'une tactiqu-e digne d'attention. Quelques années plus tard on allait reprocher à Veuillot de dominer le Concile, et entreprendre de décrier par là le zèle de l'un et les décisions de l'autre. Ce reproche appartenait à l'espèce hypocrite, par laquelle, n'osant mettre en cause l'autorité elle-même, on la représente comme sujette h des influences étrangères, où l'on feint d'adresser ces coups. Cette feinte avait cours et elle a cours encore dans les différents partis, chez les modérés comme chez les violents ; mais ce sont les premiers qui lui donnent crédit, par les soupirs dévots dont ils ont le talent de l'accompagner.

Les Jésuites autrefois avaient servi à cette diversion. Les ennemis de Rome ne frappaient pas un coup, qu'on n'assurât qui leur fût destiné. Depuis le temps du Syllabus jusqu'en 1870, Veuillot tint la place des Jésuites à cet égard.

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Maguelonne, son ami. rapporte dans une lettre, ce mot, recueilli par lui de la bouche du Pape : « Veuillot vrai défenseur de mon pontificat : Vero defensore del mio pontificato ». Ce sera le mot de la postérité, c'est réellement le mot de l'histoire. Il exprime une réalité, dont la malveillance sut tirer la ridicule caricature d'un Veuillot inspirateur du pape. En jugeant à ce qu'elle vaut cette caricature, il est bon de n'en pas moins noter la vérité qu'elle sert h recouvrir.

Avançons. C'est un fait remarquable que le silence de VUn'wers tombe dans le temps où les libéraux se montrèrent surtout entreprenants. Un grief allégué du parti contre lui, c'est que Veuillot avait poussé à l'avènement du despotisme dans la personne de Napoléon III; cependant quelque chose les gênait, c'est qu'eux-mêmes, en faisant ce reproche, ne laissaient pas de trouver chez le despote des raisons de se satisfaire. Ennemis de l'action énergique saluée par l'opinion dans le coup d'Etat de Décembre, Montalembert, Falloux et Dupanloup reconnaissaient quelques-uns de leurs principes dans ce pouvoir, soumis ù l'opinion, empêtré dans les droits des peuples, et qui souffrait Garibaldi et le Siècle, dans le « Louis Philippe perfectionné » que Veuillot découvrait sous l'Empereur. Veuillot exprime fort bien ces embarras de l'ennemi, quand il remarque (chose

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digne cl 'attention) que l'Empire fut soutenu par les deux fractions catholiques :

« La première, composée des ultramontains, le soutenait par principe ; la seconde, composée de la petite école libérale, le combattait dans la mesure constitutionnelle, mais en même temps donnait quelque assistance à quelques-uns de ses penchants libéraux. Elle disait qu'il fallait marcher avec le temps, ne pas irriter l'esprit moderne, que l'Eglise avait besoin de se rajeunir et Rome de se réformer. »

Cette situation double gênait le parti libéral : elle embarrassait les discours qu'il adressait à l'opinion française. Des circonstances lui permirent à cette époque de ne s'adresser qu'à l'Europe. Ce fut fi ces congrès de Malines, que des catholiques venus du monde entier organisèrent comme une espèce de parlement, où se discuteraient leurs intérêts.

Telle était à cette époque la rage de la tribune. Des enfants de l'Eglise se rongeaient de ne pouvoir faire des discours, composv5s à la mode des Chambres, sur des sujets de piété, devant un pieux auditoire. Les Congrès de Malines furent pour ceux-là une aubaine d'autant plus appréciée, que la tribune de la monarchie de Juillet demeurait sous le pied du vainqueur de Décembre, en sorte qu'en réalisant ce rêve, on apvaisait en même temps des regrets.

On n'attendait de ces assemblées aucune décision,

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ni sanction d'aucune sorte. Elles ne devaient sen'ir qu'à discuter. Par ces discussions on se flattait de créer « un foyer de lumière, de charité et d'amour, où viendrait se rctrempor le courage, se fortifier les résolutions, s'affirmer les grandes vérités, et se consolider la sainte alliance des fils de l'Eglise. » Ces termes, inscrits dans l'Introduction des Comptes- Rendus de la première assemblée, frappent un lecteur moderne, du son désagréable de la billevesée parlementaire. Le congrès n'aboutit à rien, et ne se tint que deux fois, en 1863 et en 1864. Monlalembert et Dupanloup y triomphèrent successivement. On les couvrit d'éloges et d'applaudissements.

