‹ Vichy sous Napoléon IIIChapitre 11 sur 23 · DU MODE D’ACTION DES EAUX ALCALINES · texte numérisé non relu

DU MODE D’ACTION DES EAUX ALCALINES

Si nous voulions rapporter ici toutes les théories plus ou moins nébuleuses qui ont été publiées au point de vue de l’action des eaux minérales, soit par les anciens médecins, soit par les modernes, le volume tout entier de cet album ne suffirait pas pour les contenir. Disons cependant, ne serait-ce que pour en donner une idée, que les eaux minérales ayant joui de la plus haute faveur chez tous les peuples, chaque époque a eu ses théories. C’est ainsi que, dans le paganisme, on attribuait les effets des eaux à l’influence d’un génie bienfaisant, à une naïade compatissante ou à une divinité protectrice; que, dans le moyen âge, elles ont été invoquées comme un témoignage de la puissance des saints. Plus tard, lorsque les croyances religieuses se sont affaiblies par les découvertes de l’analyse chimique, on a reconnu que leurs vertus surnaturelles et leur réputation de sainteté ne pouvaient plus être soutenues, et que les nombreuses guérisons dont on leur faisait honneur devaient être attribuées aux substances minérales dont la nature les avait dotées.

Les anciens habitants de l’Allemagne, de cette terre classique des eaux thermo-minérales et des rêves brumeux, croyaient à cette époque que les eaux minérales renfermaient une espèce de vie qui leur était propre, et que ces liquides étaient un lait réparateur, un sang fourni par la terre pour venir au secours et procurer le bien-rêtre à tous ses enfants.

Aujourd’hui la science des eaux appuie ses théories sur la pratique médicale et les connaissances scientifiques qui nous ont été dévoilées par 1 analyse chimique, théories que nous devons accepter comme se rapprochant davantage de la vérité sous le rapport de l’action curative des eaux, mais peut-être, devons-nous dire, tout aussi mystérieuses que celles dont nous venons de parler. Et en effet, quoi de plus mystérieux que les actes physiologiques de notre organisme? Quoi qu’il en soit, disons ici que la théorie qui doit nous servir de guide dans l’interprétation du mode d’action des eaux minérales se trouve renfermée dans l’observation fidèle des faits cliniques, et tout ce qu’on peut dire à cet égard sans être démenti, c’est que le principe actif d’une eau minérale absorbée vient neutraliser les effets nuisibles de la

| 4 ) Le gardien de la source est le sieur Martinet, ancien sous-officier du premier empire, un de ceux qui faisaient partie de la garnison de Grenoble lorsque le 7 mars \m lEmpèreur, à son retour de l’île d’Elbe, se présenta devant cette place : ce gardien était un des soldats qui, sur le sommet des remparts, saluaient de cris enthousiastes la venue de la cblonné impériale, pendant que les sapeul-s de son régiment étaient à l’œuvre pour démolir à coups de hache les portes de la ville : « Nous ne pouvons, Sire, vous offrir les clefs de la Ville, ldi dirent les’soldats, qui, après avoir brisé cet obstacle, attendaient l’Empereur sur le dernier pont-levis, mais eh voici les portes », en lui montrant les tronçons ; et tandis que Napoléon entrait par la porte de Vieille, le général Marchand, qui avait défendu de l’ouvrir, sortait avec le préfet par la porte de Lyon.

VICHY

maladie, sa cause morbide, et que le bien-être que le malade en éprouve n’est que l’effet de la diminution dans l’intensité de la maladie, lorsqu’il n’y a pour bénéfice qu’un soulagement, ou la cessation complète du mal, lorsqu’il y a guérison entière dans les souffrances du malade. Le remède, en un mot, a pour but de rétablir les fonctions vitales dans leur état normal, après avoir détruit les causes ou la cause morbide. Pour nous, notre opinion sur le mode d’action des eaux de Vichy consiste dans des. actes dynamiques; c est-à-dire qu elles agissent sur le principe vital, sur la force vitale de nos organes et parfois aussi par une action chimique.

Cette première pensée est basée sur cette donnée qu’un médicament né peut fortifier l’économie qu’en détruisant la maladie, qui est la cause de la faiblesse; on est faible quand on souffre, sauf dans les maladies convulsives, signes d’une affection aiguë du système nerveux cérébro-spinal.

