PROPRIÉTÉS PARTICULIÈRES A CHAQUE SOURCE
D’après ce que nous venons de dire, et dont l’opinion a été basée sur les diverses analyses qui ont été faites, les eaux de Vichy, chimiquement, n ont pas entre elles de différences bien tranchées, et cependant nous voyons souvent qu’une source convient à telle personne plutôt qu’à telle autre, et qu’il s’établit, sans que nous puissions nous en rendre compte,, une sorte d’affinité entre certains tempéraments et certaines sources. Sans doute personne ne peut nier que, depuis Bayle, l’analyse des eaux minérales n’ait fait d’immenses progrès; mais il nous est démontré également, par cette même science, qu’on est encore loin de connaître exactement les
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éléments qui entrent dans la composition des eaux en général. Ainsi, d’une part, les divers modes d’action produits chez les malades; de l’autre, l’impuissance de la chimie à nous faire connaître la composition exacte des eaux, nous autorisent à penser qu’il existe des variétés d’action qui sont inhérentes à chaque source; et, sans aller plus loin, nous pourrions nous arrêter à la différence de leur température, qui devrait suffire, ce nous semble, pour nous convaincre de cette vérité, car une foule de considérations qu’il est impossible de nier découlent de cette modification, qui à elle seule peut déterminer, selon le tempérament, des effets bien différents.
D après toutes ces considérations, je pense qu’d est utile et sage de s’en tenir à ce que l’expérience nous apprend journellement, et d’écouter la voix de la nature, qui ,se révèle à nous par les divers effets salutaires ou nuisibles ressentis par les malades eux-mêmes. Voici d’ailleurs quelle était l’opinion des anciens médecins sur les piopriétés particulières attribuées aux diverses sources de Vichy; et celte opinion, que je vais faire connaître en décrivant chaque source, a pour moi, je dois le diie, une grande valeur, attendu qu’elle est basée sur l’observation d’un grand nombre de faits recueillis, comme le faisaient les anciens, avec la plus minutieuse attention.
Source de la Grande-Grille.
Cette source, ainsi nommée à cause d’une grande grille de fer qui l’entourait encore en 1853, est située à l’extrémité est de la galerie nord du grand établissement, à gauche en entrant par l’arcade de la rue Cunin-Gridaine, en face de l’Hôtel des Bains.
Si nous devons nous en rapporter, ainsi qu’il convient de le faire, aux écrits publiés par les anciens intendants des eaux sur les vertus particulières de cette source, nous dirons qu’elle était repulee alors comme renfermant beaucoup plus de sels que les autres fontaines, comme possédant à un très-haut degré la propriété de remédier aux vices des premières voies, au dérangement des organes de la digestion, ainsi qu’aux obstructions des viscères abdominaux.
Elle est employée aujourd’hui avec succès, principalement dans les pesanteurs d’estomac, dans les mauvaises digestions, l’inappétence, les borborygmes, mais plus particulièrement encore pour dissoudre les engorgements du foie et de la rate, dissiper les coliques hépatiques, favoriser l’écoulement de la bile, et faire disparaître par conséquent les traces de la jaunisse.
Cette source a une température de 42 degrés centigrades.
Source du grând puits Carré.
Cette source est siluee au milieu de la galerie nord, à l’extrémité de la grande galerie de communication, à droite en entrant sous le vestibule du grand établissement thermal. C’est elle qui fournit la plus grande partie de l’eau nécessaire au service des bains des deux grands établissements, ainsi qu’à l’hôpital militaire.
La source du puits Carre n’est plus fréquentée par les buveurs, à cause de sa disposition peu commode pour y puiser l’eau directement. L’eau de cette source a
été employée dans tous les temps contre les maladies des voies digestives compliquées d’affections pulmonaires; et si la digestion en paraissait quelquefois difficile, on avait soin de la couper avec un tiers de lait. C’est, selon le docteur Desbrest, la plus douce et la moins incendiaire de toutes les fontaines minérales de Vichy.
Les anciens médecins la recommandaient également aux personnes maigres, sèches et nerveuses.
La température de cette source est de 45 degrés centigrades.
