‹ VeuillotChapitre 3 sur 15 · LA DÉFENSE CATHOLIQUE EN FRANCE AUX ENVIRONS DE · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE CATHOLIQUE EN FRANCE AUX ENVIRONS DE

CHAFITUI:: PREMIER

LA DLrC.NSL: CATIIOLIOIE L\ l 11 AN CL ALX i:.\VlHO.\S DL 18 lO.

L'itiivcrs est le journal uù pendant quaranle ans Veuillol a mené sa coniroverse et son aciion. 11 y écrivit son prcniier article en 1839 ; en 1843 parut dans ce journal sa lellrc à \illcmain sur le monopole de rUniAersilé. Cette lettre est le premier écrit qui l'ait mis en avant connne champion de l'Eglise ; de plus elle tombe dans le temps où la conduite du journal se trouva remise entre ses mains. Ainsi c'est à ce moment que commence notre sujet. On ne saurait donc l'aborder utilement s;ins décrire l'élat de la délense cîilbolique ;ni\ en\ irons de IS'iO.

Celte description ne siM'a ]^as nouvelle : mais on on a le plus souvent mal apprécié les éléments. En général les auleins calholitiues ont cru de leuide\oii' de louer indislinclenuMd Ions ceux* (pii pre naient part à cette bataille. S'il s'agit des inlenlions des combattants, nous n'a\ons rien à diie : dan^ une

certaine mesure ce point de vue peut suffire à qui ne cherche que l'édification ; mais le jugement des actes et des doctrines s'impose à qui recherche les leçons de l'histoire, et l'historien ne peut dissimuler les conditions fâcheuses et les mauvais principes de la défense catholique d'alors.

Elle remontait à Lamennais et au fameux Essai sur r Indifférence, paru en 1817. Le grand retentissement de ce livre ouvrit, on peut le dire, la carrière de la polémique catholique telle que les journaux la mènent encore. Le livre tira à quarante mille exemplaires, succès inouï à cette époque. Ce succès suffit à le faire aimer. L'auteur, excessivement sujet aux influences, mettait à en rendre l'écho une impétuosité brillante ; son livre parut tout imprégné de l'apologétique maistrienne, et ce fut pour lui une source d'autorité de plus. Mais la pensée au fond manquait de consistance, et rien n'égalait en versatilité l'esprit que ce coup soudain posait en modèle et en chef d'une action si importante.

Cette versatilité devait éclater bientôt ; l'inconsistance fut à peine aperçue. Cela tint à ce qu'alors on était peu en mesure de confronter la pensée de l'Essai avec le modèle dont elle présentait l'apparence. Maistre était surtout connu par ses écrits politiques ; ceux qui traitent de religion étaient moins répandus ; les Soirées de Saint-Pétersbourg ne pa-

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riirent qu'après sa mort, arrivée en 1821. En revanche, l'influence de Chateaubriand était partout. Elle s'était soumis les imaginations, ce qui lui donnait beaucoup de force ; de plus elle cheminait cou- \orlo d'une rhétorique qu'on confondait avec celle de Bossuet ; cela cmi>L'chait qu'elle ne fût suspecte. Nous apercevons aujourd'hui combien elle était dangereuse. Malgré des différences de surface, malgré la diversion bruyante des réclamations dynastiques et religieuses, elle n'était que la pensée de Rousseau prolongée; elle convoyait la Révolution. Chose à ne jamais oublier, elle la convoyait chez les ennemis politiques de la Révolution même. Cet effet fut le plus malheureux du siècle. Par là se trouvèrent corrompues jusqu'aux sources de la réaction nécessaire. Les catholiques mis en garde par leur foi, les royalistes armés par la raison, contre la propagande des doctrines d'anarchie, en subirent l'ascendanl par le détour trompeur des sentiments et des peintures. Telle fut l'action du romantisme, incarné dans Chateaubriand : action d'autant plus certaine que le romantisme alors ne s'offrait pi\^ même comme neutre, qu'il se présentait en allié.

Le catholicisme servait d'enseigne au livre du Génie du Christianisme, tout charsfé de chimères et de sophismes, hétérogènes à la méthode autant qu'aux intérêts de l'apologétique ; publiquement l'homme

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dont tous les principes militaienl contre 1 avenir de la royauté restaurée, posait en ultra. Ainsi la tromperie était complète. Au seul point de \ue religieux, il est exact de dire que le romantisme, alors t'elé dans l'éîalage mysticfuc des ogives eu ruines, sous le pourpoint aluicotdes îroubadouis, ne lut autre chose que la Révolution, préparée, sucrée et avalée par presque tout ce qu'il y eut de catholiques en France.

