LE NOUVEAU PARC ET - LES. CÉLESTINS
N décret impérial, daté de Vichy le 27 juillet 1861, a doté la ville de routes thermales établissant des voies de communication entre les divers quartiers, et a servi de point de départ aux embellissements de la cité. En voici le texte :
« Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français-,,
» A tous présents et à venir, salut.
» Sur le rapport de notre ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics,
» Considérant que l’importance toujours croissante de l'établissement thermal de Vichy rend nécessaires le développement des voies de circulation, la création d’un second parc, la construction d’édifices spéciaux et le rachat du pont à péage établi sur l’Ailier;
» Mais considérant qu’il est juste de n’employer pour ces améliorations locales que les produits et les revenus de l’établissement thermal lui-même et non les ressources du budget,
» Avons décrété et décrétons ce qui suit :
» Art. 1 er . 11 sera procédé à l’exécution des routes thermales dont la désignation suit : 1° route allant des
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Célestins à l’enclos Chaloing; 2° route allant de l’enclos Chaloing à la gare du chemin de fer; 3° route allant de la gare du chemin de fer au clos des Célestins; 4° route allant de la gare du chemin de fer à la rue de Nîmes; 5° route allant de la rue de Nîmes à la place du Fatitot; 6° route allant de la rue du Pont à la route n° 1 ; 7° route de la digue, le-long de l’Ailier ; 8° prolongement des rues Lucas, Prunelle et Petit, jusqu’à la route n° 1.
» Art. 2. Un nouveau parc d’une étendue de onze hectares environ sera créé le long de la digue de l’Ailier, et conformément au plan annexé au présent décret.
» Art. 3. Une église et un hôtel de Ville seront construits dans la commune de Vichy, sur les emplacements désignés au plan annexé au présent décret.
» Art. 4. Il sera procédé au rachat du pont à péage établi sur l’Ailier et faisant partie de la route impériale n° 9 bis.
» Art. 5. Les voies de communication désignées à l’art. 1 er , l’église et l’hôtel mentionnés dans l’art. 3, seront remis, après leur achèvement, a la commune de Vichy, à la charge par elle de les conserver et de les entretenir.
» Art. 6. La somme de 100000 francs perçue annuellement par l’État, pour prix de location de l’établissement thermal de Vichy, aux termes de la loi du 10 juin 1853, est affectée à l’intérêt et à l’amortissement des sommes nécessaires pour l’exécution des travaux et la réalisation des dépenses que prescrit le présent décret.
» Un projet de loi sera présenté au Corps législatif, à sa prochaine session, pour régulariser cette affectation.
» Art. 7. Nos ministres de l’intérieur, de l’instruction publique et des cultes, des finances, de l’agriculture, du commerce et des travaux publics sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l’exécution du décret. » Napoléon.
Ce décret a été réalisé. Les routes thermales sont exécutées et se garnissent de maisons; le nouveau parc offre déjà aux baigneurs une agréablë promenade; les édifices projetés sont en voie de construction, grâce aux 600000 francs attribués à la construction d’une église, d’un presbytère et d’un hôtel de ville. J
L’ancienne eghse était mal aérée, insuffisante pour le nombre des fidèles et les besoins du culte. Au moyen âge, on célébrait l’office divin dans la chapelle de Saint-Biaise ou dans celle de Saint-Christophe, désignée sous le nom de vieux Moutier (j momsterium ), et qui avait appartenu à'un ancien monastère ruiné par les calvinistes pendant les guerres de religion. La chapelle Saint-Biaise, un peu agrandie, devint l’église paroissiale, L’ancien donjon du vieux Moutier lui servait de clocher..
Au commencement du seizième siècle, la chapelle Saint-Christophe ne s’ouvrait plus que quatre fois l’an, pour les messes qu’on y célébrait les lundis de Pâques et du la Pentecôte, le jour de la fête de saint Christophe et le jour de la Toussaint. Les constructions nouvelles élevées autour
enterraient peu à peu ce vieil édifice, qui, àii commencement du siècle dernier, se trouvait à plus d'un mètre au-désâous du soi. Lorsque, en 1793, on le démolit, les ouvriers rencontrèrent dans les fondations du chœur sept squelettes dont la face était tournée contre terre. C’était un usage au moyen âge, lorsqu’on voulait après sa mort expier les fautes de sa vie.
La nouvelle église de Vichy, construite au centre de la ville, d’après lès plans de M. Lefàure, architecte, rappelle le style roman, dont 1 église de Souvigny, près de Moulins, est un des plus beaux modèles. La première pierre aété posée le 20‘septembre 1862, en présence de M. Genteur, préfet de l’Ailier, des autorités municipales, des fonctionnaires de Vichy et de plusieurs ecclésiastiques du diocèse. Le presbytère est construit à proximité de l’église.
L’ancien hôtel de ville, situé dans un carrefour étroit du vieux Vichy, était incommode et mal aménagé : la nouvelle mairie, construite sur la place du Fatitot, sera d’un accès facile'et bien distribuée. C’est aussi à la sollicitude persévérante de Sa Majesté pour Vichy que cette tille si riche en eaux thermales, mais si pauvre en eaux potables jusqu’à ce jour, devra l’établissement de fontaines publiques, qui sont une des premières conditions d’hygiène et de salubrité.
