C. CISP. SIACI. DIASM. C. CIC
» Caii Cispii Siaci. Diasmyrnum contra cicatrices. »
Caïus Crispus Siacus. Collyre de myrrhe contre les cicatrices.
Les monnaies gauloises et romaines trouvées aux environs de Vichy se rapportent presque toutes aux premiers siècles de l’ère chrétienne. La rareté des pièces du Bas-Empire fait supposer que les thermes gallo-romains d’Aquce Calidæ furent peu fréquentés à partir du quatrième siècle.
Quelques sépultures antiques ont été retrouvées au bord des voies romaines qui aboutissaient au Vichy romain. Indépendamment de la nécropole de Beaupuy, on rencontre sur les bords du Sichon, près du chemin des Dames, dans les constructions nouvelles nécessitées par l’agrandissement de la ville, des excavations provenant d’anciens tombeaux. Ceux des riches Romains renferment des cendres contenues dans des urnes; ceux de la plèbe gauloise, des ossements pétrifiés et des amulettes. Plusieurs sarcophages antiques servent d’auges aux bestiaux dans les campagnes du Bourbonnais. D’autres ont été recueillis, ainsi que des bornes milliaires, par les musées ou les archéologues du pays.
L’origine des bains du mont Dore remonte aussi à la période romaine. Lors des fouilles entreprises pour la reconstruction de l’établissement thermal, on a découvert des fûts de colonnes, des chapiteaux, des parties d’entablements et de corniches, des conduites d’aqueducs, des piscines, des sculptures, des colonnes milliaires, des poteries, et beaucoup d’autres objets dont on a fait un musée en plein air, sur la promenade des baigneurs. Les thermes du mont Dore n’ont pas de désignation bien précise dans les itinéraires romains : on sait seulement qu’ils étaient situés à proximité de la voie romaine qui se dirigeait d’Auguslonemetum (Clermont) vers la Narbonnaise, en passant sur le plateau de l’Angle, où l’on a retrouvé quelques traces de son passage.
Néris était, comme le mont Dore, un bain gallo-romain situé sur la via Cantilia, qui conduisait de Clermont dans l’Armorique. Le bourg de Chantelle tire sans doute son nom de la voie Cantilienne. S’il faut en croire le docteur Barailon, Néris aurait eu Néron pour fondateur; et, en effet, des médailles à l’effigie d’Antonin le Pieux, de Gallien et de Constantin, prouvent que cette station thermale existait à l’époque des Antonins. Des fouilles exécutées sur l’emplacement des bains antiques ont fait découvrir des fondations enfouies à cinq ou six mètres de profondeur, des dalles d’aqueduc, des débris d’inscriptions et des fragments de tuiles et de poteries.
Une colonne itinéraire trouvée à Alichamps, sur les confins du Berri, semble indiquer qu’une autre voie romaine se dirigeait de ce point vers le pays des Bituriges. Le savant archéologue M. Tudot suppose, dans son Étude sur Néris, que la ville antique occupait un terrain en pente nommé le Champ des Rivales, et qu’à côté des thermes s’élevait un temple consacré à Diane. Il fonde uniquement cette hypothèse sur ce qu’on a découvert dans les fouilles une statue en bronze représentant cette déesse. Il suppose également qu’une naumachie devait exister au bas de la colline qui domine la ville moderne, et que cette colline était couronnée par un camp romain. Enfin, non loin de la tour de Néron, qui ne s’est écroulée qu’en 1728, on a découvert des fragments de murs qui peuvent, dit-il, avoir appartenu à un théâtre ou à un hôpital.
On comprend qu’au milieu de toutes ces conjectures il est bien difficile de se rendre compte de ce que pouvait être la ville antique de Néris. Quant à l’assertion de M. le docteur Barailon, qui affirme que «Néris fut sous les Romains une des plus belles et des plus grandes villes des Gaules, et que son étendue était telle qu’un homme allant à pied ne pouvait en quatre heures en parcourir la circonférence », il nous sera permis de ne pas nous en rapporter à un témoignage qui ne date que de 1806 pour des faits d’une antiquité aussi reculée.
Nous faisons les mêmes réserves au sujet de la fresque antique que M. Tudot a cru voir sur les murs d’une étuve de Néris, et le dessin qu’il en a esquissé ne prouve que sa prédilection pour les formes plastiques des baigneuses gallo-romaines.