Cependant, ù la faveur de ces stériles tapages, la cause libérale se fortifiait. Un curieux témoignage a prouvé qu'à toutes ses allures équivoques, il n'a pas même manqué la forme d'un complot. En octol^re 1862, cinq amis de Montalembert avaient pris rendez-vous à La Roche-en-Brény, qui était sa maison de campagne, et s'étaient entretenus de la question Romaine e( des besoins de la société moderne. Un esprit rie dévotion présidait : mais le but que ces amis donnaient ù leurs efforts, dévoyait étrangement cet esprit.

L'illusion du chûlelain et de se< hôles était telle, qu'on ne recula pas devant une espèc»^ de pacte. ^rsLV^ en marbre dans la chapelle. Cette inscription.

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restée d'abord secrète, produisit dans le public, quand on la divulgua, une assez pénible impression. Personne de ceux qui la liront ici, n'y reconnaîtra la franchise et l'aisance du catholique, qui ne veut qu'obéir. La voici :

« Dans cet oratoire, Félix, évêque d'Orléans, a distribué le pain de la parole et le pain de la vie chrétienne à un petit troupeau d'amis, qui, depuis longtemps habitués à combattre ensemble pour VEglise libre dans la patrie libre, ont renouvelé le pacte de vouer de même le reste de leur vie à Dieu et à la liberté. » Suivaient les signatures : « Alfred comte de Falloux ; Théophile Foisset ; Augustin Cochin ; comte de Montalembert ; absent de corps, mais présent d'esprit, Albert prince de Broglie. »

La théorie de l'Eglise libre dans l'Etat libre alkit être condamnée par le Syllabus, Le sens en était réprouvé depuis Lamennais. Mais ce qu'on doit demander ici, n'est pas si elle était licite ; ce qui étonne, ce qui scandalise, ce qui (j'oserai le dire) fait horreur, c'est ce spectacle de catholiques secrètement assemblés, scellant de la communion, de la communion reçue de la main d'un évêque, le pacte d^un parti dans VEglise. Réservons le respect que l'on doit aux personnes; il faut avouer que le pur esprit de secte éclate dans de pareilles actions. Ne nous étonnons pas si depuis cette époque on

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voit raiiciemie dissidence de Veuiliot et des libéraux prendre une violence inusitée. A l'injustice de l'erreur, à l'aigreur de la rancune, ceux-ci méiaienl une part de fanatisme et de mysticisme illuminé.

Veuiliot, qui ne connaissait pas alors le pacte de la Hoche-en-Brény, exprimait avec claiiTuyance ce point dans sa brochure de V Illusion libérale. Le caractère du catholique libéral en fait le morceau d'introduction : ({ Catholique libéral tant qu'il voudra ; il porte un caractère plus connu, et tous ses traits l'ont également reconnaître un personnage trop fré quent dans l'histoire de l'Eglise : sectaire, voilà son vrai nom. »

Celte nouvelle brochure vit le jour en 1866, deux ans après l'encyclique. On y trouve plusieurs traite dont la fraîcheur étonne, et qui semblent écrits au jourdhui.

u L'Eglise, dit le contradicteur que Veuiliot suppose et fait parler, a toujours trop gêné l'esprit humain. Sur le principe de l'intolérance, elle a constitué un pouvoir séculier encore plus fâcheux. Ce pouvoir a asservi l'Eglise elle-même plus encore que le monde. Les gouvernements catholiques se sont ingérés d'imposer la foi ; de là des violences qui ont révolté la conscience humaine et qui l'ont précipitée dans l'incrédulité. L'Eglise périt par les appuis légitimes qu'elle s'est voulu donner. Le temps

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est venu de changer ces maximes. Il faut que TÉglise renonce à tout pouvoir coércitif sur les consciences, quelle nie ce pouvoir aux gouvernements... »

