DESCRIPTION PITTORESQUE
VICHY
Avi de commencer nos promenades pittoresques aux environs de Vichy, nous voulions voir la ville, et faire quelques recherches sur son origine et sur le rôle qu’elle a pu jouer dans l’histoire ; ce qui suit n'est que le résumé de nos observations , de nos lectures etdesrenseignements que nous avons recueillis sur les lieux.
Les Romains, qui cherchaient avec soin toutes les sources d’eau thermale, connaissaient Vichy ; les médailles, les anciennes constructions et les débris de poterie que l’on ya trouvés, ne laissent aucun doute à cet égard. Ils désignaient cette localité sous le nom d’Aqueæ calidæ , ou du moins, c’est sous ce titre qu'on la trouve indiquée dans la table théodorienne, où un petit carré, placé
[1209 près de ce mot, y indique la présence d'un établissement thermal. Üne voié romaine partait d’Æugustonemelum , actuellemen tClermont, passait à Âqueæ calidæ , et de là se dirigeait à Vourroux , puis à Roanne.
On pense qu'il a existé à Vichy un pont sur lequel César aurait passé l'Allier en revenant du siége de la Gergovie des Arvernes : le calcul de ses marches sembie l'indiquer. Il est certain du moins qu'un pont a existé à une époque très-reculée ; car on voit encore quelques pierres de la première arche; et un autre pont en bois, construit postérieurement , a servi long-temps de passage, puisqu’au seizième siècle on le voyait encore.
On ignore ce que devint Vichy jusqu’au douzième siècle, époque à laquelle on le trouve compté parmi les châtelleniesdu Bourbonnais. Il fallait cependant, dit de Coifler, qu'il y eût en même temps dans le même lieu, une terre distincte du même nom, qui avait donné ce nom à une famille considérable, sur qui elle fut confisquée vers le quinzième
sècle. L'arrêt de confiscation porté contre
Guillaume de Vichy-Champron, statuait que les propriétés confisquées seraient rendues
aux descendans de ce Vichy, deux cents ans
après le jour de la confiscation. Il ne paraît
(129 ) ps que cette clause ait eu son exécution (1).
La justice se rendait à Vichy au nom du roi ; la ville était, selon toute apparence, divisée en plusieurs quartiers : celui du Houster, Où exista long-temps une église maintenant détruite , et qui occupait le lieu où sont les bains ; le quartier des Juifs , probablement situé entre la ville actuelle et Cusset ; il y existe du moins une terre appelée F’Ille-aux- Juifs, et où sans doute ils avaient fixé leurs habitations, dont ils en furent chassés dans le douzième siècle. Un autre quartier, nommé la Ville, fut entièrement rasé, et un quauième, appélé le Chäteau franc, existe encore, et forme la ville actuelle. Malgré les jardins et les vastes enclos qui devaient alors se trouver dans son enceinte, Vichy a dû à cette époque être assez considérable, si on en juge par l'emplacement qu’il occupait. Ileut beaucoup à souffrir dans différentes guerres qui eurent lieu après le douzième siècle.
Louis XI, duc de Bourbon, y fonda, en 1410 , un monastère sous la protection de saint Célestin. L'église en fut même commencée en 1402 : il avait le projet de s’y retirer,
{:) De Coiffier, Histoire du Bourbonnais:
( 1350 ) après avoir terminé quelques arrangements politiques, dont il ne s’élait mélé qu’à regret, et dont la mort l'empêcha de connaître les résultats.
A cette époque Vichy devint une place forte. Le mème Louis, qui venait d'y fonder le couvent des Célestins, entoura la ville de fossés et de remparts, et y fit construire plusieurs tours crénelées. On y entrait par trois portes, dont une est encore presque entière, c’est la porte de France , près de la source de l'Hôpital. Nous y vimes deux tours solides ét une porte cintrée très: -bien conservées ; mais les fossés sont en partie comblés; et les pontslevis n’existent plus. Nous vimes cependant au delà des ruines des Célestins une portion desremparts encore intacte, parce qu’au lieu d'avoir été bâtis, ils avaient étéjaillés dans le rocher calcaire déposé par la source minérale.
