‹ Vichy et ses environs, ou description des eaux thermales, et des sites pittoresques quio les entourent; avec quelques considérations sur l'action médicale des eauxChapitre 23 sur 30 · LA COTE DE SAINT-AMAND ET LES EAUX D'HAUTERIVE · texte numérisé non relu

LA COTE DE SAINT-AMAND ET LES EAUX D'HAUTERIVE

N ous attendions un beau jour avec bien de l’impatience, car depuis quelque temps on nous parlait des environs de Vichy comme de sites merveilleux, et l’on ‘citait surtout , avec de pompeux éloges, les bords du Sichon et la côte de Saint-Amand. Loin de conserver pour les dernières, les courses qui semblaient nous offrir le plus de plaisir, nous commencûmes de nous assurer par nos propres yeux de toutes les merveilles qui nous entouraient. Nous partimes donc aussitôt après le déjeuner pour la côte de Saint-Amand que l’on voit très-bien de Vichy, et qui en effet n’en est éloignée que d’une bonne demi-lieue. On amena une collection d’ânes destinés à servir de monture à plusieurs dames, et à queiques malades qui voulaient faire la même promenade que nous, et la caravane se mit en marche. .

Nous laissimes Vichy à droite, et, guidés par les ânes qui connaissaient de reste la route

que nous allions parcourir , nous primes sur la gauche un chemin bordé de saules et de noyers. Un°peu plus'loin, des saules ombra:

geaient les deux côtés du chemin ; des peupliers venaient s'y joindre , et leurs jeunes féuilles, exposées au soleil du printemps, répandaient une odeur balsamique dans tous les environs. a

Nous commencçcâmes à monter, CRE a

droite l’Allier et ses bouquets d'arbres, et à gauche une maison de campagne avec une petite avénue d’ormeaux et deux jolis sorbiers.

Un peu au delà se trouve un vieil ormeau près duquel on tourné à droite, et des frénes alternant avec de jeunes noyers indiquent le chemin qu'il faut suivre, Déjà paraissent au loin le puy de Dôme et les montagnes qui en sont voisines, tandis que dü côté opposé la vue se repose agréablement sur de beaux vignobles et sur des massifs d'arbres fruitiers ÉeTer lé rapprochés, qu ils semblent former une véritable forêt.

Nous montâmes encore sur le terrain calcaire qui forme la côte de Saint-Amand, et nous traversämes les vignes et les vergers que nous apercevions loin de nous ses instans plus tôt. Le feuillage encore rouge de vieux noyers contrastait avec les magnifiques

Lr-

( 146 ) bouquets de fleurs blanches dont les cerisiers étaient couverts, et les cimes verdoyantes de nombreux pommiers qui bientôt allaient aussi épanouir leurs corolles carminées.

Nous vimes au pied d’un vieil arbre une petite croix de pierre portant l'inscription de 1850, et un chemin qui traversait celui que nous avions suivi formait aussi une Croix sur le sol.

Nous étions alors sur le sommet du petit plateau que l’on désigne sous le nom de Côte de Saint- Amand. Le chemin de droite nous conduisit près d’un arbre séculaire que la foudre venait de détruire; son tronc fendu avait été entièrement charbonné , et ses branches brisées gisaient autour de lui. Deux pas plus loin nous avions sous les yeux le tableau que vous venions chercher. Ce tableau, c'était l’Auvergne et le Bourbonnais.

Ce qui nous frappa le plus fut le cours sinueux et prolongé de l'Allier, avec ses îles nombreuses, ses toufles de saules, ses bouquets d’aulnes et ses lignes de hauts peupliers. A nos pieds étaient deux jolis villages ornant les deux rives de la riviere. De notre côté se trouvait Abret, de l’autre Hauterive ; çà et là des hameaux et des arbres fruitiers annoncaient la richesse du sol, et contribuaient à

( 147) la beauté du paysage. À gauche, on apercevait les montagnes qui dominent la ville de Fhiers et ses vallons sauvages , le sombre Montoncelle enveloppé de ses noirs sapins, et la chaîne du Forez avec ses vallées profondes , ses ruisseaux encaissés, ses plaines de bruyères et ses massifs d’arbres verts. Au loin, c'était la Limagne d'Auvergne, ses champs, ses villages rapprochés, ses buttes de basalte et ses collines calcaires, et plus loin encore le Cantal, dont les sommets déchirés se perdaient dans un brouillard léger. Le Mont- Dore, un peu moins éloigné, offrait ses longs plateaux où la verdure n'avait pas encore remplacé de larges taches de neige, et la chaîne volcanique des monts Dômes seprolongeait en festons arrondis, et diminuant graduellement de hauteur jusqu'aux collines des environs de Gannat, jusqu'aux plaines du Bourbonnais. À notre droite était Vichy et sa vieille tour, etses hauts peupliers qui nous cachaient la vue de l'établissement thermal , puis au delà les vignobles de Creuzier et un immense lointain. Telles étaient les limites du vaste horizon que nous pouvions dominer; qu’on juge, d’après ce cercle immense, des objets sans nombre qu'il pouvait contenir ; qu’on se figure ces vastes plaines inégalement distri-

