‹ Vichy et ses environs, ou description des eaux thermales, et des sites pittoresques quio les entourent; avec quelques considérations sur l'action médicale des eauxChapitre 28 sur 30 · LES CHATEAUX D'EFFIAT ET DE RANDAN · texte numérisé non relu

LES CHATEAUX D'EFFIAT ET DE RANDAN

Pure et Randan recoivent tous les ans de nombreuses visites des buveurs d'eau, et nous ne voulions pas être en retard à leur égard.

Depuis quelque temps nous étions retenus à Vichy par des orages continuels et les pluies abondantes qui lesaccompagnaient :d’affreuses inondations avaient ravagé toute l'Auvergne, et le Bourbonnais s’en était ressenti. L’Allier, souvent grossi par les ruisseaux qui descendaient des montagnes, avait porté plusieurs fois la désolation dans la belle Limagne, et, dans un de ses momens de furie , il avait fait justice du pont de Vichy, monument fort utile, comme nous l’avons déjà dit, mais discordant par ses formes lourdes et massives, avec le beau paysage des environs. Le bac fut rétabli comme autrefois, et nous en profiâmes pour passer l'Allier; car Effiat et Randan sont tous deux situés sur sa rive gauche. Après avoir abandonné le lit de galets que la rivière a transportés, nous en trouvâmes de nouvelles couches qui furent déposées autre-

fois, lorsque ses eaux atteignaient une plus grande élévation; puis montant encore un peu; nous atteignimes le village de Vaisse, où nous vimes une petite église, et une cloche suspendue entre des pieux au milieu du cimetière. Le village est assez long, et quand nous l’eûmes dépassé ;nous renconträmes une croix de bois que nous laissämes à notre gauche, pour prendre la route d'Effiat. Ce chemin est tracé sur un plateau caillouteux ; il était borde de ronces fleuries, de jones et de bouquets de millepertuis, dont les fleurs commençaient à s'ouvrir. En face de nous commençaient les grands bois de Randan , et audessus un nuage blanchâtre et pelotonné envelopppait le sommet du puy de Dôme. Près de la lisière du bois croissaient de larges touffes d'ajonc (lex europeus), sorte de genèêt épineux, sicommun sur les edtes de Bretagne, et dont la végétation active annonçait un sol peu fertile , et un terrain sablonneux analogue à celui des Landes. La forêt offrait cependant une fraicheur admirable ; le feuillage des arbres avait acquis son plus grand déve- Jloppement, et l'écorce luisante des jeunes chènes témoïgnait de leur force et de leur vigueur. Des allées bien percées, des poteaux indicateurs, une route bien entretenue , tout

( 181 ) s annonçait l’entrée d’une forêt royale, et nous avions de plus l'avantage de voyager sur une voie romaine. À la vérité elle a été remise à la moderne par toutes les réparations que l'on y a faites, et malgré notre profond respect pour les antiquités, comme cette fois nous étions en voiture, et pressés d’arriver, nous avons adopté complétement le système de la restauration. Cette routeétait peut-être la continuation decelle que l’on adécouverte prés de Vichy, et qui conduisait aux anciens thermes que les Romains avaient établis dans cette localité.

Lancés sur l’ancienne voie des empereurs romains, nous vimes, à gauche près d’un poteau , le poirier de César, qui étendait ses rameaux sur la lisière du bois, etrqui certes avait été complétement inconnu au conquérant des Gaules. Noustraversimes ensuite une elairière entièrement cultivée, et nous arrivâmes au bois Garot, hameau bâti sur la lisière de la forêt, où nous rentrâmes bientôt après. Nous en sortimes enfin pour entrer dans la Limagne qui nous semblait une seconde forêt composée d'arbres plus forts et vigoureux, et dominée par la longue file des volcans d'Auvergne. Effiat paraissait au milieu du tableau, et son château se distinguait de

- sé À

loin, sn : Din dés arbres, à ses pavillons couverts en ardoises qui étincelaient sousun soleil ardent. La vue ressemblait à celle que nous avions admirée de la côte de Saint- Amand ; mais elle était moins étendue et plus colorée.

Un large chemin bordé de noyers nous conduisit jusqu’à Denone, où nous vimes encore les tourelles d’un ancien castel ; puis une seconde avenue de frènes et d’ormeaux nous amena, sur un pavé détestable , au milieu du village d’Effiat, sous les arbres qui ombragent

M Îlerire ée de son château.

Tout ici rappelait encore la grandeur et la mumficence du maréchal d’'Efliar. De vastes bâtiments, dont les décorations extérieures

n'ont jamais été achevées ; des fossés éncore pleins d’eau, des jardins et un parc immense

entouré de murailles ; à l’intérieur, des appartements décorés avec tout le luxe du dixseptième siècle : tels furent les objets qui nous frappèrent pendant notre longue visite à Effiat. Le château se compose d’un grand corps de logis , auquel tiennent plusieurs pavillons carrés relevés en dehors de pilastres appliqués contre les murs, et dont plusieurs inachevés ont été remplacés par des peintures qui, pendant les premières années de leur

execution, durent produire un peu d elec.