Il nous reste maintenant à compléter l’histoire et les traditions qui se rattachent à Vichy et à ses environs pendant le reste de la période galloromaine. Le pays, écrasé d’impôts et d’exactions par les proconsuls impériaux, fit plus d’une tentative pour secouer le joug de ses oppresseurs et recouvrer son indépendance; mais le patriotisme s’était éteint à mesure que les liens de la confédération des Arvernes, des Bituriges et des Boïens s’étaient relâchés. La tentative de l’Éduen Sacrovir, surnommé par Tacite le dernier des Gaulois, échoua; Vindex ne fut pas plus heureux dans sa révolte contre Néron, bien qu’il descendît des anciens chefs gaulois.
Un Boïen de naissance obscure, Maricus, essaya, à son tour, pendant qu’Othon et Vitellius se disputaient l’Empire, de délivrer les populations du centre de la Gaule. Il passait pour un dieu, dit Tacite, et déjà huit ou dix mille hommes avaient répondu à son appel. Mais les Éduens s’étant unis aux Romains pour combattre les chefs de la révolte, Maricus fut fait prisonnier et livré dans le cirque aux bêtes fauves. Fascinés par son regard et sa fière attitude, ces animaux reculèrent devant le Gaulois comme le Barbare devant Marins. L’Empereur, qui assistait à ce spectacle, craignant l’effet que cette étrange fascination pouvait produire sur le peuple, fit égorger par ses soldats le vaillant chef des Boïens.
Les Bagaudes, ces Jacques de la période gallo-romaine, durent aussi se recruter parmi les Boïens et les Arvernes. Leur courage échoua encore devant la discipline des légions, et Maximiën Hercule étouffa leur révolte dans des flots de sang.
Malgré ces sanglantes réactions, l’Auvergne et le Bourbonnais étaient devenus florissants sous la domination romaine. En accordant aux principales familles gauloises le titre de citoyens et les fonctions municipales, Rome avait développé dans ce pays les éléments de richesse et de prospérité que les dissensions intestines de la Gaule avaient toujours entravés, et qui ne disparurent qu’à la suite de l’invasion barbare.
Cette invasion, qui devait un jour régénérer la Gaule, commença par la dévaster. Les Bourguignons, les Suèves, les Alains, les Goths, en traversant les plus riches provinces de la Gaule romaine, y laissèrent des traces de leurs déprédations, et les thermes des bords de l’Ailier, ceux de Néris et du mont Dore, ainsi que la villa romaine que Sidoine Apollinaire possédait sur les bords du lac d’Aydat, tout disparut sous le flot de l’invasion.
Le christianisme vint heureusement adoucir les mœurs de ces peuples nouveaux et commencer la rénovation sociale de l’humanité. L’histoire ecclesiastique n’a pas conservé les noms des premiers apôtres qui prêchèrent l’Évangile dans le Bourbonnais. Le christianisme y florissait cependant au cinquième siècle, car Sidoine Apollinaire, alors évêque de Clermont, dit dans une de ses lettres pastorales qu’il a visité l’église de Chantelle en 1 an 480, à la prière d’un prêtre nommé Germanicus, dont il fait le plus grand éloge. Ce saint prélat visita en même temps l’église d’Ébreuil, qui avait été dévastée par les Goths.
Grégoire de Tours, de son côté, parle d’un couvent de femmes qu’un prêtre du Berri avait fondé à Néris. Enfin, un autre disciple du Christ, que sa piété et ses vertus ont fait ranger au nombre des saints, Portianus, fonda un couvent d’hommes dans le pagus qui devint plus tard la ville de Saint-Pourçam. Imitant le dévouement du pape saint Léon, qui avait arrêté par ses exhortations le farouche roi des Huns, Portianus, par ses pneres et sa persuasion, sauva du pillage les moines et les habitants groupés autour du monastère, lors de l’expédition de Thierry, roi d’Austrasie, contre l’Auvergne.
La belle vallee de Souvigny reçut aussi le contre-coup de l’invasion des Barbares. D’après une tradition locale, une colonie de Venètes chassés des bords de l’Adriatique par les hordes d’Attila vint chercher un asile à l’ombre des beaux arbres de YVmbra Vallis. L’historien Nicolaï ajoute que cette tribu résida trente ou quarante ans à Souvigny, et qu’elle retourna ensuite à Venise, que leurs compatriotes restés dans le pays venaient de fonder au milieu des lagunes. Il ajoute que ce fut de la Sérénissime République que Souvigny reçut plus tard un code de lois et un gouvernement sénatorial ayant pour chef un baron en guise de doge.