Ce système, celui de l'Église libre dans l'Etat libre, pour le service duquel les partisans de la Roche-en Brény s'étaient liés par une communion solennelle, est représenté comme seul licite, seul voulu de Dieu, seul de « droit divin. »

« L'on peut dire que ce régime est de droit divin. Dieu lui-même l'a établi en créant l'homme libre ; il le pratique en taisant luire son soleil sur les bons et sur les méchants.. A l'égard de ceux qui méconnaissent la vérité, Dieu aura son jour de justice, que l'homme n'a pas le droit d'avancer. » Suivent les règles qui seront, selon le parti, celks de la société future : a L'Etat n'excommuniera personne et ne sera jamais exconununié. La loi civile ne reconnaîtra aucune immunité ecclésiastique; d'un autre côté pas plus d'incapacUés et de prohibitions civiles que d'immunités. Toute religion prêchera, imprimera, processionnera, carillonnera, anathématisera, enterrera suivant sa l'aotaisic, et les ministres du culte seront tout ce que peut être un citoyen. Rien n'empêchera, du côté de l'Etat, qu'un évêque commande sa compagnie de garde nationale ; rien n'empêchera non plus que son Eglise, ou le concile, ou

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le pape, puisseuL le déposer. L'Etat uc cumiaîl que letj laits d'ordre public. »

Ceci est de la doctrine, il y a aussi des moeurs : u 11 commença une digression sur la liberté humaine, sur les changements qui se sont opérés dans le monde, sur les époques de transition, sur les abu^ et les inutilités de la contrainte, sur le péril d avoir des privilèges, et sur la convenance d'y renoncer absolument... 11 partait toujours du même pied, criant qu'il était catholique, entant de l'Eglise, enfant soumis ; mais non moins homme de ce siècle, membre de rhumanité mùrc et en âge de se gou verner elle-même. Aux arguments lires de l'histoire il répondait que l'humanité nuire est mi monde nouveau, en présence de qui l'histoire ne prouve plus rien. Aux paroles des Saints itères, tantôt il opposait d'autres paroles, tantôt il disait que les Saints Pères avaient parlé pour leur temps, et que nous devons penser et agir comme au nôtre... 11 ne s'embarrassait pas davantage des bulles dogmatiques de la cour romaine : la bulle Unam aanctam (le Boniface Vlll le lit sourire... » On lui objecte d'autres pièces. Il répond : « Ce sont des formules disciplinaires faites pour le temps et qui n'ont i)lus de raison d'être aujourd'hui. L'homme est capable de liberté et ne connaît plus d'autre loi. « (> régime, (fui déconcerte vos timidités, pour-

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suivit-il, est pourtant celui qui sauvera VEglise, le genre humain se lève pour l'imposer. Il faudra bien le subir et cela est déjà fait... Votre résistance est vaine. Vos regrets ne sont pas seulement insensés, ils sont criminels. Ils font haïr l'Eglise, et ils nous entravent beaucoup, nous, libéraux, vos sauveurs, en faisant suspecter votre sincérité... ».

Cet excellent trait de comédie n'est pas le moins moderne de tous. Il a conduit sous nos yeux le ralliement. Mais plus plaisant encore et plus constant peut-être est celui de l'enthousiasme dont s'éprend ce caractère quand il se fait un argument de l'avenir : « Le passé mort, l'avenir radieux, la liberté, l'amour, la démocratie, l'humanité étaient mêlés là-dedans comme les faux brillants que les femmes répandent sur leurs fausses chevelures. » Coquelet (car c'est bien lui) criait : « Au lieu d'attirer sur vous une défaite certaine et probablement terrible, courez à la liberté, saluez-la, embrassez-la, aimez-la. Elle vous donnera plus que vous ne sauriez jamais ressaisir. »

« Là-dessus, remarque profondément l'auteur, les catholiques libéraux sont inépuisables. Cette illusion console leur esprit des défaillances de leur cœur. » Que ne donnera pas la liberté, pourvu qu'on lui fasse sa cour à temps ? « Que n'entreprendra pas l'Eglise quand elle pourra tout entreprendre ? Combien ne touchera-t-elle pas le cœur des peuples, lorsqu'ils la