Au rebours d'une influence si forte et si subtile, celle de Maistre ne devait se faire sentir qu'à peine, et ce qu'elle semblait gagner devait être bientôt perdu. Non que l'Essai tienne de Chateaubriand, ce qu'il mêle à l'émanation d'une source si excellente. Lamennais a peu emprunté de cet auteur, pour le({uel on voit que son estime fut réduite : le tunudte secret et l'ardent verbiage, les exagérations de doctrine, sont son propre ; mais il faut reconnaître que tout cela n'eût pas cadré au goût du temps, sans la mollesse de raison, sans la rhétorique passionnée, sans les langueurs et les ardeurs propagées par Chateaubriand. L'opinion ainsi préparée fît le succès de Lamennais. En retour elle devait encourager tout ce qu'il y avait chez lui de flotlant, en môme temps que de visionnaire : le peu qu'il contenait de flamme pure allumé par d'autres foyers, fut étouffé par ces fumées.

Le principe de cette décadence pourrait être mon-

i.A Di'.rrvvF. cATHorioiT. r\ 18 iO. ?A

Iré dans le li\rc môme; il ^era plus loi fait den donner comme preuve les effets causés chez les Alennaisiens, avant la défection de leur maître, par la révolution de I80O.

Plusieurs ont dépeint cette déicction ctinniie ],i consé(juence de Torgueil d'un homme ; ils en déplorent la fatalité, ils s'en ])laignent comme du retour funeste d'un mal que des i)uis:^ances contraires avaient commencé de conjurer. Cependant il étaii dans la logique des choses ; cela se connaît à des signes certains. Si les idées de la Révolution n'eussent eu cliez Lamennais des complicités secrètes, comment se fût-il senti louché de l'agitation de 1830? C'était l'œuA re aulhenliijue des sectes : à ce titre les catholiques devaient s'en préserver. Mais, en croyant penser au! rement, que l'ennemi, ils sentaient, ils imaginaient comme lui ; ce qui causait son enthousiasme, ne pouvait les trouver indifférents. L'ac cueil qu'ils firent à la révolution n'est pas le fait de Lamennais seul ; il s'étendit bien au delà mémo de son entourage immédiat, t^int il y aurait peu de raison d'y \'oir l'effet du caractère d'un homme. « La Révolution de 1830, disait plus lard de Coux à M. Eugène X'euillot, nous avait tous conquis et affo lés. » Cette concinéle, cet affolement tenait à l'état général, aux parentés d'esprit neulralisant les diff<''r(Mices (le parti, aux a^^sonlinuMils ohtenus, malgré

une séparation de fait, de l'imagination romantique commune.

Telle était la portée de l'Essai et du mouvement qui s'ensuivit : l'un et l'autre emportaient une tare essentielle. Tout ce qu'on a imaginé d'y voir, de promesses flétries par le malheur des temps, n'est donc que le fait des apparences. Mieux instruit, on s'étonnera moins du peu de succès qui devait s'ensuivre.

Le premier organe de ce mouvement fut le Mémorial catholique, fondé en 1824. Salinis et Gerbet, aumôniers au lycée Henri IV, en étaient les rédacteurs. Comme cet organe naissait au milieu de la lutte des partis, particulièrement vive à cette époque, on ne crut pouvoir, sans se diminuer, sans diminuer la cause qu'on défendait, éviter de les abjurer tous. La défense catholique naquit neutre : on fut uniquement catholique, en d'autres termes catholique avant tout. En fait d'autorité visible, on ne s'attacha qu'à celle du pape et de Rome. Cette attitude, remarquée du dehors, fit inventer le nom d'u/tramontain pour désigner ceux qui l'observaient.

Il paraît bien que cette abjuration de toute cause politique, nouvelle alors, excita chez les prêtres jeunes, généreux et distingués par le savoir, qui la formaient, l'espèce d'ivresse que nous avons vue se renouveler de nos jours en pareil cas. On crut ne te-

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nir plus à la terre, n'obéir plus qu'à Jésus-Christ. Cependant je demande si cette espèce de renoncement, sublime en soi et fécond en grandes oeuvres quand la sainteté d'un homme ou d'une société en l'ait sa règle, ne risque pas, dans l'ordinaire des choses, d'avoir des effets différents.

