DU MODE D’ADMINISTRATION DES EAUX DE VICHY
Les eaux de Vichy s’administrent en boisson, en bains, en douches et en injections intestinales.
Boisson.
Le mode le plus avantageux de prendre les eaux est de les boire à la source : c’est pourquoi j’insisterai plus longuement sur ce point que sur les autres; mais auparavant disons un mot sur la difficulté que l’on rencontre à trouver souvent la source qui convient à l’estomac du malade, ce qui exige parfois bien des tâtonnements, encore bien que l’analyse chimique n’indique entre elles, pour ainsi dire, aucune différence de composition : ce qui prouve que les diverses sources doivent être considérées comme très-analogues, mais non comme identiques. Ce résultat, qui se rencontre assez fréquemment, n’a pu, jusqu’à présent, trouver une explication satisfaisante, si ce n’est en invoquant l’idiosyncrasie, explication qui nous est également parfaitement inconnue.
La dose d’eau prise en boisson doit varier suivant une foule de circonstances, telles que l’âge, le sexe, le tempérament, la constitution, la nature et la durée de la maladie. L’eau de Vichy, étant très-riche en substances minérales, réclame par conséquent, de la part du médecin, la plus grande surveillance et une grande habitude de direction, soit sous le rapport des doses, soit sous le rapport des indications.
VICHY
En arrivant à Vichy, il y a quinze ans, chargé de la direction d’un grand service médical, j’ai dû examiner avec soin, par des études physiologiques, si les doses d’eau alors administrées aux malades n’étaient pas trop élevées , et si leur réputation d’être trop fortes ne tenait pas à la dose trop considérable conseillée à cette époque aux malades par les médecins ou prise sans leur contrôle par les malades eux-mêmes. La dose moyenne, alors, était de huit à dix verresj- mais les malades trop souvent la dépassaient pour en prendre douze, quinze, et quelquefois vingt verres par jour.
En consultant les auteurs anciens qui ont écrit sur Vichy, nous avons lu dans l’ouvrage du docteur Desbrest, écrit en 1778, que Fouet, comme tous les médecins de cette époque, ordonnait aux malades de ne prendre d’abord les eaux qu’à petites doses de 16 à 20 onces, c’est-à-dire de 480 à 600 grammes, et d’aller ensuite en augmentant jusqu’à ce qu’on fût arrivé à la dose qu’on ne devait pas dépasser, tout en faisant remarquer que pour les prendre avec fruit il ne fallait en boire que trois ou quatre verres par jour, c’est-à-dire de 600 à 800 grammes, pendant trente ou quarante jours, temps que durait la cure à cette époque.
Ces doses modérées étaient aussi prescrites afin de donner aux sels des eaux le temps d’agir sur les humeurs, qui leur résistent longtemps et sur lesquelles, quand on les presse, dit le docteur Desbrest, elles ne font que glisser et n’emportent rien. D’autres fois il écrit aussi : «B sera nécessaire de couper les eaux avec de l’eau ordinaire, de l’eau de gomme, des infusions de tilleul, de feuilles d’oranger, et quelquefois aussi avec du lait. »
Toutes ces recommandations, qui ne sont pas indiquées d’aujourd’hui, comme on peut le voir, se trouvent également rapportées dans toutes les éditions que j’ai publiées de mon Guide pratique des malades aux eaux de Vichy , la première imprimée il y a quinze ans, et la dernière en 1861.
Voyant donc qu’il y avait une si grande différence dans les prescriptions recommandées par les anciens médecins et ceux qui exerçaient alors à Vichy, au nombre de trois, MM. Prunelle, Petit et Noyer; persuadé, en outre, que le médicament devait et pouvait être dosé comme tous les remèdes renfermés dans les pharmacies ordinaires, je m’appliquai immédiatement à faire des expériences physiologiques sur l’homme sain ou malade, lesquelles eurent pour résultat de me faire adopter de préférence la méthode ancienne à la méthode nouvelle.