Ce n est, je dois le dire, qu’après avoir examiné, étudié, raisonné et cherché à approfondir la valeur des diverses théories sur les eaux, ou systèmes philosophiques d’induction, pour me rendre compte de ce quid divinum, que j’ai dû modifier certaines idées contenues dans mon Guide sur les eaux de Vichy, et m’arrêter à cette doctrine, qui résout la question d’une manière plus satisfaisante que les autres, parce qu’elle éclaire davantage notre intelligence et qu’elle est plus conforme à la raison; cette doctrine, c est la médecine hippocratique, dont on a cherché à s’éloigner, espérant trouver mieux, mais à laquelle on sera forcé de revenir, car elle repose sur 1 observation des phénomènes naturels, et qu’elle est dépouillée de toutes les susceptibilités que les différentes sectes ou les différents auteurs y ont insensiblement introduites; c’est, en un mot, en s’appuyant sur les faits, cliniques ou au lit des malades que la médecine thermale rendra le plus de services à la science et à l’humanité. On ne doit pas perdre de vue, toutefois, que la plupart des phénomènes vitaux tirent leur origine des mouvements dirigés par le principe vital dans un but nécessaire à la conservation de la vie de l’individu, et que beaucoup de médecins de nos jours croient devoir attribuer à des actions stimulantes, excitantes et toniques des eaux sur la matière organique; médication, comme on le voit, basée sur un effet purement mécanique et, par conséquent, d’une valeur médicale insignifiante et sues portée. Avec la tonicité et les excitants, les partisans de ces idées font dépendre toutes les maladies de la tension ou du relâchement des fibres musculaires ou des membranes, qui n’ont, et ils le savent bien, d’autre mouvement que celui qui leur est communiqué par la volonté ou la pensée de l’individu. C’est là malheureusement, en fait d’idées théoriques, la marotte des médecins des eaux en général.

En ce qui concerne la seconde proposition de notre théorie, c’est-à-dire l’action chimique des eaux, j’ai été conduit également à émettre cette opinion sur les eaux alcalines en particulier, parce qu il ma été démontré par les expériences que j ai faites au lit des malades, concernant l’action physiologique des eaux alcalines, que les maladie? aigues ou chroniques engendraient toutes des acides dans nos humeurs, soit par suite de douleurs ou troubles physiques occasionnés par la maladie dans 1 organisme, soit par suite de souffrances morales que les malades ou les bien portants éprouvent dans les diverses situations de la vie humaine. C’est pour cela, disons-le en passant, que les maladies chroniques trouvent à Vichy une indication des plus manifestes par la neutralité qu’elles apportent dans la nature de nos humeurs, comme aussi des plus salutaires, lorsqu’elles sont administrées contre certaines cachexies ou contre les maladies organiques à longues souffrances.

Au nombre des agents les plus importants que la force vitale emploie pour présider à la conservation de la vie de l’individu se trouve le sang, ou chair coulante, suivant l’expression énergique de Bordeu : c’est sur cette humeur que se porte principalement l’action modificatrice des eaux de Vichy; c’est elle aussi qui, par sa circulation, veille à notie caloiicité, et doù émanent les produits des diverses sécrétions ou excrétions organiques. Cette humeur, par conséquent, se dépose elle-même

et chasse, pendant son cours, de tous les organes que ce fluide pénètre dans tous les points, les matériaux usés et 'vieillis qui, par un séjour trop prolongé, deviendraient nuisibles à la santé de l’individu. Ces éléments de mauvaise nature sont enfin rejetés au dehors par les urines, les selles, et la transpiration pulmonaire et cutanée.

