HABITATION IMPERIALE
« Votre Majesté trouvera ici des populations dévouées de longue date à Sa dynastie, et qui ont contribué par leurs suffrages à Lui faire » gravir les marches du trône. Elle y retrouvera de vaillants soldats qui ont fait sous Son commandement la campagne d’Italie, ceux que leurs » blessures ou l’âpre climat de l’Afrique forcent à se reposer dans cet hôtel thermal des invalides qui s’appelle l’Hôpital militaire. Elle y » retrouvera une reine amie qui supporte noblement l’exil, l’élite de la société européenne et toute une colonie de baigneuses et de buveurs » d’eau qui, pendant la saison, boiront à la santé de l’Empereur des Français. »
En 1861, l’Empereur était accompagné de MM. les généraux baron de Béville et Fleury; du colonel comte Lepic et du colonel Favé, aides de camp; du capitaine comte de Clermont-Tonnerre, officier d’ordonnance; de M. Mocquart, secrétaire particulier, chef du cabinet, et de MM. Piétri et Saccaley, attachés au cabinet.
S. M. la reine Christine était accompagnée du duc de Rianzarès, de M. le duc et M me la duchesse de Tarancon, du comte de Gracia, d’un chambellan, d’un aumônier et d’un médecin.
Quelques jours après son arrivée à Vichy, l’Empereur a visité l’hôpital militaire, et a adressé des paroles d’encouragement aux malades. Plusieurs croix et d’abondantes gratifications ont fait bénir la visite impériale.
Le 17 juillet, l’Empereur, accompagné de sa suite, visitait le château de Randan. Le soir, il honorait de sa présence un bal donné à l’hôtel Charmette par les officiers de la garde.
Le 21 juillet, on dansait au camp des grenadiers. Une tribune avait été élevée pour recevoir l’Empereur et son cortège. Des guirlandes de fleurs et de feuillage et des verres de couleur égayaient cette fête militaire. La musique du bataillon exécutait ses plus brillants morceaux. Le quadrille d’honneur était ainsi composé : l’Empereur et M me de Sonnay; un sous-officier et la comtesse Walewska; un sergent-fourrier et la comtesse de Labédoyère; un caporal et la comtesse Litta; un soldat et M me Lehon ; un soldat et miss Bouz.
Quelques jours après, un bal de bienfaisance avait lieu dans les salons de l’établissement sous le patronage de l’Empereur. Sa Majesté a ouvert le bal avec M lle Leroy, fille du maire; MM. de Morny, Baroche et Walewski, M mes Walewska, Litta et de Labédoyère, complétaient le quadrille officiel. Ce bal a produit dix mille francs, qui ont été répartis entre les pauvres de Vichy.
La villa Strauss, devenue résidence impériale, était digne de cette haute faveur. Son propriétaire l’avait meublée avec une élégante simplicité. Des objets d’art, des tableaux de prix, ornaient le salon et les diverses pièces du rez-de-chaussée. Les appartements du premier étage, où se trouvaient le cabinet de travail et la chambre à coucher de l’Empereur, étaient garnis de perse rose. C’est dans cette paisible retraite que le chef de l’État fit sa cure tout en vaquant aux affaires de l’Empire.
L’Empereur a vécu, à Vichy, dans le plus strict incognito. Il n’y a pas eu à la résidence impériale de réceptions, mais des soirées intimes
VICHY
auxquelles assistaient S. M. la reine fhrktirm i fl ^ „
démérité; LL. Exc. MM. Baroche, Fould ministres - le dur Z"™'®’ f™* d °" ,0Se GM y Ren,e > beau - frère du roi d’Espagne et écrivain et quelques personnes présentées à Sa ^ T etM - ambassadeurs prés les cours de Rome et de Madrid,
aussi sur la terrasse située à l’angle du jardin où W * impe "^ aVaient ll6U dans le saIon ou dans le cabinet de travail ; quelquefois Tou. en s’occupant des 1Em P“™ a *' a « sous une tente, pendant les chaudes journées d’été.
