EST DÉDIÉE
A l'heure où j'achève ce livre, un organe religieux m'apporte cette définition de la presse catholique : « La presse strictement religieuse, et qui n'a pas d'autre but que d'édifier et d'instruire les fidèles... » Au commencement d'un livre consacré à l'histoire du plus grand des journalistes catholiques, cette définition vient à point pour provoquer la réflexion.
Deux choses en sont exclues, qui cependant appartiennent à la presse prise en général : c'est la polémique et l'action. Avec la presse prise en général, Veuillot se les est proposées, et pendant le siècle écoulé elles ont appartenu au genre de presse dont Veuillot réalisa la perfection. S'est-il trompé en cela, et devons-nous reconnaître que qui dit catholique, religieux, même quand il s'agit de presse, interdit les éclats de la bataille quotidienne, interdit d'entreprendre sur les événements par la voie de l'opinion et des organes publics ?
Il y a de nos jours des hommes qui le répètent et
qui le croient ; au temps de Veuilioi plusieurs feignaient de le croire. En réfutant ceux-là j'atteindrai deux objets : dégager la leçon qu on doit tirer de ce livre, et détruire une erreur courante.
Non vraiment, la presse catholique ne saurait être renfeiTnée dans le dessein d'édifier et d'instruire, par la raison palpable que pour ce double office on n'a pas besoin d'un journal. Des propos édifiants, des enseignements ne tirent aucun avantage d'être publiés au jour le jour et découpés en feuilles d'information. La publication quotidienne est inutile à cet objet ; les livres et les brochures suffisent à le remplir. Même ce n'est pas assez dire ; ce que le livre et la brochure font en ce genre parfaitement, le journal le fait mal.
Il est court, il agit par coups interrompus, il se fait entendre dans le tumulte ; toutes choses contraires à ceux qui ne chercheraient qu'à édifier et à instruire les lecteurs. L'édification demande du recueillement, l'instruction pure suppose une force et une constance d'application qu'on n'accorde presque pas au journal. Ainsi l'une et l'iiutre n'y peuvent que perdre ; elles s'y dégradent. C'est la raison qui fait que cpielques-unes de nos petites feuilles religieuses tombent intellectuellement si bas. Elles s'imaginent remplacer le proche, donner la lecture spirituelle ; sur un papier de journal on ne peut éviter que ces
nécessaires et \éuérables choses ne dégénèrent en redites ou en enfantillages, en niaiserie et en platitude. Loin d'édiiier, le ton béat de ces feuilles n'opère que 1 engourdissement et la fadeur ; au lieu d'instruire, comme elles craignent de rester au dessus du plus ignorant de leurs lecteurs, elles contribuent à l'ignorance commune.
Ainsi le devoir dans lequel on prétend enfermer la presse religieuse, aboutit à l'anéantir. Ce qu'on veut qu'elle fasse uniquement, elle est incapable de le bien faire. C'est un avertissement de ne pas mêler les genres, de ne pas confondre la presse avec le catccliisme, le journaliste avec le pasteur, ce qui dans son essence est levier d'opinion, avec les organes consacrés de l'apostolat et de l'autorité.
La presse est un levier d'opinion. Elle ne peut être que cela ; elle ne peut servir que sous celle forme. 11 y a une opinion catholique ; hors de l'opinion catholique, il y a une opinion qu'on peut influencer dans le sens de ce (jue recherche l'opinion catholique : une presse catholique est donc possible.
Faut-il souhaiter qu'elle soit? C'est demander si l'Eglise peut se désintéresser de l'état de l'opinion. En fait elle est bien lohi de s'en désintéresser, puisque, par la bouche du pape, des évêques, des curés, elle ne cesse de réclamer de bons journaux.