Pratiquement, dans un combat auquel étaient mêlés des hommes qui n'embrassaient aucune obéissance et qui conservaient leurs passions, l'effet le plus sensible de cette indifférence fut de mettre en liberté la fantaisie de chacun. Le champ se trouva ouvert en politique à tous les entraînements de l'époque et de Tàge. « Pour agir sur son siècle, il faut l'avoir compris. » A ceux à qui le principe d'indifférence avait donné toutes les licences, cette parole de Lamennais ne pouvait manquer d'enseigner toutes les transactions. On avait connnencé par ne se lier à rien ; là-dessus, on se faisait un devoir d'être populaire : inévitablement ces deux principes unis menaient à la démagogie. Ce fut tout de suite le tour que prit l'action cathohque.

L'ultramontanisnie y apparut uniquement comme quelque chose de négatif, qui déliait de toute fidélité envers les pouvoirs de ce monde. En fait, et quel les que fussent les intentions des hommes, c'était une profession ixirtielle d'anarchie. La devise des Men-

Vcaill..t. -ï

naisiens : Dieu et la Liberté, (levait bientôt en donner la formule.

On m'objectera que liberté doit s'entendre de celle que l'Eglise autorise. Je répondrai que dans le parti ainsi formé, l'Eglise en tant qu'Eglise était absente, ainsi sa garantie manquait; on n'y trouvait que des fidèles, partant nulle assurance de l'ordre voulu de Dieu, supérieure à la confiance mise dans la fidélité de chacun. Cette assurance ne pouvait suffire : l'événement prouva qu'elle ne suffisait pas. La liberté mise à la suite de Dieu, ne fut pas différente de celle qui s'inscrivait dans les Droits de l'Homme ; le sort de Dieu lui-même en dépendit : le droit de le servir n'étant plus que l'apanage de l'humaine liberté de conscience.

Il faut remarquer que les prêtres entrés dans ce mouvement, n'y étaient quà titre individuel. Bientôt on crut sentir que leur présence gênait. L-e Correspondant, fondé en 1829, ne compta dans sa direction que des laïcs.

l^ révolution de 1830, qui relira la France de fubéissance des rois, devait faire impression sur Lamennais en deux sortes : d'une part par la correspondance que son âme impatiente de tout joug contractait avec l'événement, de l'autre par le spectacle de catastrophe historique, dont son imagination s'exaltait. Il y mêlait des sensations religieuses : le mo-

ment d'une révolution lui parut l'occasion de promettre des temps nouveaux. Un tour d'imprécation biblique, qu'il maniait avec ascendant, devait le servir à cet effet. Avec Montalembert et Lacordaire, il fonda V Avenir. Ce journal commença par donner le scandale de saluer au nom des catholiques, la révolution huguenote et maçonnique. « Enfin, écrivait Montalembert, de belles destinées s'ouvrent maintenant pour le catholicisme. Dégagé à iamais de Vaillance du pouvoir, il va reprendre sa force, sa liberté, son énergie primitive. »

Cette insulte à la France royale, cet excès de langage, qui représente l'Eglise comme avilie par son alliance, ne devait pas porter bonheur au nouveau journal. Le fond de ce propos supposait de graves erreurs, qui allaient éclater bientôt. Ce sont celles du libéralisme. 11 n'était pas défini encore ; il ne devait l'être que par l'Eglise, qui la condamné du même coup. C'est le sort commun d'un siècle, où des hommes ignorants de la théologie auront été conduits par la défense catholique à en aborder le domaine : ils sont tombés dans des erreurs dont la définition dépassait leur capacité. Aussi n'est-ce pas loujours par feinte qu'ils déclaraient n'y pas reconnaître leurs pensées. Mais dans ce qu'on eut dessein (le définir et d'abattre, en quoi leur illusion pouvaitelle compter? I>a protection des intelligences exige

que les idées soient jugées selon ee qu'elles sont, non selon les apparences que le sens propre leur donne.

Il est probable que V Avenir s'illusionna toujours sur l'erreur de principe qu'il portait en lui. Montalembert et Lacordaire n'avaient qu'un génie d'orateurs, dans le sens limitatif du mot. Le son des mots, l'effet imaginé des phrases sur de grandes foules assemblées, dominait leur discernemeiil ; le sérieux des idées leur échappait. La rhétorique de Lamennais, pour être écrite, n'en avait pas de moins fâcheux effets. Ces gens vivaient, comme presque toute l'époque, dans une espèce de représentation, où les attitudes et les discours se subordonnaient tout le reste. Ceux de Lamennais avaient infiniment de noblesse ; de plus rien n'était si sérieux que sa passion ; son âme logeait toutes les ardeurs du prosélytisme sectaire. Ce caractère joignait son injustice aux frivolités de la rhétorique auxquelles ses compagnons étaient en proie. Tout cela ne pouvait que conduire à la condamnation.