de camp ou un officier d’ordonnance, visitait les travail 1 ï* “ lleS d6 ’^® ï ‘ 11 parconrail la viUe ’ à P ied > sana autre escorte qu’un aide
été un domaine impérial. Aussi les habitants se me C01 ” menccs par son ordre > et Portait partout un regard vigilant, comme si cette ville eût passai, pas une jolée. peSe^d^sTÏÏ^ ““1 du pays. ,1 ne se
soulagement des malheureux. S “ J ’ Sans <,u un n0Uïel acte ne ™ l «ontribuer aux embellissements de la ville ou au
dC “ S " ite ’ 86 rendait en char . a » l’Ardoisière ou dans reçu un soulagement pendant ces excursions! Accp-^ihlP 'T ^ CampagneS Se portaient au-devant de Sa Majesté. Que de misères cachées ont pendant son séjour à Vichy n’a pas cessé de connué • i * ous ’ acc °mp a gnant chaque don de quelques paroles bienveillantes, l’Empereur, de la République ou de ,’Empire qffi levai la c oT l^n T, “ * ,0 “ S ““* ''° nt Ia "« “
le père Boudignon, accompagné de sa lime I tT™- V ° U PenSi ° n; ““ c ' é,ait le tode octo * énaire * ««ntmarault,
gratilication. Ce couple chantant était populaire à.yichy^rlL^S 16 ! 8 .“ ^ ^ ‘’ EmPere,lr ’ qU ‘ aCC ° rda “ “ ne
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avec leur sentinelle, l’arme au bras - des moulins l'I , divers épisodes de la guerre d Italie; des forteresses munies de leurs canons; des vedettes en cailloux e, en tejsons de tofiSÏÏ’r f “ T par ,“”. s »“® a da ' a —S des mosaïques reproduisant, l’Empereur, de l’Impératrice et du Prince imnérial r ' • e a e £ l0n onneur, i Aigle impériale et des inscriptions en l’honneur de parc, des sprphonies £l”ls d o” ^ ““ “ - * »irs, dans le
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de l’État, les, baigneuse, les ^ & ***■ **** ° nt
touchants ou comiques et alimentent la chronique thermale. * “* pr ° menades îno,ldiennes 1® donn ™ 1 lie " a %.épwtas
On n’a pas oublié cette dame qui, renouvelant pour le souverain de la France ce que Walter Raleigh avait fait pour la reine Élisabeth, étendit sa mante à l’endroit où l’Empereur devait passer. Par un gracieux échange de courtoisie, Napoléon III rendit son vêtement à la dame en lui adressant un sourire de remerciment.
L’enthousiasme naïf de quelques anciens militaires a aussi plusieurs fois égayé l’Empereur et les personnes qui assistaient à ces rencontres de l’élu du .peuple, avec le peuple lui-même.
Le théâtre de la Rotonde offrait à l’Empereur une agréable distraction. Lorsque Sa Majesté s’y rendait, on faisait haie pour La voir, et l'exactitude, qui est la politesse des rois, était en même temps une marque de haute courtoisie pour la société et les artistes. M me Doche et Ravel faisaient partie du personnel d’élite qui chaque année vient se joindre à la troupe de comédie. M lle Fârgueil n’eut pas à Vichy le succès qui l’accueille sur une plus grande scène : en revanche, M Ue Déjazet fit fanatisme dans les Premières armes de Richelieu, dans la Douairière de Brionne et dans la Lisette de Béranger, cette chansonnette qui vivra aussi longtemps que la mémoire du chansonnier de l’Empereur. Les autres artistes secondaient parfaitement les étoiles parisiennes, et M me Paër, M lle Lovely, MM. Paër, Touzé et Gaudy, ont eu le privilège de divertir à plusieurs reprises l’Empereur et l’auditoire. L’orchestre de la Rotonde saluait l’arrivée et le départ de Sa Majesté par des symphonies dont une, intitulée ' la Marche impériale, fut spécialement composée par son habile chef, M. Bernardin. Une maîtresse fille, vaudeville inédit, renfermant un rondeau sur les eaux de Vichy, et un charmant proverbe de M me Pilté, ont clos la saison théâtrale.