Ces journaux, catholiques de conduite et d'inlcn-
tion, ne peuvent éviter les mêmes nécessités qui gouvernent les autres journaux. Leur efTicacité dépendra du soin qu'ils prendront de se t^înir en contact avec l'opinion, d'intéresser sa curiosité et ses passions, de guetter ses entraînements et ses retours, non pour les servir, mais pour les dominer, soit en frappant au bon moment quelque grand coup, soit en préparant de longs effets par quelque insistance bien placée : toujours en maintenant le pied de guerre, deux fois nécessaire à la presse catholique, et parce que ce qu'elle défend est attaqué, et parce que seule la bataille bien menée réveille et entraîne l'opinion.
Il faudra se battre. De plus comme on ne fait la guerre que pour obtenir la paix, le journal, s'il est sagement conduit, ne bornera pas son ambition à discipliner l'opinion : par l'opinion, son but dernier sera d'agir sur les institutions et d'en ôter ce que condamne l'Eglise. Même ce souci risquera d'être plus grand dans un journal catholique qu'ailleurs : les catholiques sachant mieux que personne qu'on ne fonde pas sur l'opinion, qu'elle est inconstante et sans mémoire, et qu'il importe de prendre des sûretés contre elle, par les sanctions de fait que la faveur de l'opinion elle-même, dans quelque heureux moment, aura rendues possibles. Nous voilà loin de la presse uniquement édifiante.
Avouons que celle que je dépeins, la seule qui
compte, offre des dangers. Nulle part on nen voit nùeux la preuve que dans Ihistoirc de l'écrivain qui sut lui donner toute son ampleur. Spécifier ces dangers est donc de mon sujet.
La presse catholique, telle qu'il convient de la faire, a pour effet de constituer, auprès des pouvoirs réguliers de TEglise, des foyers de grande influence, représentés par les journaux : influence dont le favorable effet n'a d'autre garantie que la docilité individuelle du rédacteur. Ce levier puissant, cette force immense, pourra-t-on éviter qu'elle ne se trouve quelquefois en différend avec les pasteurs légitimes, curés ou évêques, avec le pape lui-même ? Je suppose des points où ce différend soit libre, mais où cependant l'autorité souhaitera que sa direction ne rencontre pas d'obslacle. Gomment <;e fera-t-elle obéir de la presse catholique ? S'armer contre le fidèle qui dirige le journal des sanctions d'Eglise, serait trop ; interdire le journal est chose plus grave encore, puisqu'elle atteint des écrits à paraître et condamne jusqu'aux intentions. La menace d'une lelle interdiction, le régime de risques semblables, encounjs autrement que par exception, dégoûterait d'essayer de la presse catholique. Chacun y renoncerait d'abord. Ajoutez que l'interdiction émanant des évêques ne peut raisonnablement s'étendre qu'à leurs diocèses ; en sorte que ce qu'on interdit d'un côté, étant
aulorisé, peut-être encouragé de l'autre, ne passera pas môme pour suspect aux yeux de l'opinion catholique. Ainsi toutes les sanctions sont vaines ou excessives. L'alternative est si étroite, qu'après quatre-vingts ans de journalisme catholique, où ces inconvénients se sont souvent fait sentir, la question des rapports réguliers de la presse catholique avec la hiérarchie n'est pas réglée. Plusieurs fois on s'est proposé d'y pourvoir ; mais la diiXiculté a fait y renoncer.
Un mot de Veuiîlot lui-même la résume assez bien. Comme, en 1870, xMgr Dupanloup menaçait (( une certaine presse », à cause de la guerre d'opinion qu'elle menait en faveur de l'infaillibilité : « Prétendre, dit Veuiîlot, que nous devions nous taire, s'est trop exiger pour le temps où nous vivons. Quand on ne peut ni ne veut imposer silence à tous les journaux, il n'est ni possible ni nécessaire de rimposer à une certaine presse. »
Telle est bien la question. Dans le tapage des journaux, sans frein, sans règle et sans mesure, dans le choc tumultueux des opinions diverses, où le mal triomphe avec facilité, estime-t-on que la presse catholique, armée pour tenir tête, doive disparaître ?
Aux dangers créés par ce tapage, ce serait en ajouter un autre : celui de laisser l'intérêt catholique sans organe devant l'opinion. Qu'on laisse donc la
presse catholique vivre, et qu'on lui permette d'exister selon le mode commun de la presse ; qu'on lui souffre la polémique, qui la fait accuser de manquer de charité, l'action publique qui la met en soupçon de s'inféoder aux partis : tout cela ne peut prévaloir sur les services qu'elle rend.