Cette légende vénitienne nous semble un peu fantaisiste. Elle fut sans doute rapportée d’Italie par un des chevaliers du Bourbonnais qui suivirent les sires de la Trémoille et de la Palisse.
Ici finit la période gallo-romaine de l’histoire des environs de Vichy. Si nous l’avons prolongée au delà de la date que la chronologie lui assigne, c est que les mœurs et la langue gallo-romaines se sont perpétuées plus longtemps dans cette contrée que dans le reste de la France. Les cites de l’Auvergne, du Berri et du Bourbonnais avaient encore des consuls et des institutions municipales au huitième siècle, longtemps avant que les villes du nord de la France n’eussent obtenu des chartes communales.
d’Or,
avaient été abandonnés à l’époque où les Barbares renversèrent en Gaule la domination romaine. Le clergé contribua à les détruire. Le culte que les Gallo-Romains rendaient aux nymphes et aux naïades des fontaines et des sources thermales était trop empreint de paganisme pour ne pas être proscrit par les chrétiens. Puis les leudes francs, austrasiens, goths et burgundes, se baignaient dans l’eau des fleuves et des rivières, comme leurs ancêtres les Germains : aussi l’on n’entend plus parler des sources thermales de l’Auvergne et du Bourbonnais pendant la période mérovingienne. Le pays sommeillait sous la paisible domination des rois fainéants.
Le Bourbonnais faisait alors partie de l’Aquitaine, ou du moins était sur la limite de ce duché, qui égalait en puissance la monarchie des descendants de Clovis : les possessions d’Hunald et de Waïfer s’étendaient jusqu’à la rive gauche de l’Ailier. La guerre que Pépin le Bref entreprit contre Waïfer, duc d’Aquitaine, pesa lourdement sur le Bourbonnais, qui se trouvait sur le chemin des armées du Nord se dirigeant vers le Midi.
Pépin s’établit quelque temps à Néris, dans les ruines des anciens thermes, et s’empara de Bourbon et de Chantelle en 759. Après la conquête de l’Aquitaine, il établit un de ses leudes comme gouverneur du pays.
Jacques Fodéré, visiteur des Cordeliers au seizième siècle, prétend, dans ses Narrations historiques, que la
seigneurie de Bourbon remonte à l’an 509 et se rattache à la première conquête de l’Aquitaine par Clovis : il en est de cette supposition comme de celles qui font remonter les rois de France à Francus, fds d’Hector, et les Montmorency à Lisoie, compagnon d’armes de Clovis.
Une autre tradition, qui fait ériger la seigneurie de Bourbon par Pépin le Bref en faveur de son parent Nibelonge, n’est guère plus authentique que celle qui fait remonter à Charlemagne l’érection de la baronnie de Bourbon. Le premier seigneur du Bourbonnais dont la filiation soit établie d’une manière certaine date du règne de Charles le Simple.
Une charte de 913 fait à Adémar, qualifié de fidèle comte, donation de plusieurs domaines situés près de l’Ailier. La terre de Souvigny est la seule qui y soit mentionnée d’une manière spéciale. Adémar, étant parent du comte Hugues de France, ne tarda pas à profiter de l’influence et du crédit que le chef de la race capétienne exerçait sous le règne des derniers carlovingiens. Il agrandit sa baronnie, qui comprit bientôt les châtellenies de Bourbon, de Hérisson, de Murat et de Chantelle, les plus anciens fiefs du Bourbonnais.
Il fonda, en 916, à Souvigny, un prieuré de bénédictins relevant du monastère de Cluny, dont Pierre le Vénérable était abbé. Ce couvent, considéré comme le second de l’ordre, ne tarda pas à acquérir une grande célébrité. Deux de ses religieux, saint Mayeul et saint Odile, y méritèrent par leurs vertus les honneurs de la canonisation. La renommée du couvent de Souvigny y attira d’illustres visiteurs. Hugues Capet y vint en pèlerinage, ainsi que son fils Robert le Pieux et le pape Urbain IL L’église de Saint-Pierre, attenante au cloître de Souvigny, devint par la suite la nécropole des ducs du Bourbonnais.
Aux Adémar succédèrent les Archambault, qui donnèrent leur nom au fief de Bourbon-1’Archambault. Les barons du Bourbonnais se trouvent mêlés aux luttes féodales et aux expéditions hardies qui, sous le nom de croisades, entraînèrent l’élite de la noblesse française à la délivrance du saint sépulcre.