Toutes ces expériences, qui ont été consignées dans mon Guide pratique, page 336, sixième édition, démontrent que les constitutions délicates, que les malades les plus affaiblis étaient ceux qui sè trouvaient saturés avec des doses minimes ou homœopathiques, c’est-à-dire avec un ou deux verres, par jour, d’une capacité de 200 à 250 grammes. Nous avons tenu à indiquer ces différentes doses et le mode de procéder à leur administration pour faire voir que les prétendues méthodes nouvelles d’aujourd’hui, qui préconisent les petites doses jusqu’à la quantité de 700 à 800 grammes, ne sont pas nouvelles et ne peuvent rien apprendre au public ; elles ne sauraient, par conséquent, faire oublier ce qui a été écrit dans la plupart des livres de nos prédécesseurs et pratiqué il y a bientôt un siècle.
La dose d’eau, d’après ce que nous venons de voir, doit varier aussi suivant une foule de circonstances. Les maladies et les constitutions, dans tous les cas, ne sont jamais identiquement les mêmes.
Le degré de minéralisation, la proportion des éléments de composition d’une eau minérale, doivent également attirer l’attention du médecin, afin de pouvoir doser et fixer les quantités qu’il convient d’administrer à chaque malade. Ces doses doivent être réglées, avons-nous dit, suivant l’âge, le sexe, le tempérament, l’état aigu ou chronique de la maladie, sa nature spéciale et les causes qui ont présidé à son évolution. Il existe aussi, à côté du traitement médical, un point important à considérer
dans le résultat de la cure : c’est le climat, ou les conditions extérieures dans lesquelles il convient de se placer comme malade. Ceci doit être également pris en grande considération par le médecin.
La spécificité des eaux ne dépend pas seulement de leur composition, mais aussi de leur mode d’administration et de certaines conditions propres à chaque nature chimique d’eau minérale, car de là découlent souvent la plupart des résultats ou effets des eaux, qui varient suivant certaines conditions morbides.
D’après toutes ces considérations, nous dirons que l’expérience nous, à conduit à porter la dose d’eau, chez les hommes forts, à tissus résistants, à six verres en général, et à trois ou quatre chez les femmes ou chez les hommes à constitution délicate.-Cette dose pourrait être diminuée encore si les malades voulaient se renfermer dans un régime plus sévère que celui qu’ils suivent habituellement dans leurs hôtels. Il serait, dans tous les cas, imprudent de vouloir, en pareille matière, limiter rigoureusement la dose du médicament et dire aux malades : Vous n’irez pas plus loin, attendu qu’il y a des maladies avec des points saillants qui font varier forcément les doses et la durée du traitement. En tout il faut une mesure, un guide, une boussole; c’est là ce que nous avons démontré et pratiqué, à la grande satisfaction et pour le plus grand bien des malades venus aux sources de Vichy.
Toutes ces considérations démontrent l’importance et la nécessité d’une bonne direction médicale, non-seulement en ce qui concerne les eaux, mais encore le régime alimentaire, ainsi que les autres moyens d’hygiène les plus propres à seconder les effets de l’eau minérale.
Ce que nous remarquons en médecine pratique en général, c’est que le succès d’un remède dépend en grande partie de son mode d’absorption et de sa tolérance; que les grandes doses sont digérées avec plus de difficulté par l’organisme que les petites, ce que nous voyons tous les ans se produire chez la plupart de nos malades soumis au traitement de Vichy, médicament d’une grande puissance, qui doit être bu de préférence par demi-verre à la fois, et souvent moins, en ayant la précaution de laisser quinze ou vingt minutes au moins de distance entre chaque dose. Les eaux étant prises de cette manière, les traces de l’alcalinité durent davantage, tandis que bues coup sur coup et à fortes doses les traces de l’absorption ont moins de durée; elles glissent plus vite, ce qui démontre de la manière la plus rationnelle que leur absorption est d’autant plus parfaite qu’elles sont administrées à plus petites doses, à des intervalles convenables et plus souvent répétés.
Il ne faut pas que l’eau soit bue à longs traits, ni en trop grande quantité à la fois, disons-nous, car dans l’un et l’autre cas elle arrive à l’estomac en résistant à son action digestive et en faisant éprouver à l’épigastre un sentiment de pesanteur et de tiraillement, ou en développant des rapports gazeux plus ou moins incommodes. Dans ce Gas, l’eau constitue, pour ainsi dire, un corps étranger qui irrite l’estomac par sa masse ou qui y développe une réaction secondaire. Tout cela n’a pas lieu si le malade boit en petite quantité et sans précipitation.