Source du puits Chomel-
Cette fontaine, dont la température est de 42 degrés centigrades, est située vers le milieu de la galerie nord.du grand établissement, à droite avant d’arriver à la porte grillée qui conduit dans la grande galerie de communication, et à 4 mètres environ du puits Carré. Elle est aujourd’hui élevée au niveau du sol à l’aide d’une petite pompe aspirante dont le mécanisme permet de conserver à l’eau tous ses principes naturels.
Celte source, d’après les renseignements qui m’ont été fournis par M. François, ingénieur des mines, a une origine commune et se trouve solidaire avec la source du puits Carré, dont nous venons de parler : c’est pour cela qu’elle est administrée avec un égal succès, en boisson, dans les mêmes affections que la précédente.
Source de Mesdames.
Cette source, dont l’écoulement se fait remarquer dans la galerie du grand établissement, à l’extrémité opposée, faisant pendant à la source de la Grande-Grille, présente, d’après l’analyse chimique, une composition analogue à l’eau du puits Lardy; toutes deux sont ferrugineuses, et renferment, d’après M. Bouquet, 12 milligrammes de protoxyde de fer par litre d’eau; son jaillissement a lieu également par suite d’un forage artésien.
Cette eau, d’une température de 16 degrés centigrades et d’un produit de 22 000 litres par jour, a été amenée à Vichy pendant la saison de 1855, au moyen d’un tube en fonte qui protège et conserve dans tout son parcours ses éléments gazeux. On l’administre particulièrement dans la chlorose et les cachexies palustres.
Source Lucas.
Cette source, située en face de l’hôpital militaire, à 10 mètres de distance, était autrefois celle des Acacias, laquelle, après des travaux de captage exécutés en 1844 par M. François, ingénieur en chef des mines, a été réunie à la source Lucas. Par suite de nouveaux travaux pratiqués en 1854, ces deux fontaines se trouvent aujourd’hui réunies.
Il paraît que cette source aurait été occupée autrefois par une piscine romaine. Des restes de constructions trouvés pendant les travaux de captage ne laissent aucun doute à cet égard.
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Elle est très-utile dans les maladies de la peau sans inflammation de la partie malade. Lorsqu’on la prend en boisson, on doit faire en sorte que l’estomac ne soit pas irrité. Il faut, dans tous les cas, la boire avec ménagement, la couper avec du lait ou une infusion de tilleul, ou, mieux encore, avec de l’eau ordinaire gommée. Son efficacité est surtout très-grande lorsque l’affection gastrique succède à une maladie cutanée, dartreuse ou galeuse. Elle sert, en outre, à alimenter les bains du grand établissement et ceux de l’hôpitàl militaire.
Sa température est de 30 degrés centigrades.
Source de l’Hôpital.
Son voisinage avec l’hôpital civil a valu à cette source le nom qu’elle porte; elle est située sur la place appelée Rosalie, ainsi désignée en l’honneur de la duchesse de Mouchy, qui, en 1819, fit exécuter à ses frais sur cette place de grands travaux d’assainissement, rendus nécessaires par suite des eaux stagnantes qui détrempaient les terres et rendaient fangeux les abords de la fontaine. Un large bassin de pierre, de forme ronde, élevé de 2 mètres au-dessus du sol, sert à contenir l’eau de cette source, protégée, en outre, par une grille de fer surmontée d’une élégante coupole de même métal. Cette coupole a pour but d’abriter la nappe d’eau contre l’action directe d’une trop vive lumière, dont l’influence paraît favoriser particulièrement le développement de l’oscillaire des eaux thermales, dont nous avons parlé plus haut laquelle recouvre d’une écume verdâtre une partie de la surface de cette fontaine. ’
Cette source a conservé jusqu’à présent la réputation, méritée d’ailleurs, d’agir principalement dans les affections des voies digestives, en ranimant les forces vitales des organes de la digestion depuis longtemps affaiblies; de régulariser les digestions dépravées. Sa température est de 31 degrés centigrades.
Source des Célestins.
