EAUX THERMALES; SAISON D’HIVER
L’usage des eaux thermales pendant l’hiver a toujours existé chez les Romains; aujourd’hui encore nous voyons cet usage établi dans plusieurs localités d’Allemagne; en Angleterre, à Bath; en France, à Amélie-les-Bains et le Vernet. Cette pratique pourrait aussi avoir lieu dans beaucoup d’autres établissements des
Pyrénées partout où les eaux médicinales renferment une certaine thermalité, et là où le climat n’est pas trop rigoureux. Sous «...rapport, cependant, nous voyons que . ngleterre, qui n’est pas un pays chaud, possède un établissement très-fréquenté pendant les froids les plus rigoureux de l’hiver, depuis le mois de novembre réchaff al ° rS Clue sur notre continent presque toutes nos richesses minérales sont abandonnées à la terre ou à quelques serpents qui viennent s’y
Certainement, l’Angleterre est un pays très-riche en produits artificiels, mais, disons-le aussi, très-pauvre en sources minérales; leurs compositions mêmes ne sont pas des plus importantes, et la plupart sont froides; celles qui sont fréquentées pendant l’hiver se trouvent à Bath, une des plus belles villes d’Angleterre. Voici, à ce sujet, ce que dit le docteur Edwin Lee : ( the Minerai Springs of England, etc. ) :
« Bath est une des plus belles villes d’Angleterre, bâtie dans: une magnifique vallée entourée de collines élevées sur lesquelles s’élèvent de magnifiques maisons e plaisance exposee aux vents du sud, mais à l’abri des vents du nord; jl y fait très-chaud en été et les hivers y sont très-doux. Peu de malades y vont en été; mais ans îver on y compte de dix à douze mille visiteurs. Le confortable y existe, et nous savons que les spéculateurs d’outre-Manche sont, sous ce rapport, es p us intelligents, existe comme bains un établissement officiel et plusieurs bâtiments particuliers qui tirent l’eau de la même source. On trouve dans l’établissement officiel une grande piscine de 20 mètres de long sur 7 de large, où les deux sexes se baignent alternativement. Deux hôpitaux y sont accolés, l’un payant et au re pour les pauvres. La plus grande propreté règne partout. Les baignoires y sont très-hautes, c’est-à-dire très-profondes; on les remplit assez d’eau pour que le malade y étant debout, le liquide puisse lui couvrir la poitrine : il peut ainsi faire de l’exercice corporel, se promener ou rester assis commodément pendant son’ séjour dans Je bain. Le temps du bain est fixé par le médecin, et l’usage veut que les valétudinaires y restent ordinairement plusieurs heures par jour. On défend tormellement de prendre le bain trop chaud; à part cette recommandation, chaque baigneur, ensuite, le prend selon ses impressions. »
Le même auteur ajoute qu’au nombre des visiteurs se trouvent de riches gentlemen bien portants et des petites-maîtresses qui y prennent les eaux pour se mieux porter, et dautres pour prolonger la saison printanière de leur vie. On a observé, dans celte localité balnéaire, que ceux qui prenaient tous les jours un bain de pusieurs heureyivaient tres-longtemps. De là la réputation de remède de longévité que ces eaux se sont faite. 11 faut dire aussi que ces bains étant au centre dune grande ville (50000 âmes), les plaisirs de toute sorte y abondent. Les baigneurs se disséminent, d’ailleurs, dans les différents quartiers pour organiser des distractions, afin de détruire l’ennui et la monotonie qui régnent généralement dans les établissements du continent.
