GARE-;DE VICHY
Boïens. Ils formaient, avec Tes Arvernes et les Bituriges, une puissante confédération qui, au sixième siècle avant notre ère, était gouvernée patun chef nommé Ambigat. La vallée de l’Ailier et les montagnes qui l’entourent étaient alors habitées par une race vaillante, énergique et en même temps industrieuse. Ces mêmes Gaulois qui, sous le commandement des chefs arvernes, tinrent tête aux légions romaines étaient plus civilisés que les autres tribus gauloises. On peut présumer que leurs ancêtres, au retour des invasions en Italie, avaient appris des Étrusques l’art du potier, qu’ils pratiquaient avec une grande habileté.
Avant de quitter Vichy, l’Empereur fit, l’an dernier, avec le commandant Oppermann et quelques personnes, une visite aux travaux de terrassement exécutés sur les terrains de la gare. Les fouilles, dirigées par M. Bertrand aux frais de la Société d’Émulation de Moulins, avaient mis à jour un fourneau servant à cuire les poteries et un tuyau de conduite de deux ou trois mètres de longueur qui amenait au fourneau la chaleur du foyer. On a trouvé également divers fragments d’outils servant à la fabrication, et des débris d’objets fabriqués analogues aux poteries découvertes dans des fouilles antérieures sur d’autres points des environs de Vichy. Ces objets, soigneusement recueillis, font partie du Musée de la Société d’Ëmulation, dont la collection de poteries gallo-romaines est une des plus riches et des mieux classées. Les localités qui ont donné lieu à des recherches, ; et où l’on a découvert des antiquités gallo-romaines, peuvent se diviser en plusieurs groupes.
Varennes-sur-Allier, l’ancien Vorogium de la carte de Peutinger, était le centre d’une agglomération gauloise dont les habitants fabriquaient en grande quantité des ustensiles en poterie d’une pâte tendre, aussi estimée aujourd’hui que les plus beaux produits de Sèvres. Près de là se trouvait la nécropole de Beaupuy, décrite par M. Edm. Tudot, et dans laquelle on a découvert de nombreuses sépultures gallo-romaines. A Saint-Gérand-de-Vaux, des fouilles récentes ont fait découvrir des bronzes antiques et des figurines de la même époque. Les travaux du chemin de fer ont enfin amené, près de Bessay, de précieuses trouvailles, entre autres des bustes en bronze d’Auguste et de Tibère, au lieu dit les Guillemins.
Mais le groupe le plus important, celui qui nous intéresse le plus, est celui de l’ancien Vichy. Ici encore nous retombons dans les incertitudes de l’étymologie. L ’Aquæ Calidæ de la carte de Peutinger est-il le moderne Vichy? Chaudes-Aigues réclame au nom de la linguistique, comme étant la traduction littérale de l’expression latine. Mais que de cités thermales en pourraient dire autant! Ce qu’il y a de positif, c’est que les sources,de Vichy existaient au temps de César. Nous n’appuierons pas cette..assertion sur les traditions locales, comme celle du poirier de César, qu’on a cherché en vain aux environs de Serbanne : les constructions souterraines découvertes depuis quelques années sur les bords de l’Ailier et sur le parcours des voies romaines sont des témoignages authentiques, et les seuls qui fassent autorité en matière d’archéologie.
C’est encore à l’impulsion donnée par l’Empereur Napoléon III que sont dues les découvertes importantes qui ont résolu le problème si longtemps discuté par les savants au sujet de la campagne de César sur les bords de l’Ailier et du siège de Gergovia.
D’abord on s’était demandé s’il n’y avait qu’une Gergovia. On supposait que ce nom de ville était générique,, comme celui de Vercingétorix pour les chefs militaires. Et l’on se mit, sur quelques indications des Commentaires, à chercher la Gergovia des Boïens concurremment avec
celle des Arvernes. Moulins, Bourbon-1’Archambault, Chantelle, ont tour à tour revendiqué cet honneur. Mais le procès est encore à juger.
En revanche, il n’y a aucun doute sur l’emplacement de Gergovia des Arvernes depuis que l’Empereur, aidé du concours d’archéologues distingués, M. de Saulcy, fnembre de l’Institut, M. le commandant Stauffel et plusieurs savants de Clermont, a précisé les questions si longtemps controversées. Nous avons eu l’honneur, avec M. Hubert Clerget, et quelques publicistes admis à faire partie du train impérial, d’assister à l’exploration du plateau de Gergovia et de suivre pas à pas, pendant trois heures, le petit groupe qui parcourait tous les points indiqués dans les Commentaires de César. L’attention que l’Empereur prêtait aux ondulations du terrain, à la déclivité des pentes, et l’étude approfondie qu’il a faite de la topographie du plateau, lui ont permis de préciser la position du grand et du petit camp des Romains, l’attaque simulée et l’attaque véritable, le chemin de ronde autour duquel circulaient les cavaliers et les fantassins de Vercingétorix; et cette excursion archéologique a fourni le sujet d’un des chapitres les plus intéressants d’un livre qui doit faire époque, I’Histoire de César par Napoléon III. Cet ouvrage sera publié cette année. Il formera deux volumes : le premier est en ce moment sous presse à l’Imprimerie impériale.