La fontaine qui porte ce nom est située à l’extrémité de l’ancien Vichy, sur la rive droite de l’Ailier, an pied de l’ancien couvent des Célestins. C’est la fontaine la plus chargée en acide carbonique et en substances salines. Celte source est fréquentée particulièrement par les malades qui sont atteints d’affections des reins, de la vessie, de la gravelle, de la pierre ou de la goutte. Sa température est de 16 degrés centigrades.
Nouvelle source des Célestins.
Cette fontaine est située à gauche de l’ancienne. La source a été découverte au mois d’avril 1858, par M. Pigeon, ingénieur en chef des mines. L’eau jaillit directement des parois d’une masse énorme d’aragonite. Elle est entourée d’une grotte d’un magnifique et imposant effet. Son usage s’applique aux mêmes maladies que celle des Célestins ancienne. Ces deux sources ont une grande analogie avec les sources d’Hauterive.
Source du puits artésien de Ziardy.
Cette source artésienne, d’une profondeur de 150 mètres, est située dans l’enclos des Célestins, à quelques mètres au-dessus de la fontaine et du couvent qui portent ce nom. Son eau se distingue par sa nature ferrugineuse, alcaline et gazeuse. On l’emploie dans les mêmes affections que celle de la source de Mesdames, le principe ferrugineux qui les distingue étant dans des proportions analogues. D’après l’analyse qui en a été faite par les chimistes, la température de cette source est de 23 degres centigrades.
Source du Parc.
Cette source est également le résultat d’un forage artésien. Elle était connue autrefois sous le nom de fontaine Brosson. Elle a une profondeur de 40 mètres et une température de 23 degrés centigrades. Son usage n’a pas encore permis d’indiquer quelles sont ses propriétés médicinales particulières.
Source ou Fontaine intermittente.
Cette fontaine est le résultat d’un forage artésien qui a été pratiqué par M. Brosson en 1844. Sa profondeur est de 160 mètres. Cette source n’étant jusqu’à présent d’aucune application en médecine, nous n’en parlerons ici que pour satisfaire la curiosité publique, pour venir en aide aux nombreuses conjectures occasionnées tous les ans par ce phénomène de l’intermittence, qui passionne les nombreux malades ou visiteurs accourus pour être témoins de ce remarquable jaillissement, lequel est loin d’être un fait nouveau, car l’attention des hommes de science a été appelée depuis longtemps déjà sur les sources intermittentes, ou sources merveilleuses. Cest
ainsi qu’on désigne celle que l’on trouve q Haute-Combe, en Savoie.
Celle qui existe à Vichy est située dans la commune de Vaisse, au lieu dit du Pré-Salé, à quelques mètres au delà du pont de Vichy. Quelques mois après sa decouverte, M. 0. Henry fut chargé, à la demande de M. le ministre de l’agriculture et du commerce, d’en faire l’analyse, laquelle eut lieu le 26 avril 1844. Voici, d après cette analyse, ce que dit M. Henry :
« Cette eau est limpide, sans couleur, d’une odeur un peu bitumineuse qui rappelle celle du pétrole; sa saveur présente aussi ce caractère; elle est saumâtre au goût, légèrement salée et nullement désagréable. Quand on la verse dans un vase, elle laisse dégager de petites bulles nombreuses de gaz. Ce dégagement a lieu d’une manière plus prononcée quand le vase offre des aspérités, ou bien lorsqu’on plonge au sein de l’eau un corps qui en est couvert; la chaleur fait dégager une grande quantité d’acide carbonique, et alors on voit se précipiter dans le liquide un léger dépôt formé surtout de carbonate terreux. Indépendamment de tous les sels renfermés dans les autres sources de Vichy, cette eau contient en outre un peu de matière organique et bitumineuse. Sa température est de 27 degrés centigrades. »
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L’eau de cette source, connue à Vichy sous le nom de source intermittente, a la plus grande analogie avec celle des autres fontaines. Il n’y a donc pas à douter, dit M. Henry, que l’eau de cette fontaine ne jouisse des mêmes, propriétés médicales. Ce qui distingue aujourd’hui cette source des autres, c’est son intermittence, c’est ce phénomène qui appelle tous les jours une foule de curieux qui viennent attendre autour de la source le moment où la naïade daigne opérer sa majestueuse ascension. Cette intermittence a une durée d’une heure moins dix minutes, laquelle est consacrée au jaillissement de la source; puis tout rentre ensuite dans le calme le plus parfait. Mais lorsque l’eau-se dispose à opérer son ascension, elle fait entendre un gargouillement d’abord sourd et lointain, grandissant avec l’eau qui s’approche; puis celle-ci se montre tout à coup en gros bouillons qui montent jusqu’au plafond de la cabane, pour se diviser, une partie en poussière d’eau qui obscurcit l’espace, et une partie en liquide qui tombe dans le bassin et l’emplit. Ce mouvement tumultueux diminue ensuite graduellement, comme à regret, semblable à un être épuisé qui s’agite pour se rattacher à la vie qui lui échappe. La source reparaît ensuite, après un repos silencieux de cinquante minutes dans le sein de la terre.