Archambault VIII, surnommé le Grand, portait les armes de la maison de Bourbon, d’or au lion rampant de gueules à Varie de huit coquilles d’azur. Il fit de nombreuses donations aux membres de sa famille et aux communautés religieuses, et fut tué en 1238, dans la campagne de Guyenne, en combattant contre les Anglais. Son fils, Archambault IX, accrut encore ses domaines et sa fortune par une alliance avec Yolande de Châtillon, une des plus riches héritières du royaume. La baronnie de Bourbon comprenait alors les fiefs de Bourbon-l’Archambault, Hérisson, Ainai, Montluçon, Néry, la Bruyère, Montaigu, Chantelle, Charroux, Moulins, Billy, Murat, Gannat, Vichy, Belleperche, Limoise, Souvigny, Rochefort et Verneuil.
Le sire de Bourbon accompagna le roi saint Louis dans son expédition d’Égypte. Sa femme Yolande le suivit en terre sainte. Imbert de Beaujeu, seigneur d’Aigueperse et de Montpensier, et plusieurs seigneurs du Bourbonnais, faisaient partie de l’armée française.
« Derrière ces barons (Imbert et Archambault), dit le sire de Joinville, avoit bien trente de leurs chevaliers en cottes de drap de soie pour eux garder, et derrière ces chevaliers avoit grant plenté de sergens vestus de leurs armes. »
Guillaume de Nangis et l’auteur anonyme des Chroniques de Saint-Denis nous apprennent qu’Archambault de Bourbon fut un des deux cent quarante seigneurs qui périrent pendant le séjour du roi dans l’île de Chypre, cette Capoue des croisades.
Cette mort prématurée aurait pu inspirer à un poète une allusion au Tu Marcellus eris de Virgile ; mais sous le règne de Louis XIV on était encore plus flatteur que sous celui d’Auguste. Un moine courtisan, auteur d’un poème épique sur saint Louis, le père le Moine, a fait du sire de Bourbon un des héros de l’expédition d’Égypte, dont il n’a pas fait partie. C’est ainsi que les poètes écrivent l’histoire.
La veuve d’Archambault, la noble et vertueuse Yolande, ne lui survécut que de deux ans. Elle mourut peu de temps après son retour en France, après avoir eu la douleur de voir son frère Châtillon, comte de Nevers, périr à la tête de la noblesse française à la sanglante bataille de Mansourah, près de Damiette.
Archambault IX ne laissa que deux fdles, qui épousèrent le fils aîné du duc de Bourgogne et le comte de Charolais. La seconde, Agnès, dame de Bourbon, épousa en secondes noces Robert II, comte d’Artois et neveu de saint Louis. De son premier mariage elle eut Béatrix de Bourgogne, dame de Bourbon, mariée, en 1272, à Robert, comte de Clermont, fils de saint Louis.
La baronnie du Bourbonnais, après être restée pendant treize générations dans la famille d’Archambault, était tombée en quenouille; mais l’alliance de Béatrix de Bourbon devait lui donner un nouveau lustre.
Béatrix de Bourbon était elle-même princesse du sang, puisque la maison de Bourgogne, dont elle était issue, descendait d’un fils de Robert le Pieux, roi de France. Elle apportait en dot à son époux le Bourbonnais et le Charolais, tandis que Robert d Artois n avait guère d autre apanage que le comté de Clermont en Beauvaisis. La mort de plusieurs de ses frères fit que de sixième fils de saint Louis il devint le second. Le roi Philippe le Hardi, beaucoup plus âgé que lui, avait pour son jeune frère une affection paternelle. Il le produisit à la cour, où Robert ne tarda pas à se distinguer dans les tournois.
Pendant une de ces fêtes chevaleresques qui eut lieu à l’occasion de son mariage, il reçut, en joutant contre d’autres champions, plusieurs coups sur la tête qui altérèrent sa santé. Sa raison même en éprouva une rude atteinte, et il vécut presque toujours dans une débilité de corps et d’esprit qui ne lui permit pas de prendre part au gouvernement du Bourbonnais.
Louis I er , son fils, prit le titre de duc de Bourbon et de comte de Clermont. Il fit, sous le règne de Philippe le Bel, la campagne de Flandre, assista aux combats de Fûmes, de Courtray et de Mons-en-Puelle, et fut chargé d’accompagner en Angleterre la princesse Isabelle, fille de Philippe, qui épousa Édouard, roi d’Angleterre. Il épousa, en I3H, Marie de Hainaut.