Ces pilastres sont en pierre de Volvic, tandis que les matériaux qui ont servi à la constraction des bâtiments sont des briques et des moellons de pierre calcaire , qui abondent dans le voisinage. Au reste, l'architecture se ressent de l’époque à laquelle ce château fut bâti , et n'offre rien de gracieux ni d’élégant. Il existait déjà en 1557, et appartenait alors à Gilbert Coiflier, trésorier de France, et général des finances; mais son petit-fils, le maréchal d'Efliat, y fit faire de grandes réparations , et l’augmenta beaucoup. IL ÿ avait fixé sa résidence dans les momens où la paix laissait un peu de repos à la France, |

Ce maréchal a joué un rôle assez actif dans l'histoire du dix-septième siècle, par la part qu'il prit aux guerres de cette époque, par son ambassade en Angleterre pour négocier le mariage de Fenriette de France avec Gharles [”, et par les charges importantes dont il fut revetu.

« Ayantesté eslevé en cour, paruint 4 estre » escuyer dela petite escurie du roy Louis XITT, » il auait esté fort agréable à Henri-le-Grand, » estaht SOR page auec le sieur de Messillat , » auxquels, pour être tous deux des mieux à.

» cheual et bien faits, le roi prenait plaisir à

leur faire trauailler des cheuaux en sa pre-

» sence, el quoique ce gentilhomme n’eût pas

estudié, il estait doué d’on si bon sens , qu’il n’y auoit point d'affaire dont il ne se desméla très-bien, quelque difficules qu'elles fussent, et esloignées méme de la profession qu’il auoit toujours fait : aussi son bel esprit ayant été reconnu par monsieur le cardinal de Richelieu, propre pour luy ayder dans le ministère des

» finances du royaume, l’honora de son alliance,

voulant que le sieur de la Meilleraye, son neueu, depuis fait grand maistre de l’artillerie et mareschal de France, espousa sa fille, et comme ce marquis (d’Effiat) estoit selon le cœur de ce grand cardinal, dl luy fit tomber entre ses mains la surintendance qu'il exerca auec tant d'adresse , qu’il trouua quantité

» d’expédiens et des moyens pour recouurer les

deniers qui suffirent à l'entretenement de plus de cent nulle hommes par an que le roy auoit sur pied, etc..... Et tout cela se fesoit auec tant d'esprit, qu’il n'a forcé personne a payer les taxes mises sur les officiers du royaume pendant la surintendance ; mais les amorcant par le bon marché en apparence , ou autres appas de priuilèges ou d'exemptions , qui se réduisirent depuis en fumée, .. .. Cet advisé

» et véritablement rusé seigneur (1) et surin- » tendant ayant bien sceu faire son profit de la » vanité des vns , par le débit des nouueaux » offices qu’il créoit, et la grande cupidité des » autres, pour les droicts nouueaux qu'il impo- » soit. Aussi auoit-il coustume de dire qu'il » trouueroit toujours des dupes, et cela s’est » reconnu vray pendant son administration , » que ceux qui sont venus après N'EN AYAnSs pu » faire de mésmes , mais bien contraints après » auoir mis en vsage ce qui restoit de moyens » doux et faciles, de se seruir du rigoureux , » par retranchement de gages et droicts > AUS- » mentation d'aydes , tailles , subsides et créa- » tions de nouuelles impositions et droicts (2). »

Ji fut fait maréchal de France le 1°° janvier 1631, et fut nommé successivement gouverneur de l'Auvergne, du Bourbonnais, et même du Nivernais, pendant l'absence du duc de Mantoue. Il avait été précédemment gouverneur de l’Anjou ; il était chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, grand-maître de l’artillerie, par commission , et conseiller d’hon-

(1) Son véritablé nom était Antoine Coiffier-Rusé, marquis d'Efat.

(2) Recherches sur les origines de Clermont, par Savaron. Edit, de P. Durand.

neur au parlement de Paris. Il fit ériger la terre d'Efliat en marquisat, y réunit un grand nombre d’autres terres, telles que celles de Vichy et de Gannat, dont il avait fait l’acquisition. Pour donner à ses possessions une plus grande importance, il fit ériger à Gannatune élection particulière, qui fut attribuée à la généralité de Moulins, et pour la formation de laquelle on détacha quatre-vingts paroisses de la généralité de Riom. Il avait l’ambition de rendre la seigneurie d'Efhiat une des plus belles et des plus considérables du royaume. Îl avait le désir d'amener l'Allier sous les murs de son château, malgré la distance de trois lieues qui le séparait dela rivière , et l’élévarion du terrain sur lequel il était bati (1).