La suppression du péage du pont de Vichy est encore un bienfait de l’Empereur. Louis I er , duc de Bourbon, n’en avait exempté, en 1410, les habitants de la ville et des communes voisines qu’à la condition de faire moudre leur grain au moulin des Célestins, situé sur le Sichon. C était un prêté pour un rendu. En 1651, le péage du pont fut affermé par le châtelain de Vichy pour le compte du Trésor, sous la réserve d une redevance de dix livres au clergé et de dix setiers de blé que le consul distribuait aux pauvres. Natùrellemerit c’étaient les passants qui acquittaient ces redevances. Lorsque le pont de bois fut détruit, au commencement du dix-huitième siècle, on établit un bac : nouveau péage, nouvelle dépense pour les habitants de Vichy et des environs. Le pont suspendu lui-même ne fut créé que moyennant une concession aux constructeurs équivalant à un impôt pour les voyageurs.
En supprimant le péage du pont, l’Empereur a facilité les communications entre les deux rives de l’Ailier et l’approvisionnement de Vichy, qui enrichit les cultivateurs et les jardiniers de toute la contrée.
C’est à l’Empereur, enfin, que l’on doit les routes thermales qui facilitent l’accès de la source des Célestins: C’est ici le moment de parler de ce monastère, devenu un Casino en attendant qu’un établissement plus spacieux le fasse redévenir une simple buvette. Fondé par Louis II de Bourbon, il recruta ses moines et ses novices parmi les cadets de famille des maisons nobles des environs. La règle monastique n’était pas bien sévère. Les célestins se promenaient, comme les capucins leurs confrères, dans de magnifiques jardins où ils récoltaient de beaux fruits et de savoureux légumes. La mense conventuelle était bien garnie : le gibier, la volaille, le poisson, préparés par des cuisiniers habiles, y figuraient, les jours où le jeûne n’était pas de rigueur; leurs plats de maigre n’étaient pas moins succulents, et les maîtres d hôtel de Vichy auraient bien dû conserver la recette des omelettes à la célestine, Plusieurs de ces religieux étaient savants, C’est à quelques célestins lettrés qu il faut attribuer
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les inscriptions qui décoraient les sources de Vichy, à l’imitation du père Santeuil, qui avait aussi composé des vers latins en l’honneur dès fontaines de Paris. Sur une pierre incrustée dans le mur de la Maison du Roi on lisait ce distique :
a Spumantes inter fluctus undasque patentes * Quam bene tam salubris stat medicina tibi. »
Dans ces flots écumants, ces salutaires ondes,
Hygie offre à chacun des ressources fécondes.
Au fronton du pavillon qui protégeait la source de la Grande-Grille, on lisait ce passage de la Genèse :
«Spiritus Domini ferebatur super aquas. »
L’esprit de Dieu flottait au-dessus des eaux.
La chapelle des Célestins était la nécropole des familles nobles des environs de Vichy. Les Bourbon-Carency y avaient leur sépulture • on y voyait aussi les tombes de Catherine de Chouvigny, dame de Chàtel-Montagne ; d'Alix de Vendat, dame d'Abret ; de Louis II de Bourbon ■ de Claude Desaix et de Diane de Leveret, sa femme; de Guillaume Cadier, de Moulins, et de François comte de la Fayette. Cette chapelle était ornée de peintures à fresque et richement décorée. On y voyait plusieurs épitaphes gravées en lettres d'or sur des écussons d'azur, indiquant les sépultures de Charles de Bourbon, comte de la Marche, décédé en son château d’Abrest-sur-AUier; de Bertrand de Bourbon, son fils, mort à la bataille de Mangnan, sans postérité; de Jean de Bourbon, fils de Charles, mort également sans postérité; d’Isabeau de Bourbon, fille de Charles de Bourbon et de Catherine d’Alègre, mariée à François d'Escars, seigneur de la Vauguyon, conseiller du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, maréchal et sénéchal du Bourbonnais et premier écuyer de la reine. C'est par l'ordre d’Isabeau de Bourbon que Jean d'Escars, son ffls qui succéda à François d’Escars comme maréchal et sénéchal du Bourbonnais, fit peindre la chapelle.
Parmi les personnages morts à Vichy pendant la saison des eaux et qui ont été inhumés dans les caveaux des Célestins se trouvait un seigneur d’Aubigné, parent du poète Scarron, premier mari de M me de Maintenon.
De nombreuses donations avaient enrichi le monastère. Parmi les fondations pieuses dont on a conservé le souvenir était celle de Pierre de Bourbon, premier comte de Bussel. Il avait institué, àl'imitation des fêtes religieuses de la Belgique où il fut élevé, une cérémonie eu commémora-
tion de la Cène qui se célébrait le jeudi saint dans le couvent des Célestins. Treize paroissiens de Vichy figuraient le Christ et les douze Apôtres, que l’on festoyait tandis que le traître Judas était en butte aux quolibets et même aux horions des assistants. Toutefois il reparaissait, au dessert, à la table des autres disciples. Une cérémonie analogue a lieu tous les ans, à Monaco, le jour du vendredi saint. On en trouvera le récit détaillé dans un ouvrage publié sous ce titre : Monaco et ses environs.
