SAINT-GERMAIN ; BILLY, LAFONT
| AÉMES Se était arrivé, et le mois de septembre était déjà commencé, que nous n’avions pas encore terminé nos courses aux environs de Vichy. Il fallait se presser , et saisir quelques beaux jours pour faire les deux longues promenades que nous avions le projet d’exécuter. Nous partimes pour Billy, situé à trois lieues des bains, sur le bord même de l'Allier. Il fallut d’abord traverser le Sichon et le Jolan, et nous élever sur un coteau couvert de vignes que nous distinguions de Vichy.
Nous étions à pied, et le commencement du voyage fut la partie la plus diflicile. Nous. arrivämes cependant, après une grande heure de marche, à un village qu’on appelle Creusier-le-Vieux. Nous y retrouvâmes un terrain calcaire anaïogue à celui de la côte de Saint- Amand , et il est bien probable que les deux coteaux étaient autrefois réunis, et qu'ils furentséparés par l’action lente mais continue
( Sr ) des eaux du Sichon et du Jolan , deux affluens de l’ancien lac de la Limagne.
Creusier offre quelques prairies; 1l y passe un ruisseau, On y trouve un moulin; puis en remonte bientôt sur le sommet du coteau.
Nous nous reposâmes un instant au pied d’une croix de bois placée sur le bord du sentier. D'un côté, les volcans d'Auvergne semblaient sortir du brouillard qui, à cette heure de la journée , cachait encore toute la plaine ; de l'autre, les vieilles tours de Billy étaient éclairées par les premiers rayons du soleil , tandis qu’une légère vapeur flottait sur lé bourg de Saint-Germain, dont nous étions séparés par de vastes vignobles : l'Allier et ses iles décoraient ce beau paysage que nous eûmes long-temps sous les yeux, en descendant de Creusier à Saint-Germain-des-Fossés; Nous vimes en effet en arrivant de larges fossés, dans lesquels croissaient des saules et des peupliers qui couvraient entièrement le gazon. La ville est entourée de murailles ; et nous y entrames par une vieille porte, Elle peut avoir mille habitants, et ne paraît pas avoir été plus considérable; on n y trouve aucun monument; on sait seulement qu’elle dépendait de la chätellenie de Vichy, et, pour quelques parties seulement, de celle de
Billy. Il y eut autrefois un riche prieuré qui relevait de l’abbaye de Moissac. Pendant les guerres de la religion, Saint- Germain souffrit beaucoup des protestans et des catholiques, qui s’y disputèrent long-temps le passage de l'Allier. Charles IX y coucha le 26 mars 15066, et vint coucher aux Célestins.
Nous sortimes comme nous étions entrés ; par une vieille porte de ville; et après avoir monté quelques instants, nous nous trouvàmes sur un terrain fertile, dont les cultures variées annoncaient la richesse. Les chemins étaient bordés de menthes, d’érables et de sureaux. De grands liserons grimpaient au milieu de leurs branches, et ouvraient leur corolle d’albâtre entre les grappes noires des troënes et les fruits rouges et quadrangulaires de l'élégant fusain. Cà et là, sur une pelouse verdoyante , s’élevaient les tiges branchues de la chicorée sauvage, portant de grandes fleurs d’un bleu céleste, sur lesquelles venaient se reposer le papillon vulcain aux ailes noires et rouges, et l’argynne aux taches d'argent,
Cette lois, les vieilles tours de Billy paraissaient au-dessus des arbres, et se détachaient sur l’'azur du ciel. Nous fimes notre entrée, comme à Saint-Germain, par une des portes de l'ancienne enceinte de la ville, et bientôt
( lan. ))
nous nous arrêtàmes pour déjeuner dans l’auberge qui se présentait sous l'aspect le plus favorable à notre appétit. Elle était établie dans une des vieilles casernes du château, et nous y fümes assez bien traités. En parcourant les rues tortueuses et mal pavées de Billy, nous vimes plusieurs autres maisons fort anciennes. On nous indiqua, dans le haut de la ville, un individu qui avait affermé le chäiteau, et qui pourrait nous en faire voir les ruines. Îl s'empressa de satisfaire notre curiosité.