Il existe une foule de circonstances dans lesquelles les eaux de Vichy ne sont pas tolérées : cela tient à la dose ou à la manière de les prendre ; il faut dire aussi que les conditions d’état du malade sont souvent mal calculées : dans ces cas, ou le comprend, elles doivent échouer. C’est au médecin à savoir apprécier ces diverses indications.
Je dois dire ici que le secret de la réussite des eaux de Vichy réside en partie dans les justes proportions des doses employées, eu égard à l’intensité de la maladie, car la vertu d’un médicament n’est, au fond, qu’un phénomène secondaire, dépendant d’une seule et même propriété, laquelle n’agit avec efficacité que suivant les
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doses et les conditions organiques du malade, dont l’effet varie suivant les proportions. C’est pourquoi j’engage les malades qui viennent à Vichy à no pas dépasser certaines limites, ni déterminer dans les humeurs une alcalinité trop prononcée. Toutes ces recommandations doivent être observées rigoureusement; elles sont même indispensables avec un trailement ayant pour base les eaux de Vichy, si l’on veut éviter les effets nuisibles qu’on observe parfois et qu’on attribue la plupart du temps à la trop grande force des eaux, alors que pour être dans le vrai il ne faudrait en accuser que l’imprudence des malades ou une trop grande quantité d’eau prise dans un temps trop court. C’est ainsi qu’aux bonnes choses on fait souvent une mauvaise réputation.
Sous le rapport de la température des eaux, il n’est pas indifférent de les prendre chaudes ou froides. Voici, à ce sujet, ce que l’expérience indique :
L’eau chaude n’est pas affaiblissante, comme on l’a prétendu souvent. Ainsi, les Romains buvaient de l’eau chaude en abondance et avec délices, afin de pouvoir se livrer aux exercices de la table, dans lesquels, il est vrai, ils s’abrutissaient souvent; mais l’eau minérale donnée à petites doses, très-chaude, est un stimulant, au contraire, très-énergique de l’appareil circulatoire et de la perspiration de la peau; c’est le plus puissant de tous les sudorifiques. Il faut bien que l’élévation de température des eaux soit une chose favorable, puisqu’on a remarqué qu’elles étaient plus efficaces, en général, que les tièdes et les froides. Il est à remarquer aussi que la digestion en est plus facile, et que l’eau très-chaude est ordinairement agréable à l’estomac, pour peu qu’elle soit chargée d’un principe qui en diminue la fadeur Les eaux froides sont, au contraire, mieux accommodées à certaines idiosyncrasies que les eaux thermales. On a remarqué qu’elles étaient plus propres à favoriser la sécrétion urinaire et les-purgations, ce qui doit les faire préférer toutes les fois que les malades sont dans le cas d’avoir à remplir l’une ou l’autre de ces deux indications. Il n’est pas rare, d’ailleurs, de rencontrer des personnes qui ne peuvent digérer de l’eau froide sans éprouver immédiatement des coliques et de la diarrhée Le choix de la saison pour boire les eaux n’est pas non plus indifférent. Le climat de Vichy étant très-doux, il est permis, par conséquent, aux malades de s’y rendre à partir du mois de mai jusqu’au mois d’octobre. Le mois de juillet, époque des grandes chaleurs, est certainement moins favorable que les autres mois de l’année aux maladies qui concernent particulièrement le foie, les grandes chaleurs des pays chauds étant de nature à développer ces sortes d’affections. Cette même température, quoique en France, peut bien aussi les entretenir ou même contrarier, jusqu’à un certain point, les résultats favorables du traitement; car on ne doit ' pas ignorer que le climat d’un établissement thermal constitue un auxiliaire puissant, qui. vient en aide à l’action du traitement et peut modifier incontestablement les effets favorables de la cure.
Quant à la durée de la saison, une période de vingt et un jours, comme le veut la généralité des malades, est une période trop courte. C’est au médecin, d’ailleurs à juger de la durée de la saison, qui doit varier suivant une foule de circonstances ; ce qui indique qu’il est impossible de fixer au juste la durée du traitement, dont la moyenne, à Vichy, doit être d’un mois.
Bains.
