JOURS
Les successeurs de Pierre Îe-Grand, Catherine T* (1725- 1729), Pierre II (1729-1730)61 Anue Ivanovna( 1730- 1740}, témoignèrent aux catholiques de leurs Klats la même hienveillance que leur illustre prédécesseur. Dans son discours d'avènement, du 26 février 1730, Anne promit à tous les sectateurs d'autres religions que celle de TEtat le libre exercice do leur culte. € je vous remercie , dit-elle à la noblesse, au cierge et au sénat réunis '; je vous remercie de mavoir appelée au trône vacant, en vous con^jrmant aux lois de l'empire. Je jure de respecter vos privilèges et vos libertés; je jure que sous mon gouvernement doux et paisible, et tant que Dieu me prêtera vie, mes sujets auront lieu d'être satisfaits. Je m'engage à conserver l'ancienne foi de l'Ëgliso grecque, à la maintenir dans l'éiat où je l'ai trouvée,
* Sioria dell* anaol73!, pag. 180 uj. Vcuczia xa-H", continuée jusqu'en 1795. Il est à regretter que Maneot et les cootinuaienrt de loo Recueil det principaux Traités de Paix, ainsi que Sclioel et Fiastao, n'ajcni pas coodu cet iotércsumt ouvrage si riche en prédeni docamenti.
tout en contlniianl aux autres croyances la protection que leur ont accordée mes prédécesseurs.
Anne assure dans un oukase du 22 février lySS le libre exercice de leur culte à toutes les confessions, à condition toutefois que leurs adhérents ne chercheront pas à convertir les Russes.
Les successeurs d'Anne, Ivan 11(1740-1741) et Elisabeth ( 1 74 i-i 76 1 ), favorisèrent également la religion de leur pays, sans troubler les fidèles des autr^es religions , autrement que par le prosélytisme depuis longtemps pratiqué en Russie. Le i5 décembre 1741 parut un oukase d'Elisabeth, faisant grâce de la vie aux coupables qui auraient embrassé la religion grecque; un autre oukase du i5 juin 1744 ^^fendait de quitter le pays à ceux qui seraient entrés dans le sein de TEglise russe; enfin, un oukase du 16 novembre 1747 exemptait du service militaire et de la taille ceux qui , abandonnant leur religion , adopteraient celle de TEtat.
Le règne de Pierre III (5 janvier-9 juillet 1762) vit une révolution s'accomplir dans les affaires de l'Eglise et de l'Etat. Ce prince tenta de compléter les réformes commencées par Pierre-le-Grand. Fils de Frédéric, duc de Holstein- Gottorp, et de la grande duchesse Anne, fille de Pierre-le- Grand, il avait été élevé dans la religion luthérienne, dans l'espoir qu'il monterait un jour sur le trône de Suède. Après la courte mais sanglante guerre des chapeaux et des bonnets que se firent dans ce pays le parti russe et le parti national, la couronne de Suède échut à la maison de Holstein- Gottorp en la personne de l'évéque luthérien Adolphe de Lubeck. Elisabeth, grande duchesse régnante, proclama sou neuveu Pierre, héritier présomptif de la Suède et de la Russie, et l'ayant fait venir à Pétersbourg, lui fit abjurer le luthéranisn»e et embrasser la religion grecque. En dépit de la loi de Pierre-le-Grand , qui défendait de baptiser deux fois, Pierre fut baptisé de nouveau et prit le nom de Pierre Fedorowicz. En 1744» il épousa la princesse Sophie- Auguste, fille de Christien-Auguste, duc d'Anhalt-Zerbst, qui, prenant
Si
le nom <le Catherine Alexiejownn à son nouveau baptême, se rendit si célèbre pluâ tard sous le nom de Catherine II.
Pierre III, allemand de naissance, avait un profond dégoût pour tout ce qui était russe. Ridicule imitateur de Frédéric-le-Grand et de Pierre I" son aïeul , il s'était aliéné le cœur de se? sujets par les réformes qu'il rêvait sans avoir ni la force ni les moyens de les accomplir. Comme homme privé, il s'était plongé dans les plus honteux désordres, maltraitait son épouse, et au grand chagrin de son peuple, s'était jeté dans les bras de l'ambitieuse Elisabeth, comtesse de Woronzow ; comme homme d'Etat, il était le jouet d'un officier de fortune, qui abusait indignement de son crédit pour s'élever aux plus hautes dignités et amasser les plus scandaleuses richesses.