Nous avons rappelé, dans le premier chapitre de cet ouvrage, le voyage triomphal de l’Empereur et de l’Impératrice dans les provinces du centre de la France, pendant les premiers jours de juillet 1862; il nous reste à rappeler les principaux incidents du nouveau séjour de Sa Majesté à Vichy.
Depuis Moulins, le passage de Napoléon III au milieu des populations accourues au-devant de Sa Majesté fut une ovation continuelle. Les arcs de triomphe en verdure, les guirlandes de fleurs et de feuillage, les acclamations enthousiastes, tout marquait la joie des habitants des villages voisins, accourus en masse sur le parcours du cortège impérial.
C’est le vendredi 11 juillet 1862 que l’Empereur a fait sa seconde entrée à Vichy. Il a été reçu à la gare par les autorités municipales, et le maire lui a adressé un discours auquel Sa Majesté a répondu : « Rien ne m’est plus à cœur que de faire tout le bien possible, et je m’occuperai » de l’achèvement des travaux commencés, notamment de l’église, du presbytère et de la mairie. »
En 1862, l’Empereur était accompagné de MM. le général Fleury, aide de camp, premier écuyer; le général baron Yvelin de Béville, aide de camp; le colonel comte Lepic, premier maréchal des logis, aide de camp; le commandant Oppermann, maréchal des logis; S. A. le prince Murat, le commandant Stoffel, le capitaine comte de Clermont-Tonnerre, le capitaine Mauroy, officiers d’ordonnance; Mocquart, chef du cabinet, et Piétri, attaché au cabinet. LL. AA. les princes Lucien et Joachim Murat, LL. Exc. MM. Walewski, Fould, Baroche, Turgot et Barrot formaient à
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Le théâtre a aussi offert, eu «TdTSiS T ’ * Mionan -° a ™ Ih »> ^ a obtenu un véritable triomphe, pour,a première fois, on jouait, ent^ H. cZTr ‘“ “Z* R ° ,0nde ' Lei °" ™ Sa ^“#* T assista chœur final par un couplet qui se terminait ainsi : ’ 0 • ac rice c argee u rôle d Henriette, M Ue Daudoird, a remplacé le
Puissiez-vous, Sire, en revenant ici, Encourager notre douce espérance ; Si, grâce à nous, l’Empereur a souri, Notre petit théâtre est aujourd’hui Le plus beau théâtre de France.
Les représentations suivantes n’ontpTeu moins de 1!!!!^“^ “.*.^ * M "" DaudoW > ®> magnilique bracelet,
d’originalité; de be„es dames, pensionnaires des théâtres de Paris, £ ZZ “jÏ gg»
dans leur genre, fait assaut de toilettes et de grâces. Un proverbe de M. J. Yilbort, rédacteur de Y Opinion nationale, et intitulé Qui va à la chasse, a été accueilli avec faveur par le public.
Mais les honneurs de la saison dramatique ont été pour M>*° Déjazet. Elle a été plus jeune, plus sémillante que jamais dans la pièce de M. Sardou, les Prés Samt-Gervais. Le rôle du prince de Conti est une des plus charmantes créations de cette inimitable comédienne qui est en même temps une adorable cantatrice. Aussi, à la suite delà représentation à laquelle l’Empereur assistait, S. Exc. M. Fould a-t-il, au nom de Sa Majesté, complimenté M Ile Déjazet, qui, elle aussi, a reçu un souvenir de la munificence impériale.
Ces distractions n’empêchaient pas l’Empereur de s’occuper des affaires de l’État et des travaux de Yichy. De son cabinet, Sa Majesté traçait les opérations de la campagne du Mexique et donnait au général Forey les instructions pour l’expédition entreprise. Elle entretenait aussi une correspondance active avec les puissances étrangères, notamment avec l’empereur de Russie, car on pressentait déjà les événements qui devaient surgir en Pologne. Enfin, 1 Amérique du Nord attirait aussi l’attention du chef de l’État, dont la pensée clairvoyante s’étend à toutes les grandes questions qui préoccupent en ce moment les deux mondes.