« La châtellenie de Billy, dit de Coiïfher, était une des plus étendues des dix-sept chàtellenies du Bourbonnais : en y comprenant Varennes, qui y étaitréuni depuis long-temps, on ÿ comptait, dès le seizième siècle, quatre mille sept à huit cents feux. Le château était de forme ronde, et flanqué de dix tours; audessus de ce château, et y attenant, il y avait encore un second château , appelé Le Donjon, flanqué de cinq tours, et qui devait avoir été la demeure particulière des princes, lorsqu’ils y faisaient quelque sejour. » Nous vimes encore plusieurs tours du château extérieur, et il restée aussi quelques parties de son enceinte : ses fossés ont été transformés en jardins. Une porte fort étroite, flanquée de deux
grosses tours, et élevée de dix à douze marches au-dessus du sol, nous conduisit dans le donjon, ruiné comme le reste de ce vaste édifice. Nous entrâmes dans une cour très-resserrée, dans laquelle s'ouvre, d’un côté, la salle des gardes, et de l’autre, lachapelle qui était aussi fort petite. Après avoir franchi cette cour, nous nous trouvames dans une enceinte qui paraissait circulaire, mais qui était en réalité polygone. Là, sans doute, existaient autrefois les appartemens des seigneurs et des princes ; mais les voütess’étaient écroulées ; les débris avaïent été enlevés , et un jardin avait remplacé ces sombres demeures. Déja des arbres avaient implanté leurs racines sur ces ruines, et deux pruniers rapprochés offraient un seul tronc tordu , dont les deux partiess’étaient greffées parapproche. Les murs de cette enceinte avaient au moins dix pieds d'épaisseur. Une galerie régnait sur cette épaisse muraille ; on pouvait encore s'y promener en foulant l’herbe et les buissons qui avaient pris naissance sur les restes des créneaux et des machicoulis. |
Quatre tourelles, qui consolidaient et protégeaientle donjon, existent encore : une cinquième s'est écroulée. Elles communiquent avec l’intérieur par des portes très-basses et
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très-étroites , dont quelques-unes sont encore pourvuesd'énormes verroux.Cesontd'affreux cachots, où la lumière pénètre à peine par d’étroites meurtrières. La tour du fond est plus grande et plus large; une ouverture située au milieu du sol communique à un profond souterrain : c’étaient les oubliettes du donjon de Billy. Quand nous entrimes dans cet antichambre de la mort, un rayon de soleil pénétrait par sa seule ouverture, et venait se peindre sur le mur enfumé de ce noir cachot. Combien de fois les malheureux prisonniers virent-ilsarrivercerayon de lumière qui leur rappelait douloureusement le jour du dehors dont ils étaient privés, ou qui marquait, comme une horloge, l'heure de leur supplice ou de leur liberté?
Près de là s’élève une tour d’observation, polygone et élancée, qui domine tous les environs. Un escalier léger, quoiqu’en pierres de taille, et formé de huit tours de spire superposés, conduisait sur une étroite plateforme que nous ne pümes atteindre. Le feu du ciel avait détruit l’œuvre des tyrans, et l'escalier était brisé. | |
Billy est bâti dans une situation fort agréable ; il est entouré de grands arbres, qui se pressent surtout au bord de l’eau. Nous des-
cendimes un petit sentier assez rapide, qui nous aména près de l'Allier, que nous traversâmes en bateau. Le passage de Billy n’offre jamais de danger, et en tout temps on peut y passer l’eau. Pendant les grandes crues du mois précédent , les bateliers avaient toujours offert de transporter les voyageurs, et dans aucun autre point du cours de la rivière on n'aurait pu, sans imprudence, accepter une telle proposition. Une fois sur l’autre rive, nous jetämes un dernier regard sur Billy, et nous pénétrâämes bientôt dans la forêt de Marsenac, où nous vimes Les plus vieux chénes du Bourbonnais. Après l’avoir traversée, nous arrivaämes dans une de ces longues avenues qui conduisent au château de Lafont ; le jour baissait, nous venions d’ajouter deux lieues à notre promenade, et, sûrs d'obtenir l'hospitalité, nous entrimes au château.
Lafont n'est pas, comme on le devine déjà, de ces vieux châteaux à tourelles, où les hiboux seuls peuvent se loger, où l’on vit de souvenirs, et où l’on couche dans des lits carrés et de vastes salles fréquentées par des lutins ou des revenants; c’est un château tout à fait moderne, qui contrastait de la manière la plus tranchée avec le vieux manoir féodal que nous avions visité dans la matinée.
(217) La terre de Lafont appartient à M. le comte
de Bonneval. Elle a fait partie autrefois des propriétés du duc de Luxembourg, puis elle passa dans la famille des Caponi, que l’on pré-
sume être venue en France avec les Médicis.
C'était une des plus vastes et desplus anciennes baronnies du Bourbonnais. La haute justice se rendait sur les lieux mêmes, à l'ombre d’un vieux chêne, que les siècles n’ont pas encore détruit, et dont les branches robustes servaient de potence aux criminels. Nouslevimes au sommet de sa colline, dressant ses rameaux, étalant ses feuilles vigoureuses, et envoyant au loin ses vieilles racines, que la neige abrite tous les ans. La foudre ne l'avait point épargné; son tronc meurtri et les cicairices de ses branches annoncçaient qu’il avait bravé long-temps le feu du ciel ; et combien de printempsle verrontencore verdir, lorsque celui qui écrit ces lignes aura cessé d’exister, et ne verra plus le réveil de la nature, ni ces belles campagnes qu'il vient de parcourir.
Cet arbre a reçu le nom de chêne pénenciau, qu’une étymologie toute naturelle pourrait faire dériver du mot latin pæœnitentia, ou de l'italien penitenza ; mais qu’il est peut-être plus juste de considérer comme un dérivé de pénenciers, expression sous laquelle on dé-