Les tours, au nombre de sept, étaient réunies deux à deux pour protéger les portes , et la septième, plus élevée que les autres, servait de vigie, et était placée au centre de la ville. Elle existe encore entière ; elle sert de clocher , et nous vimes qu'on-y avait placé l'horloge et le drapeau.
Vichy était souvent en querelle avec Cusset ;
ear alors deux villes ausst voisines ne pouvaient
CE
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La Vieille Porte de
- Tith.de Desrosiers à Moulins.
( 43à ) pas rester en bonne intelligence : et de nos Jours encore on voit souvent de petits intérêts diviser celles qui sont assez rapprochées pour se disputer quelque privilége ou quelque Eee séance. Les habitants de Cusset en vinrent à des voies de fait envers ceux de Vichy : ils détournèrent les eaux dela sourcede Cyolant, que ceux de Vichÿ faisaient venir de plus d'un quart de lieue, et une belle fontaine élevée sur une place devant la maison du sieur Gasville, se trouva tout à coup à sec, au grand déplaisir des vilains et des EH BIC du couvent, qui tirafont leur eau de la même source.
En 1440, pendant la guerre civile de la Praguerie, Charles VII ; après avoir rassemblé à Clermont les états d'Auvergne, voyant que les seigneurs et les princes révoltés, qui avaient juré de se’ soumettre et de se cdd auprès de lui , manquaient absolument à leur parole, partit de la ville, bien résolu de conunuer la guerre, fit passer l'Allier à ses trou pes, et vint assiéger Vichy.
Cette place était défendue par un nommé Barrette, qui la rendit aussitôt que le roi y fut arrivé, et jura de lui rester fidèle. Quoique la ville, dit Dulaure (1), se fût rendue
(1) Bourbonnais , page 92.
presqu’à la première sommation, quoique les habitants fussent fort innocents de cette révolte, qui était l'unique ouvrage de l'ambition des princes et seigneurs, ils demandèrent cependant au roi, comme une grâce, de n’étre pillés ni égorgés par ses troupes , et le roi, ditun écrivain du temps, bénignement leur octroya, avec cette condition : que les vivres qui se trouvaient dans la ville seraient départis à ses soldats, et qu'ils y resteraient en. garnison. De Vichy, le roi marcha vers Cusset, et envoya mettre le siége devant Varennes, qui se rendit après quelque résistance.
Le pont dont nous avons déjà parlé faisait de Vichy un point très-important. La ville et ses environs eurent beaucoup à souffrir de cette importance politique, à l'époque des guerres de la religion. L'armée des princes confédérés, composée de soldats protestants, du Quercy, du Languedoc, de l'Auvergne et du Bourbonnais, venant du Forez , passa à Vichy pour aller à Chartres se joindre aux troupes du prince de Condé ; elle y arriva le 4 janvier 1568 ; et y séjourna un jour. Poncenac , un de leurs chefs, avait recu l’ordre d'aller en avant, comme connaissant mieux le pays, et il s'était emparé du pont de Vichy. Les protestants le passèrentle 5 janvier, et le
6, jour des Rois, ils découvrirent l’armée nombreuse des catholiques qui occupaient la plaine entre Cognac, Randan, Gannat et Lafont. Leurs chefs étaient Saint - Hérem, gouverneur d'Auvergne ; Gordes d'Urfé ; Nectaire de Sennectaire, évêque du Puy, qui avait remplacé la mitre par un casque étincelant, et l’étole par une épaisse cuirasse. On y voyait aussi Saint-Chaumont, le baron de Lastic, Bressieu, et Jean Mottier de la Fayette, seigneur de Cognac, qui n'avait pu s'empêcher de prendre part à cette action.