Si, comme nous l’avons dit plus haut, l’action des eaux alcalines se traduit parfois par une action chimique, ce que nous venons de dire prouve combien cette action des eaux sur le sang des malades est importante à considérer; elle ne peut être méconnue, encore bien que beaucoup de médecins de nos jours crient à l’anathème contre les idées chimiques. Sous ce rapport, nous ne pouvons faire mieux que d’invoquer l’opinion du docteur Filhol, qui dit : «Sans prétendre que la chimie puisse, à notre époque, fournir les moyens de se rendre compte de la manière d’agir des eaux minérales, on est cependant en droit d’affirmer qu’elle conduit souvent, par ses résultats, à des explications plus simples, plus naturelles et plus probables que celles qu’on obtiendrait sans son secours. »

Disons aussi que la chimie, au point de vue de l’action des eaux minérales, éclaire la médecine, et que la clinique, qui doit être placée au-dessus, confirme l’action curative et spécifique des eaux. C’est elle, en définitive, qui nous apprend ce quid divinum; mais vouloir éloigner toute idée chimique des théories médicales concernant l’effet thérapeutique des eaux minérales, c’est vouloir rester dans l’ignorance. De même aussi les humoristes, en admettant une matière peccante, un vice dans les humeurs, une altération plus ou moins profonde dans leur état physique et chimique, n’avancent pas non plus des idées qu’on doive totalement rejeter.

L’analyse chimique d’une eau minérale doit être, sans aucun doute, le point de départ des conditions de son application thérapeutique; mais cette connaissance une fois acquise, il faut que le médecin lui donne, par ses résultats cliniques, le classement et les indications qu’elle pourra remplir dans le traitement des maladies, attendu que la vertu d’une eau minérale ne se déduit pas seulement de la présence du sel dominant qu’elle renferme, mais principalement de la combinaison intime de tous ses éléments constitutifs : c’est ainsi que s’accréditent ses-propriétés spéciales, qui la désignent pour être employée dans tel état pathologique ou dans tel genre de maladie.

Lorsque, dans une source minérale, une ou plusieurs parties intégrantes viennent à prédominer sur toutes les autres, on peut alors indiquer d’avance, jusqu’à un certain point, les conditions dans lesquelles il convient d’en faire usage, et rapporter à leur véritable cause les effets produits, sans pouvoir affirmer, toutefois, que les autres éléments, plus faibles en quantité, n’ont produit aucune action dans les résultats de la cure.

Les divers éléments des eaux ont une action moyenne qui est le résultat de plusieurs forces dépendant de chaque élément de composition, quelque insignifiant que chacun de ces agents paraisse prendre à cette action. Quelle que soit, d'ailleurs, la prédominance d’un agent, cet agent n’agit jamais seul; c’est un tout qui a pris sa force et sa spécialité médicale dans l’association des divers principes minéralisateurs qui le composent. Et d’ailleurs ne voyons-nous pas tous les jours que l’association, ou mieux là réaction des substances médicamenteuses entre elles donne des propriétés différentes qui n’appartiennent ni à l’une ni à l’autre de ces substances prises isolément? Les eaux minérales, en un mot, forment un médicament complexe dans leurs éléments de composition, ce qui rend très-difficile l’explication qu’on peut donner sur le mode d’action de chaque élément : comment alors pouvoir fixer la part que chacun d’eux prend à l’effet général? Plusieurs médecins ont avancé, bien gratuitement, il faut le dire, puisque aucune preuve n’a jamais été présentée à l’appui, que les sels alcalins, comme le bicarbonate de soude contenu dans les eaux

Viciy, tendent a amener la fluidification du sang; mais d’abord rien ne prouve que ee sel soit l’agent exclusif des eaux, et ce qui démontre que cette idée n’est pas fondes et qne celle crainte n’est que chimérique, c’est qne les faits cliniques sont là peur prouver tous les jours le contraire. L’eau de Vichy, d’ailleurs renferme des éléments si multiples et si complexes qu’il y aurait déraison à vouloir la considérer comme une simple solution alcaline.

La vertu des eaux doit être attribuée aussi, dans un grand nombre de stations thermales, nen-senlement à l’état inconnu de combinaison des principes qu’elles renferment, mais encore à leur température prises à la source. Celle dernière circonstance est tellement importante qu’on voit des effets remarquables de guérison dans des cas ou on ne peut admettre ni calculer l’action des eaux par la quantité minime ou la qualité des éléments minéraux que l’on y rencontre; une grande parlie des bienfaits des eaux, dans ces cas, doivent être attribués à la lhermalité.