Les capucins, dont le couvent était situé à l’autre extrémité de Vichy, avaient aussi leur fontaine minérale, dont cet ordre mendiant tirait un bon revenu. Un écrivain du siècle dernier, en parlant des sources de Vichy, dit que « la fontaine des Capucins, voisine du couvent de ces religieux, se décharge dans leur enclos. Elle n’est qu’à quinze pas de celle de la Grille, et son eau est moins limpide, mais plus chaude, quoique néanmoins on y puisse tenir la main aussi longtemps qu’on veut. » L’ancien enclos des Capucins est occupé aujourd’hui par la succursale de l’établissement thermal et par les constructions destinées à l’embouteillage des eaux et à la préparation des sels de Vichy.
Quant à celui des Célestins, il n’a pas été envahi par 1’industrre moderne et conserve toujours la physionomie champêtre qui faisait dire, au siècle dernier, à l’écrivain que nous venons de citer : « La source des Célestins est située à fleur d’eau de la rivière d’Allier, et au bas du rocher sur lequel est bâtie la maison de ces religieux. Son bassin a environ un pied de profondeur et peut contenir cinq à six seaux d’eau. Pour peu que la rivière d’Allier grossisse, elle inonde cette fontaine; mais dès que ses eaux sont retirées, elle devient aussi forte qu’auparavant. » Cet inconvénient n’est plus à craindre, grâce aux endiguements de l’Ailier, et les sources des Célestins sont à l’abri des inondations. L’enclos est bien entretenu, et l’on monte par des pentes adoucies jusqu’à un petit parc contigu aux jardins de la source Lardy. De la hauteur qui domine les Célestins on a une jolie vue sur le vieux Vichy et sur la vallée.' Tout le coteau est maintenant accessible, grâce aux travaux de nivellement ordonnés par l’Empereur.
Pendant son séjour à Vichy, l’Empereur, qui s’intéresse aux publications artistiques ayant pour objet la cité thermale, a daigné s’arrêter, dans le parc, devant les aquarelles que M. Hubert-Clerget exécutait pour Sa Majesté, qui en a agréé l’hommage. Le comte Walewski et la comtesse Walewska, le comte et la comtesse de Labédoyère, ont aussi félicité l’artiste sur son travail, et le colonel Lepic et le comte de Clermont- Tonnerre ont remis à M. Hubert-Clerget, de la part de l’Empereur, une médaille d’or. La partie artistique de cet ouvrage prouve que cette récompense était bien méritée.
L’Empereur a visité à plusieurs reprises les magasins de la ville, faisant des emplettes et accordant à quelques marchands le titre de four-: nisseurs de Sa Majesté. L’éditeur de cet ouvrage a l’honneur d’être le libraire de l’Empereur à Vichy.
C’est le bataillon des chasseurs à pied de la garde, commandé par le comte de Geslin, qui fut chargé du service d'honneur en 1862, pendant le séjour de Sa Majesté à Vichy. Le camp des chasseurs n’avait pas moins de physionomie que celui des grenadiers. Il fut improvisé en moins de deux jours dans des champs d’orge et de luzerne. Le terrain en pente fut nivelé et les tentes s’élevèrent comme par enchantement. On y pénétrait par un
arc de triomphe en verdure s’ouvrant sur une avenue que les troupiers avaient appelée grande impériale de Vichy à Mexico A droite était l! Z d Z r “ S0Uïenir d “ lraïe ChaSSeUr qUi S ° nna ‘ a Charge à 1,a " a<;[Ue deS relr ™l>ements de Guadalupe et revint au quartier sans “es d“ue aU,re ™ P ° rtait 16 n ° m “ ***** f d’armes des chasseurs de Vincennes pendant
JZZTZT* f des ” 0ms de yiMm '■ Mage “‘ a ’ Solterino ’ ™PW a « K» exploits du second Empire Au milieu
bandrere dans une excavation destmee à faciliter l’écoulement des eaux, s'élevait un rocher sur lequel un chasseur en effigie arborait drapeau du bataillon. Près de la, un emplacement formant un cirque avait été ménagé pour les bals du camp et les réceptions militaires La mute du commandant émit entourée d’un jardin orné d’un je, d’eau où un œuf vide soufflai, gaiement : des plates-bandes ZZZrZluL es massds de verdure et un gourbi de feuillage ménagé à l’extrémité du jardin complétaient cette installation, dont le commandant comte de Geslin
faisait les honneurs avec la plus courtoise hospitalité. uimiiauuanx comte ae Geslin
Plusieurs hais ont eu lieu dans l’enceinte du camp de Vichy, mais il en est un qui laissera un souvenir impérissable. L’Empereur sans escorte est, descendu au milieu de la foule et, invitant une ouvrière en grivat, est allé se placer au milieu de la danse. Le prince Murat quelques sous ’ officiers et chasseurs, des artisans, complétaient, avec des paysannes et des danseuses du pays, le quadrille impérial L'orchestre de Bernardin electr.se .par ce,honneur, a exécuté ses plus bridants morceaux, e, la fouie respectueuse e, sympathique n’a ces é de ^ ^
ses sentiments de reconnaissance. En voyant le chef de ,’État se mêler au peuple, ou comprenait que là es, sa toZ eTau Z m" séviraient au besoin déboucher contre de nouvelles révolutions. Les chasseurs, animés aussi par la présence du chef qui lesaval Zifesur !”