buées en parcelles morcelées par les différences de culture; qu’on imagine toutes les nuances de verdure produites par les divers états de la végétation ; qu on se représente tous ces villages, toutes ces habitations dispersées et ces lignes d’arbres fleuris dont la direction indiquait si bien les ruisseaux et les rivières ; qu’on place enfin sur les collines de vieux châteaux ou des tours démantelées, et bien loin Clermont avec sa vieille cathédrale, on aura peut-être une idée du grand spectacle que nous admirämes long-temps, assis sur le flanc du côteau, qui fut autrefois un des bords du grand lac de la Limagne. Quand nous réfléchissions aux changementssurvenus sur la terre depuis sa création, nous restions confondus de notre impuissance, et pénétrés de surprise et d’admiration. Cette belle plaine dont Les assises recèlent les débris d’un si grand nombre d'animaux dont les races n'existent plus; cette plaine qui tour à tour fut arrosée du sang des Romains, des Gaulois et des Barbares, s’offrait à nos yeux sous un aspect si calme et si tranquille , que les vieilles pages de l'histoire et les médailles de la nature n'offraient plus rien à notre imagination ; le présent effacait complétemeut le passé.

Sous nos pieds étaient des vignes et une carrière d’où l’on tirait d'assez belles pierres de construction. Un petit sentier nous permit d’y descendre pendant que lés personnes de notre société, qui s'étaient munies d’âänes avant de partir, faisaient un grand détour pour gagner le village d’Abret, Nous les y précédämes, et le batelier nous ayant vus de loin, arriva de suite avec son batelet pour nous transporter sur l’autre rive. IE n'avait pas apercu les ânes , er comme il fut obligé de leur faire les honneurs du grand bâteau, son premier voyage devint à peu près inutile pour fui. |

Nous marchämes un demiï-quart d'heure sur des terres couvertes de sable et de gravier, puis nous entrâmes dans le village d'Hauterive, qui est entouré d’un grand nombre d'arbres dont les troncs sont en partie cachés par le dépôt des sables de l'Allier.

Une seule chose nous intéressait, c'était les eaux minérales que l’on nous avait dit analogues à celles de Vichy. Nous fûmes les visiter ; elles sont à une petite distance du village, sur le bord de l'Allier, et entermées dans un petit bâtiment dont la partie supérieure sert de colombier. Il y a deux fontaines dont les eaux sont froides, gazeuses

et piquantes. Quoique très-rapprochées, ces deux sources ne paraissent pas être identiques; une d'elles offre une eau plus piquante et plus limpide que l'autre. Toutes deux laissent déposer du carbonate de chaux qui se concrète sur les parois extérieurs de leurs réservoirs, et qui est fortement coloré en jaune d'ocre par une matière organique , et probablement aussi par de l’oxide de fer.

Ces eaux nous parurent avoir à peu près le même goût que celles des Célestins , ou du moins Gellcs de l’une des sources. Quant à leurs propriétés, elles sont à peu près Îles mêmes que celles de l’eau desCélestins. On les a employées avec succès dans le traitement des maladies des voies urinaires ; le docteur Lucas les prescrivait fréquemment, et je ne doute pas qu’elles n'aient les plus grands rapports avec les eaux de Vichy.

Après avoir goûté les eaux d’Hauterive nous songeñmes à retourner à Vichy, car l'heure du diner s'était écoulée sans que personne y ait fait attention , et il nous fallait près d'une heure pour gagner notre hôtel.

Nous repassämes à Abret le bac qui déjà nous avait transportés, et nous primes un chemin qui traverse des terres très-fertiles, qui sont un ancien dépôt de l’Allier. Ces terres ont

été converties en jardins, ou du moins elles sont cultivées avec autant de soin. On y plantait des potirons, des haricots et des pommes de terre; on y semait du chanvre, et un joli sentier nous amena bientôt dans un chemin gazonné sur les bords et fortement ombragé. Nous suivimes quelque temps le bord de l’eau, et bientôt après nous retrouvions, près de Vichy, la route que nous avions suivie le matin.

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