Les bains, comme utilité hygiénique, ont été reconnus dans tous les temps indispensables à la santé publique, non-seulement sous les Romains, ce dont nous découvrons tous les jours, dans nos thermes, de nouvelles preuves, mais encore dans des temps plus rapprochés de notre époque, puisque Montaigne écrivait,
en 1570, en parlant des bains d’eaux minérales, qu’il considérait comme de la première nécessité pour se bien porter : « J’ay veu, dit-il, par occasion de mes voyages quasi tous les bains fameux de chrestienté, et depuis années ay commencé à m’en servir. Car, en général, j’estime le baigner salubre, et croy que nous encourons non légères incommodités en notre santé pour avoir perdu celte coutume, qu’estait généralement observée au temps passé; quasi en toutes les nations, et est encore en plusieurs de se laver le corps tous les jours ; et ne puis imaginer que nous ne vaillions beaucoup moins de tenir ainsi nos membres encroûtés et nos pores estoupés de crasse... A cette cause, j’ay choisy jusqu’à celte heure à m’arrêter et à me servir de celles où il y avoit plus d’amenité de lieu, commodité de logis, de vivre et de compagnie. »
Les bains forment, à Vichy-, une des parties les plus importantes du traitement, et jouissent de très-grands avantages par les effets physiologiques et thérapeutiques qu’ils déterminent chez les malades. Ces effets sont :
1° D’exciter la peau et les urines, dé déterminer une sueur abondante, avec chaleur et picotements à la peau, etc.;
2° D’introduire dans l’économie, par absorption cutanée, les principes salins de l’eau, lesquels traversent tous les organes du dehors au dedans, et, après avoir touché et purifié toutes les parties du corps, viennent manifester leur présence dans les sécrétions humorales, pour être ensuite expulsés par les diverses voies d’excrétion, les urines, la transpiration et les selles.
Quant à la durée du bain, à la quantité d’eau minérale qui doit être ajoutée à l’eau douce (car à Vichy on prend rarement les bains à l’eau minérale pure, comme étant trop excitants à cause de la richesse minérale des sels contenus dans cette eau), c’est au médecin, d’ailleurs, à apprécier l’opportunité de toutes ces indications. Il en est de même de la température : ceci est également un point très-important, parce qu’un bain pris trop froid ou trop chaud peut faire varier l’effet qu’il doit produire. La nature de cette étude ne me permet pas de m’étendre davantage sur toutes ces considérations et indications ; on les trouvera plus développées dans mon Guide pratique des malades aux eaux de Vichy.
La douche est une irrigation à torrents. Ce moyen est employé dans le but d’accélérer la circulation par un ébranlement mécanique, lequel consiste à diriger sur Une partie du corps, avec plus ou moins de violence, le jet d’une colonne d’eau minérale d’un volume déterminé. La direction que l’on donne à ce jet lui a fait prendre les noms de douche ascendante latérale ou descendante. La forme du jet varie suivant l’indication médicale; il en est de même de la durée, qui est ordinairement de dix à vingt minutes, ainsi que sa température, qui doit être ordinairement de 35 degrés centigrades. On emploie les douches principalement pour faciliter la résolution des organes, alors qu’ils sont empâtés et sans douleur, afin d’y rappeler la chaleur et réveiller les forces vitales fonctionnelles engourdies. Elles conviennent rarement dans les engorgements articulaires ou autres pendant la période aiguë, alors que la partie malade est le siège d’une douleur ou d’un état inflammatoire aigu : dans ce cas, il ne faudrait les appliquer que sur les parties éloignées du point malade.
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Douche écossaise.
Cette douche consiste à recevoir alternativement nne pluie d'eau chaude et froide; son effet est d'autant plus intense qu'il , a plus de distance et d’intensité entre les températures des deux douches. L’effet qu'ou doit rechercher ici est la température, et non la force d’impulsion. L’action thérapeutique de ce mode de traitement s’explique par un effet d’action et de réaction du mouvement centrifuge et centripète, d’expansion et de restriction sur la peau; ou lui donne le nom de méthode perturbatrice, et elle convient dans les maladies nerveuses. 1
Pendant la douche, il faut éviter que le malade ait froid aux pieds, pour maintenir la chaleur dans les parties et éviter toute surexcitation vers la tête.
