DES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DES EAUX DE VICHY EN GÉNÉRAL
Les propriétés physiques des eaux alcalines de Vichy sont d’abord d’être chaudes, excepté les deux sources des Célestins; claires, limpides et gazeuses : la quantité de gaz acide carbonique que les eaux renferment est si considérable qu’en s’échappant ce gaz les rend bulleuses et bruyantes, comme l’eau qui bout. Elles ont un goût piquant, aigrelet, d’une saveur légèrement alcaline, lixivielle, au dire des anciens, caractère distinctif et dominant de toutes les fontaines minérales de Vichy.
Cetle saveur alcaline n’a d’ailleurs rien de désagréable, à cause de l’acide carbonique qui se dégage lorsqu’on la boit Cet acide se trouve mélangé avec une certaine quantité d’air atmosphérique plus oxygéné que celui de l’atmosphère. Les médecins qui ont écrit anciennement sur les eaux de Vichy s’accordent pour attribuer à toutes les sources l’odeur d’hydrogène sulfuré. Cette odeur n’existe plus aujourd’hui d’une manière^ sensible, si ce n’est à la source Lucas, à la source Chomel et au puits Lardy. Elles laissent déposer sur les bords des bassins du sous-carbonate de chaux, tenu en dissolution par l’acide carbonique libre, avec quelques traces d’oxyde de fer. On remarque également une matière verte, de nature végéto-animale, qui se développe à la surface de l’eau sous l’influence directe des rayons solaires; on ne la trouve pas dans le sein de la terre; elle est surtout très-apparente à la source de l’Hôpital; Berzélius l’a trouvée aussi dans les eaux de Carlsbad. Elle a été décrite sous le nom de tremella thermalis : on la rencontre dans toutes les eaux minérales chaudes; on y aperçoit, en outre, de la glairine et de la sulfuraire. Les eaux de Vichy colorent en bleu le papier de tournesol rougi par un acide faible; mais il faut attendre, pour que l’effet soit complet, l’entier dégagement de l’acide carbonique libre.
Toutes les eaux de Vichy ayant, à peu de chose près, la même composition chimique, nous nous abstiendrons de rapporter ici l’analyse de chaque source; une indication générale suffira, par conséquent, pour donner une connaissance exacte des éléments de leur composition. A cet effet, nous prendrons pour type la composition de la source de la Grande-Grille, établie pour un poids de l.OOO, ou un litre d’eau, d’après l’analyse la plus récente, qui est de M. Bouquet. Ce chimiste a trouvé :
Acide carbonique libre, 0.908 ; — bicarbonate de soude, 4.883; — bicarbonate de potasse, 0.352, — bicarbonate de magnésie, 0.303; — bicarbonate de strontiane, 0.303; — bicarbonate de chaux, 0.434; - bicarbonate de protoxyde de fer, 0.004 ; - bicarbonate de protoxyde de manganèse, traces; — sulfate de soude, 0.291 ; - phosphate de soude, 0.130 ; — arséniate de soude, 0.002 ; - borate de soude, traces ; - chlorure de sodium, 0.534; - silice, 0.070; - matière organique bitumineuse, traces.
M. 0. Henry y avait signalé également la présence de l’iode, de la lilhinc et de la strontiane.
Depuis l’analyse qui a été faite par M. Bouquet en 1852, la science analytique s’est enrichie d’un moyen puissant fourni par la lumière, qui a pris le nom d’analyse spectrale, à l’aide du spectroscope,.M. Grandean a troyvc dans un litre d’eau mère .de Vichy très-concentrée h présence de deux corps nouveaux, le cæsium et le rubidium., substances dont la présence était non-seulement ignorée des médecins, mais inconnues aussi des chimistes.