;3;r:r;;r^f u : iitre c °z à ieur *?* *• ia *■ ** proi ° ngée **» •-* ^ >» ™». l. «««, 4
nZ|fZ ST C ° mmandant de GeSlin * 16 * w.« avec lui l’oidon-
Unbal et un concert donnés, dans la même soirée, à l’hôtel Germot, ont été honorés de la présence de l’Empereur. M Tamburini et M me Gardoni sa île ont ete fort applaudis dans le duo de DonPasqmle; Vivier a exécuté sur le cor le délicieux cantabile «Ange si pur» de la Favorite mburim prodigue de sa belle voix, a encore chanté deux airs, un de la Somnambule et l’autre du Barbier. L’Empereur a ensuite dansé plusieurs quadrilles et valse avec quelques-unes des dames et demoiselles de cette charmante réunion
m ZZZ S J° UrS I ’ Empereur qui " ait Vich y> laissant à “«s personnes qui avaient eu l’honneur de l’approcher des souvenirs précieux esperance de voir cette ville devenir encore sa résidence. Cet espoir s’est réalisé. En faisant construire un chalet à Vichy Sa Maiesté
pr!ZZZhs G nél d a e n?’ " ‘Z™,7 T’'***"“ * S °" ^ présen “ impulsion. Pour mieux juger des
p grès accomplis, il ne sera pas sans interet de rappeler ce qu’a été l’établissement thermal à diverses époques. 8
L’origine officielle de l’établissement thermal remonte aux lettres patentes de Henri IV, en date du mois de mai 1603, qui créèrent des intendances des eaux minérales, sous la juridiction du premier médecin du roi. Le premier intendant connu, Antoine Griffet, nommé en 1672, avait en même temps l’inspection des eaux de Néris, d’Hauterive, de Saint-Pardoux et de Bourbon-1’Archambault. Ce cumul devait nuire à la bonne administration, d’autant plus que le docteur Griffet n’entendait rien céder de son omnipotence, si nous en jugeons par le procès qu’il intenta, pendant les grands-jours de Clermont, à plusieurs clients qui avaient prétendu s’y soustraire.
Claude Fouet, nommé en 1698, était d’un naturel plus conciliant. Son nom figure dans les registres de l’état civil de Yichy pour les actes de.naissance, de.mariage, auxquels il servait volontiers de témoin; par exemple, il ne signait pas les actes de décès, dans la crainte de se les voir attribuer. C’était le temps où Molière, Fléchier et M me de Sévigné n’épargnaient pas les plaisanteries aux disciples d’Esculape. La bonhomie de Claude Fouet se révèle dans l’éloge suivant qu’il fait de sa.résidence. thermale :
« Il semble que l’art et la nature, ayans tenu conseil, aient esté d’intelligence pour l’embellissement de Yichy, qui est si charmant et si délicieux qu’il est le seul original de ces lieux fabuleux que les poètes ont tant travaillé à nous décrire. Les habitants du lieu sont naturellement fort honnestes, civils, sociables, d’humeur engageante, et contribuent de tout leur pouvoir à la satisfaction de leurs hôtes. C’est dans ce lieu, comme dans un parterre naturel, où nos buveurs et autres prennent les plaisirs de la promenade; c’est là où les mélancholiques trouvent de quoy vaincre leur chagrin. »
Sous l’intendance du docteur François Chomel, M. de Yanolles, gouverneur du Bourbonnais, fit isoler la maison du Roi et graver les armes royales sur le frontispice de la demeure du médecin. On s’occupa aussi dés sources. « Nous avons été obligés, dit le docteur Chomel, de faire griller les fontaines, pour les tenir propres et les garantir des animaux comme bœufs, vaches, brebis et autres qui vendent en foule boire les eaux. Ils ne laissent pas de venir de deux lieues à la ronde, et passent la rivière d’Allier à la nage; de sorte que les métayers sont obligés de Venir à cheval les chercher, surtout quand le vent leur pousse les corpuscules minéraux. Ils en sont si friands que c’est un plaisir de les voir courir le soir, Surtout les brebis, quand elles reviennent des pacages, et les voir lécher le tour des fontaines. Les bœufs et les vaches boivent à la décharge des eaux, jusqü’à regorger, et se heurtent des cornes pour boire les premiers. Le goût de ces animaux n’est pas si usé que le .nôtre; il est plus fin et plus délicat, et par conséquent ils savent ce. qui leur convient. Ce qui est certain, c’est que ces eaux leur donnent de l’appétit, les purgent et les engraissent par la suite. »
Les docteurs Chapus, 1745, Tardy, 1765, Giraud, 1784, etRabusson, 1790, furent successivement intendants des eaux de Vichy et administrateurs comptables au nom du gouvernement. En 1696, le docteur Fouet obtenait une prime pour l’exportation des eaux de Vichy à Paris et dans le reste de la France. La Compagnie thermale n’a plus besoin aujourd’hui de cet encouragement. Elle expédie par centaines de mille les bouteilles contenant les eaux des diverses sources, et son exportation va toujours croissant.