Ce phénomène remarquable ne laisse pas que d’exercer, avons-nous dit, l’imagination des assistants; chacun, à cet égard, développe sa théorie, et chacun, bien entendu, prêche pour son saint; mais tous quittent la fontaine dans la complète ignorance du mystérieux jaillissement. Or, pour mettre un terme, si cela est possible, aux nombreuses discussions ou interprétations, nous croyons utile de rapporter ici l’opinion qui nous a été donnée, dit M. Aimé Ferrari, à propos des eaux de Haute- Combe, par un savant naturaliste, physicien et philosophe, M« r l’archevêque de Chambéry. Cette théorie, qui est applicable à toutes les sources intermittentes, convient également à celle de Vaisse. Voici donc ce que dit Monseigneur :
« Qu’on suppose un réservoir existant dans l’intérieur du sol, un fdet d’eau qui arrive du sein de la montagne, une cavité ou un tube recourbé en forme de siphon qui ait une de ses ouvertures en dedans et vers le fond du réservoir, et l’autre en dehors et au niveau intérieur. Si le tube emploie autant de temps à vider le réservoir qu’il en faut au filet pour le remplir, il y a alors un écoulement continu : c’est une fontaine uniforme. Si le réservoir est presque aussitôt rempli que vidé, en sorte que l’écoulement éprouve des retours d’augmentation et de diminution, sans cesser entièrement, on a une fontaine intercalaire. Si le siphon a un diamètre assez large pour épuiser le réservoir en quinze minutes, tandis qu’il en faut trente à la source pour le remplir, on aura une fontaine périodique ou intermittente, dont l’écoulement sera de quinze minutes et la rémission de trente. Si le siphon peut épuiser le réservoir en cinq minutes, tandis qu’il en faut soixante pour le remplir, il y aura écoulement de cinq minutes et une intermittence d’une heure. Or, si la source fournissait toujours la même quantité d’eau, la durée des intermittences serait invariable; mais si, comme il arrive presque toujours, elle augmente chaque fois qu’il pleut et diminue dans les temps de sécheresse, les intermittences doivent varier, en sens inverse, dans les mêmes proportions. »
Ce phénomène pourrait aussi être expliqué de plusieurs manières, mais celle que nous venons d’indiquer est préférable, je pense, parce que le glouglou qu’on entend à la fin de chaque écoulement paraît annoncer d’une manière certaine la rentrée de l’air dans un siphon peu éloigné.
Les renseignements fournis par le gardien de la naïade intermittente de Vichy constatent que cette source n’augmente ni ne diminue dans les temps de pluie ou de sécheresse, soit en été, soit en hiver; mais que les intermittences s’éloignent tous les ans de six minutes environ, et que tous les trois mois, pendant une durée
de trois jours, l’eau de la fontaine se trouve mêlée d’une grande quantité de terre ou de vase grisâtre argileuse, puis qu’au bout de ce temps elle reprend sa limpidité pendant une autre période de trois mois. C’est vingt minutes avant d’arriver au niveau du sol qu’un léger bruit partant du fond du puits prépare et annonce son phénomène ascensionnel, qui jette à la surface de la terre la quantité d’environ trois cents litres d’eau minérale (1).