Bestuzeff avait signalé à la grande duchesse régnante tous les malheurs qui accableraient la Russie à l'avènement de Pierre, et lui avait conseillé de l'écarter de la succession, se targuant de l'exemple de Pierre-le-Grand qui, agissant de même avec son fils Alexis Petrowicz, avait déclaré dans son oukase du 5 février 1722, que le prince régnant avait le droit de désigner son successeur. Bestuzeff échoua , et son dévouement ne lui valut que l'exil et la confiscation de ses
biens.
La folle prédilection de Pierre pour Frédéric II, entretenue par les agents secrets de ce prince et les luthériens établis à Pétersbourg, alla si loin qu'il avait son portrait partout, sur ses bagues, ses épingles, dans ses appartements, et jusqu'au pied de son lit. Il 5'habillait comme lui, et avait revêtu ses gardes d'imiformes prussiens '.
Pierre souleva contre lui toute la nation , dès les premiers jours de son règne, par sa rupture avec l'Autriche, qui, depuis Alexis Michaelewicz (1645-1676), avait toujours été étroitemeut unie à la Russie, et par la paix honteuse avec
' Les Moscovite», au jeiil nom île Fn-ilcric, f.Tisainii le sipwe «le la croix comme si rVtail un suint.
U rrus&o, ^iijjnûc îi Sianjard le iG mars 176^. Par cette paix, VieiTti ;MU>fiHai| toute lu gloire luililuire du la Russie à Tambition ru«ée de Frédéric, c( lui abandonnait, sans tirer r^de, les provinces déjà couqui^es de lu Ikdtique, le Bran- 4e^QUiig e\ la Poméraoie et tous les habitants.
^is ce qui bâta la ruiu^ de Pierre III , ce furent les £^U(fis qu'il commit dans les affaires de la religion.
I^u(béviei) dô cceur, et no dé^^uisant nullement sa répu> gnatu:^ pour VKglisci grecque, il ne désirait rien tant que de \oii^ soti pt^uplc embra^seir la religion luthérienne. Tous l«s Quk«se& relatifs aux affaires de TEglise tendaient à ce IkU, Il méditait une réforme générale do Vlilglise et du clergé, et TenUreprit avec une précipitatiou et une maladresse impardonnables. Quelques jours après sou ayènemeni.> il appela près de lui larohevéque de r^owgorod , et lui gowvBnandf> de brûler les images des saints dans les égli&ea, à. V^^eptiou de celles du CUiist et de la sainte Vierge, Tou^ prêtre» régulier ou séculier, dut couper sa bajcb^» quiUCJ; ks vêtements {anciens» et & habiller dorénaittm^la manière des ministres du culte luthérien allemand. CjofilH 1q t*' juiUet t76a, il publia une constitution ecclésiastique qui porta au comble le mécouteateuient du clergé. Par cette constitution, Pierro dépouillait le clergé de toutes ses; propriétés» les renaissait à la couronne, ne lui 9«&uraat qu un modique traitements Les métropolitains de îîawgoitod, Kezan et Moscou ne devaient toucher que Sqoq roubles i les autres évéques iiooo; les archimandrites ^tMeat partagés eu trois classes : b première avait 5uo roubles; la seconde 3oo; la troisième 5o. Personne ne pouvait être admis auit convenu avant rage de 3o ans.
Le clergé exa/spéré se joignit aux méconteuts qui tramaûeut la ruine de Pierre; celui-ci acheva de se perdre par s^ couduite dans les affaires de Coudaode et ses procédés à l'égard de sa femme.