On verra dans ce livre des exemples éclatants de ces senices, on y verra aussi quelques-uns des conflits qu'elle est sujette à soulever avec la hiérarchie. Tant de bien obtenu en moins d'un demi-siècle malgré cet inconvénient, sera mieux apprécié grAce à ces réflexions. Je voudrais les faire servir à quelque chose encore. C'est à ôter une partie du malaise qu'on ressent à voir Veuillot. au cours de ses plus nobles campagnes, combattu par quelques évêques.
Mettons de côté chez quelques-uns ce qu'il y eut certainement de passion ou d'erreur ; un autre sentiment les inspirait encore, celui de l'autorité légitime, qu'une force indépendante, étrangère à la hiérarchie, tenait en échec dans le gouvernement des intérêts catholiques. Au service d'une cause injuste même, ce juste sentiment joignait sa force et sa dignité. Mauv^aise dans son application, l'intervention qu'ils hasardaient avait un principe légitime, nécessaire, respectable, comme la hiér^archie elle-même. On se tromperait beaucoup de croire que Veuillot ne l'ait pas senti. S'il passa outre, c'est qu'il y était
contraint par les nécessités d'une lutte, dont il est évident que l'Eglise profitait. Cette lutte était conduite au milieu de circonstances où les scrupules en cela eussent tout empêché.
De tels conflits ne pouvaient se régler par les principes. Tantôt il en appela au Pape, tantôt des coups hardis empêchèrent les intrigues qu'il pouvait redouter, tantôt d'utiles entremises prévinrent des éclats malheureux. La force et l'habileté le senirent lour à tour. Elles ne tendaient pas seulement à assurer le succès, mais à épargner les rencontres dont le respect et la déférence envers l'autorité auraient eu à souffrir. Ciela est prouvé par ses précautions mêmes, et par les raisons qu'il en donne.
Telle est, si j'ose dire, la philosophie du livre que je présente aujourd'hui au lecteur. Elle en fera le plus grand intérêt.
Il ne pouvait s*agir ici de donner une biographie de Veuillot. Cette biographie a été faite mieux que personne ne saurait la faire, par M. Eugène Veuillot, son frère, jusqu'à une époque assez avancée, à laquelle la mort a seulement empêché l'auteur de joindre les dernières années. Nul doute que la famille du maître n'achève quelque jour l'œuvre imparfaite. Elle rendra des services que ce livre n'est pas appelé à suppléer.
Cependant je ne doute pas qu'on n'y cherche éga-
INTRODUCTION lo
lement l'intérêt de l'histoire. Cette histoire est celle de la défense catholique, observée pendant quarante ans dans son organe le plus fameux ; défense dont, au lendemain de la mort de Pie IX, les hommes de ma génération ont cru tenir les résultats. Dans son livre sur le Catholicisme Libéral, le R. P. Dom Bessc a bien fait voir que dès cette époque ces résultats étaient menacés. Nous ne nous en doutions pas ; nous croyions le libéralisme catholique mort ; l'œuvre de Veuillot et de ses compagnons nous paraissait définitive. Les Jésuites, nos maîtres, nous entretenaient dans cette pensée. Ils nous promenaient dans le domaine d'où quarante ans de combats avaient chassé l'erreur, comme dans un parc magnifique et tranquille, où s'épanouissaient pour nos esprits les phis riches fleurs de la conquête. A portée de nos mains, dans leurs bibliothèques, s'alignaient les œuvres de Bonald et de Maistre. L'éloge du cardinal Pie, sans cesse ramené sur leurs lèvres, refoulait les derniers échos de ceux que des duplicités fameuses valaient à Mgr Dupanloup, de la part de la presse libérale.