Le docteur de Lassone, premier médecin de Louis XV, s’occupa des eaux de Vichy, car des abus s’étaient introduits dans l’embouteillage et 1 expédition des eaux. Ils nous sont révélés par le docteur Desbrest, intendant des eaux de Châteldon à cette époque :
« L usage des eaux de Vichy serait sans doute très-avantageux pour le public malade si l’on pouvait les transporter avec leurs principes; mais ce soin est toujours confié à des gens mercenaires, qui n’ont ni l’attention de rincer les bouteilles avant de les remplir, ni celle de les boucher aussitôt qu’elles sont pleines; de sorte que, non-seulement l’esprit sulfureux volatil, mais encore le fluide élastique et le phlogistique (c’est ainsi qu’on désignait alors le gaz acide carbonique), sont entièrement dissipés avant qu’on ait songé à le faire. On ne fait ordinairement que deux envois chaque année à Paris : le premier à la fin d’avril ou dans le courant de mai, l’autre vers le mois de septembre ou celui d’octobre; mais, comme il est de l’intérêt de ceux qui sont chargés de la vente de se défaire toujours de celles qui sont le plus anciennement emmagasinées, il arrive nécessairement que toutes les eaux de Vichy que l’on prend au bureau de Paris y sont enfermées depuis plus de six mois. »
Ces inconvénients n’existent plus aujourd’hui. L’administration thermale n’emploie que des bouteilles neuves, et il suffit de visiter les ateliers des Capucins pour voir avec quel soin on s’occupe de l’embouteillage et de l’expédition des eaux. Enfin, pour éviter l’abus dont parle le docteur Desbrest, la Compagnie thermale fait graver sur la capsule de chaque bouteille le millésime de l’année. De cette manière, il ne peut y avoir de fraude.
Vers la fin du siècle dernier, le docteur Raulin, chargé de faire un rapport sur les eaux minérales du royaume, fait le plus grand éloge des eaux de Vichy et de celles de Châteldon, qu’il compare à celles de Spa. C’est aussi vers cette époque que la source d’Hauterive commença à être utilisée.
En 1802, le premier Consul remplaça les intendants des eaux par des inspecteurs. Le docteur Lucas fut appelé à ces fonctions, et donna une vive impulsion au service thermal. Les docteurs Prunelle et Petit ont aussi contribué à la prospérité des eaux de Vichy, dont l’inspection est aujourd’hui confiée au docteur Alquié, médecin consultant de l’Empereur.
LËtat avait régi jusqu’alors l’établissement thermal. A partir de 1833, il l’afferma. Les frères Brosson en furent fermiers jusqu’en 1841; mais il fallut encore en revenir à la régie, et M. de Brouville fut nommé régisseur. Quelques années après, l’Etat afferma de nouveau l’établissement à une société représentée par MM. Lebobe et Callou, puis par MM. Callou et Vallée. Cette compagnie a été, par un décret récent, transformée en société anonyme. Grâce au concours du chef de l’État, du ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, et à 1 activité intelligente du nouveau directeur, M. A. Callou, l’établissement thermal de Vichy est devenu le plus important et le plus confortable des thermes d Europe. Le service des bains, malgré l’affluence des baigneurs, y est fait avec une régularité et une ponctualité remarquables. Les nouvelles conventions passées entre l’État et la Compagnie thermale ne peuvent que développer encore la prospérité de l’établissement thermal de Vichy.
ette seconde excursion ne peut se faire en une journée. On consacre ordinairement un jour à la rive droite et un autre à la rive gauche de l’Ailier.
Prenons la route de Thiers. A la sortie de Vichy, elle traverse un pays fertile, planté de vignes, de chanvres, d’arbres fruitiers., et qui monte insensiblement jusqu’à la côte Saint-Amand, en laissant à droite Abrest, ancien domaine des seigneurs de Vichy, et sur la rive gauche Hauterive, dont la source thermale est au-dessus, bien qu’elle soit située au-dessous de celle de Saint-Yorre.
La côte.Saint-Amand, comme la Montagne-Verte, est un des rendez-vous des caravanes qui partent de l’angle du parc où se tient la foire aux ânes. Ces deux excursions sont trop connues pour qu’il y ait lieu d’en parler. De la côte Saint-Amand on aperçoit la Limagne, cette admirable vallée dont Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont au cinquième siècle, disait que l’étranger, en la voyant, oubliait sa patrie, et qui a inspiré à Delille ces vers :
Vous y voyez empreints Dieu, l’homme et la nature,
La nature, tantôt riante en tous ses traits,
De verdure et de fleurs égayant ses attraits;
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Tantôt mâle, âpre et forte et dédaignant les grâces, Fière, et du vieux chaos gardant encor les traces.
Un chemin vicinal quitte la route de Thiers, au delà du hameau des Chassins, à vingt kilomètres environ de Vichy, et serpente dans la charmante vallée du Vauziron, au milieu de prés fleuris et à l’ombre de noyers magnifiques. Au dernier tournant de la route, on aperçoit la masse imposante d un château, et 1 on pénètre, par des rues étroites et tortueuses, dans une ville dont l’aspect rappelle le moyen âge.
Chastel-Ondon, petite ville à grand renom.
Cette devise, inscrite sur l’ancienne bannière de Châteldon, se justifie par les souvenirs historiques de ce castel, un des plus anciens de l’Auvergne.