L’eau minérale introduite dans l’intestin par l’anus, et conservée pendant un certain temps, constitue un véritable bain interne, ayant non-seulement une action locale sur les organes environnants, mais aussi une action générale par suite de son absorption, laquelle est très-active en ce point à cause de la présence d’un grand nombre de vaisseaux absorbants. ^
Ce mode d’administration des eanx est très-utile dans la paresse des intestins, dans les engorgements du foie, de la raie, des ovaires et de la matrice en particulier; ,1 permet également de diminuer et même de remplacer au besoin celles qui auraient dù être prises par l’estomac, toutes les fois que l’irritabilité de cet organe met le malade dans 1 impossibilité de profiler du bénéfice de la saison.
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Il n’y a pas de médication possible sans une hygiène appropriée à la nature de la maladie et du médicament.
Tous les malades doivent savoir qu’il ne suffit pas de se rendre à nne source d’eau minérale, d'en boire une certaine quantité, de- prendre très-exactement son bain pour obtenu- de 1 usage de cette eau la guérison des maladies dont on est atteint; il faut encore ne pas se livrer aux plaisirs de la labié, aux promenades, aux courses
ZvItrtsultalT * S °” ,e " t rel " P “ S d,émt,l ' 0 ” S : ieS diSlraC,i ° nS S °"‘ Dti ' eS Slns d0 ” te ’ mais P° nssées 4 ''««Me elles produisent sur la maladie les plus
QueUes sont les conditions hygiéniques spéciales de nature à favoriser le plus avantageusement possible la puissance-médicale des eaux alcalines? Quels sont les préceptes les réglés a suivre dans 1 usage des ehoses qui sont mises en rapport avec l’estomac, la peau et les poumons, pendant qu’on prend les eaux?
Avant d’aborder l’étude de toutes ces questions, il est indispensable de dire un mot de la nature chimique toute spéciale des eaux de Vichy, dont la substance saline principale qui les minéralisé est le bicarbonate de soude, possédant une réaction alcaline plus puissante que celle de toutes les eaux de cette nature connues dans l’histoire hydro-minérale. En présence d’un pareil médicament, quels sont les aliments dont le malade pourra faire usage sans nuire au traitement, ou mieux sans décomposer ni détruire la nature chimique spéciale du remède qui constitue un des principaux éléments de la puissance médicatrice de cette eau?
Parmi les aliments dont on peut faire usage, les plus importants sont les substances animales; toutefois il sera nécessaire de faire un choix, à cause de leur digestibilité plus ou moins facile, suivant les dispositions particulières des malades dont l’estomac est souvent capricieux. Cela posé, nous placerons en première ligne le bœuf, le mouton, le poulet, le veau; ensuite le pigeon, le dindon, le canard et le lapin privé. Tous ces aliments, étant d’une digestion facile et riches en substance alibile, conviennent particulièrement aux personnes affaiblies; quant au gibier, sa chair est nuisible aux estomacs délicats.
En général, les viandes conviennent mieux rôties que bouillies, parce que l’action directe du feu conserve à la viande son principe nourrissant, et lui donne une saveur particulière et cette belle couleur brun-caramel qui rend sa digestion plus facile. Ce mode de cuisson est très-avantageux aussi pour faire perdre aux viandes blanches leur saveur fade et pour leur donner ce stimulant qui réveille les forces digestives de l’estomac.
Le poisson est un aliment léger qui convient aux malades, de même que le lait, les œufs, le chocolat et les pruneaux cuits. Les fromages ordinaires peuvent, sans
inconvénient, servir à la nourriture des personnes qui boivent les eaux.
Parmi les aliments de nature végétale qui ne peuvent contrarier l’effet des eaux, nous signalerons d’abord tous ceux qui ont pour base la fécule, comme les pommes de terre : cette classe d’aliments se digère avec facilité et répare très-promptement les forces des personnes affaiblies. Viennent ensuite les légumes herbacés, les épinards, la laitue, la chicorée, les carottes, les asperges; les cardons, les salsifis, les réceptacles d’artichauts, les choux-fleurs et les haricots verts : la nature de tous ces légumes se concilie parfaitement avec les propriétés chimiques des eaux alcalines ; ils ont en outre l’avantage d’être légers, adoucissants et d’une digestion facile.
