‹ Vichy et ses environs, ou description des eaux thermales, et des sites pittoresques quio les entourent; avec quelques considérations sur l'action médicale des eauxChapitre 27 sur 30 · EUR · texte numérisé non relu

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Le our saillans:; Vallee du Sichon.

Lith de les:

-osers à Moultiis

(175) D : | sur un tapis de mousse, entourés des buissons fleuris de la viorme et du chèvre-feuille,nous fimes honneur aux provisions que nousavions apportées de Vichy. L'eau fut puisée dans une de ces cavités dont nous avons parlé un peu plus haut ; et, nous rappelant alors que, dans ses longs voyages en Amérique, M. de Humboldt avait un jour préparé une boisson rafraîichissante dans un trou de rocher de l’Orénoque, nous voulümes imiter son exemple; nous fimes, dans un de ces creux, un mélange d’eau sucrée et d'esprit de citron, que nous büûmes à la sante et à la longue vieillesse de l'illustre voyageur et du plus savant des hommes. Ainsi se termina notre repas champêtre.

Nous remontâmes en nous accrochant aux branches, ei nous retrouvämes le sentier que nousavions quitté. Le sol était entièrement formé d’ardoises d’un gris foncé , sur lesquelles croissaient des bouquets de silène et des touffes de linaire. Nous descendimes près d’une habitation en ruines, dans un lieu que l’on nomme l’Ardoisière , parce qu'en effet on a cherché à en extraire des ardoises. Nous y vimes encore un puits et une galerie dans laquelle nous enträmes aussi avant que le jour nous le permit. L'exploitation en est maintenant abandonnée; car les schistes n'avaient

(174) pas les qualités que l’on exige pour les tailler et en faire de bonnes ardoises. Il fallut y renoncer. La chaumière en partie détruite, que nous vimes en arrivant, était, il y a quelques années, habitée par un ermite. Le frère Jean, s’isolant des vanités de ce monde, s'était emparé d’un érmitage, et ÿ vivait dans un pieux recueillement : la contemplation, l’extase et la prière divisaient ses longues journées. On ignore l'emploi de son temps pendant la nuit; mais tout porte à croire qu'il n'utilisait pas en prières celui qu'il dérobait au sommeil ; car la justice dut s'occuper de l’ermite, et la présence des gendarmes l’obligea d’abandonner son séjour champêtre.

Les bergers qui fréquentent le voisinage assurent que le frère Jean n’a pasentièrement quitté des lieux qui lui étaient chers, et la nuit, quand la lune est sur son déclin, on voit son esprit apparaître sous la forme d’un grand fantôme qui marche sur la forêt et sur les eaux du Sichon , et qui vient arracher une poignée du chaume qui couvre encore son ancien ermiiage.

Nous n’attendimes pas le frère Jean, dont la présence ne pouvait d’ailleurs nous causer ni Joie ni surprise, et nous commencâmes de gravir une petite montagne qui était à notre

gauche, et que l’on nomme le Pérou. Gette montagne devenait d'autant plus intéressante pour nous , que c'était le seul point des environs de Vichy où l’on eût rencontre une roche volcanique, et c’est à M. le docteur Giraudet, de Cusset, que l'on doit cette découverte : personne avant lui n’en avait fait mention.

Effectivement, en arrivant au sommet, nous vimés une butte de basalte en grosses masses informes , d’où l’on atiré sans doute la pierre noire de la grosse tour et des remparts de Cussét, ainsi que les deux masses de roche qui sont au commencement de l'allée de Mesdames , en sortant de Vichy. Un château fut construit sur cette pointe basaltique , et l’on prétend qu’il appartenait aux Templiers, Nous vimes deux tours en partie conservées, et quelques étables à demi-souterraines, creusées dans le basalte qui forme tout le sommet de la montagne. Du haut de cestours, comme de toutes les parties supérieures de cette colline , la vue est très-belle et très-étendue. On suit une partie du cours du Sichon ; puis, tout autour de ce centre volcanique, on voit les montagnes voisines s’arrondir en demicercle, et former comme une espèce d’enceinte en roche porphyrique, au basalte qui s'élève au milieu et domine les environs.