Les eaux de Bath ont une température de 45 à 50 degrés centigrades. Ce sont des eaux salines dont le principe dominant est le sulfate de chaux; mais elles sont res-fa,blés au point de vue de leur minéralisation, puisqu’elles ne renferment que 14 grains de sels pour un litre d’eau; néanmoins, les cures qu’on y obtient tous les ans sont considérables, surtout parmi les goutteux et les vieux rhumatisants, dont le nombre est énorme en Angleterre
Nous nous sommes élendu sur ce point de la pratique thermale pendant l'hiver ponr bien faire remarquer qu’il existe en France de nombreux établissements ermaux, comme Vichy, par exemple, avec Ions les embellissements dont l’Empereur nous a si gracieusement dotés depuis deux ans, tels qu’une gare à laquelle viennent aboutir tontes les lignes des chemins de fer de l’Europe, des boulevards, et des routes carrossables conduisant à des sites charmants, à des distances plus
ou moins éloignées, ainsi qu’un établissement thermal où règne le confortable le mieux entendu; ajoutons à tout cela des eaux dont la puissance thérapeutique n’est contestée par personne, et dont la température de plusieurs sources égale celle des eaux de Balh. Quant au climat, celui de Vichy est certainement plus doux que celui d’Angleterre, car il est possible, même dans les hivers les plus rigoureux, de faire plusieurs heures d’exercice par jour dans la ville ou la campagne.
Il serait donc facile d’établir soit dans l’intérieur de l’établissement officiel, civil ou militaire, soit dans les divers hôtels, une température convenable, afin de rendre impossible tout refroidissement, après les bains et les douches, par des calorifères qui établiraient circulairement des courants d’air chaud dans les galeries ou dans les établissements particuliers, afin de maintenir jour et nuit, à un degré convenable, la température dans les lieux destinés à la libre circulation des malades, comme cela se pratique aujourd’hui dans les divers établissements publics, et en particulier dans les nouvelles constructions.
Le grand établissement de Vichy, par l’élévation de la température de l’eau des sources qu’il renferme, se suffirait à lui-même en faisant passer, dans les diverses galeries, des courants d’eau minérale du puits Carré ou de la Grande-Grille. Tout cela démontre qu’on pourrait facilement, à Vichy comme dans d’autres établissements thermaux, prendre les eaux pendant l’hiver; mais cet usage n’a été suivi jusqu’à présent que par quelques familles anglaises isolées. Il y aurait là, cependant, un grand intérêt pour les malades, qui, sans profit et en laissant aggraver leurs maladies, attendent la saison d’été pour se guérir de leurs souffrances.
On pourrait donc tirer un parti immense des thermes de Vichy pour la santé publique; mais il est fâcheux que les préjugés, qui envahissent tout, aient fait croire que les sources minérales ne sont plus efficaces pendant l’hiver, ou bien que le séjour aux eaux n’est plus possible à cause de la sévérité de la saison et du peu de commodité que les baigneurs rencontrent dans les établissements thermaux. Les bienfaits qu’on obtient à Amélie-les-Bains ou en Angleterre pourront également être obtenus dans beaucoup d’autres établissements d’eaux thermales, quand on se sera suffisamment convaincu, en France principalement, de l’importance thérapeutique des eaux minérales et que leurs effets auront été mieux étudiés; nous avons, du reste, la conviction que cette question de santé publique recevra plus tard une solution favorable à nos idées, lorsqu’on voudra se donner la peine de réfléchir et qu’on verra qu’un traitement d’hiver est une chose utile et possible dans la plupart des localités thermales.
N’oublions pas qu’en fait de guérison il ne faut jamais perdre du temps, et qu’en traitant les maladies en hiver on trouve à la fin de la cure le printemps, qui est la saison la plus favorable à la convalescence de toutes les maladies, et que les malades ont ensuite tout l’été devant eux pour aller compléter le rétablissement de leur santé à la campagne, dans leur famille ou chez leurs amis; tandis qu’en ne choisissant que l’été, suivant l’usage antique et solennel, ils ne peuvent, ainsi que l’a écrit le professeur Lallemand au sujet des eaux du Vernet, ils ne peuvent, dis-je, entrer en convalescence qu’en automne, et quelques-uns retombent nécessairement, en hiver, sous l’empire des causes qui ont souvent amené la maladie. Beaucoup de malades devraient, par conséquent, faire tout le contraire de ce qu’ils font, afin que la convalescence coïncidât avec les conditions les plus propres à consolider la cure ou à prévenir les rechutes, toujours à redouter par des temps rigoureux et des écarts de régime que les réunions du monde pendant l’hiver obligent souvent d’accepter, et auxquels les malades qui viennent à Vichy, en particulier, cèdent facilement,
Nous ne nous dissimulons pas, ici, que c’est une révolution que nous venons solliciter dans la thérapeutique et l’emploi des eaux minérales; mais comme je les
VICHY
crois, dans toocoup de cas, aussi puissantes en hirer qu'en été, les malades, qui seront guéris plus tôt et plus facilement que s'ils avaient attendu une année encore, nous sauront gré d’avoir appelé l’attention des médecins et des établissements thermaux sur les saisons d’hiver.
