DU CLIMAT ET DE LA VÉGÉTATION DE VICHY
Lis environs de Vichy offrent une magnifique végétation; quoique moins variée que celle des hautes montagnes, elle offre cependant un grand intérêt, car elle caractérise très-bien la flore du Bourbonnais, et par conséquent celle du centre de la France.
Les botanistes préfèrent sans doute celle de l'Auvergne, qui offre bien plus de variété, et qui, d’ailleurs, peut donner lieu à des observations de géographie botanique que l’on ne peut faire à Vichy. La culture qui s’est emparée des plus petits morceaux de terrain, nuit singulièrement au développement spontane des espèces végétales. On les voit quelquefois lutter avec les plantes cultivées, et enfin leur céder un terrain dont elles semblent chassées par la conquête.
Les animaux sont les mêmes que ceux du centre de la France ; peu de quadrupèdes, peu d'oiseaux , un petit nombre de reptiles, parmi lesquels la vipère seule est venimeuse ;
quelques coquilles terrestres ou fluviatiles ; enfin, une prodigieuse quantité d'insectes,
Le climat ne diffère en rien de celui du Bourbonnais ; mais l'on se ressent quelquefois du voisinage de l’Auvergne et de ses montagnes, qui conservent la neige jusqu'au milieu du printemps. Des vents d'ouest, parfois très violents, traversent la Limagne, et viennent frapper les collines au pied desquelles Vichy est situé, |
Au reste, quand on compare ce climat à celui du Mont-Dore, de Barrèges, etc., on trouve que tout l'avantage est pour Vichy.
Le printemps commence de bonne heure; souvent en février on a des jours très-chauds et des amandiers en fleur. Le noiïsetier commence, dans les haies, à développer ses longs chatons, et l’aulne , penché sur le bord des ruisseaux , mêle ses fleurs nouvelles aux cônes desséchés de l’année précédente. Les pluies sont fréquentes dans cette saison; la terre est imbibée, tous les germes qu’elle contient se sonflent et se développent, et si quelques gelées tardives ne viennent pas arrêter l'essor de la végétation, le mois d'avril ne s'écoule pas sans qu'un grand nombre de plantes aient épanoui leurs fleurs. Dans les bois, ce sont les anémones et les véroniques, les saules es
les ormeaux ; dans les haies, le groseiller et le prunier épineux ; dans les prairies, le populage aux fleurs dorées, la cardamine aux pétales lilas, et le primeverre qui, sous tous les climats, se développe aux premiers beaux Jours. , F4
C'est avec le mois de mai qu'il faut arriver à Vichy, pour jouir du réveil de la nature, pour observer cette vigueur, cette jeunesse des plantes. Lorsqu'une pluie chaude vient d’humecter la terre, on croit les entendre végéter. En quelques heures, des bourgeons s'épanouissent, les bosquets se couvrent de feuilles d’un vert transparent, l’aubépine se pare de ses fleurs ; et tandis qu’un soleil ardent pompe la sève et augmente la vie, le rossignol , caché sous une viorme fleurie , attend la fin du jour pour commencer ses chants. C’est alors qu'il faut voir les bords du Sichon. C'est à cette époque qu'il faut visiter la côte de Saint-Amand , et jeter ses regards sur la Limagne dont le printemps commence , sur les montagnes dont l’hiver finit : les forêts vont bientôt verdir ; les moissons couvrent la terre qui paraît au loin divisée en une multitude de carreaux d’un vert différent. Les papillons, que la chaleur a fait éclore, viennent butiner sur les fleurs des prairies ;
les lézards engourdis sortent de leurs retrai- Les, pour recevoir les rayons du soleil; tout change, se renouvelle, s’agite ou sedéveloppe; la vie a pris son essor ; toutes ses phases seront parcourues par des êtres bien différents. Cà et là, se trouvent réunis des groupes dont les formes et les couleurs offrent les contrastes les plus singuliers, les harmonies les plus gracieuses. Sur une pelouse qu'une eau limpide vient baigner, vous voyez de nombreuses päquerettes, dont les fleurs teintes de carmin sur leurs bords, viennent se confondre avec les pétales d’un bleu pur de la véronique chamodris; ailleurs, les épis purpurins d’éléganis orchys se mêlent aux fleurs dorées des renoncules et aux fleurs délicates des trèfles d’eau ; les prairies sont couvertes des ombelles fleuries du cerfeuil sauvage ‘et de la berce brancursine ; les ruisseaux sont ornés de pulmonaires, de lÿsimaques et de nombreuses graminées, dont les panicules délicates se réfléchiront bientôt dans leurs eaux pures.
