NADES ET YE'AÜCE
La terre de Nades, située sur les confins du Bourbonnais et de l’Auvergne, appartenait, au seizième siècle, à la famille de Saint-Hérem de Montmorin, qui, par ses alliances avec la maison de Chouvigny, proche parente des Bourbons, devint possesseur de la seigneurie de Chouvigny. Ces deux terres passèrent, l’une à la famille de la Fayette, dont une vigne du domaine porte encore le nom, et l’autre à la maison de la Trémoille. Plus tard, ces deux propriétés, d’une étendue d’environ sept cents hectares, appartinrent à la famille Gauthier d’Hauteservé, qui les vendit, en 1853, à M. le duc de Morny, qui les a considérablement augmentées, car elles comportent aujourd’hui plus de quinze cents hectares. La visite de ces manoirs est une des plus belles des environs de Vichy.
Pour se rendre à Nades, en revenant par Veauce, il faut suivre l’itinéraire suivant. On peut prendre le chemin de fer jusqu’à Gannat, où l’on trouve des voitures à l’hôtel de la Poste. Deux routes conduisent à Nades; l’une par Ébreuil, en passant auprès du château de la Fauconnière, appartenant au marquis de Fontanges. Parmi l’un des derniers seigneurs de ce nom se trouvait, au moment de la révolution, M gr l’évêque de Fontanges, confesseur de Marie-Antoinette, auquel elle a donné son portrait peint par M me Lebrun. Ce tableau, qui orne un des salons du château de la Fauconnière, est un original, comme celui du Musée de Versailles, du même peintre.
La route descend à Ëbreuil par des ravins escarpés et pittoresques. Elle gravit des coteaux garnis d’excellents, vignobles, et passe près du château du Châtelard, souvent désigné, pendant les guerres de religion, sous le nom de Châtelard-les-Mercürol. Il appartenait, avant cette époque, aux rois Charles VII et Charles VIII, qui y séjournèrent plusieurs fois lorsqu’ils se rendaient à la célèbre abbaye d’Ébreuil. Ce château devint plus tard la propriété de la famille de Saint-Hérem de Montmorin, qui le possédait en 1585 t II appartient, depuis plus d’un siècle, à la famille de
VICHY
Féligonde, qui en a fait reconstruire une partie, dans le style du treizième siècle, sous la direction de M. Millet, l’habile architecte des monuments historiques. Après le bourg de Lalizolle commence le parc du château de Nades : on y entre par la seconde grille qui conduit à la terrasse, dont la vue grandiose impressionne le spectateur.
De cette terrasse on aperçoit : à droite, la chaîne des monts d’Auvergne, que dominent le Plomb du Cantal, les monts d’Or et le Puy-de-Dôme; à gauche, les montagnes du Forez. Le Hall du château, réunissant le grand salon, la salle à manger et le vestibule, est en stuc et d’une très-grande hauteur : il est éclairé par le haut et se fait remarquer par l’harmonie de ses proportions. Le grand escalier, également en stuc, est l’œuvre d’un de nos meilleurs artistes. Rien n’égale le goût exquis joint à l’élégante simplicité des appartements.
On ne saurait quitter le château sans visiter les cuisines, qui peuvent être comparées à celles du château de Randan, et ont de plus tous les perfectionnements de l’art culinaire moderne.
On termine la visite de ce beau domaine par la ferme et le potager. La ferme a l’aspect d’un château flamand : sa façade principale, bordée d’une balustrade d’environ cinq cents pieds, domine l’amphithéâtre dont nous venons de faire la description. La laiterie y est organisée sur le modèle de celles de la Belgique et de la Hollande. La vacherie peut contenir cent bêtes à cornes : on y voit réunies les diverses.races de Guernesey, de Schwitz, de Salers et de Bretagne. Les bergeries contiennent onze cents moutons de races croisées south-doivn. Le matériel, les machines à vapeur et agricoles, complètent cette magnifique ferme modèle. Quant au jardin, il suffit de dire qu’il est l’œuvre du célèbre Jamin. Les serres, d’environ cinq cents pieds de long, sont remplies de fruits de toute espèce et de plantes rares.
On quitte la ferme en laissant sur la gauche, à une certaine distance, le petit village de Nades, où se trouve l’habitation occupée par M. le duc de Morny pendant la construction du château. On sort de ce beau parc de quatre cents hectares, enclos de murs et très-giboyeux, par la grille de la forêt, pour entrer sous une admirable futaie qui longe la route, et l’on tourne à droite, vers la forêt domaniale des Collettes, de 1 573 hectares, où se trouve 1 extraction des kaolins de MM. le duc de Morny et le baron de Veauce, exploités comme ceux du comté de Cornouailles, en Angleterre. Après la visite de cet établissement, d autant plus intéressant qu’il est nouveau en France, on descend la grande route qui passe à la Croixdes-Bois et arrive au Gour-de-Lanay, où l’on tourne à droite à une barrière blanche, et l’on se trouve dans la forêt de Veauce : l’allée conduit à travers des taillis sous futaies jusqu à la sortie des bois, d’où l’on descend, en passant près d’une tuilerie, au château de Veauce, d’un caractère tout différent de celui de Nades.
Le château de Veauce remonte à une haute antiquité. Au douzième siècle, il comptait parmi les forteresses de la vallée de la Sioüle, alors fron= . tière du Bourbonnais et de l’Auvergne. Châtellenie ducale sous les sires de Bourbon, puis royale, cette forteresse fut, comme tant d’autres, démantelée par Richelieu pendant la lutte qu’il entreprit contre les seigneurs féodaux.
Depuis le quinzième siècle, la baronnie de Veauce s’est perpétuée dans la famille des Cadier de Veaüce, gentilshommes des ducs de Bourbon,
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