Les protestants ne pouvaient éviter le combat. Les chefs firent rompre le pont de Vichy, pour ôter à leurs troupes tout espoir de salut s'ils n'étaient pas vainqueurs. Ils les engagerent à combattre le même jour , dans la crainte que le lendemain les catholiques ne fussent encore plus nombreux. Claude de Lévis, seigneur d’Audon, et le capitaine Laboissière, prirent le commandement de Pavantgarde qui était composée des régiments de Foix et de Rapin. Le corps d'armée fut composé de huit enseignes du régiment de Montclars et de onze de celui de Mouvans; sur l'aile gauche on porta la cavalerie formée des gendarmes de Bruniquel , de Savignat et de.
Montamor.
( 154) À près quelques escarmouches de la cavalerie, le baron de Paulin, suivi de son guidon,
secondé par le vicomte son frère et par Poncenac, attaqua la cavalerie des catholiques
commandée par Bressieu , qui, au premier choc, fut tué et sa troupe mise en déroute.
La bataille s’engagea de toutes parts. Les protestants, quoique mal armés, mirent bientôt les catholiques en fuite; plus de cent périrent sur le champ de bataille; le seigneur de Cognac fut tué, son château d'Hautefeuille fut brûlé, ainsi que l'église de Cognac.
Les protestans perdirent peu de monde :
leur plus grande perte fut causée par une méprise qui eut lieu le soir même de la bataille. Ceux qui gardaient les bagages à Cognac tirèrent sur leurs. troupes qui poursuivaient des fuyards, et cette méprise coûta la vie à Poncenac et à Saduret, prévôt du Forez.
Les catholiques se retirèrent à la faveur de la nuit vers Aigueperse, Riom, Clermont, Montferrand et autres places d'Auvergne, où on ne voulut point les recevoir, parce qu’avant de partir ils avaient promis de revenir vainqueurs, et qu'ils avaient recommandé aux habitants de ces villes de ne recevoir aucun de ceux qui échapperaient au combat,
( 135 ) afin qu'ils pussent les faire tous mourir ; ones prit eux-mêmes pour des protestants vaincus, et ils furent obligés de vivre dans les campagnes où ils firent une infinité de maux (x).
Le pont de Vichy ne tarda pas à être rétabli, et dès 1576, les troupes que le prince Palatin conduisait au secours du parti protestant, vinrent aussi passer l’Allier à Vichy. Elles assiégèrent la ville à la fin de février, la prirent et s’y retranchèrent dans la crainte de l’armée royule qui approchait. Cependant le prince jugea plus convenable de repasser l'Allier, et d'aller avec son armée attendre le prince de Condé sur les frontières d’Auvergne. Le droit de premier occupant lui permit de lever plus facilement une forte contribution sur cette province.
Enfin Mezerai rapporte qu'au mois d'août 1590 , le grand-prieur de France, qui voulait faire valoir, par la force, les droits qu’il disait avoir au comté d'Auvergne, en vertu d'une donation testamentaire de la reine Catherine, vint mettre le siége devant Vichy; mais il apprit ensuite que le marquis de Saint-Sorlin , frère du duc de Nemours, ve-
() Dulaure, Description de l Auvergne, page 96.
( 156 ) nait au sécours des habitants, 1l se retira et conclut bientôt après une trève de quatre moIs.
Vichy eut beaucoup à souffrir pendant toutes ces guerres, et il en fut de même du couvent desCélestins, situé dans une position favorable à la défense , et dont il fallait s’emparer à tout prix. Aussi, depuis sa fondation en 1410, Jusqu'à sa suppression en 1774, C’està-dire pendant plus de trois siècles et demi, il fut saccagé plusieurs fois.
En 1565 il fut pillé à l’époque de la bataille de Cognac; huit ans plus tard, en 1576, il fut complétement ruiné par les huguenots, au point que les religieux s'adressèrent au roi Henri II pour obtenir des secours, et des commissaires furent envoyés sur les lieux pour dresser procès verbal de tous les dégats.
Enfin , en 1590, le couvent des Célestins eut encore un siége à soutenir, et pendant que les troupes du capitaine Beauregard , qui s’en était emparé pour le défendre, y commettaient toute espèce de désordres , le canon des assiégeants vint percer Jusqu'au sanctuaire de l'église, dont un pan de muraille finit par s'écrouler (1).
1) V. Nover, Lettres sur Vichy, page 26.