On doit remarquer ici que le genre d'action même auquel Lamennais s'appliquait, l'exposait à ce dénouement. C'était la première fois qu'une presse catholique, réglée sur le modèle de la presse profane, se constituait : il était naturel que personne n'eût encore considéré les difficultés inhérentes à cette entreprise. VAvenir y donna de prime abord. Le

conflit avec la liiérarchic s'étala dès les premières semaines, et clans des conditions d'une extrême gravité. Ce fut tout de suite un de ces cas d'exception par lesquels sont appelées les sanctions décisives.

Sa devise de Dieu et Liberté l'engageait par une conséquence naturelle à demander la fin du Concordat : Lamennais entreprit cette campagne. Pas n'e^t besoin d'être catholique pour reconnaître qu'elle ne relève que du pape : au pape seul il peut appartenir de consentir cl de dénoncer ces pactes, et d'en donner les raisons. De plus l'Eglise enseigne que le régime (pi'ils composent est le régime normal de son existence sur la (erre ; celui de la séparation de lEglise et de lEtat est condamné dans son principe. Lamennais défendait ce principe : il en demandait l'application en France par labrogation du Concordat : c'était errer dans la doctrine, empiéter sur la hiérarchie.

Comment le journal (jui se permettait ces écarts eût-il évité le désaveu ? le pape Grégoire XVI différait de condamner, en considération de ce que hmennaisianisme avait i-allié dans l'origine, de belles énergies et d'intentions pures : à cause des confusions ourdies en celte matière, si grandes que le dessein de n'obéir qu'au pajx; aboutissait à le déposséder. L'impatience de Lamemiais lui força la main. Le bruit des polémiques que le journal suscitait, le

scandale de plusieurs d-e ses déclarations, l'incertitude et le trouble de sa controverse, causaient à son égard une défiance grandissante. Les rédacteurs se sentirent suspects, et de plus ils manquaient d'argent. Lamennais fît le projet d'arrêter le tirage, et de mettre le S^aint-Siège en demeure de trancher le sort de Y A venir.

Son imagination, amie des spectacles, se complut en celui que donnerait au monde catholique un journal suspendu, dont la rédaction tout entière prendrait le chemin de Home pour demander congé de reparaître. En attendant que cette démonstration fît impression sur l'univers, Lamennais s'en donnait à lui-même l'émotion dans des phrases telles que celleci : « Nous porterons, pieds nus s'il le faut, notre protestation à la ville des Apôtres, aux marches de la confession de Saint-Pierre, et l'on verra qui ar rêtera sur la route les pèlerins de Dieu et de la Liberté. »

Personne n'exigeait qu'ils partissent sans chaussure ; on ne les arrêta pas en route ; mais l'audience dont ils se formaient le tableau, ne fut accordée qu'après trois mois, en mars 1832. Rome se prêta mal à la scène qu'ils s'étaient figurée. L'audience même ne décida rien : V Avenir eut la déception de quitter Rome sans avoir été ni glorifié par une approbation papale, ni dramatiquement foudroyé. Cinq mois plus

lard, comme Lamennais se trouvait à Munich, l'encyclique Mirari vos apporta sa condamnation.

Il reçut ce coup noblement. Seulement cette noblesse n'avait de soutien qu'une exaltation poétique ; l'exaltation calmée, elle tomba : le malheureux reprit sans rien dire, la soumission dont le faste l'avait d'abord séduit. Ces démonstrations et ces reprises étalèrent la frivolité de l'école dont Rome dénonçait l'erreur.

Ce fut la fin de la brève carrière de cette première défense catholique. Lacordaire et Montalembert se turent, l.o Mémorial et le Correspondant avaient cessé de paraître, tués par V Avenir. L'extinction de ce premier effort avait lieu sans honneur comme sans résultat. Entrepris sur de faux principes, d'une manière inconsidérée, par des esprits que travaillait le ferment de la Révolution, il est tout à fait impossible d(^ trouver son sort immérité.