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veiTOiit, abandonnée des puissants de ce monde, \ iv«:-e uniquement de son génie et de ses vertus ? Au milieu de la confusion des doctrines, du débordement des moeurs, elle apparaîtra seule pure, seule alt'ermie dans le bien. Elle sera le dernier refuge, lo rempart inexpugnable de la morale, de la famille, de la religion, de la liberté! »

« Cette éloquence, ajoute Veuillot, révèle bien les Molcnces de lappétit d'Esau, et la force de sa passion pour les lentilles. »

Ainsi le grand écrivain faisait, il y a cinquante ans, parler le sophisme que notre génération s'est vu présenter comme fraîchement sorti de terre, et que, sous nos yeux d'aujourd'hui, des charlatans à demi-abandonnés continuent de parer aux yeux des simples, des couleurs feintes de l'avenir.

Cinquante ans ; l'avenir d'alors est passé. Il a menti à toutes ces promesses ; on a pu voir que les liomincs n'en voulaient pas, et l'Eglise a montré (ju'elle ne pouvait les permettre. Cependant l'échec et la condamnation ont été oubliés. De nouveau la légèreté, l'inconsidération, la grossière ignorance, ont tenté l'aventure. Elles ont couru à de nouveaux échecs, à de nouvelles condamnations.

Chose admirable, ce ne sont pas aujourd'hui la leçon des choses d'une part, l'autorité de l'autre, qui mènent seules ces funérailles ; l'opinion entière

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s'y associe. Le catholicisme libéral ne recueille plus d'éloge en dehors des catholiques. Jules Lemaîtrc le constate à propos de Veuillot même, disant qu'il « préférerait le moment où nous sommes à ceux auxquels il a vécu. Il y verrait, dit-il, avec espoir la fin prochaine de ce qu'il a le plus haï, la fin du parlementarisme bourgeois et du catholicisme libéral. » Coterie suspecte au sein de l'Eglise, le libéralisme est au dehors une secte décriée. L'éclat qu'elle emprunta autrefois du siècle, lui fait défaut.

Devant cette deuxième défaite, devant cette chute plus profonde, il convient de rappeler l'invective qui, il y a un demi-siècle, en faisait déjà justice, d'en honorer la clairvoyance, et de saluer l'auteur de cette invective comme un maître.

Le rétablissement de V Univers suivit d'un an la publication de Vlllusion libérale et celle des Odeurs de Paris. Veuillot l'avait sollicité plusieurs fois, à l'occasion de changements dans le ministère. Il espéra quelque chose de Persigny, mais fut détrompé par l'effet. Il fallut la révolution qui substitua au régime de Décembre ce qu'on a appelé l'Empire libéral, pour amener cet événement. Le régime de la presse fut alors changé. On décida de permettre de fonder un journal à qui demanderait celte permission ; le fameux mécanisme des avertissements fut supprimé.

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Cependant la mauvaise volonté à regard de Veuil lot était telle, qu'on osa lui marchander son litre. On eût préféré que le journal changeât de nom. Il fallut recourir à l'Empereur, qui donna l'autorisation. Elle fut obtenue le 19 février 1869.

La nouvelle que ÏUniveis allait reparaître, eut un uinnense retentissement. Elle intéressait la cause de l'Eglise dans toute l'Europe. Une souscription ouverte pour en payer les frais, monta en quelques semaines à deux cent cinquante mille francs. Pie IX témoigna personnellement sa joie. Mille amis envoyaient de Uomc, de Bavière, d'Autriche, leurs félicitations. En France l'opinion catholique exultait ; la curiosité parisienne était impatiente de l'événement.

Le journal ressuscité parut le 10 avril. Tout ce qui demeurait de l'ancienne rédaction, excepté Coquille, y rentra. Ce dernier préféra le Monde. Du Lac, Doni Guérangcr. Blanc de Saint-Boiiiiet, collaborèrent. Il y avait aussi ?vlaguelonne et Aubineau. Enfin deux nouveaux venus, pleins de talent et d'ardeur, qui devaient porter jusqu'à nous la tradition vivante du maître, MM. Arthur Loth et Auguste Roussel, complétaient cette rédaction.