Les aliments du règne végétal sont préférables toutes les fois que les fonctions vitales éprouvent une excitation quelconque; ceux du règne animal conviennent, au contraire, quand l’excitation est amoindrie ou que le malade éprouve de grandes déperditions de sang.
Nous avons indiqué les aliments dont on peut faire usage pendant le traitement par les eaux alcalines. Quels sont les aliments dont les malades doivent se priver?
Ils sont de deux ordres : ceux dont la digestion est difficile; ceux dont la nature propre peut détruire la vertu du médicament.
Dans le premier ordre, nous trouvons, parmi les substances animales, le fcochon, l’oie,».le canard sauvage, le lièvre et généralement toutes les viandes noires, lesquelles ne conviennent guère qu’aux personnes qui se livrent à la fatigue et-nullement aux personnes souffrantes. Ces aliments ont en outre l’inconvénient grave d’augmenter l’élément acide des humeurs et de diminuer la quantité des urines, tandis que les aliments de nature végétale donnent des résultats entièrement différents.
Les viandes salées, fumées et épicées, les pâtisseries où le beurre et la graisse dominent, sont des aliments très-lourds et très-indigestes; les malades, par conséquent, devront s’en abstenir. Tous les légumes secs doivent être rejetés, à cause (je leur enveloppe, qui est toujours d’une digestion pénible.
Les aliments de la seconde catégorie, qui sont nuisibles par leur nature spéciale, sont en première ligne les fruits. Parmi les éléments nombreux qui entrent dans
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leur composition, il s’en trouve d’une nature acide : ce sont les acides malique, acétique, citrique, tartrique, oxalique et gallique, principes des plus nuisibles à l’action et au résultat salutaires des eaux alcalines, puisqu’ils détruisent ou neutralisent complètement la propriété spéciale de ces eaux pour lesquelles les malades viennent tout exprès aux sources de Vichy.
Dans cet état de choses, il faut le dire, les malades qui font usage de fruits acides, tels que les groseilles, le citron, les cerises et les fraises, introduisent dans le sang, au lieu de bicarbonate de soude, comme c’est leur intention, des tartrates, des citrates ou des acétates de soude, sans réaction alcaline, dont les effets sur 1 organisme ne sont nullement analogues à l’action du bicarbonate de soude, mais au contraire tout à fait différents.
Le fromage a la creme, dont les tables d’hôte à Vichy sont très-abondamment pourvues, doit être également rejeté, la partie crémée en étant très-acide.
H n est pas douteux que les malades qui, pendant le traitement, méconnaissent les règles d’une hygiène aussi rationnelle ont plus tard de graves reproches à se faire, quand ils voient que par leur faute leurs infirmités n’ont rien perdu de leur intensité.
Pendant la cure, le vin de Bordeaux, coupé avec parties égales d’eau ordinaire, est la meilleure boisson qu’on puisse prendre au repas, ce vin étant le moins acide de tous et celui qui rend le travail digestif plus facile. Quelques personnes mélangent du vin avec de l’eau minérale : celle-ci, dans ce cas, ne saurait être considérée comme médicament, attendu qu’elle est décomposée par le vin, et que celui-ci est décomposé par l’eau, ainsi que tout le monde peut le voir lorsqu’on emploie une boisson ainsi melangee. Cette manière de prendre les eaux n’a donc aucune valeur médicale. Prises ainsi, les eaux de Vichy peuvent seulement rendre dans quelques cas les digestions plus faciles, mais elles n’agissent pas sur la maladie que l’on a l’intention de combattre.
Les personnes qui ont l’habitude de ne boire que de l’eau à leurs repas rendront, par ce moyen, la cure de Vichy encore plus favorable. Il ne paraît pas nécessaire, dans tous les cas, de faire usage de vin lorsqu’on n’est pas dans l’obligation de se livrer à des travaux manuels; et ce qui le prouve, c’est que Démosthènes, que l’on comparait à la foudre, à une tempête, ne buvait que de l’eau; Tiraqueau n’avait pas non plus d’autre boisson, ce qui ne l'empêcha pas d’avoir quarante enfants et de publier autant d’ouvrages : l’eau n’éteint donc ni les forces procréatrices, ni celles du génie. Boerhaave déclare que l’eau fortifie les intestins, préserve des fièvres aiguës, et qu’elle est le meilleur médicament pour une personne trop maigre, qui a trop de bile ou trop d’acidité dans les humeurs.