Comme nous ne voulions pas reprendre Île même chemin pour retourner à Cusset, nous demeurâmes sur la hauteur, au lieu de redescendre dans la vallée du Sichon , et nous suiyimes un chemin tracé sur un terrain assez aride. Nous laissimes à gauche la petite chapelle de Sainte-Magdeleine , but de quelques pèlerinages intéressés , lorsque les habitants des campagnes manquent de pluie, et bientôt après nous étions à la côte de Justice, d’où l’on découvre la ville de Cusset. Là se faisaient autrefois les exécutions, et la potence était, pôur ainsi dire, en vue de la ville. Aujourd’hui encore ce lieu rappelle un triste souvenir : une croix de bois indique la sépulture d'une jeune fille qui mourut, il y a quelques années , de honteetde désespoir. Agée de dixneufans, appartenant à une famille qui tenait à Cusset un rang élevé dans la société, elle n'avait qu un moyen de réparer sa faute, et ce moyen lui était interdit par le lien même dans lequel son séducteur était engagé. Un jour elle sort seule de Cusset ; er gravit avec peine le sentier escarpé qui devait la conduire au tombeau ; elle monte cependant, elle arrive au sommet, au point même où la croix indique maintenant que ses restes ont été déposés ; et là elle promène une dernière fois

( 8%.) ses regards égarés sur l'horizon immense qui se déroule autour d’elle ; nulle part elle ne trouve le repos; partout elle se voit poursuivie par la honte et le mépris. Elle a salué pour la dernière fois la maison paternelle où ses chagrins et ses remords ont été repoussés ; un étang, près duquel nous venions de passer, se présente à ses yeux ; elle y court, et, prête à s’élancer, ses jambes fléchissent, elle tombe à genoux, ses mains se joignent, et la, sur le bord de la tombe, elle demande à Dieu le repos et le pardon qu’elle n’a pu trouver sur la terre. Des bergers qui la voient en prières n'osent troubler son recueillement, et s’éloignent en silence ; mais bientôt un bruit lointain les rappelle ; elle a trouvé la force de s'élancer, et son corps a disparu. Les secours ne furent pas assez prompts. Résignée d’avance,Dieune permit pas qu’elle luttât long-temps contre la mort qu’elle avait tant souhaitée. Sa fosse fut creusée dans le roc ; le porphyre reeut sa dépouille mortelle, et un jeune cerisier, planté sur sa tombe, se couvre tous les ans de fleurs d’un blanc pur, que le moindre vent dessèche, et dont les fruits ne mürissent jamais. Si l'étranger arrose d'une larme de compassion ce simple monument funéraire, la mère de l’infortunée, qui existe encore,

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(178) doit y verser, comme le fit sa fille, celles du repentir et du désespoir !

Assis près du jeune cerisier, nous avions sous les yeux le grand tableau de la Limagne , que déjà nous avionsadmiréde la côtede Saint- Amand. Le Vernet et un grand nombre de villages étaient dispersés dans une plaine immense; le château de Randan élevait ses tourélles au-dessus des bois, et le puy de Dôme s'élevait au-dessus de Randan ; l'Allier et la Dore serpentaient au loin, et près de nous vénaient se réunir le Sichon et le Jolan, entre lesquels la ville de Gusset se développait toute entière. Le soleil était caché derrière de gros nuages pourprés, et toutes les teintes que l'indigo et le carmin peuvent produire par leur mélange, semblaient déposées sur les ob- Jets terrestres, dont les contours et les couleurs variaient à chaque instant pendant que nous descendions l’escarpement de porphyre qui domine la ville. Nous ne fimes que la traverser, et nous arrivames à Vichy en suivant la grande route, bien moins pittoresque que les bords du Sichon, mais aussi plus courte et praticable aux omnibus de Cusset, dont nous profitàmes avec plaisir.

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