La mort l’empècha de mettre ce projet à execution, [l avait été désigné pour commander l’armée que le roi envoyait au secours de l'électeur de Treves ; mais étant tombé malade à Litzelstein, il y mourut le 27 juillet 1632, àgé seulement de cinquante et un ans. Son corps futtransporté à Efliar, où il fut enterré, d’après le désir qu’il en avait exprimé dans son testament.

re te

(1) Legrand d’Aussy, tome 1, p. 266.

Le maréchal fonda à Effat une académie et un collége quil confia aux prêtres de l’Oratoire ; il voulut qu’on y élevât, à ses dépens, douze gentilshommes choisis par préférence dans ses terres, sinon dans la province, et le gouvernement donna suite à cette fondation, en y établissant une école militaire:

qui est maintenant supprimée. Enfin , il fit les fonds d'un hôpital , dont il donna l'administration aux religieux de la Charité (1). De toutes ces fondations, c’est la seule qui ait traversé les temps orageux qui ont pesé sur la France. On a respecté le bien du pauvre, et cet asile est encore ouvert à ses douleurs.

Le maréchal laissa trois fils; dont lun, bien connu sous le nom de Cinq-Mars, fut décapité à Lyon, labbé et le marquis d'Etfiat, Ce dernier eut un fils qui fut encore seiïgueur de ce marquisat ; mais, après sa mort, cette terre fut vendue au directeur-général des finances , Law, dont les créanciers l’ont vendue à M. de Sampigny-d Issoncourt,.

Ce fut à un descendant direct de cette famille, originaire de Lorraine, que nous demandâmes la permission de visiter le château d'Éffiat et ses dépendances. Non -seulement

(1) Chabrol, Coutumes d Auvergne, tome 4, p. 770.

( 188 ) elle nous fut accordée , mais M. de Sampigny eut lacomplaisance denousmontrer lui-même les détails de sa belle propriété. Nous parcourümes d’abord le jardin qui est derrière le château ; il est entouré des anciens fossés, dont une partie seulement a été mise en culture , tandis que l’autre est encore remplie d’eau , et alimentée par des sources qui viennent du parc. Ce jardin est régulier comme ceux que l’on traçait à cette époque; on y voit des arbres taillés, des ifs, des pruniers de Sainte-Lucie, des genèvriers, et des statues de marbre blanc. Un bassin octogone et peu profond en occupe le centre. Il est alimenté par sept filets d’eau qui s’élancent en gerbe. Nous vimes près du bassin un ibiscus de grande dimension ; il était couvert de fleurs blanches, et produisait un effet admirable.

Un escalier double, placé au fond du jardin, conduit dans le parc qui est irès-étendu, mais entièrement cultivé : il reste seulement quelques longues avenues de vieux arbres, à peine fréquentées, si ce n'est par les chars qui vont recueillir les moissons. De l’entrée du parc on voit dans son ensemble une des façades du château. Sur le corps central sont appliqués des pilastres qui n’ont pas été finis, qui sont munis de leur base, ec continués en

peinture détériorée, Deux pavillons tiennent au château , mais ils sont dissemblables ; celui de droite a été terminé; celuide gauche presente des pilastres figurés comme ceux du milieu du chäteau. Deux corps de bâtiment entièrement finisson? placés à droite et à gauche de ces deux pavillons, etchacun d’eux présente des fenêtresassezgrandes, qui offrent chacune six divisions formées par des pierres detaille. Tout le château est dominé par d'énormes cheminées en brique.

Nousentrâmes dans l’intérieur par la cuisine solidement voütée, et munie d’un large foyer enfoncé dans la muraille. De là nous passämes immédiatement dans une première salle entièrement lambrissée et éclairée par trois croisées. Nous y vimes une grande cheminée dont le manteau était soutenu par des cariatides en pierres peintes. Une énorme tête est au milieu, et au-dessus se trouve un tableau qui représente à peu près l'entrée du port de Marseille. Autour de cette salle existent sept tableaux à l'huile, représentant des scènes pastorales ou des sujets de chasse, plus quatre médaillons contenant des dessins bleus. Un très-beau salon attira ensuite notre attention. Après avoir écarté les rideaux jaunes de ses deux croisées, nous vimes avec plaisir qu’on

avait conservé intact l’'ameublement de ce sa- Jon : il était parqueté et n'avait pas de plafond. Une grande glace , entourée d’une guirlande dorée, ornait une petite cheminée de marbre blanc. Douze fauteuils et un canapé étaient rangés autour des lambris. Une tapisserie fort belle pour l’époque où elle fut faite, couvrait les siéges et leurs dossiers, et l'artiste avait su varier ses sujets de manière à offrir une série de fables et descènes pastorales. Sur les dussiers on ne voyait que danses de bergers et de bergères au son de la musette et du hautbois. Les chèvres et les moutons n'étaient pas oubliés. Les siéges présentaient une série d'animaux d'espèces différentes, et le canapé, qui offrait plus d'espace, était orné d’une chasse au léopard qui arrachait une flèche de sa plaie ensanglantée ; le tout, selon l’usage du temps, était accompagné de guirlandes de roses , d'œillets et de clous dorés.