Passant de ces graves sujets aux embellissements de Vichy, l’Empereur parcourait le nouveau parc, dessiné et planté par ses ordres, et se faisait présenter les plans d’un Casino destiné à suppléer à l’insuffisance des salons de rétablissement thermal. Ce Casino est enfin décrété. Par une convention passée, au nom de l’État, entre le ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, et la Compagnie fermière de 1 etablissement de Vichy, cette compagnie s’engage : « à exécuter à ses frais, risques et périls, dans la partie de l’ancien parc dépendante de l’éta- Üssement thermal, bordée par la rue Rouher, la rue Cunin-Gridaine et la grande allée, un Casino conforme aux plans produits par la Société et approuvés par le ministre ; 2° a garnir ce Casino de meubles en rapport avec sa destination ; 3° à construire des serres pour recevoir les fleurs destinées a l’ornement du nouveau parc et un pavillon pour le gardien des serres ; 4° à reconstruire sur des plans préalablement approuvés par le ministre le bain de l’Hôpital dans la partie de l’ancien parc bordée d’un côté par la grande allée, et à y amener à ses frais la source de 1 Hôpital, le nombre des baignoires à placer dans l’établissement devant être au moins de trente.
Pour faciliter à la Compagnie 1 exécution de ces travaux, qui doivent être achevés dans le délai de trois ans au plus, l’État abandonne à la Société de Vichy : 1° le terrain portant le nom de Pépinière, situé près de l’établissement thermal ; 2° un autre terrain, de 200 mètres superficiels, situé à côté des Célestins. La Compagnie est, en outre, autorisée à n’avoir à l’avenir que des bains et des douches de deux classes : la première classe, avec un fond de bain, un peignoir, deux serviettes et une robe de chambre, payera 3 francs; la deuxième classe, avec un peignoir et deux serviettes, payera 2 francs. Le prix des bouteilles de demi-litre d’eau minérale expédiées par la Compagnie est porté de 35 à 50 centimes. La Compagnie est en outre autorisée à percevoir, pour l’emballage des caisses contenant moins de 50 bouteilles de litre ou demi-litre, un droit fixe d’un franc. Ces dispositions seront appliquées à dater du I er janvier 1864.
La Compagnie, de son côté, abandonne à l’État le terrain compris dans l’enclos Lardy, attenant aux sources des Célestins, et s’engage à verser au Trésor public, en sus de son prix de ferme, par semestre, au 1 er .janvier et au I er juillet de chaque année, tant pour les grosses réparations de l’établissement de Vichy que pour les frais d’entretien des routes thermales, du nouveau parc, de la rivière qui le traverse et des serres qui doivent y être construites, une somme de 500000 francs. L’entretien et les grosses réparations du Casino et des constructions nouvelles seront à sa charge, à l’exception des serres, qui seront réparées et entretenues aux frais de l’État.
D’autres dispositions règlent des questions de détail et de comptabilité.
Cette convention est en quelque sorte la charte thermale de Vichy, et doit contribuer à l’accroissement de sa prospérité.
Le decret recent qui a transformé la Compagnie fermière en société anonyme a amené des modifications dans le conseil d’administration qui est ainsi composé :
MM. le docteur Arnal, médecin consultant par quartier de l’Empereur; G. Callou, administrateur du Comptoir national d’escompte, ancien membre du Tribunal de commerce; A. Callou, ancien gérant de la Société des eaux thermales, directeur actuel de la Société; Denière, président du Tribunal de commerce de la Seine, membre de la commission municipale de Paris, administrateur du Comptoir d’escompte; le comte Dulong de Rosnay; M.-V. Fère, censeur de la Banque de France, membre de la commission municipale et départementale de la Seine et de la Chambre de commerce de Paris; Germain Thibaut, administrateur de la Société du crédit industriel, membre de la commission municipale et départementale de la Seine; F. Jourdain, ancien administrateur; le docteur Miahle, professeur agrégé libre à l’École de médecine, vicepresident de la Société d’hydrologie; Mortureux, ancien banquier; Possoz, membre de la commission municipale et départementale de la Seine •et Poullain-Deladreue, avocat.
De pareils noms, appartenant tous à des hommes initiés aux affaires, dont ils ont une expérience consommée, sont une garantie nouvelle du progrès incessant de l’établissement thermal de Vichy.