Lorsqu’à la mort de Charles le Bel Édouard III, roi d’Angleterre, réclama la couronne de France du chef de sa mère Isabelle de France, Louis de Bourbon fut un des princes qui se déclarèrent pour Philippe de Valois, en vertu de la loi salique, et peut-être son intervention eût-elle prévenu la guerre qui, pendant un siècle, allait durer entre l’Angleterre et la France, si la mort ne fût venue interrompre les négociations.
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Pierre I er lui succéda en 1341. Il avait, du vivant de son père, épousé Isabelle de Valois, sœur de Philippe de Valois. Il prit part aux guerres sanglantes de ce règne calamiteux. Il assista à la défaite de Crécy. Sous le règne de Jean le Bon, il joua, comme oncle du roi, un rôle important dans les affaires de l’État. Sa fille Blanche de Bourbon, mariée à Pierre le Cruel, roi de Castille, fut une de ces douces et innocentes victimes pour qui la couronne royale est souvent une couronne d’épines. Pierre I er mourut à la désastreuse bataille de Poitiers, le 13 septembre 1356.
Son fils Louis II de Bourbon, surnommé le Bon, mérita ce titre par les bienfaits dont il combla le pays. Il rétablit par une sage économie les finances du duché compromises par le faste de ses prédécesseurs, qui avaient à soutenir à la cour leur rang de princes du sang. Il fut un des otages donnés au roi d’Angleterre en garantie du payement de la rançon du roi Jean, et dut engager une partie de ses propres domaines pour obtenir la liberté du roi et la sienne. Revenu dans son château de Souvigny en 1368, il y réunit la noblesse du Bourbonnais, et institua l’ordre de chevalerie de YÉcu d'or, dont la devise était Espérance.
Un des chevaliers de l’ordre, Guillaume de Damas, seigneur de Vichy, prêta, comme les autres, le serment de défendre la religion, la patrie, l’innocence et la faiblesse. Il accompagna ce serment de quelques paroles par lesquelles il remerciait le duc de l’honneur qu’il lui avait fait, et l’assurait de sa loyauté et de son dévouement.
Ce Guillaume de Vichy appartenait à une noble famille qui possédait le domaine d’Abret. Parmi ses ancêtres, on cite Bouchard, qui vivait au commencement du treizième siècle; Robert, Jean son fils; Raoul et Odin, fils de Jean : parmi les descendants de Guillaume, on retrouve aussi les noms d’Antoine, de Gonin et de son fils Gaspard; mais l’histoire de ces seigneurs n’offre aucun intérêt historique. Le seul souvenir qui soit resté d’eux, c’est la tourelle et le château du domaine d’Abret, coquettement posés sur un des coteaux de l’Ailier, et qui sont aujourd’hui la propriété de M. A. Callou, directeur de l’établissement thermal.
Au treizième siècle, Vichy avait acquis une certaine importance. La ville s’était peu à peu rapprochée des bords de l’Ailier, dont la navigation était alors assez active. Une des rues du vieux Vichy, située près de l’ancienne mairie, porte encore le nom de rue de la Marine.
Les juifs, qui avaient obtenu des seigneurs du Bourbonnais l’autorisation de trafiquer dans le pays, habitaient à Vichy un quartier qui a conservé leur nom. Un incendie qui leur fut attribué éclata au treizième siècle et détruisit une partie de la ville haute. Les habitants se rapprochèrent alors de l’Ailier, et les nouvelles maisons se groupèrent autour du vieux château, construit sur un rocher, et qui surveillait le péage de la rivière. Il ne reste plus de ce monument que des pans de murs en ruine et une tour, divisée en trois étages voûtés et arrondie en forme de colombier, sur laquelle pivote le drapeau-girouette en zinc qui sert de vigie au vieux Vichy.
La tradition locale a conservé le souvenir d’une terrible invasion qui, du treizième au quatorzième siècle, dévasta à diverses reprises les villes des bords de l’Ailier et la fertile vallée de Limagne.
Ce fut le contre-coup de la guerre de cent ans. L’éloignement de l’Auvergne et du Bourbonnais ne garantit pas ces provinces du pillage et des
déprédations exercées par les bandes anglaises du Prince Noir et par les seigneurs félons qui avaient embrassé son parti. Les chroniques de Froissart nous apprennent que les Anglais, après avoir dévasté l’Auvergne, passèrent et repassèrent plusieurs fois l’Ailier. Vichy, qui était déjà une place importante, dut à cette époque être prise, reprise et rançonnée par les bandes d’aventuriers, d’autant plus que l’absence des ducs de Bourbonnais, retenus à la cour de France par leurs charges ou guerroyant ailleurs, laissait le pays à la merci des routiers et des malandrins, dont il ne fut délivré que par du Guesclin.