L'existence o'bscure d'un nouveau journal remplit les dix ans qui suivirent. V Univers, fondé en 1833, par labbé Migne et quelques amis, paraît avoir longtemps \écu dans les précautions imposées par la condanmation de V Avenir. Jamais la difficulté qu'il y a à ne composer un journal que de matières où le premier comme le dernier mot appartient à l'autorité spirituelle, ne dut se faire autant sentir. Le négativisme ultramontain, l'action démagogique

étaient des chemins fermés. La querelle du gallicanisme, les articles organiques pouvai-ent servir de thème, auquel les fidèles prêtaient l'oreille : l'un et l'autre avaient l'avantage d'être moins doctrinaux que pratiques, partant mieux assortis à la controvese d'un journal ; mais aussi, l'un et l'autre tenaient au gouvernement de l'Eglise, qu'on risquait de gêner par là. Telles étaient, quand Veuillot parut, les conditions de l'action à laquelle il devait vouer son existence.

Ce qui vient d'être dit, fera demander comment Veuillot put y suffire si brillamment et avec une sécurité qui ne se dcnicntit presque pas. Il faut répondre en général qu'il y apportait des ressources infinies ; au surplus on verra au cours de cette histoire, quelles circonstances l'ont servi tour à tour. La plus notable, au point où nous en sommes, fut la bataille qu'on commença de mener contre le monopole de l'Université.

Ce monopole choquait les droits de TEglise ; il lui refusait eelui d'enseigner, essentiel à sa mission. Sans être libéral, du point de vue catholique, on devait réclamer en cela la liberté ; d'autre part ce mol de liberté suffisait à rallier les libéraux. Rien n'empêcha, quand ce mouvement eut pris de l'importance, que les débris foudroyés de Y Avenir se relevassent et concourussent à une action qui, ralliant

tous les catholiques, réparait leur réputation. En même temps, cette cause présentait du côté de l'autorité des facilités exceptionnelles. La liberté d'en seignement était inscrite dans la Charte de 1830 : sans quitter le terrain politique, armés de la lettre des lois, des hommes polili(iues pouvaient la réclamer, sans congé des évèques, sans soumettre leur action à la censure ecclésiastique. Quoique cette action fût catholique, elle comportait l'indépendance. Des laïcs, des journaux, pouvaient y apporter l'initiative et la j^assion naturelle aux campagnes de la presse et du parlement.

Plus on examinera ce i)oint, plus on reconnaîtra combien celle rencontre fut favorable, indispensable peut-être à la résurreclion de la défense catholique telle (|u"on la désirait. Xous touchons au moment où Montalemberl prendra la tête de cette défense. La bataille contre le monopole lut la cause qui l'y porta. Veuillot entra dans la presse catholique au moment où on la déclarait : sa polémique allait en vivre. C'est ainsi que dans ces commencements les difficultés de Tentreprise furent à peine ix^ssenties par lui.

V Avenir avait déjà touché l'apologie de la liberté de renseignement. Ln 1836 Guizot avait déi)()sé devant les Chambres un projet favorable à cette liberté; Vatoui y avait riposté par un amendement dirigé contre les ordres religieux. Ln 1840 la brochure de

Rohrbacher sur le Monopole Universitaire fil grand bruit. Il collaborait à l'Univers. Contre l'assaut des revendications qui se groupaient de ce côté, le ministre Villemain s'efforça de pourvoir, par un projet de loi, qu'on ne put approuver ; cinquante-six évêques firent parvenir leur plainte : l'ampleur et la majesté de cette manifestation acheva de porter la cause devant l'opinion.

Ce fut désormais une de celles qui suscitaient les passions vives : la controverse catholique en prit une favorable ardeur. L'entraînement généreux, le retentissement profond des beaux temps de Lamennais reparurent, sans les engagements périlleux. Enfin, par une fortune réellement imprévue, la défense catholique fit la recrue de Veuillot. Ce n'était pas seulement des talents, c'était des origines, c'était une formation entièrement différente de celle des combattants employés jusque-là. On verra de quel prix étaient ces différences.

J'ai dit que Veuillot entra en 1830 dans le journal de l'abbé Migne. Sa lettre à Villemain sur le monopole, parue en septembre 1843, fut excessivement lue à cause de la matière ; on y reconnut un mérite supérieur ; elle le classa. Désormais écouté, la part qu'il prit au mouvement fut la plus importante après celle de Montalembert. A mesure que s'organisait le combat, tandis que celui-ci, catholique de naissance,

liomme du monde, membre du parlement, assumait les prérogati\es et l'autorité de chef de parti, Veuillot prenait la situation d'oi-gane essentiel de la cause. Il régna sur les intelligences, tandis que son compagnon s'appliquait aux machines d'où dépendaient les résultats.

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