La tradition fait remonter l’origine de l’ancien château de Châteldon au règne de Louis le Gros. A la mort de ce prince, un de ses fils, Robert, comte de Dreux, hérita de ce domaine seigneurial, qui demeura dans cette maison jusqu’au commencement du quatorzième siècle. ’Jean de Dreux et Anne de Beaujeu, sa femme, vendirent, en 1301, le chastel et la seigneurie de Châteldon, moyennant une somme de 4 000 livres, à Jean Aycelin, évêque de Clermont, qui acheta en outre au roi Philippe le Bel la seigneurie de Puy-Guillaume. Un des neveux de cet opulent’prélat, Gilles Aycelin, seigneur de Montaigut et président au Parlement de Paris, fut la souche des nouveaux seigneurs de Châteldon. Gilles II, son fils, épousa-une fille de Bernard de la Tour d’Auvergne, qui, après avoir combattu en Flandre sous-Philippe le Bel, fut fait prisonnier à la désastreuse bataille de Poitiers, le 13 septembre 1356.
Pendant cette période, Châteldon était un des fiefs les plus importants de l’Auvergne. Son château, entouré d’une enceinte fortifiée, pouvait rivaliser avec ceux de Montaigut, de Montpensier, avec toutes les forteresses élevées sur les confins de l’Auvergne et du Bourbonnais. A côté du château féodal s éleva le beffroi de la commune, dont la tour subsiste encore et offre un curieux spécimen des constructions civiles au treizième siecle. La maison Sergentale, située près du beffroi et de l’ancien moulin seigneurial, est un charmant logis gothique qui remonte à la même epoque. On y accède par une porte à arc surbaissé conduisant, par un escalier à vis pratiqué dans une tourelle de pierre, aux étages supérieurs. Le corps principal de la maison est bâti en bois, avec l’ornementation capricieuse et bizarre de l’époque.
Châteldon abonde en logis de ce genre : presque toutes les constructions de cette petite ville comptent plusieurs siècles d’existence et nous donnent une idee de l’importance qu’elle avait au moyen âge. Protégés par le château contre les incursions des routiers et des malandrins qui désolaient alors l’Auvergne, et dont Froissart raconte les turbulents exploits, les habitants purent se livrer au commerce et à l’industrie Les
anciennes désignations de plusieurs rues prouvent que Ghâteldon avait devancé la ville de Thiers dans le commerce de la coutellerie et de la quincaillerie. De nombreuses tanneries construites sur les bras du Vauziron, dont l’eau est excellente pour la trempe du fer comme pour le tannage des cuirs, y entretenaient l’aisance. Malheureusement le torrent a dû plusieurs fois détruire ces usines et engraver les fosses à tan. C’est pour se protéger contre les inondations périodiques de cet affluent de l’Ailier que les maisons de bois ont été construites sur de solides assises de pierre, et que les masures des pauvres se sont dressées sur des pilotis de bois, comme sur des échasses.
Une tradition rapporte, en outre, qu’une peste causée par les tanneries décima la population. Les habitants, pour échapper à ces fléaux, émigrèrent et portèrent à Thiers l’industrie qui depuis a enrichi cette ville. M. le docteur Desbrest, intendant des eaux minérales de Châteldon au dix-huitième siècle, confirme ces traditions locales : « Les boucheries qui subsistent encore, dit-il, donnent une idée de sa population passée, et on y voit une si grande quantité de boutiques presque détruites ou fermées qu’on peut présumer avec raison que cette ville a été très-commerçante. C’est de Châteldon que les papeteries et les coutelleries ont été transportées à Thiers. La chute des terres dans les eaux qui servaient à ses manufactures a sans doute causé la ruine de ces établissements. Cette ville est habitée aujourd’hui par des citoyens affables, honnêtes et officieux, qui accueillent avec bonté les malades qui viennent à leurs eaux. »
Au siècle dernier, des rizières établies aux environs de Châteldon amenèrent encore des maladies endémiques dans la contrée.
Les Châteldonais, découragés par ces fléaux, émigrèrent de nouveau : les autres s’étaient adonnés à l’agriculture. Ils y furent encouragés par leurs seigneurs, dont nous allons maintenant reprendre l’histoire.
La maison d’Aycelin s’éteignit dans la personne de messire Listenois, seigneur de Montaigut et de Châteldon, qui était gouverneur du Nivernais au quinzième siècle. De son mariage avec Marguerite de Beaujeu il ne laissa qu’une fille nommée Jeanne, mariée, en 1410, à Jean de Vienne, maréchal et sénéchal du Bourbonnais. Philippe de Vienne, seigneur de Châteldon et de Listenois, aidé du pieux concours de Pétronille de Chazeron, sa mère, fonda en 1463 le couvent des Cordeliers. Ces moines étaient au nombre de douze. La donation avait été faite aux religieux
à la charge par eux d’instruire par paroles et par exemples le peuple de Châteldon et des environs.
« Vers la même époque, dit M. E.-T. Desbrest, le couvent des religieuses de Sainte-Claire fut fondé pour l’instruction des jeunes filles. Catherine de Lespinasse, une des supérieures de la communauté, a laissé dans le pays une mémoire vénérée. »
Pendant une période de quatre siècles, le fief de Châteldon, tombé sept fois en quenouille depuis l’extinction de la famille d Aycelin-Montaigut,
passa successivement par alliance dans les maisons de Vienne, de la Fayette, du Lude, de la Guiche, de Schomberg, de Bohan et de Melun. Les archives de Cusset et les registres de baptême de Vichy renferment plusieurs actes portant la signature de ces seigneurs, qui ne faisaient que de rares apparitions dans leurs domaines.