Le duché de Courlande était tombé, après l'expulsion de Biron, entre les mains de Charles de Saxe, fils d'Auguste III,
roi de Pologne. Pour renverser <-eIui-ci , Pien-e rappela Biron <lo Texil et, d'accord avec lui, donna le duché au prince George Louis de Hohtein Gottorp, son cousin, qu'il avait fuit venir en Ruisiie avec toute sa famille, et quSC avait créé feld'ixiaréchal de ses troupes, lui donnant enindme temps le titre d altesse royale. La nation ressentit profondément cette injustice, mais elle fut encore plus irritée des niauvaifi traitements qu'il ût subir à sa femme. Pierre, excité por son indigne favori, Tenferma à Peterhof,la traita avec une barbarie san<> exemple et projeta de la jeter dans un couvent pour crime d'Etat, lorsque, prévenue à temps, Cuiheiine prit la fuite, le 9 jtnllet, et f*e réfugia dans le couvent de la sainte Vierge de Kasan, à Péiersboorg, d'oft elle c(MTespondit avec le» chefs de la garde impériale. La révolution s'accomplit avec une incroyable rapidité et dans le plus profond secret. Au matin du même jour, Catherine fut proclamée impératrice do Russie dans l'église de Kasan, et fitson entrée solennelle dans Saint-Pétersbourg, aux acclamations de tout le peuple : soldats, sénateurs, prêtres, tous raccompagnaient daui» sa marche triomphale vers le palais des czars, et l'air retentisi>ail des cris mille fois répétés: c Vive notre mère! vive l'impératrice Catherine! »
Des courriers furent envoyés aussitôt dans toutes les directions pour informer l'armée, la noblesse et le dergé du glorieux avènement de Catherine. Elle se fit présenter le même jour tous les officiers civils et mi(f (aires et le clergé de Pétersbourg, dans le palais d'hiver, reçut leur serment d'hommage et de fidélité, et publia le fameux manifeste où elle exposa à la nation , en termes courts , mais énergiques , toutes «es pensées et ses projets pour l'avenir. Jamais prince ne remplit si consciencieusement son [«rograiTinie qtœ l'a foit Catherine.
« 11 n'y a perKonne, ■ dit-elle ', " parmi les véritables
' Voyre les intcmsants mcruoires sur Pierre Hi > ]>uLUés Juut Viionée mime it
Francforl-snr-Mfin , n que (latlirrinr lii riulu-icr atissiiôi. — N'ovi ï iiiissi li-j dctjils sur ):i iiiùrl tie Pierre III il.iii» hiilliièir, llisloiie de l'Aiiariliip i!t> Pulo'-iie.
tf enfants de la patrie qui n'ait vu les dangers auxquels Teni-
« pire a été exposé. Le plus redoutable de tous c'est la
« ruine complète de la religion grecque, dont les dogmes
n avaient été tellement ébranlés que l'on pouvait craindre
« avec raison de voir une religion étrangère détrôner Tan-
« cienoe foi des Russes. D'un autre côté on n'avait guère
«> moins à trembler pour la gloire du royaume , cette gloire
(I acquise au prix de tant de sang, cette gloire que la force
« de nos armes victoriei|ses avait portée au plus baut degré ,
« et qu'une déplorable alliance avec la Prusse mettait aux
t pieds de l'ennemi juré du nom russe. A la vue des mal-
« beurs qui fondaient sur notre clière patrie, obligée de re-
« courirà Dieu etd'implorer sa justice, nous sommes montés
« sur le trône impérial de Russie et répondons au pieux désir
« de nos sujets en recevant leurs serments d'obéissance. »
Le peuple passa bientôt de la joie à la vengeance. — Le
pnnce de Holstein Gottorp, saisi par les gardes, non loin
de son palais, et forcé de descendre de cbeval et de rendre
son épée, eut été probablement assassiné sans la protection
que lui accorda Catherine; néanmoins il dut quitter Tem-
pire.
Pierre III ne s'était douté de rien. 11 avait quitté tranquillement la résidence de Oranienbaum et s'était rendu à Peterbof ; grande fut sa surprise quand il n'y trouva plus Catherine. Il courut en toute hâte à Cronstadt; mais prévenu par la vigilance de l'impératrice, il fut saisi, ramené à Oranienbaum, où on le força de signer son abdication. Conduit au château de Robscbacb , il y mourut au bout de six jours, empoisonné et étouffé par le comte Orlof. Catherine le dit ouvertement dans son manifeste, et les contemporains l'accusent de nôtre pas restée étrangère au crime.
Peu de temps après la mort de Pierre, Catherine appela tous les habitans de Pétersbourg devant le •îaint synode et leur fit encore une fois prêter serment de fidélité et d'obéissance.
L'archevêque de Nowgorod , Diinitri Fetchenoff, favori de rirapératrice et Tun des principaux moteurs de la révolutioD f prononça en cette circonstance un discours qui inërite d'autant plus d'être remarqué, qu'il respire le même esprit que le manifeste de Catherine. Il porte le cachet de rimpression du moment , impression que Torateur peignit des couleurs les plus vives. C'est le dernier exemple d'un discours prononcé avec indépendance , et rappelant les généreux métropolitains du XVI* siècle, qui défendaient avec tant de courage les droits de 1 Eglise et de l'Etat.