C’est probablement à un de ces actes de félonie, assez fréquents à cette époque de guerre civile, qu’il faut attribuer la confiscation des biens de Guillaume de Vichy-Champron. L’arrêt rendu contre lui stipulait que les propriétés confisquées seraient restituées à ses descendants-deux cents ans après le jour de la confiscation. Cette stipulation rappelle les jubilés d’origine judaïque. Les débiteurs et les expropriés rentraient, au bout d’un certain temps, dans la liberté de leurs personnes et dans la possession de leurs biens; mais il paraît que la famille de Vichy était éteinte avant de pouvoir profiter de ce privilège.
Le duc Louis II fut un des premiers bienfaiteurs de Vichy. « Il avoit choisi cet endroit, dit son historiographe Dorronville, pour y user, comme il disoit, le remenant de ses jours au service de Dieu. » La ville était alors divisée en quatre quartiers : le quartier des Juifs, près du Sichon; le Moustier, sur l’emplacement actuel des bains; la ville proprement dite, qui fut détruite à plusieurs reprises par les bandes incendiaires; enfin le Château-Franc, siège de la châtellenie, et qui devint le boulevard de la ville. Louis II fit relever les fortifications, paver les rues et élever, sous la protection du château, le monastère des Célestins.
Il reste encore à Vichy quelques vestiges des travaux exécutés par le duc Louis II : ce sont quelques pans de murailles situés dans la vieille ville. Nous ne poussons pas l’amour de l’archéologie jusqu’à accuser de vandalisme ceux qui, avant l’Empereur Napoléon III, ont fait disparaître des fortifications inutiles, pour donner à la cité nouvelle de l’air et de la lumière. Qu’on n’attende pas de nous des .doléances sur la destruction de l’ancienne porte de France, qui fut démolie en 1848 pour dégager les abords de la place Rosalie. D’ailleurs, ceux qui ont le culte des ruines pourront trouver le dessin exact de'cet édifice dans une des planches de cet ouvrage, et lire la notice suivante qu’un archéologue, à qui il a été donné de le contempler, lui a consacrée : « Elle se compose de deux tours solides et d’une voûte cintrée très-bien conservée; dans la maçonnerie de l’une des tours, celle qui est à gauche en entrant, on remarque une tête d’homme qui est évidemment le produit d’un ciseau romain, mais d’une époque de décadence. »
Si, comme l’affirme M. Ad. Michel, la tête dont il s’agit était une œuvre médiocre, je ne vois pas en quoi il faille en déplorer la perte. Quant au monument, il a subi la loi commune des édifices gênants, celle de l’expropriation pour cause d’utilité publique.
Accablé de chagrins, voyant la France en proie aux discordes, et la trahison se glisser jusque dans le conseil du roi, Louis II avait formé le projet de se retirer au couvent des Célestins de Vichy; mais, engagé malgré lui par son fils, le comte de Clermont, dans la coalition des
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Armagnacs, qui combattait celle des Bourguignons, il dut remettre à l’issue de la lutte son projet de retraite. La mort ne lui permit pas de réaliser ce vœu. Au moment où il se disposait à partir à la tête de sa vaillante noblesse, il tomba malade à Montluçon, et bénit en mourant la Providence qui lui épargnait la douleur de prendre part à la guerre civile. D’après ses dernières volontés, son corps fut inhumé dans la chapelle qu’il avait fait construire dans l’église de Souvigny. Son cœur fut déposé aux Célestins de Vichy. La douleur du peuple à ses obsèques a été rapportée en paroles touchantes par les historiens du temps : «Ah! ah! mort, s’écriait la multitude désolée, tu nous as osté en ce jour notre soutènement, celui qui nous gardoit et nous défendoit de toutes oppressions; c’étoit notre prince, notre confort, notre duc, le plus preud’homme de la meilleure conscience et de la meilleure vie qu’on sceut trouver. »
Jean I er prit aussi part aux calamités de la France et aux guerres civiles qui désolaient le royaume, déjà si cruellement éprouvé par l’invasion anglaise. Il était un des favoris de la reine Isabeau de Bavière et un de ses chevaliers servants.