Le café, le thé, les glaces, n’ont aucun inconvénient. Il n’en est pas de même des boissons fermentées, des liqueurs alcooliques, ainsi que du vinaigre dans les ragoûts ou dans la salade : celle-ci peut être mangée sans crainte si elle en est privée.
Les vêtements dont on doit s’envelopper pendant la cure ne sont pas aussi indifférents qu’on pourrait le croire au résultat du traitement. Il convient de choisir surtout les étoffes favorables à 1 absorption de la sueur. Sous ce rapport, les tissus de.laine occupent le premier rang; mais après ceux-ci, considérés comme matière absorbante, viennent les tissus de coton, qui sont peut-être préférables, parce qu’ils n’ont pas autant que les premiers la faculté de conserver les miasmes et les mauvaises odeurs, et 1 inconvénient de produire sur la peau une irritation parfois insupportable pour quelques personnes.
D après ces considérations, les malades auront soin d’appliquer sur le corps, soit avant, soit après le bain, des chemises ou des peignoirs de colon : c’est le moyen le plus efficace de réunir tous les avantages à la fois. Les tissus de lin se mouillent et se sèchent trop rapidement: ils produisent par là un abaissement de température
très-désagréable et très-nuisible au corps. Règle générale, les malades soumis au traitement doivent s’habiller chaudement. Cette précaution est d’autant plus nécessaire que la peau, excitée par la chaleur de l’air, par les bains ou les douches, devient très-impressionnable aux influences atmosphériques.
Après avoir tracé les règles hygiéniques relatives à la digestion et à la peau, il nous reste à indiquer les conditions qui se rattachent à la respiration : c’est le complément des trois grandes questions que nous avons posées au commencement de ce petit aperçu des lois de l’hygiène.
Nous n’aurons aucune difficulté à traiter cette question, attendu que l’air et le climat de Vichy ne laissent rien à désirer sous aucun rapport. La situation géographique de cette ville, placée dans une magnifique vallée, démontre suffisamment, d’ailleurs, qu’il ne peut y avoir aucune source d’air impur; que le renouvellement de l’air y est activé par le cours de la rivière d’Allier, par les dispositions des montagnes qui l’environnent, par les émanalions bienfaisantes de la forêt de Randan et l’exubérante végétation des vallées et des montagnes qui protègent Vichy dans la direction de l’est.
On a beaucoup parlé et l’on parle encore des fièvres d’automne; j’avoue que depuis quinze années que j’observe le climat de Vichy je n’ai jamais vu les prétendues fièvres intermittentes régner dans cette localité thermale.
C’était pendant les mois d’avril, mai et juin, septembre et octobre, qu’on prenait anciennement en boisson les eaux de Vichy. «Cependant, dit Desbrest, par un abus aussi dangereux qu’inconcevable, les malades ne se rendent aux eaux que vers la fin du mois de juin, précisément dans le temps où ils devraient en discontinuer l’usage; il est moins dangereux de les prendre pendant les grands froids que pendant les ardeurs de la canicule. Aussi qu’arrive-t-il? c’est que les malades qui les boivent pendant les mois de juillet et d’août éprouvent souvent des douleurs de tète, des tiraillements et des contractures dans les muscles, des chaleurs dans les entrailles, des insomnies, des constipations si opiniâtres qu’ils sont forcés de renoncer à ce remède, qui, dans un temps mieux choisi, leur aurait fait autant de bien qu’ils en éprouvent de mal. » Je pense néanmoins, malgré l’opinion de Desbrest, qu’il est préférable d’attendre la belle saison, car il n’est pas douteux que la douceur de la température et la sérénité de l’air ne contribuent pour beaucoup à rendre les eaux plus efficaces.
Cependant il arrive parfois que l’état du malade réclame impérieusement, dans certaines affections, telles que la gravelle, les gastralgies, la jaunisse, les cachexies paludéennes avec engorgement de la rate, de commencer la cure sans perte de temps; on pourrait, dans ces cas, prendre les eaux de Vichy avec avantage en toute saison, même pendant l’hiver. Ces réflexions sont si vraies que depuis quelques années nous voyons plusieurs établissements d’eaux minérales rester ouverts aux malades l’été comme l’hiver.