Ce fut le premier instant de notre entrée dans le monde ; le second fut bien différent. Il s'est passé pour moi dans l'intimité d'hommes dont je conserve le respectueux et affectueux souvenir : c'est celui des rédacteurs de la Vcrilé. Ce journal fut fondé dans le
temps du ralliement, en résistance à ce mouvement. Il était l'œuvre d'hommes qui, voyant fondre toutes les parties de k revendication catholique à la faveur des équivoques introduites par cet événement, se mirent en devoir de l'enrayer.
Je vois encore l'après-midi du printemps de 1893 où ces hommes, liés par un compagnonnage ancien autant que par des idées connues, allèrent ensemble à Notre-Dame-des-Victoires recommander le journal, dont le premier numéro allait paraître. C'étaient les disciples directs, la postérité intellectuelle de Veuillot. Celui que le maître nomme Fidèle dans ses lettres, M. Auguste Roussel, les commandait. Il avait avec lui M. Arthur Loth et M. Nemours-Godré. Dix autres, rassemblés sous eux, reprenaient avec eux l'offensive en faveur de ce qu'on avait cru n'avoir plus qu'à entretenir et à défendre. Un retour subit de fortune dans le domaine des idées l'exigeait : tout était remis en question, et dans des conditions d'infériorité véritablement inouïes. Par le détour du ralliement, le libéralisme revenait. Il revenait avec toutes les violences, toutes les autorités, toutes les séductions. Il cheminait au dedans de nous. A ceux qui s'engageaient dans l'action politique, il tenait le langage de la politique ; aux étudiants de philosophie il apportait des analyses ; aux curieux des œuvres sociales il soufflait la démocratie ; la dévo-
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lion même se faisait son alliée, par le détour d'un certain mépris des formes matérielles des choses et des traits visibles de l'Eglise.
Le P. Tyrrell secondait Kant : sur quelques points, l'œuvre des Cercles rejoignait l'action électorale dan? la propagande démocratique. Toutes les idées paraissaient confondues ; d'étonnants chasses-croisés de doctrine donnaient à la témérité l'allure de l'orthodoxie, au respect des principes et de la tradition la physionomie de la révolte. Dupanloup et Falloux, dépeints dix ans plus tôt comme les maîtres de l'erreur à fuir, étaient dépassés, noyés dans la violence du flot même qui les ramenait. En un moment et d'un seul bond, on était retourné à Lamennais.
On y était sans s'en douter. Le mot de libéralisme n'avait pas reparu. Le différend dont il était le signe, apparaissait comme périmé, tant la diversion était complète. UAvenir republié eût étonné les gens : on se fût demandé si vraiment c'était là les doctrines condamnées avec tant de retentissement et des effets si prolongés : tant, sans percevoir de déplacement, on avait fait de chemin cependant.
Dans ce chaos, rcppelons avec reconnaissance que deux enseignes brillaient pour nous ; elles étaient seules ; l'antisémitisme de Drumont et le royalisme de la Vérité. Là seulement se trouvaient des points fixes, un refuge assuré contre la pénétration des er-
Veuillot. a
reurs de la Révolution, contre le glissement qui se produisait de toutes parts : l'antisémitisme, contradiction formelle de la doctrine des Droits de l'Homme ; le royalisme, protestation de fait contre le régime qui les proclame.
Je me demandais alors comment de Veuillot, réputé champion de l'Eglise seule, pouvaient s'être engendrés des défenseurs si fidèles de la monarchie. Je voyais bien qu'en fait cela leur servait à maintenir son héritage ; cependant je n'y saluais qu'un préjugé heureux, que les malheurs des temps faisaient servir au salut de nos intelligences. J'en saisis maintenant la raison. Le cours que j'ai donné sur Veuillot à l'Institut d'Action Française dans l'hiver de 1909-1910, et dont on trouvera ici la substance, m'a fait regarder de près l'histoire des idées d'un auteur que j'avais immensément lu, sans souci de la chronologie. Cette histoire m'a tout expliqué.