Au dix-huitième siècle, la seigneurie de Châteldon changea encore quatre fois de propriétaires. Joachim de Rochepierre, chevalier de 1 ordre
de Saint-Jean de Jérusalem, vendit en 1723 les terres de Châteldon, de Charnot et du Chériol, formant le comté de Ferrières, à Jean Lefranc de Brunpré, écuyer et conseiller secrétaire de Louis XV, moyennant la somme de 500000 livres. Cinq ans après, Lefranc de Brunpré les revendit à messire André Hébert, chevalier, gouverneur de Pondichéry. A l’époque de la révolution, le domaine de Châteldon appartenait à Claude Douet, baron de Châteldon, comte de Ferrières, écuyer et fermier général, qui fut exécuté en 1793. M. Debrit acquit la terre vendue comme domaine national après la mort de Claude Douet. De nos jours, le château de Châteldon a appartenu à M. Rulet de la Murette’, dont la famille habite encore le pays. Il a été acquis en dernier lieu par un magistrat, M. Tapon, qui, en restaurant cet antique manoir, lui a enlevé ce cachet d’antiquité et ce caractère grandiose et pittoresque qui en faisaient un des plus beaux châteaux de l’ancien Bourbonnais.
Nous ne saurions trop recommander aux désœuvrés de Vichy l’excursion à Châteldon. Rien n’est plus curieux, plus original que l’aspect de cette petite ville dont les maisons gothiques, disloquées et vermoulues, ne se soutiennent que par un prodige d’équilibre. Les rues de Châteldon sont une mine inépuisable pour les paysagistes et les peintres de genre : ils y trouvent mille sujets de. croquis où la fabrique, en terme d’atelier disparaît sous les treilles qui encadrent gracieusement les masures.
Enfin nous devons aussi une mention aux eaux de Châteldon. Le docteur Raulin, inspecteur, au siècle dernier, des eaux minérales du royaume, les comparait à celles de Spa, en s’appuyant sur l’autorité de Bernard de Palissy, lequel prétend que si les eaux de Spa ont plus de réputation, c’est qu’elles sont connues depuis plus longtemps. Le docteur Desbrest, médecin inspecteur, à la même époque, des eaux de Châteldon, leur a consacré une notice intéressante : « Ces eaux, dit-il, exercent une action stimulante sur tous nos organes, et leur effet immédiat est d’augmenter la rapidité et l’énergie de toutes les fonctions vitales, »
Cette fontaine de Jouvence est devenue la propriété de l’établissement thermal de Vichy, qui exporte par milliers de bouteilles l’eau acidulé gazeuse et ferrugineuse de Châteldon, dont un savant médecin a dit : « Le fer est le passe-port de l’acide carbonique »
Les habitants du pays viennent puiser aux sources, et s’en trouvent bien; il n’est pas jusqu’aux bestiaux qui s’y guérissent aussi de leurs maux et de leurs infirmités.
On visite, à un kilomètre de Châteldon, les ruines de l’ancien manoir de Puy-Guillaume et, non loin de là, celles de l’abbaye de Montpeyroux. Un des seigneurs de Puy-Guillaume fut tué en combat singulier par le baron de Blot. Voici comment Fléchier raconte ce duel dans ses Mémoires sur les grands-jours d’Auvergne : « Ces deux gentilshommes eurent un démêlé qui fit assez de bruit dans la province, et, après quelques emportements de part et d’autre, ils voulurent le terminer, selon la coutume de la noblesse, par un combat particulier. L’assignation fut donnée, le lieu marqué : ils sortirent en campagne. Quelque circonspection qu’ils eussent apportée à cacher leur dessein, ils ne dissimulèrent pas si bien que quelques gentilshommes de leurs voisins, qui savoient leur ressentiment et qui les observoient avec beaucoup de vigilance ne l’aperçussent ou, pour mieux dire, ne soupçonnassent quelque chose de leur résolution. Les amis de M. de Puy-Guilhaume furent les plus
diligents : ils montèrent à cheval au premier bruit de leur sortie. Ils allèrent chez leur ami, et, ne l’ayant pas rencontré chez lui, ils coururent chez un de ses oncles, où il s’étoit retiré, et d’où il étoit près de sortir pour aller se battre. Lorsqu’ils arrivèrent, il fit bonne mine, comme on fait en ces occasions, et cacha si bien son dessein qu’il le découvrit; et ses bons voisins, qui n’étoient pas moins fins que lui, jurèrent qu’ils ne pouvoient point s’empêcher de le conduire dans son château, et qu’ils ne l’abandonneroient point qu’il n’y eût quelque accommodement. C’est en ces rencontres que la petite noblesse se fait fête. Sous prétexte d’empêcher un combat, ils triomphent bien souvent eux-mêmes; ils ravagent une maison lorsqu’ils viennent la secourir, et les ennemis ne font pas souvent tant de désordre que ces troupes auxiliaires. Une petite course qu’ils auront faite leur vaudra plusieurs jours de bonne chère ; encore leur a-t-on de l’obligation, et souvent ceux qui sont les plus heureux dans ces querelles trouvent bien à s’en repentir quand ils viennent à considérer les dépenses, après qu’ils sont hors de danger. Ces gentilshommes l’accompagnoient donc et lui rendoient