L'archevêque présenta dans ce discours un tableau animé des maux dont fut accablée la Russie sous le règne tyrannique d'Ivan-le-Terrible, de Boris Godunowet du faux Déméirius ; puis arrivant au règne de Pierre 11 1 , il traça les crimes de ce dernier, ses empiétements, ses criminelles tentatives de réforme, L honte qui rejaillit sur le pays de sa faiblesse à l'égard des puisances étrangères, et termina sa harangue par l'éloge de Catherine , à laquelle il adressa des actions de grâces pour la déchéance et la mort de son époux — Ce discours produisit un effet extraordinaire sur tous les esprits. La mémoire de Pierre fut effacée jusqu'à la dernière trace, et tous ceux qui possédaient le portrait de l'empereur durent le remettre à la chancellerie du ministère de la police.
Catherine tenta d'abord de reprendre les provinces cédées à la Prusse, et exigea, par un manifeste énergique , le sermenr de fidélité des habitans , déclarant nuls et sans valeur le^ traités conclus entre Pierre III et Frédéric II; mais bientôt, changeant tout d'un coup sa politique à l'extérieur, elle se borna à rechercher l'alliance des autres Etats européens , laissant la Prusse en paisible possession des pays concédés , dans la vue d'intéresser cette dernière puissance à ses projets sur la Pologne.
Nous sommes entrés malgré nous dans res détails politiques, parce qu'ils iiiHuèient ininiëdiatenient sur la position uii se plaça Catherine à Tcgard de la Pologne.
Jauiaif prince ne sut, à l'égal de Catherine , protéger la religion sans avoir aucune conviction religieuse , et s'en s^rvip avec plu$ d'babileté dans son intérêt politique. Ca-* therjae était » dans toute la rigueur du mot, une femme philosophe à la manière des beaux esprits français du xviu* siècle. Elle s'inclinait devant les noms de Voltaire , de Diderot et de D'AIemberC, les vénérait comme les véritables instituteurs du genre humain et s'estimait heureuse de pouvoir entretenir une correspondance suivie avec eux. Elle alla jusqu'à acheter tous leurs ouvrages et les fit placer comme des reliques dans la bibliothèque de rErmitage ', sa résidence favorite , à Saint-Pétersbourg. Et malgré cela elle menait son confesseur partout et en tout temps , accomplissant aux jours prescrits, avec ime scrupuleuse exactitude, toutes les pratiques commandées par la religion. Au fond, elle en riait» elle se moquait, à Texemple de Frédéric, de toutes les sectes chrétiennes , mais elle avait au moins l'adresse de feindre une conviction et de faire servir les intérêts religieux à sea projets , tandis que Frédéric ne se douoait pas la peine de déguiser sou incrédulité.
Son habileté perçait dans toute sa conduite; tout en sub> ordonnant la religion aux besoins de la politique, elle ^vait sacrifier celle-ci aux exigences du moment : de là sa conduite différente à Fégard des deux Eglises catholiques ; n'osant attaquer de front celle du rite latin, elle s'en prit d'abord au* chrétiens unis , sauf ù laisser ù ses successeurs le soin de poursuivre, à l'égard des autres , ses projets criminels.
La ruine de la Pologne , tout le monde le sait aujourd'hui, avait été convenue en secret entre Catherine et Frédéric. Pour y parvenir, ils jurèrent l'affaiblissement de l'Eglise catholique dans ce pays et protégèrent les dissidents , nom sous lequel on comprenait les sectateurs des différentes
' Voyn Theioer, Histoire Jcs inslitullnn- rcliRienscs , ir.nliiiic rn franrais , Mayenre 1835. |». t56.
conFassions protestantes et ceux de TEgltâe schi8maii<|ui rxuse, L'ëlëvatioti de l'aventurier £mest-Je«n Biron tur It trône ducnl de CourJ^ndo, avaic été un det premier! indices du tzette t^onspiration de Cétes couronnées.
Pierre III y avait déjà songé. Diroo avail dû s'engager à son avènement k par un acte solennel du 5 août 176s» à accorder à la religion gréco->rus8e libre accès éi procectioki dans le duché de Courlande *. La majeure partie des habi« tants y étaient luthériens , le resta professait la religion ca- ; tholique. Les premiers résistèrent victorieuserottnl > l'Ëglist
I catholique disparut au premier scufOe, et Clément XIII fit
de vains efforts pour conserver dans le pays le vicariat apo* stolique de Tévéque de Livonie ^.