La série des articles qui, sous le nom de Mélanges, forment aujourd'hui vingt-deux volumes in-8°, suivie et comparée avec plus de méthode que je n'en avais apporté jusque-là, m'a révélé l'histoire intellectuelle des quarante ans de controverse de l'auteur. Cette controverse va de 1840 à 1880. Commencée sous le régime issu de 1830, elle a traversé la révolution de 48, le Deux Décem1)re, le régime iml^érial, la guerre d-e 70 ; elle a tendu pendant dix ans
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à la liberté d'enseignement ; elle a niaïKiiié ce l)ut ; clic en a pris ini anhv dans la défense de raclion doctrinale de Pic IX. i'.lle a réussi à couvrir cclî-' action contre; ses enncinis immédiats, coinbattani dans les rangs ca!lioli(ines ; elle n'a pas ein[«cché que lri<»:nplnU le régime qui devait en neutraliser relïct dans la direction de la société. Ces succès inégaux et divers d'tni effort soutenu (]o to\is les dons ])rillants de rintclligence, chez un homme dont la noblesse d'àme s'alliait à une droiture de jugement admirable, ne pouvaient manquer de porter leur instruction. \'euiîlot a varié selon les temps.
Ces \ aria fi on s se relèvent au cours de ses Mélanges. En 18'!3 il adhère au régime de fait; en lSi8 le libéralisme linfluence ; en 1851 il est pour la dictature : depuis 1858 le réainv» impcrial perd sa confiance. Tous ces changemonls cependant se font sentir sur un fond commun et persistant d'indifférentisme politique, qu'il n'avait pas cessé de professer, comme seul convenable à la défense de la reli- ,c;ion catholi(|iie et de l'Eglise. Mais enfin le moment vient où le changement de ses idées atteint jusqu'il ce fond-là même : changement suprême, effet des changements précédents. Ces derniers ont fait la lumière, ils ont composé l'expérience du polémiste catholique. A toutes les vérités de doctrine constamment détendues par lui. cette exp(''rience ajoute une
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vérité de fait : c'est qu'on ne peut en France combattre la Révolution dans une sécurité absolue d'idées, on même temps qu'avec efficace, qu'en tendant à la Royauté.
« Le roi est l'exorciste de la Révolu lion. » Cette parole inscrite dans les derniers Mélanges, exprime le dernier changement de Veuillot. Elle devait le fixer lui-même ; j'ai constaté de quelle ferme manière elle avait fixé ses disciples. Nécessité d'être royaliste en France, si, passant des œuvres catholiques à la défense publique de l'Eglise, des exer cices de dévotion aux combats de la politique, on prétend voir clair, on prétend aboutir. Celle nécessité ressentie et constatée après trente ans de controverse catholique, par le premier des polémistes en ce genre, termine le tableau que je me propose de donner de la vie du grand écrivain.
Veuillot se rallia au comte de Chambord, non pas, comme on le dit quelquefois, à l'homme, mais au principe. A ce principe il adhéra si bien, que dans l'échec de la Restauration, en 1873, le Prince put le féliciter d'avoir été des rares hommes qui comprirent les motifs de son refus de rentrer. L'illustre vétéran des luttes livrées contre le libéralisme, pénétrait jusqu'au fond l'essence du pouvoir ennemi de la Révolution. Son exposé de principes et ce qu'on pourrait appeler la confession politique de
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Veuillot, dalo de 1872. Elle parut alui^ dans [' i Hivers ; M. Fi'an<jois Veuillot l'a republiée dans les quatre derniers volumes des Mélanges. On la trouvera citée et commentée dans ce livre, dont elle contient la leçon proprement historique. A cet égard c'en est le document principal ; c'est l'instruction pratique d'un catholique Iran «jais.