MALADIES QUI PEUVENT ÊTRE TRAITÉES AVANTAGEUSEMENT PAR LES EAUX DE VICHY.
1° Organes de la digestion.—tes eaux sont salutaires dans toutes les maladies de l’appareil digestif caractérisées par un trouble dans les fonctions digestives, telles que défaut d’appétit, lenteur, pesanteur, chaleur ou ballonnement avant, pendant ou après les repas, aven inertie ou faiblesse des intestins, borborygmes et alternatives de constipation ou de diarrhée, maladies que l’on désigne sous les noms de gastralgie, de dyspepsie, d’anorexie, d’entéralgie, de pyrosis ou de fer-chaud.
Elles sont également convenables dans les embarras gastriques, dans les hypersécrétions des sucs acides ou aigreurs d’estomac, dans la gastrorrhée, les nausées, les vomissements alimentaires glaireux ou bilieux, dans les gastrites, les entérites et colites chroniques.
Les eaux de Vichy conviennent particulièrement aussi dans les maladies du foie, telles que l’hépatite aiguë ou chronique, les engorgements, empâtements ou obstructions de cet organe; dans les calculs, les coliques hépatiques ou liépatalgie; dans la jaunisse et les affections ictériques de toute espèce; dans les engorgements de la rate, du pancréas et des glandes mésentériques ou du ventre, alors que les engorgements sont particulièrement la suite de fièvres intermittentes invétérées accompagnées de signes dont l’ensemble caractérise la cachexie paludéenne.
^ Organes de l’appareil urinaire et génital, - Les eaux de Vichy sont, en outre, favorables dans les maladies des reins, avec ou sans sécrétions anormales, dans les coliques néphrétiques, la gravelle d’acide urique, d’urate d’ammoniaque et d’oxyde lithique, ainsi que dans les calculs vésicaux de même nature; dans le catarrhe vésical, l’incontinence d’urine, la paralysie de la vessie et les pertes séminales.
Dans le diabète et l’albuminurie, ainsi que dans les engorgements de la matrice et des ovaires, avec aménorrhée ou défaut d’écoulement des règles.
3° Appareil de la locomotion. - Les eaux alcalines sont indiquées, par leur nature spéciale, dans la goutte, le rhumatisme goutteux articulaire, musculaire ou sciatique, ainsi que dans les ankylosés récentes.
Elles sont également utiles dans beaucoup de maladies de la peau que l’on traite aujourd’hui, avec le plus grand succès, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, par des solutions de bicarbonate de soude ou par d’autres préparations alcalines ou sulfuro-alcalines, telles que les affections papuleuses, le prurigo, les dartres fürfuracees, l’eczéma simplex ou chronique, certaines formes squammeuses de psoriasis, et principalement les diverses variétés de lichen, affection liée’très-souvent à des gastralgies, avec production acide.
Obésité. - M. Albert, médecin allemand, assure qu’un excellent moyen pour faire diminuer la graisse abdominale chez les personnes obèses est de prendre des ams alcalins, et que deux à trois livres de carbonate de potasse ou de soude dans chaque bain ordinaire suffisent pour remplir cette condition. M. Petit, dans sa longue pratique, a publié des résultats semblables par l’usage, en bains et en boisson, des eaux minérales de Vichy.