ce bon office avec bien de la joie ; mais toute leur prévoyance fut inutile, et par malheur ils ne sauvèrent pas leur ami et ne mangèrent pas un de ses poulets d’Inde. Ils avoient fait à peine une demi-lieue qu’ils se trouvèrent dans un chemin fort creux dont la descente étoit assez difficile. M. de Puy-Guilhaume, soit qu’il fût mieux monté que les autres, soit qu’il fût bien aise d’être un peu plus avancé pour rêver à son affaire et entretenir son ressentiment, étoit éloigné d’eux de trente à quarante pas, et avoit déjà franchi la montée, lorsqu’il vit son ennemi qui venoit le chercher de ce côté-la et qui, n’etant pas fort éloigné, courut a lui, le pistolet a la main. Il fit ses avances de son côté; ainsi ils se trouvèrent à juste distance pour tirer leurs coups avant que de pouvoir en être empêchés. La rencontre fut si imprévue et le combat si subit que ceux qui étoient venus pour assister leur ami le virent revenir sur ses pas, blessé qu’il étoit, et tomber bientôt de cheval, criant qu’il avoit le ventre brûlé. Le baron de Blot se mit en fuite, et quelque assistance qu’on put rendre à M. de Puy-Guilhaume, il mourut le lendemain, de sa blessure. »
Le baron de Blot fut condamné par les grands-jours de Clermont à être pendu, et ses biens furent confisqués, en vertu de l’édit contre les duels. On fit aussi le procès à la mémoire de Puy-Guillaume, son adversaire.
L’abbaye de Montpeyroux s’était enrichie, comme tous les couvents d’alors et de maintenant, par des donations ; mais les seigneurs voisins, convoitant ses richesses, la mirent au pillage. On ne sait pas si les nonnes perdirent autre chose que leurs trésors, mais c’est à présumer, d’après les mœurs de l’époque. Pour en donner une idée, nous rappellerons encore, d’après Fléchier, ce qui arriva à une châtelaine des environs de Châteldon et à son amant.
« La comtesse de X... étoit accusée d’avoir eu diverses passions en divers temps, quelques-unes fort douces, et quelques autres fort violentes. Elle avoit eu beaucoup de galanteries, et, comme elle étoit fort belle, elle avoit attiré plusieurs amants et ne leur avoit pas été cruelle, s’il faut en croire le bruit commun. Son mari la laisse vivre à sa mode et n’en a paru jaloux qu’une fois. Il avoit appris les amours d’un gentilhomme avec sa femme, et il étoit assuré que le lieu de leur rendez-vous ordinaire étoit une cabane de berger, couverte de chaume, où ces deux amants
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traitoient leurs affaires secrètes avec moins de simplicité que les bergers et les bergères ne font ordinairement. Quelqu’un l’ayant exhorté à la vengeance de ce déshonneur, il fit mettre un jour le feu à cette cabane. Il crut, le bonhomme, qu’il ne leur restait plus de lieu propre à de telles négociations, que leur amour s’éteindroit par l’embrasement de leur retraite, et, se tenant en sûreté depuis ce coup, il se vantoit d’avoir bien vengé sa famille. Cependant il est certain que, pendant qu’il faisoit brûler ce chaume, sa femme brûloit d’amour avec son galant et trouvoit l’occasion de se satisfaire en un temps où l’on travailloit à le lui ôter. »
Ainsi se trouva justifié le proverbe : Qui trop embrase, mal éteint.
Quittons ces lieux de perdition, et, franchissant le pont moderne de Ris, jetons un coup d’œil sur le château de Maulmont. C’était jadis une commanderie de Templiers, et ces chevaliers y pratiquaient les maximes des moines, si nous en jugeons par la devise qui ornait la porte de leur salle à manger. Bene vivere et Mari; ce qui peut se traduire par la licence accordée par Barbe-Bleue à ses femmes : «Amusez-vous, mangez, buvez ! »
Les Bénédictins aimaient les collines, comme le dit ce dicton monacal :
« Bernardus valles, colles Benedictus amabat,
» Oppida Franciscus, magnas Ignatius urbes. »
que nous avons essayé de traduire par ce quatrain :
Saint Bernard aimait les vallons,
Saint Benoît les coteaux fertiles ;
Saint François aimait les donjons,
Saint Ignace les grandes villes.
Randan semblait fait à souhait pour y fonder un monastère de Bénédictins. Aussi, dès le sixième siècle, les moines de l’ordre de Saint-Benoît y étaient établis. Grégoire de Tours parle d’un miracle qui s’était opéré dans ce cloître naissant; mais le plus beau miracle, celui qui révèle le mieux la grandeur des œuvres de Dieu, c’est le spectacle dont on jouit de la terrasse de Randan. Celle de Saint-Germain en Laye, si renommée n’approche pas de ce merveilleux panorama.
Au douzième siècle, un manoir féodal remplaça le monastère. Les seigneurs de Polignac furent les premiers seigneurs de Randan. La seigneurie passa, en 1519, dans la maison de la Rochefoucauld par le mariage d’Anne de Polignac, veuve du comte de Sancerre, tué en 1515 à Marignan, avec François de la Rochefoucauld, prince de Marsillac.
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