Cinq grands tableaux, tirés du roman de don Quichotte, cachaient les murs du salon, et présentaient les teintes les plus vives et les mieux conservées. À gauche en entrant , on voit Sancho avec une figure jeune et moins expressive que celle de son âne, qu'il embrasse de tout son cœur. L'artiste a voulu montrer que l'écurie où se passait la scène

(gr)

était payée, et il a fait de son mieux. Le bât de l'âne repose sur les pavés, qui ont aussi l'honneur de supporter deux jolies dames munies chacune d’un collier de perles, que l’une porte à son cou, tandis que l’autre a jugé convenable d’en orner sa. chevelur re. L’écuyer a un haut de chausse violet, rayé : debleu ,etun bonnet bleu garni de fourrures, mais moins élevé que celui du grave personnage qui est placé pres de lui, et dont les épaules sont couvertes d’un manteau rouge,

Le second tableau représente le chevalier de la triste figure, pendu par le poignet à la fenêtre de l'hôtellerie , dont les barreaux de fer contrastent avec son plumet rouge et sa barbe grise. On regarde le pauvre chevalier à travers les grilles ; deux cavaliers sont à côté de Rossinante, tandis que trois dames , placées sous un arbre, sont en contemplation devant cette scène nocturne. ‘

En faisant un demi-tour à droite, on rencontre encore le héros de la Manche assis cette fois dans un fauteuil , et entouré de dames et demoiselles de haut parage, et habillé de rouge. Le fidèle écuyer, chapeau bas, mais aussi vêtu de rouge, avec nœuds de ruban rose sur ses souliers, est debout devant une table chargée de corbeilles de fruits. Les ar-

(192) més du chevalier sont par terre, et une demoiselle à taille fine tient son plat à barbe, tandis que toutes semblent occupées à Le servir ; il faut excepter cependant le duc et la duchesse assis sur le premier plan du tableau, dans des fauteuils chines.

Sur la même face du salon, on voit encore Sancho, devenu par son seul mérite gouver:

neur d’une île, et entouré de ses gens. Cette fois un tuürban garni de deux marabouis et d’un volumineux rubis, couvre sa tête réspectable, Une écharpe rouge est le signe de sa puissance , qui ne s'étend pas pourtant jusqu'à conserver sur sa table les mets délicieux que son médecin en chef fait enlever avec tant de célérité.

Enfin, undernier tableau, bien plus grand que les autres, fait face à la cheminée, et représente la scène de la tête enchantée. On y voit tout l’intérieur d’un riche appartement, décoré de bustes et tableaux , et dont le plancher est couvert d’un tapis parsemé lui-même d’arabesques. Un buste couronné est placé sur une table couverte d'un tapis à frange d’or. Les personnages sont nombreux, car il y en a treize, tous magnifiquement vêtus , y COMpPrIs Sancho, qui, cette fois, est muni d’un haut de chausse bleu, d’un pour-

point élégant et d’une épée; il est, du reste,

en extase devant la tête enchantée. Don Qui-

chotte, appuyé sur sa lance, conserve sa gra-

vité ordinaire. Tous ces personnages sont de-

bout, excepté deux. On remarque, à droite,

une dame fort jolie, dont la tunique est garnie de nombreux arabesques.:

Un corridor sépare ce salon de la chambre du maréchal d'Efliat ; elle est carrée, avec une alcôve qui contient le grand lit carré de l’ancien gouverneur. Rien n’a été changé; ce sont les mêmes colonnes qui soutiennent le dais et les rideaux rouges avec ganses d’argent; ce sont les mêmes fauteuils évasés, recouverts de la même étoffe que les rideaux.

La tapisserie ‘est très-singulière et semble bien plus ancienne que celle du salon. Sur le premier plan, on voit une chasse, au milieu de laquelle on distingue une femme à cheval avec des paniers pleins d'enfants. D'autres personnages ont un costume singulier, et on pourrait, au besoin, y trouver le type de la coiffure à la chinoise et de la mode si tenace des manches en gisot. Les cavaliers ont, au contraire, les cheveux plats comme les paysans de l'Auvergne et du Bourbonnais. Près de la porte, on voit un moulin ‘dont le toit est endommagé, et un meunier en contem-

Led

( 194 ) plation. En général , tous les détails sont mal faits et disproportionnés. Il y a dans le lointain profusion d’arbres à fruits jaunes et rouges, et au milieu de tout cela, un cerf, un renard, des chiens et des faucons.,