Les destinées politiques et religieuses de la Pologne lurent décidées par la mort d'Auguste III « survenue le 5 Oc« tobre 1763. Le traité d'alliance conclu entre la Prusse «t U Russie consacra les projets odieux de ces deux puissances'. Dès lors la Pologne était perdue, et ses habitants, trompés par une générosité hypocrite, leurrés par Un semblant de liberté dont ils furent toujours si avides, donnèrent tête
I ■ Voyrz Martcos, Becueil des priocipaai Tr:<iics d'Altiancc, de Paii , de Trire ,
de Neutralité , de Cotnmcrc:, de Limites , d'Érhanges , etc. , codcIui par les pai*« làtute» d* l'Eult)p«. Ortttlngue 1T91. T. VI, p. 1. * Voyci Pièce* jaitiflcatiret, n* VII.
3 Article secret du traité d'alliance eotre l'impérjtrico de toutes les Rassics et Je roi de Prusse, à Pétersbourg, le 31 mars (11 avril) 176-4.
Coititne il est de l'intérêt de Sa Majtsté le roi de Prusse cl de Si >t.ijè8*ë l'îtapératrice de toutes les RussiM d'employer tous leUrS effdM» poUf qilÉ U f-ëpàbli^ne de ■ Pologne soit mainteoue dans son droit de libre élection, et «ju'il ne soit pcrtail à
I personne de rendre ledit royaume héréditaire dans sa Famille, ou de s'y rendre
absolu, 6a Majesté le roi de Prusse et Sa Majesté l'impérairiccohi promis et se sont cng.igés mutuellement et de la manière In plus forte, par cet ar^rrle setl*t» rtollseulement à ne point permettre que qui que ce soit entre prehne de dépouiller la république de Pologne de son droit de lilire élection, de rendre le royaume héréditaire, on de s'y rendre absolu dans tous les cas où cela pourrait arriver, mais ertcore à prérenir et h anéantir par tout les hiny^ns possibles, tt d'nrt coitimrtn iècttM, les vues et les desseins qui pourraient triiiirc à ce but oussiiot cpioii le» .iiir.i clécouxerts, et à avoir nirmc, m cas île besoin, recoins a !;i f'ireo des armes pour {;.irantir la république du renverieramt de sa conïlitulion tl d^ JC* folî ffmljftten'ji»'. M^rlrn?, Hecneil , T. I, p. Oi.
baissée daos le piégc et prêtèrent, par leur imprévoyance , des armes à leurs ennemis. Au moment où la Russie décidait du sort de la Pologne, Catherine obtenait de la Pologne le titre d'impératrice, lui promettant, par un acte solennel du 9 juin 1764 S de n'élever aucune prétention sur ses possessions, de lui rendre toutes celles garanties par la paix de Moscou du 6 mars 1686, et de la protéger et défendre contre tous ceux qui viendraient la troubler dans cette juste et légitime possession. Jamais l'histoire ne présenta l'exemple d'une aussi noire perBdie.
Le premier résultat des machinations des deux souverains spoliateurs, fut l'exclusion du trône de la maison de Saxe et l'élection du jeune Stanislas Poniatowski , le 7 septembre 1 764 , qui , instrument aveugle de la Russie , ne put agir que selon son bon plaisir. Il jura les pacta conventa le 14 septembre et fut solennellement couronné le 25 novembre 1764.
« Nous ne pouvons empêcher Félection de Poniatowski, » disait-on à la cour de Dresde, « laissons-le monter sur le « trône, nous l'en ferons bientôt descendre. » — i II ne res- € tera sur le trône qu'autant qu'il me plaira de l'y laisser, » disait Catherine au comte Repnin, lorsque celui-ci lui parlait du refus de Poniatowski de reconnaître les droits des dissidents. — « Et moi, » répondait Frédéric dans la même cir- • constance, je lui briserai le crâne avec sa couronne '-. »
Le jour du couronnement du nouveau roi donna le signal de la guerre qu'allaient livrer la Prusse et la, Russie à la Pologne, guerre sourde et invisible et dont la principale arme fut le protectorat des dissidents du royaunie qu'elles s'arrogèrent.