Aux fleurs du printemps succèdent celles de l'été, dont le nombre est bien plus grand. De fortes chaleurs favorisent leur croissance et leur développement; chaque site possède alors ses végétaux. Le troëne aux feuilles
(48) | lustrées, le fusain d'Europe et le sureau fotment des haies ou des buissons qui prêtent leur appui aux tiges grimpantes du chèvrefeuille. Des groupes de rosiers sauvages se couvrent de fleurs, dont le vent dissémine les pétales et emporte le parfum. Sur les coteaux, se groupent des campanules aux jolies fleurs bleues, des potentilles et des millepertuis. Les prairies sont dans toute leur parure ; aux brises tremblantes, aux pittoresques graminées, se mêlent des trèfles de toutes les couleurs, le salsifis des prés , la bistorte, de grandes épervières, et une foule d’autres végétaux que la faux va bientôt confondre. Les chemins sont bordés de mauve et de germandrée, d’armoise et d’achillée. Les lieux arides offrent des groupes d’origans à odeur pénétrante, et des touffes de serpolet.
Les moissons ont aussi leurs végétaux particuliers; outre le bleuet et le coquelicot qui les décorent partout, on y rencontre les jolies fleurs de la gesse tubéreuse, dont les racines servent d’aliment, la campanule miroir de Vénus, la saponaire des vaches et Le buplèvre à feuilles rondes. Plusieurs espèces appartenant à l’ordre des légumineuses, se mélangent aux céréales, et nuisent à la récolte du grain, en améliorant la paille destinée à la
nourriture des bestiaux. Il est rare que l'été se passe sans orages, et quelquefois même ils sont assez violents. Ils se forment en différents points de la Limagne, et causent souvent de grands désastres. La grèle qu'ils répandent dévaste tous les ans quelques communes, et détruit la vendange, si elle arrive assez tard pour épargner les moissons, Lorsqu'une fois celles-ci sont terminées, on ne peut plus espérer que la végétation d'automne, qui souvent estencore très-active, et se compose d’un grand nombre d'espèces. |
Les terres dépouillées se couvrent d'héliotrope d'Europe, si semblable à celui du Pérou, mais complétement inodore. Elles sont quelquefois teintes en rose parles fleurs des galeopsis, ou en violet par le miroir de Vénus. D’autres fois, ce sont des chrysanthèmes ou des anthemis qui s’y développent, ou bien c’est l’oseille des champs, dont les tiges délicates et les épis rougeâtres se laissent fléchir au moindre vent.
Les ruisseaux sont bordés d’eupatoires, de scrophulaires et de consoudes; l'iris aux fleurs jaunes se développe dansleurs eaux ; la douceamère pousse sur leurs rives. L’euphraise et les polygala foisonnent sur les pelouses ; les
genèêts couvrent les lieux secs et arides avec quelques groupes d’œillets, des scabieuses , la jasionne , les longs épis de la vipérine et l'anarrhine à feuilles de päquerette. À ces plantes, il faut ajouter diverses espèces de caille-Jait, des véroniques et plusieurs verbascum. Le datura aux larges fleurs blanches et au sombre feuillage , ne quitte guère les bords de l'Allier, et se mélange à diverses sortes ‘de rumex et de chenopodées.
La végétation change une dernière fois vers le mois d'octobre. Quelques fleurs existent encore, mais ce sont surtout les fruits qui décorent le paysage. La viorme, le sorbier, l'aubépine, la douce - amère ont des grappes rouges qui se détachent entièrement de la verdure; le troëne et le prunellier sont couverts de fruits noirs ou bleuätres, près desquels vient parfois s'ouvrir une grande fleur blanche du liseron des haies. Le fusain , insignifiant jusqu'alors, l'emporte sur tous les autres buissons par ses fruits quadrangulaires qu'un rose pur colore; l'hyéble, le sureau laissent tomber leurs graines violettes, et le petit houx , commun dans quelques parties de la forêt de Randan, porte
sur ses feuilles coriaces et pointues, les cerises rouges qui ont remplacé ses fleurs. Les prairies n’offrent plus que d'immenses tapis de verdure, au milieu desquels on voit naître le colchique, dont la corolle pâle et rosée vient profiter des derniers rayons du soleil.
Les arbres ont déjà changé de couleur ; les cerisiers paraissent sur lés coteaux avec un feuillage rougi par les premiers froids ; les hêtres, placés sur la lisière des bois, prennent une teinte feuille morte, que vont bientôt revêtir tous les arbres des forêts.
Le lierre conserve sa verdure éternelle, et s'élève seul plein de vie au milieu du deuil » de la nature. À cette époque, des brouillards épais se répandent dans la Limagne.
Balancés par les vents, ils oscillent dans ce vaste bassin , cachant successivement lun ou l’autre de ses bords. Ils durent quelquefois plusieurs jours, et si l’on monte alors sur un des coteaux qui dominent Cusset, 6n voit l'étendue de cette masse mouvante, au-
dessus de laquelle s’élèvent des îles et des
montagnes, qui rappellent au géologue l’ancien état de la Limagne. Ces brouillards se dissolvent dans l’air ou se résolvent en pluie.
(52) Si la gelée vient les surprendre, ils se déposent en cristaux soyeux sur tous les corps environnants, et remplacent, par un givre nacré , Le feuillage qui ne doit renaître qu'au printemps suivant.
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