Nous visitûmes au premier étage une série d'appartements magnifiques. Ce fut d’abord la salle du trésor dont ie plafond est nuancé de diverses couleurs. Les tapisseries sont analogues à celles de la chambre du maréchal, mais nous y remarquämes une grande cheminée couverte d’arabesques, et sur laquelle est un tableau représentant un jeune homme et une jeune fille qui offrent des fleurs à une divinité. De là, nous entrâmes dans une chambre à coucher toute tendue de soie verte damassée, avec fauteuils de même étoffe , et lit carré à ciel très-élevé, vert et or. On nous ouvrit ensuite la salle des gardes, galerie r'emarquable par de nombreux tableaux trèsfrais à figures très-expressives, etoffrant l’histoire de Rolland-le-Furieux. Au-dessous de ces tableaux, se trouvent divers médaillons et des arabesques très-variées. Il est bien à regretter que cette belle salle ait été mutilée, et qu'on en ait fait en quelque sorte un corridor. Ce reproche cependant ne doit pas s'adresser au propriétaire actuel, qui a le bon

(19) ésprit de conserver intacts ces restes de l’ancienne splendeur du marquis d'Effiat.

Une autre chambre à coucher est à l’extrémité de la salle des gardes. Elle est décorée d’une tapisserie à fond blanc, sur laquelle s'élèvent des palmiers réunis par des guirlandes de roses auxquelles sont suspendus des paniers remplis des mêmes fleurs. Le lit a des rideaux zonés de rouge et de rose; le ciel est terminé par une sorte de vase rouge comme ceux du lit du maréchal, et en tout semblable à ceux que l’on voit aujourd’hui dans les églises aux von angles des dais. Nous n’avions plus qu’une salle à visiter, c'était la chambre des évêques ; elle est tendue de soie cramoisie. Les fauteuils et le canapé sonit de même étoffe, et leurs pieds sont entièrement dorés. Les deux lits, de même couleur que les fauteuils, sont ornés de franges d’or, et les poutres du plafond sont chamarrées de dessins bleus et blancs sur un fond brun. Il existe aussi une très-grande cheminée, audessus de laquelle est un tableau représen.

tant des forgerons, et à côté une sainte Magdeleine, portrait d’une dame d'un haut parage, enveloppée £ ses magnifiques cheveux

blonds.

Notre visite à Effiat ne fut pas aussi longue

( 196 ) que la description que nous venons d’en faire, mais elle nous avait vivement intéressés. Nous remerciämes M. de Sampigny, et nous re- Joignimes la route d’Aigueperse à Randan , où nous arrivämes sur les deux heures.

À exception du château, il n’y a rien à Randan qui soit digne de fixer l’attention. Le village ou la ville, si on le préfère, est bourbeux en tout temps, et pour peu qu’il pleuve quelque jours , il est impossible de le traverser en voiture. C'était pourtant autrefois la capitale du Randanois, petite contrée dont . Randan était le chef-lieu, et il est encore resté la première commune du canton.

Comgne un grand nombre d’autres lieux , Randan doit son origine à un ancien MONnastère fondé par des For de l’ordre de Saint-Benoit. On pense que ce furent eux qui construisirent la chapelle souterraine , qui servit plus tard de tombeau aux anciens seigneurs de Randan. On vit jusqu'en 1822 des ruines que l'on regardait comme celles de ce monastère que l’on appelait aussi le vieux Château. Il paraît qu'il fut fondé du vivant même de saint Benoît ; car vingt-sept ans après la mort de ce saint, c’est-à-dire, en 570, 1l existait déjà, et Grégoire de Tours rapporte qu'il était célèbre par la vertu de ses religieux.

( 197 ) « de raconterai aussi, dit-il, ce qui se passa en ce même temps dans le même monas-

ère (celui de Randan); mais je ne veux pas :

nommer le moine que cela concerne, parce

qu'il est encore vivant, de peur que, si

ces écrits lui parvenaient, ilne diminuât son mérite, en tombant dans une vaine gloire. Un jeune homme étant arrivé au monastère, se présenta à l’abbé pour sé dé-

| vouer au service de Dieu. L'abbé s'y op-

posa par beaucoup de raisonnements, lui disant que le service de cet éndroit était dur, et qu'ilne pourrait jamais accomplir tout ce qui lui serait ordonné. Il promit,

avec l’aide de Dieu, de tout adcogiphf ; en sorte quel abbé lerecut.Peude joursaprès, lorsqu'il s'était déjà se remarquer de tous par son humilité et sa sainteté, il arriva que les moines, sortant les grains de: leur grenier, en mirent sécher au soleil près de cent-cinquante boisseaux qw’ils lui donnèrent:à garder; et tandis que les autres s'occupaient ailleurs , ik demeurait à la garde du grain. Toutà coup le ciel se couvrit de nuages, et voilà qu une forte pluie accompagnée du bruit des vents , s'approchait rapidement du monceau de grains ; ce qué voyant le moine, il ne savait que