. Les “ X “ absorbées commc nous ie disi * P'" s h ” 1 ’ a e iss ™‘ «r le »* par ™e action moléculaire chimique et vitale; phénomènes démontrés phv-

siquement par les changements q», s’opèrent bientôt après leur inlroduelion dans l’organisme, et que nous signale la nature des sécrétions et des excrétions qui douées normalement de reactions acides deviennent alcalines; et ce qui démontre également qu’elles s’adressent an principe vital, c’est l’impressionnabilité qu’elles donnent à organisme, eu r éveillant I atonie des organes et l’inertie des fondions, comme aussi en produisant consécutivement une plus grande force de vitalité dans son ensemble ce qui n a pas lieu avec les médicaments que l’on appelle toniques, stimulants ou excitants, lesquels n’ont rien de spécifique comme fortifiants, à moins qu’ils ne sé trouvent composes analeptiques ou de modificateurs matériels dn sang; c’est, en un mot, par eette rénovation organique et vitale que détermine le sang modifié par les eaux de Vichy, que le malade est mis en voie de guérison et rappelé à l’état de santé par l’efTet dynamique de celle composition minérale ’ P

imité T T r* 1 ™ r, "° ns ' le bien ’ <lu ’ aulant le Wdc sa "S" in " e 80 lr »P« P as mm dans ses proportions, ni dans la nature de ses molécules mî mes normales; dans le cas contraire, nous voyons que la force vitale s’affaiblit, que les actes vitaux sont dérangés, e. dès lors la maladie commence, et cela parce

qne sang n a plus la meme puissance, attendu que sa composition rigoureuse, dans ses rapports moléculaires, aura été changée, ou bien que ce liquide nourricier wl rS m T’ " P “ Pe m ° rMe dC man, “ e * dèS “ —■ b - da " a convenablement

Le sang étant l’élément de la circulation et des sécrétions, on doit comprendre aussi que c’est lui qui doit fournir tous les matériaux à la nutrition et que e'est sur ensemble et 1.harmonie de. ces éléments qoe la santé de l’homme repose, et par lesquels aussi tous les phénomènes vitaux physiologiques et pathologiques se déve-

C6SSe ’ — ’ 61 h f0r “ ,lli *+ l0 "‘ *» ** après laquelle l'Homme

maüdï* T n0mlre ” SeS raP ™"“ S ,Ue failCS COnCer " a,1 ‘ I ' ac,i °" ’“ e 1CS ea ” S de Vicilï ' prises à d0SCS exercent sur l’organisme des personnes

«ugmemteT “ dent reSPirali0n Pl ° S flCi ' e e ‘ 168 m “ ,e ” e "' S Pl “ S librCS ’ 16 * distance, et les forces générales sont

2° Qu’elles déterminent parfois des douleurs de tête, avec propension au sommeil pendant le jour, et quelquefois aussi un léger sentiment d’ivresse, phénomène qui se remarque plus particulièrement chez les personnes nerveuses, les femmes et les enfants : le sommeil, chez ces personnes, est agité, et l’insomnie est quelquefois opiniâtre chez beaucoup de malades ;

3° Qu’elles réveillent rapidement le besoin de manger et rendent les digestions plus faciles, et qu’en activant la vitalité organique elles augmentent consécutivement toutes les sécrétions;

■ 4° Que.leur action sur le tube digestif et intestinal se traduit plus souvent par la constipation que par la diarrhée, ce qui démontre une énergie plus grande de

l’absorption chyleuse dans les muqueuses intestinales ; la sécrétion du foie paraît aussi augmentée ;

5° Les urines, dont l’alcalinité se manifeste généralement une demi-heure après avoir pris les premiers verres d’eau ou séjourné pendant le même espace de temps dans un bain deau minérale, sont, en outre, rendues avec plus d’abondance que,ne l’indiquent les quantités de liquide ingérées; elles sont aussi plus claires qu’auparavant, et le dépôt d’acide urique qui pouvait exister dans les urines du malade disparaît bientôt après;

6° Qu’il se produit le plus ordinairement, vers le vingtième jour du traitement, un sentiment de lassitude et quelquefois de dégoût pour les eaux qui indique qu’il faut suspendre le traitement ou l’interrompre tout à fait, suivant l’état du malade.

Page 1