Pendant sa double marche sur les bords de l’Ailier, César est passé deux fois près de Vichy. Quittant le pays des Éduens pour marcher contre la confédération des Arvernes, il traversa le Forez et vint camper entre la forêt de Randan et l’Elaver (Allier), dont Vercingétorix avait fait rompre les ponts. « Les deux armées, dit César, étaient en présence : les camps presque en face l’un de l’autre, et les éclaireurs disposés par l’ennemi sur les bords de la rivière, empêchaient les Romains de construire un pont et de faire passer des troupes. Cette position devenait très-embarrassante pour César, qui craignait d’être arrêté une partie de l’été, la rivière (à cause de la fonte des neiges) n’étant presque jamais guéable avant l’automne. Pour y obvier, il campa dans un lieu couvert de bois, en face de l’un des ponts que Vercingétorix avait fait détruire, et, s’y tenant caché le lendemain avec deux légions, il fit partir le reste des troupes avec tous les bagages dans l’ordre accoutumé, en retenant quelques cohortes pour que le nombre des légions parût au complet. Il ordonna de faire la plus longue marche possible, et, quand il put supposer, d’après le temps écoulé, que l’armée était arrivée au lieu du campement, il se mit à rétablir le pont sur les anciens pilotis, dont la partie inférieure était restée intacte. L’ouvrage fut bientôt achevé : César fit passer les légions, prit une position avantageuse et rappela les autres troupes. A cette nouvelle, Vercingétorix, pour n’être pas forcé de combattre malgré lui, se porta en avant à grandes journées. »
Ces marches et ces contre-marches ont dû avoir lieu aux environs de Vichy. César, dans le chapitre suivant, dit qu’il parvint de là à Gergovie en cinq journées. Or, en suivant les bords de l’Ailier pour arriver à Gergovie, il y a environ cinq étapes romaines de Vichy à la capitale des Arvernes. En outre, la tradition locale a toujours parlé d’un pont de César qui aurait été construit sur l’Ailier, en amont de la ville. Enfin, une des anciennes portes du vieux Vichy a conservé le nom de porte de César. Fondée ou non, l’opinion que ce fut à Vichy que le vainqueur des Gaules passa 1 Allier est admise par les historiens qui nous ont devancé, et il ne nous reste plus qu’à étudier les monuments et les vestiges que la conquête romaine a laissés à l’appui de cette assertion.
A partir du village de Vaisse, on perd la trace de la voie romaine qui aboutissait à un ancien pont sur l’Ailier, mais on la retrouve sur la rive droite, et on la suit jusqu’au jardin de l’hospice militaire de Vichy. On en a aussi retrouvé quelques traces, lors de l’ouverture du boulevard Napoléon, en 1862. Sur d’autres points environnants, on a découvert, en 1837, un grand nombre de pierres taillées, des fragments de colonnes, de corniches, de frises et de chapiteaux, ainsi que des restes de substructions romaines indiquant un établissement thermal. D’autres fouilles pratiquées dans la même direction, derrière le cimetière de Vichy, ne laissèrent aucun doute à cet égard. On y trouva des conduites d’aqueduc, des piscines enduites de béton et de ciment romain, des fragments de mosaïque, et une multitude de débris de vases, de tuiles à rebords et de sculptures. Derrière les chalets Paturle, sur l’emplacement de l’atelier photographique de M. Claudius Couton, on a retrouvé récemment audessous du sol des vestiges ayant dû appartenir à des constructions balnéaires. Il est à regretter que les fouilles n’aient pas été continuées.
Le Vichy romain s’étendait sur le quartier actuel de la Glacière, entre le Sichon et un emplacement désigné sous le nom dé la Ville-aux-Juifs, où l’on a également trouvé des dallages de pierre et des aqueducs en maçonnerie de construction antique.
Parmi les objets recueillis et cités dans l’ouvrage de M. Beaulieu, intitulé Antiquités des eaux minérales, nous citerons la statuette de Pestïka, qui devait être la nymphe gallo-romaine des eaux thermales ou la déesse des pêcheurs de l’Ailier, comme semblerait l’indiquer le radical pesh, qui en celtique veut dire poisson. Quelques figurines représentent Vénus Astarté, telle que la peint Alfred de Musset,
Sortant de l’onde amère,
Et fécondant le monde en tordant ses cheveux.
D’autres statuettes représentent des lares, dieux familiers du logis, des fétiches en argile figurant des animaux, des œufs, des noix, et une foule d’autres objets en terre cuite, dont quelques-uns portent le nom de l’artiste ou du mouleur qui les a exécutés. Cette fabrication avait une grande importance aux environs de Vichy, à en juger par les nombreux échantillons recueillis dans les musées archéologiques et dans les collections particulières. Les potiers de Vichy employaient quelquefois un émail métallique qu’ils tiraient de filons de cuivre et de plomb dont on a retrouvé des scories parmi des débris antiques aux environs de Cusset. Plusieurs vases sont ornés de sculptures en ronde bosse. Un des fragments dessinés dans l’ouvrage de M. Beaulieu représente les jambes de devant d’un cheval dont les pieds sont articulés comme ceux d’un homme, particularité que Suétone signale dans le cheval de Jules César, dont la statue était placée à Rome dans le temple de Vénus.
Les urnes lacrymatoires et les lampes funéraires se rencontrent aussi en grand nombre dans, les tombeaux gallo-romains découverts aux environs de Vichy, et l’on a constaté que la forme des lampes s’est conservée jusqu’à nos jours chez les paysans des montagnes du Bourbonnais.
VICHY
Mais l’objet le plus curieux qui ait été découvert parmi les antiquités gallo-romaines de Vichy est sans contredit le cachet d’oculiste trouvé dans le quartier de la Glacière, et qui fait partie de la collection d’un amateur de Cusset. Ce cachet, en serpentine, porte cette inscription sigillaire :
qu’on interprète ainsi en latin :
ce qui veut dire en français :