( 198 ) déterminer ni que faire, pensant que s'il appelait les autres, il y avait tant de grains qu'ils ne suffiraient pas à les rentrer à eux tous dans le grenier. Renonçant donc à tout autre soin , il se mit en oraison, priant Dieu qu’il ne descendit pas une goutte de cette pluie sur le froment ; et tandis qu'il priait prosterné à terre , les nuages s’ouvrirent, et la pluie tomba en abondance autour du monceau, sans mouiller , s’il est permis de le dire, un seul grain de froment. Les autres moines et l’abbé s’étant réunis pour venir promptement ramasser le grain, furent témoins de ce miracle, et cherchant le gardien, l’apercurent de loin, prosterné sur le sable, à prier ; ce que voyant l’abbé, il se prosterna derrière lui , et la pluie passée, l’oraison finie, il l'appela et lui dit dese lever ; puis l'ayant fait prendre, voulut qu’il füt battu de verges, disant : « Îl te convient, mon fils, de croître humblement en crainte et service

de Dieu, non dete glorifier par des pro-

diges et des miracles » ; et ordonna que, renfermé sept jours en sa cellule, il y jeünat comme un coupable, afin d'empêcher que ceci n'engendrât en lui une vainegloire ou quelque autre obstacle à la vertu. Main-

» tenant le même moine, ainsi que nous le » savons par des hommes dignes de foi, s’a- > donne à une telle abstinence que, dans les » jours de carême , il n’avale ni pain, ni au- » cun aliment, si ce n’est le troisième jour, » une coupe pleine de tisane. Que Dieu » veuille l’avoir en sa sainte garde jusqu'à » la fin de ses jours! » |

Selon toute apparence, le monastère de Randan fut détruit, mais déjà quelques maisons s'étaient groupées pour jouir de sa protection , et les ruines qui existaient en 1822 étaient probablement celles d’un château qui s'éleva sur celles du monastère: car dès 1204, Baudoin de Randan en était le seigneur , et Chatard de Randan en 1208. Soixante-seize ans plus tard , Guillaume de Randan, damoi:

seau , traita avec Chatard de Vichy, seigneur d'Abret, sur Les limites de leurs terres. Après l'extincuion de cette maison, celle de Polignac posséda pendant plusieurs siècles la terre de Randan, et Jean de Polignac en était seigneur en 1491. Anne de Polignac, veuve du comte de Sancerre , qui fut tué en 1515 à la bataille de Marigna , porta cette seigneurie dans la maison de Larochefoucault, par son mariage avec François de Larochefoucault , prince de Marcillac, qu’elle épousa le 5 fé-

br.

( 200 ) vrier 1518. Est-ce pendant ces trois annees de veuvage qu'il faut placer, comme le pense M. de Bastard (1), les amours du chevalier Bayard et de la dame de Randan? Il paraîtrait du moins que ce fut cette belle comtesse qui

arrêta quelque temps Bayard en Auvergne ,

-et tandis que les uns prétendent que les vœux

du guerrier ne furent point écoutés, d’autres assurent que la noble châtelaine ne fut nullement indifférente à son hommage, et qu’une écharpe attachée à une fenêtre de la tour occidentale, était le signal qui le guidait Jusqu'aux fossés du château, où il pénétrait secrètement pendant la nuit, et s'échappait avant le jour.

Anne de Polignac possédaitencore Randan en155r1. Charles de Larochefoucaulit, son fils, lui succéda, et Fulvie Pic de la Mirande, sa veuve, en jouissait en 1564, en qualité de tutrice de ses enfants. Cette terre fut érigée en comté en1566, et des lettres patentes y réunirent Jussat, Beaumont, Pragoulin et Hauterive: Elle appartint au fameux comte de Randanqui,en15g9o;péritausiéged’Issoire. Marie- Catherine de Larochefoucault, gouvernante de Louis XIV, et première dame d'honneur

(1) Recherches sur Randan, page 168.

de la reine Anne d’Autriche, fit ériger cette terre en duché, par lettres patentes du mois de mars 1661; et déjà, en 1649, le comté avait été déclaré mouvant de la grosse tour du Louvre, et ne devait par conséquent hommage qu’au roi seul. Comme Marie-Catherine de Larochefoucault avait épousé Henri de Beaufremont, marquis de Senecey , leur fille, Marie-Claire de Beaufremont, hérita du duché, et le porta en dot à Jean-Baptiste Gaston de Foix, duc de Candole. Il passa ensuite à [a maison de Lorge , etappartenait, en 1752, à Geneviève de Durfort de Lorge, duchessedeLauzun. Guy de Durfort deLorge, maréchal de Randan, lui succéda (1); la maison de Choiseul la conserva jusqu'en 1821, époque à laquelle S: A. R. Madame Adélaïde en acheta une portion. Elle acqui t les autres parties en 1826, et au moyen de quelques acquisitions partielles , et d’immenses améliorations, elle est parvenue à faire de Randan: une très-belle propriété. |

Un très-grand parc dans lequel nous nous pro menions depuis quelques instants, entoure le château, dont une partie seulement était construite lors de l'acquisition de Madame

(7) Chabrol , Coutumes d’ Auvergne, page 227.