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Malgré tous ces malheurs le monastère fut presque toujours riche et puissant. Les rois le protégèrent et lui accordèrent de hautes faveurs. Les ducs du Bourbonnais lui abandonnèrent le revenu de plusieurs terres considérables , et les religieux eux-mêmes surent se créer des ressources en vendant le droit de sépulture dans leur église. En entourant d’une certaine pompe les obsèques de ceux qui avaient élu chez eux leur dernière demeure, ils flattaient la vanité de ces vieux chrétiens, et en tiraient d'assez fortes sommes d'argent. La branche des Bourbons-Carencey y fut inhumée. On y conserva long-temps les restes de Catherine de Chouvigny, dame de Châtel- Montagne; de Guillaume Cadier, bienfaiteur du couvent, inhumé le 14 janvier 4471 ; d’un comte de la Fayette, et de Claude Desaix et de sa femme, dont le tombeau était remarquable par le travail de l'armure du chevalier, par le lion couché à ses pieds, et le chien couché à ceux de sa femme (1).
Parmi leurs plus anciens priviléges, on remarque celui que leur accorda, en 1410, le duc Louis, leur fondateur, d’exempter du
(:) De Coiffier, Histoire du Bourbonnais , tome 2, p. 294.
péage qui avait lieu sur le vieux pont de Vichy, tous ceux qui viendraient moudre leurs grains au moulin de Chisson qui appartenait aux religieux, privilége qui depuis fut renouvelé par Louis XIV. Charles VI les exempta de tout impôt sur les vins, et par la suite, ils obtinrent tant de priviléges , qu'ils ne payaient plus aucune taille ni impôt: Ils pouvaient même prendre, sans payer de gabelle, trois setiers de sel au grenier qui était établi a Vichy.
- Le couvent des Célestins était un asile sacré. La justice ne pouvait se saisir des criminels qui s'y réfugiaient; ettous ces priviléges, il les conserva jusqu’en 1774, époque à laquelle Louis XV supprima la communauté, À} n'y avait plus alors qu'un petit nombre de religieux qui relevaient de l’évèque de Clermont. Ce dernier s’empara de leurs biens, et fit à chacun d’eux une pension viagère de dix-huit cents francs. Le dernier de ces religieux mourut à Vichy en 1802 (1).
Un second couvent s'établit, en 1614, urès-près de l'établissement thermal. Il était occupé par des capucins qui y recevaient les
Qi) V. Noyer, Lettres sur Vichy, page 29.
religieux de leur ordre, malades ou infirmes, et tâchaient de les guérir par l’action des eaux minérales. Aussi ce couvent, dont les bâtiments existent encore en très -grande partie, est-il placé très-près de l'établissement thermal. Sa chapelle est encore debout, et c’est là que se fabriquent maintenant les eaux gazeuses et les eaux de Seliz, dont nous avons parlé dans la première partie.
Avant la révolution de 1789, Vichy avait un grenier à sel auquel venaient s'approvisionner un grand nombre de paroisses des environs. Lesel s’y vendait environ soixantedeux centimes la livre, c’est-à-dire, que la ville était honorée d’une grande gabelle, impôt très-onéreux, mais moins gênant cependant que celui des traites qui sy percevait aussi. Ce dernier consistait en un droit percu sur toutes les marchandises qui sortaient par eau de la province d’A uvergne. Le commerce des vins était celui qui souffrait le plus de ce droit de sortie.
Les eaux thermales qui font actuellement toute la richesse de Vichy, n'ont pas toujours été recueillies dans un magnifique établissément; pendant long-temps elles furent abandonnées comme la plupart des eaux minérales. La source du Grand-Puits était re-
cueillie dans un petit bâtiment que l'on ap-
pelait 4 maison du roi, et ce ne fut qu'en 1787 que l’on songea à leur construire un temple digne de leur puissance. À cette époque Mesdames Adélaïde et Victoire de France vinrent à Vichy pour leur santé.