Il se rendit ridicule par une sorte de cartel lancé aux chevaliers d’Europe, qu’il défiait en champ clos, les invitant à combattre contre seize chevaliers et écuyers dont il publiait les noms, parodie puérile de l’héroïque combat des trente. Ce fut sur un véritable champ de bataille qu’il eut à combattre, et la fortune lui fut contraire. Il fut fait prisonnier à la bataille d’Azincourt, et resta captif en Angleterre jusqu’à sa mort. Il mourut à Londres, en 1433.
De son mariage avec Marie, fille du duc de Berri, il eut deux fils, Charles I er , qui lui succéda, et Henri, comte de Montpensier, qui fut l’aïeul du connétable'de Bourbon.
Le jeune Charles, comte de Clermont, gouvernait le Bourbonnais pendant la captivité de son père. Faible de caractère, il fut entraîné dans le parti des Bourguignons par le duc Jean Sans-Peur, qui lui avait promis la main de sa fille. Il accompagnait ce prince à Montereau lorsque Tannegui du Châtel l’assassina. Le comte de Clermont fut couvert du sang de la victime. Il se rallia alors au parti du Dauphin et l’aida de son épée à reconquérir son royaume.
Il contribua à rapprocher le roi Charles VII du duc de Bourgogne, et à préparer ainsi l’expulsion des Anglais. Plus tard, il soutint le Dauphin Louis contre Charles VII dans la révolte de la Praguerie, dont le Bourbonnais fut le théâtre.
« En ces temps, dit Juvénal des Ursins dans son Journal d’un bourgeois de Paris, il y avoit moult cruelle guerre entre le roy et son fils, et estoit le duc de Bourbon à l’aide du fds contre le père, et se tenoit en fortes villes au pays de Bourbonnois, accompagné de foison gens d’armes qui tout destruisoient son pays, et d’autre part le roy estoit en pays de Berry, et pour certain on alloit bien dix ou douze lieues que on n’eust treuvé que boire ne que manger, ne fruict ne aultre chose, èt si estoit au droict cœur d’aoust, et tuoient et coppoient les gorges les uns des aultres, fust prestre, clerc ou moyne, nonnain, ménestrel ou hérault, femmes ou enfants; bref, il n’estoit hommejie femme qui osast se mettre en chemin pour chose qu’il eust à faire; et prenoient les villes les ungs aux aultres. »
Ce récit naïf d’un chroniqueur contemporain peint au vif les misères du pays, qui pâtissait de la guerre et endurait les corvées et les contributions qu’exigeaient les chefs des bandes indisciplinées avant que Charles YII n’eût institué une armée régulière.
Pendant que le Dauphin était retiré à Moulins chez le duc Jean, où il fomentait la révolte, Charles VII, après avoir présidé les États d’Auvergne à Clermont, où il avait inutilement attendu la soumission des rebelles, résolut de les attaquer. Le duc de Bourbon s’était porté dans la place de Saint-Pourçain, afin de pouvoir combattre ou négocier, suivant l’occasion; mais le roi ne lui laissa pas le choix de cette alternative. Il fit traverser l’Ailier à ses troupes et s’empara des deux postes importants de Varennes et de Vichy. Cette dernière ville se rendit à la première sommation.
Le roi, à la prière des habitants et en considération de leur empressement à reconnaître son autorité, « leur octroya benignement, dit un chroniqueur, de n’être ni pillés ni égorgés, mais à la condition qu’ils partageroient leurs provisions avec les soldats. » Il laissa en outre à Vichy une garnison de cent vingt lances, c’est-à-dire de huit cents pillards au moins : « C’étoit plus qu’il n’en falloit, ajoute le chroniqueur, pour affamer et ruyner une si petite ville. »
C’est à Cusset, comme nous le verrons en faisant l’histoire de cette ville, que se termina la guerre de la Praguerie.
Lorsque les seigneurs du Bourbonnais voulurent, à leur tour, recommencer la lutte sous le nom de Ligue du Bien public, Louis XI, qui avait oublié les engagements du Dauphin, sut les mettre à la raison. Il prit d’assaut Saint-Amand-Lallier, et par ruse le château de Montluçon. Puis il se rendit au château de Saint-Pourçain, où il conféra avec sa sœur, la duchesse de Bourbon, afin de terminer le différend qui existait entre le duc et le roi. Le duc s’était réfugié à Riom avec quelques seigneurs dévoués à sa cause; mais Louis XI l’y poursuivit et le contraignit à demander la paix.