( 202 ) Adélaïde. Il fallut ajouter une autre moiüé, et faire accorder les nouvelles constructions avec les anciennes, ce qui présentait d'assez grandes difficultés qui furent heureusement surmontées.

Les constructions sont en briques apparentes et en pierres calcaires tirées des carrières de Chaptuzat, près Aiïgueperse. Les toits sont couverts en ardoises; les cheminées sont énormes comme celles du château d’Effiat. La facade du côté du nord présente deux pavillons et deux tourelles, au milieu desquelles règne une petite colonnade de l'ordre dorique ; au-devant, s'étend la cour d’honneur fermée par une grille demi-circulaire.

Les anciens fossés ont été convertis en parterres qui vont se réunir à la terrasse qui s'étend sous la façade du midi.Celle-ci, moins compliquée que l'autre, se compose de deux grosses tours entre lesquelles s'étend le corps du château , qui, de ce côté, parait avoir un étage de plus que de l'autre. Deux jolis escaliers en fonte occupent la place d’une autre tour qui était au milieu des deux autres, et communiquent à une galerie d’où l’on jouit d'une vue admirable sur la Limagne et les montagnes du Forez. Cette vue est, du reste,

celle de la terrasse sur laquelle nous étions,

Lecoq Del.

Lith.de Desrosiers à Moulins,

Une Vue du Chateau de Randan.

* (205) et que nous quittämes pour nous promener … un instant dans le parc. Nous y descendimes par une petite allée tracée dans un taillis de rosiers du Bengale, et de là, nous parcourümes ses nombreuses allées partout ombragées par des massifs de composition très-variée. Nous, passèmes sur la digue d’une pièce d’eau , résultat de grandes dépenses et d’ingénieuses recherches, et nous nous égarâmes de nouveau dans cet immense bosquet. Le parc eût peut-être gagné en élégance, si les massifs moins pressés eussent été séparés par de larges tapis de verdure, et surtout si une source abondante avait pu les arroser et en entretenir la fraicheur. La princesse n’a rien négligé pour obtenir cette faveur de la nature. Nous vimes, en face du château, un puits artésien , dont la sonde dirigée avec zèle et avec talent par M. Laplanche, de Gannat, a atteint, sans résultat, la profondeur de six cent trente pieds. On le continuait encore avec persévérance, mais jusqu’à présent on perce une couche immense de marne argilleuse et verdätre qui , selon toute apparence, forme le fond de la Limagne, et peut-être l'eau, emprisonnée sous sa masse puissante, jaillira-t-elle enfin quand elle sera mise en communication avec le sol extérieur. Un tel

résultat changerait bientôt la physionomie de Randan; les eaux habilement dirigées, et s’échappant du point le plus élevé, iraient embellir le parc et ses alentours, et doubleraient la valeur de cette belle propriété.

Nous visitämes ensuite les dépendances du château , et nous trouvâmes partout le même ordre et la même propreté. Enfin, nous entrâmes dans l’intérieur, et nous en traversämes toutes les salles. une d'elles nous reuint quelque temps; c’est le:musée du château.

Des armoires vitrées renferment des armes étrangères, et divers objets de curiosité d'un travail admirable. La salle à manger, qui a remplacé les anciennes cuisines, est, de tous les appartemens, celui qu'on vante le plus aux curieux, et l’on a certainement ralson.

Elle est voûtée, et entièrement revêtue de stuc de diverses couleurs. Des amours et des arabesques, des oiseaux, des fruits et des grisailles, qui décorent les voütes et les panneaux, sont l’œuvre de quatre peintres distingués, et sont remarquables par leurs formes gracieuses et l'éclat de leur coloris. Des glaces font face aux croisées, et semblent placer dans l'intérieur ce beau paysage que nous avions admiré de la terrasse et de la galerie. Le parquet offre plusieurs rosacés de

bois étrangers, et à chaque extrémité de cette salle, sont deux petits salons qui offrent le même genre de décoration. Les lustres sont en bronze et recoivent des bougies. Deux demi-lustres, appliqués contre les glaces du fond , se reproduisent indéfiniment par réflexion, et semblent éclairer une immense galerie ou l’un de ces palais de marbre et de cristal dont on a lu les descriptions dans les Mille et une Nuits.