Le premier numéro cominençiiit ainsi :

« VUniuers fut supprimé le !'.> janvier 1860, sans imputation d'aucun délit, par une mesure purement

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politique, conforme d'ailleurs à la législation qui régit encore la presse... La presse politique ne prit nul intérêt à cette cause, et parut plutôt éviter d'en importuner le pouvoir. Durant sept années, les organes très variés de Topinion libérale laissèrent voir plus de rancune contre an adversaire désarmé, que de foi en leur propre doctrine... Ixous n'avons pas de programme à faire. VUnivers sera ce qu'il a été, sauf les améliorations de l'expérience. Nous ne sommes point de ceux qui se targuent de vieillir sans recueillir... La société est plus coupable que les individus : elle a bérité de plus d'erreurs qu'elle n'en a voulu créer. Rien, dans l'organisation sociale, n'est contesté sans quelque justice, par suite des déviations immenses que Tordre général a subies, et (|ue les générations nouvelles ont trouvées accomplies et irrémédiables... Nous ne ferons pas un journal de parti, on le sait ; nous ne ferons pas un journal de guerre, comme on lannonce, et nous ne ferons pas non plus un journal de conciliation, ainsi que nous y exhortent souvent ceux-là mêmes qui nous reprochent de n'avoir point de parti... En gardant la vérité, on ouvre assez les voies de la conciliation. La vérité seule concilie. Nous voyons le néant de toute conciliation proposée en dehors de la vérité. » On remarquera dans ce qu'on vient de lire, le titre de « journal de guerre » répudié. Cela correspon-

dûit au sentiment profond de l'impossibilité d'agir sur les événements ; c'était la renonciation du combat politique. Tout près de se faire légitimiste, Veuillot pouvait alors ne pas se croire plus voisin de la conversion, qu'à la veille du coup d'Etat ; et ce pôle manquant encore à sa route, il avait désormais compris l'inutilité de se guider sur les apparences, d'orienter une action quelconque au proiîl des forces qui se disputaient l'empire.

Monarchiste de principe depuis juin i8, ayant alors suivi les enseignes de Tordre en faveur d'une dictature trompeuse, il avait cessé de croire que, sans plus de garanties, on pût se fier h la monarchie même. Ces garanties il les plaçait au ciel, sans songer qu'il en est d'instituées du ciel même dans le domaine de l'observation des hommes. Des simagrées de dévotion, des cérémonies de Notre-Dame, avaient figuré à ses yeux ces garanties de la légitimité et l'aveu même de la Providence. C'était conférer à des signes, parce que le recours à Dieu y était plus apparent, la vertu que Dieu même a placée dans certaines règles des institutions. Dans le plan divin, sagement analysé, est-ce que nou^ ne devons pas croire que l'hérédité passe avant le sacre? Et, quoique le sacre soit nécessaire, le tiendra-t-on suffisant pour cela ? Sera-ce assez que le premier venu s'empare des consécrations que tout

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pouvoir pacifique peut attendre de l'Eglise, pour que soit interrompue la succession au trône, pour que les autres signes soient abolis ?

Ce fut l'erreur de Décembre. Veuillot la reconnaissait ; les événements l'avaient instruit ; mais il ne lui donnait pas encore la place qu'elle méritait. Déçu par les promesses, il réclamait des faits, des faits d'une nature si éclatante, que, n'y pouvant compter, il n'espérait plus rien, et renonçait à la lutte sur ce terrain. Il ne voyait pas encore que le roi légitime propose un but plus prochain à l'espoir ; car sa restauration se passe des faits impossibles, qui seraient nécessaires pour sacrer le hasard.

A la veille du coup d'Etat de décembre, Veuillot demandait que le nouveau Charlemagne dressât la potence de Mazzini dans Rome, et se fît couronner à Saint-Jean-de-Latran. Il le demandait sans l'espérer. Bientôt il comprendra que le retour de Henri V équivalait à un couronnement célébré dans Saint- Jean-de-Latran même, que le seul nom du roi légitime dans Paris passait en efficacité toutes les potences dressées pour tous les Mazzini du monde.

En attendant cette dernière étape, il n'y avait pour V Univers de besogne que le travail dans l'opinion. J'ai dit de quelle utilité l'opinion éclairée allait être aux événements qui se préparaient.

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