Jean II n’ayànt pas laissé de postérité légitime, son frère Charles II, prélat et cardinal, voulut s’emparer des possessions de la famille de Bourbon et du gouvernement du duché; mais M me de Beaujeu s’y opposa, prit elle-même les rênes du pouvoir en sa qualité de régente, et força Charles de Bourbon à abandonner tous ses droits en faveur de Pierre son frère. Le cardinal de Bourbon était de mœurs aimables et faciles : Philippe de Commines raconte à son sujet quelques détails qui prouvent qu’il était de plus très-lolerant pour des faiblesses qu il partageait lui-même.
Pierre II était l’époux de M me de Beaujeu, comme le prince Albert était celui de la reine Victoria. Il fut toujours dominé par l’ascendant de sa femme. Anne de France se préoccupait de la succession du Bourbonnais. N’ayant qu’une fille, elle essaya de la rendre apte à lui succéder; mais la branche de Bourbon-Montpensier protesta contre cette prétention. Elle n’en gouverna pas moins le duché jusqu’à sa mort, qui suivit de vingt ans celle du duc Pierre IL
Nous passerons rapidement sur les, faits qui concernent le connétable de Bourbon. Us appartiennent à l’histoire générale, et iie se rattachent qu’indirectement au plan de cette monographie. Pour tous les barons et ducs dont nous avons résumé l’histoire, Vichy n était quune simple châtellenie, un bureau de péage, un grenier à sel et une fondation religieuse. La ville n’avait pas alors, à beaucoup près, 1 animation qu elle
présente aujourd hui. En sa qualité de place forte, elle était toujours à la merci des gens d’armes, et ses habitants, pressurés par le fisc royal et ducal, étaient, selon l’expression du temps, « taillables et corvéables à merci. »
Après bien des compétitions, le comte Charles de Montpensier fut choisi par M me de Beaujeu comme époux de Suzanne de Bourbon et héritier du duché. Les noces furent célébrées au mois de mai 1405, au château du Parc, près Moulins, et Charles prit le titre de duc du Bourbonnais. Cette union fut accueillie avec joie par la province : elle accorda à son nouveau duc un don de cent mille livres à titre de joyeux avènement.
Charles de Bourbon se lia d’amitié avec un autre prince du sang, François d’Angoulême, qui, par son mariage avec Claude de France, devint l’héritier présomptif du royaume. Il avait pour frères d’armes les plus vaillants chevaliers de l’époque, dont quelques-uns étaient originaires de son duché . la Trémoille, qui avait épousé une de ses cousines, la Palisse et Bayard, qui étaient aussi en renom dans le Bourbonnais. Il résidait l’été au château de Chantelle, où il recevait magnifiquement ses nombreux vassaux. L’hiver, il habitait Moulins : les deux duchesses, sa bellemère et sa femme, et la princesse de la Roche-sur-Yon, sa sœur, formaient sa petite cour.
Vichy reçut plusieurs fois la visite des ducs de Bourbon et particulièrement du prince Charles, qui contribua à l’embellir. Ses thermes commençaient à être plus connus, et l’on y venait déjà des provinces voisines de l’Auvergne et du Forez. François Rabelais les cite parmi les plus efficaces de ceux qu’il a visités.
La trahison du connétable de Bourbon vint interrompre la prospérité dont jouissait le Bourbonnais. On sait comment, rival de François I er en amour, et poussé à bout par les obsessions de la duchesse d’Angoulême, mère du roi, qui espérait, en captivant les bonnes grâces du connétable, acquérir une partie des riches domaines de la maison de Bourbon, le prince Charles, voyant sa fortune menacée par un procès intenté par la reine mère, prit la résolution fatale de mettre son épée au service de Charles-Quint. Cette trahison entraîna la confiscation de ses biens, et la fortune des armes, qui lui avait d’abord souri en Italie, l’abandonna au siège de Rome, où il fut tué. Il dut se rappeler, en mourant, les nobles paroles du chevalier Bayard en expirant : « Ah! Monseigneur, lui dit le chevalier sans peur et sans reproche, ce n’est pas moi qu’il faut plaindre, je meurs en homme de bien; mais c’est vous, qui portez les armes contre votre serment, votre roi et votre patrie. »
, La chevalerie du m °y en â g e «eus a offert, dans l’ancien Bourbonnais, de nobles représentants. Nous avons essayé de retracer les sentiments d’honneur et de loyauté de cette époque, dignes de servir de cadre à l’histoire de Vichy.
Les guerres de religion qui suivirent cette brillante période n’appartiennent plus à l’histoire du moyen âge : elles serviront de prélude à l’histoire du Vichy moderne, qui sera plus riche en faits se rattachant plus particulièrement à la cité thermale.
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