Une petite porte latérale communique avec les cuisines qui forment seules un large bâtiment surmonté d’une terrasse et d’une galerie. Elles sont en rapport avec le siècle actuel et le pays d’abondance où ‘elles sont situées ; mais quand on a traversé toutes les pièces dont elles se composent, quand on a vu surtout en pleine activité les gigantesques tournebroches, les machines à vapeur, et la salle aux casseroles ; quand on a vu chauffer les fours, dresser les pièces d’apparat, et agir la hiérarchie des marmitons âux prises avec un diner de réception, on se croit encore transporté dans le royaume des fées , et l’on a peine à croire à la réalité d’une si prodigieuse consommation. Près des lieux où se prépare la nourriture du corps, l’âme recoit aussi la sienne, Une élégante chapelle se trouve pla-

( 206 ) cée à l'extrémité des cuisines, et communique avec le château par une galerie supérieure qui conduit à sa tribune.

La chapelle est en stuc comme la salle à manger ; trois croisées l’éclairent. Les deux latérales offrent deux tableaux de verres colorés, qui représentent la Foi et l’Espérance.

La troisième, placée derrière l'autel , recoit le jour à travers une toile colorée, et quelques rayons de lumière se répandent sur une statue de la Vierge entourée de chérubins, et posée sur un groupe de nuages. Cette sculpture est due à un artiste de Clermont.

La chapelle, les cuisines, et la plupart des grandes réparations du château, sont dues à M. Pascal Lepage, dont l’éloge est inutile dans les lieux où l’on peut voir son ouvrage.

Telle est l'habitation que S. A. R. Madame Adélaïde vient parfois habiter. Ses bienfaits s’y prolongent plus que son séjour. Elle habille les pauvres et les vieillards ; elle donne aux malades les secours que leur fortune ne leur permet pas de réclamer, et de plus elle veille sur l’avenir. Son esprit est trop éclairé pour n'avoir pas compris que l'instruction est le meilleur moyen à opposer à la misère et au malheur, et des écoles ouvertes à ses frais offrent aux jeunes gens des deux sexes

le remède dont l’expérience a démontré la puissance. Contre l’oisiveté qui seconde le vice avec tant de force, elle a ouvert des ateliers d'apprentissage pour la dentelle, et jusqu'à Vaisse que nous avions traversé, elle a étendu sa bienfaisance par la création d’une école mutuelle. Quand les louanges que méritent les princes sont basées sur de telles actions, on peut les publier sans crainte d’être compris dans la liste de leurs flatteurs.

Satisfaits de notre journée, nous repartimes pour Vichy, et nous traversimes encore les bois de Randan. Le soleil allait bientôt se coucher, et depuis une heure il était caché par de gros nuages qui de temps en temps répandaient sur nous de larges gouttes d’eau tiède. Nous passämes plusieurs petits ponts construits avec des troncs de chênes garnis de leur écorce , et nous vimes aussi quelques pavillons rustiques placés sur le bord du chemin que nous suivions. Des poteaux marquaient notre route, et nous rencontrâmes ensuite une croix de pierre nommée la Croix du Triève. L'air était embaumé par le chèvre-feuille et la valériane, dont les fleurs de même couleur que celles de l'héliotrope, répandent comme elles une douce odeur de vanille. La nuit nous surprit, mais heureu-

LE

( 208 ) sement la pluie nous épargna ; le vent avait porté les nuages sur la partie basse de la Limagne.

Notre passage nocturne dans la forêt de Randan, nous rappela naturellement l’aventure d’un bénédictin qui, dans le quatorzième siècle, allait prendre le bonnet de docteur à Paris, et qui fut arrêté et dépouillé par des brigands dans cette même forêt que nous traversions, Il se réfugia demi-nu au prieuré de Thuret , qui n'était éloigné que de troislieues, et le prieur Aldebrand le combla de soins et d'attention. — Quand pourraije, dit le bénédictin en le quittant, reconnaître tout ce que vous faites aujourd’hui pour moi? — Quand vous serez pape, lui répondit le prieur. — Il ne croyait pas être aussi près de la vérité. Le bénédictin devint Clément VI, et son élévation ne lui fit point oublier son bienfaiteur. Il nomma Aldebran à l’évèché de Toulouse, et Le fit son camérier.

Il ne nous arriva rien de semblable : nous étions fort tranquilles sous le rapport des voleurs , et certes aucun de nous ne pouvait non plusaspirer ausaint-siége, même dans l’avenir le plus lointain. Aprèsavoir un peu souffert du mauvais état des chemins qui cessèrent d’être royaux en sortant de la forêt, nous arrivâmes

( 209 ) près du bac, juste au moment où le batelier venait de se coucher dans sa cabane de paille. Il se dérangea d’assez bonne grâce, voulant sans doute mériter, par son empressement , l'autorisation de remplacer, à nos dépens, la demi-heure de sommeil que nous lui faisions perdre, par un nombre illimité de petits verres d’eau-de-vie, et bientôt après nous étions de retour à notre hôtel, où l'on ne comptait pas nous revoir de la journée.

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