Cette réflexion m'exposera sans doute à voir qualifier cet ouvrage de tendancieux. A ceux qui feront celte objection, je répondrai qu'en elfet je n'ai pas éerit dans le seul dessein de nie divertir. Autant qu'il est en l'hoinnie, écrire, c'est conserver; nous pensons à l'Action Française que le grand mal du temps est de laisser perdre. L'expérience des générations est le trésor de celles qui les suivent. Xous ne voulons pas que ce trésor soit perdu. Nous trou- \ons lamentable que l'action catholique se jette à la bataille, en l'année 1011, munie tout juste d'autant d'avertissement qu'elle en pouvait avoir en 18Î0. Ouand, dans une action de ce genre, un homme comme X'euillot a travaillé quarante ans, nous estimons qu'il est inepte de ne pas crier sur les toits le résultat de son expérience. Uecommencer ce (jui n'a i>as réussi, ce qu'on a reconnu déjà qui ne pou- \alt pas réussir, c'est le l'ait de l'idiot ou du sauvage. Nous pensons (|ue l'histoire est la mémoire des sociétés, et que son objet principal est d'épargner celte
folle conduite. Tout récit est un enseignement; il tend à diriger l'action.
Présenter autrement celui-ci serait indigne de mou auteui'. L'œuvre d'un Veuillot n'a jamais été un jeu liltéraire : elle est une action, elle tend aux effets. En même temps, comme elle est intelligente, l'expérience des effets devait la corriger, la perfectionner, rameiider. Quelqu'un qui ne serait pas de l'Action Française, ne pourrait omettre de dire que ramcndement dernier qu'elle subit, a fait de Veuillot un royaliste. L'Action Française n'ajoute rien à ce fait ; elle lui donne seulement une place d'importance dans le chœur de ses autorités, dans l'arsenal de ses preuves : place proportionnée à Filluslration du maître, à la solennité des circonstances qui achevèrent sa conversion, à la force des raisons qu'il en donne lui-même.
Venez et voyez. Voici le témoignage du plus admirable, du plus dévoué, du mieux doué par Tinlelligence, du plus ardent, du plus persévérant des polémistes catholiques, du plus entier dans ses revendications contre l'erreur révolutionnaire, du plus exact quant à la foi, du plus fidèle quant aux mœurs.
J'espère en Jésus. Sur la terre, Je n'ai pas rougi de sa foi :
Au dernier jour, devant son Père, Il ne rougira pas de moi.
IMHODUCTION do
Trente ans, railleur de cette épilaphe a pensé, répété, enseigné, que d'être catholique avant tout obligeait à 1 indifférence politique; à la fin il a reconnu que d'être catholique avant tout conduisait à réclamer le roi. Au lendemain de la guerre de 70, telle est la réponse anticipée qu'il faisait à TEnquêle sur la Monarchie de Maurras.
11 faut avouer qu'elle fait l'unité de mon sujel, comme le dénouement d'un récit en tire à soi toutes les parties. Tout, de ce point de vue, sera compris comme il faut, et l'on \erra s'épanouir en tout sens la riche matière offerte par la carrière de Veuillot.
Dans sa partie proprement littéraire, ce sont des talents admirables : peinture, dialectique, épigramme, une langue à la fois traditionnelle et créatrice, un modèle de style pour tout son siècle ; dans l'action, il n'est pas de matière à des leçons plus importantes. Les éléments avec lesquels l'action de \'euillot fut aux i>rises. nous les trouvons devant nous avec peu de changement. 11 n'y a presque pas d'anciens amis de la Vérilé qui ne le soient maintenant de l'Action Française. M"° Elise Veuillot, malade, dans les intervalles libres (|ue lui laissait l'infirmité et la souffrance, reconnaissait en nous les héritiers de la cause pour laquelle son illustre frère combattit ; Auguste Roussel m'a mainte fois exprimé combien de nous voir debout, le consolait d'être con-
damné lui-même au repos. Notre propagande et nos succès excitaient son enthousiasme.
Les parlementaires, les démocrates, les catholiques libéraux, les conservateurs aveugles et tardigrades, alliés honteux de la Révolution, nous sont en tête autant que l'armée brutale de ses partisans déclarés. Un temps toute celte école a cru reprendre le dessus ; tout ce qui soutint Veuillot et ses campagnes, passa un temps pour écrasé ; aujourd'hui ceuxci se relèvent et prennent courage. Tous sont avec nous, tous mènent avec nous contre la Révolution, l'action royaliste, l'action catholique, l'action française. Il y a cette fois lieu de croire que cette action l'emportera.