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Elles partagèrent, dit M. Lucas, le malaise général; rien n'avait été changé pour leur réception ; elles étaient deux malades de plus. Leur présence fut un bonheur pour le pays, et surtout pour les pauvres ; leur séjour devint un bienfait pour lhumanité.
Un nouveau bâtiment thermal fut construit, de grandes améliorations furent projetées. Mesdames arrêtèrent les plans : il ne leur a pas été permis de les faire exécuter : la galerie et le bâtiment des bains constatent leurs intentions. Leurs noms inscrits sur le portique de ce nouveau bätiment, ont traversé les temps du malheur de la France, défendus par le respect que commandait le souvenir de leurs bienfaits » (1). En 1814, Madame la duchesse
d'Angoulême est venue aussi à Vichy, et elle
puissamment contribué à doter cette con-
(1) Analyse des Eaux thermales de Vichy, page 125.
trée du bel établissement qu'on ÿ voit aujourd’hui. Elle a donné au projet de Mesdames une plus grande extension ; elle a posé la première pierre du bâtiment actuel, et a donné des fonds pour hätér sa construction.
C’est à elle que les malheureux doivent maintenant leur admission gratuite dans l’hospice, et tout le monde sait qu'en 1850 elle était encore occupée de soulager leur misère, quand Charles X signait soii propre exil, et l’enchaïînait à sa destinée.
Malgré le mauvais état des lieux avant 1787, Vichy recut souvent la visite de personnes d’un rang très-élevé. Le grand Fléchier y vint dans sa jeunesse , et parle de cette localité avec tout l'enthousiasme que peut inspirer à une âme jéune et passionnée les richesses et les beautés de la nature (1).
(1) « I n'y a pas dans la nature, dit-il , de paysage plus beau, plus riche et plus varié que celui de Vichy.
Lorsqu'on y arrive, on voit d'un côté des plaines fertiles; de l'autre , des montagnes dont le sommet se perd dans les nues, et dont l'aspect forme une infinité de tableaux différ ‘ents, mais qui, vers leur base, sont aussi fécondes en toutes sortes de productions que les meilleurs terrains de la contrée... Ce qu'il y a de plus remarquable en ce lieu, continue-t-il, c'est qu'on n'y trouve pas seulement de quoi récréer la vue lorsqu'on le contemple, et à s’y nourrir délicieusement lorsqu’ on l’habite , mais encore à se guérir quand on est malade ; en sorte que toutes les
( 142 ) Mn: de Sévigné y vint en 1076, et sa première lettre dans laquelle elle dépeint à sa
beautés de la nature semblent avoir voulu s'y réunir avec l'aboneo
dance et la santé. »
A cette description en prose, le même écrivain en joint une
autré en vers, où l’on trouvera plus de facilité que de poésie. C’est pour voir ces lieux à loisir, Où la nature a pris plaisir
A réunir dans l’étendue
Tout ce qui peut plaire à la vue; e Les villages et les châteaux,
Et les vallons et les coteaux,
La perspective des montagnes, Couronnant de vastes campagnes; Le beau fleuve, qui, dans son cours, Forme à leurs pieds mille détours :
La verdure émaillée des plaines’, Le cristal de mille fontaines ;
Les prés, les ruisseaux et les bois, Toutes ces beautés à la fois Rendent le pays admirable;
Et dans ce séjour délectable, Séjour à jamais préférable
À celui qu’habitent les dieux,
On pense, et c’est chose croyable, Que pour lutile et l’agréable, Jamais on ne peut trouver mieux ; Tous les efforts que la peinture Fait pour imiter la nature,
Ne sont que de faibles crayons Des beautés que nous ÿ voyons.
Auprès de toutes ces merveilles, Qui sont peut-être sans pareilles, Je n’estimerais pas un chou,
Le paysage de Saint-Cloud,
Non plus que celui de Surène, Arrosé des eaux de la Seine;
Et qui vente Montmorenci,
Se tairait s’il eût vu ceci,
( 145 ) fille le beau tableau que lui présente la campagne des environs, est datée du 19 mai. Ce fut à peu près à cette époque que nous commençäâmes les promenades dont Je vais essayer de rendre compte. |