La Pologne était alors essentiellement catholique ; sur près de dix-huit millions d'habitants, elle ne comptait que quatre millions de dissidents et près de deux millions de juifs
' MartcDS, Recaeil des principaux Traitéi». T. IV, p. 42, ft. — » Voyez Riilhière, part. 2«,pag. 271, 344.
et de musulmans. La constitution reconnaissait la reli[;ion catholique comme religion de TEtat. Les protestants et les poB-unis jouissaient pleinement du libre exercice de leur culte , mais ils étaient exclus des fonctions publiques. Catherine et le roi de Prusse résolurent de leur en ouvrir l'accès, et presque tous les cabinets de l'Europe, secrètement travaillés par ces deux puissances, exigèrent une parfaite égalité de droits religieux etcivilspourtouteslesconfessions existantes. Sans discuter ici la légalité de pareilles exigences, nous demandons à quel titre la Russie, la Prusse , l'Angleterre, la Suède , la Norwège et le Danemark exigeaient en faveur d'un si petit nombre de dissidents dont ils ne partageaient même pas les croyances, des droits qu'ils refusaient à leurs sujets catholiques? N'était-ce pas à la même époque que l'Angleterre refusait à neuf millions de catholiques, formant à peu près la moitié de sa population, l'exercice de leurs droits de chrétiens et de citoyens? ne faisait-elle pas elle-même la guerre la plus cruelle aux Irlandais, défenseurs de leur foi? Qui ne sait qu'en Suède, en Noi'wège et dans le Danemark, les catholiques dispersés étaient obligés de passer dans des contrées éloignées pour recevoir les saints sacrements, que leurs cadavres privés de sépulture restaient exposés aux outrages, et que le prêtre catholique déguisé risquait sa vie en allant porter aux fidèles les secours de la religion?Quel fut l'état des catholiques en Prusse? n'y étaient-ils et n'y sont-ils pas encore aujourd'hui virtuellement exclus de toutes les fonctions publiques supérieures? Que dire enfin des catholiques en Russie, qui dans ce temps-là n'étaient pas même tolérés? Après une guerre désastreuse de près d'un siècle, les y voit-on jouir de droits qu'on exigeait impérieusement pour des dissidents?
L'Autriche agit avec bien plus de noblesse et de générosité. Bien qu'entraînée par les circonstances elle ait pris part au démembrement de la Pologne, elle exécuta scrupuleusement l'engagement de respecter la liberté religieuse do bcs nouveaux sujets , et dédaigna le misérable expédient de
rjnrantie pour les dissidents dont \a Prusse et la Russie usé* i*entsi hontensemenc.Un an avant ie partage de la Pologne, Frédéric disait aut catholiques de oe pays * t « Venes à moi , R car je jure de maintenir yos droits religieux, ot nul « d'entre vous n'aura h se plaindre de ma protection. »
Mais passons au récit du noble et héroïque combat que la Pologne soutint pendant longtemps pour la défense de sa foi.
Le i4 septembre, jour du couronnement dePonÎAîowski, la Russie et la Pnisse présentèrent au roi de Pologne, par le ministère de leurs ambassadeurs, un mémoire réclamant le rétablissement.^ en Pologne, des droits ciyils, religieux et po litiquss des dissideuts et des non-unis. C'étaient, de la part de la Russie, le fameux comteNicolas Repnin et Herman* Kaiserling, pauvre courlandais , médiocre professeur d'histoire à Kcenisberg, et qui à force de bassesses s'était élevé en Russie aux plus hautes dignités.
« La voix de la conscience, » dit ce mémoire^, « Tinvio*
labilitë des traités que Sa Majesté a conclus avec la Repu*-
blique , l'intérêt tout particulier que porte l'Impératrice
aux Polonais ses coreligionnaires et dissidents, ne lui per*
mettent pas de voir d'un œil indifférent l'oppression sous
laquelle gémit un grand nombre d'entre eux en expiation
de leur attachement à la foi, tandis que tant de puissants
États et de si grandes nations ont adopté ouvertement
cette même foi. Traités comme de dangereux sectaires, ils
sont depuis quelque temps dépouillés, au nom de la loi, de
tous les droits, libertés et privilèges dont la jouissance leur
était cependant assurée par la constitution libcrule d'un
État où la plus parfaite égalité devrait régner parmi tous
ceux qui l'habitent, et par-dessus tout ils sont gênés dans
leur culte et le libre exercice de leur religion. C'est pourquoi
• VxxiTf d« Frétltrir, «lu 13 »cpl. 1771 , Haii» len (nivrr, |>oliii<|iic» ilr M. le roniic de llcriihrrg , iiiiiiiiire ilc S. M. le roi de l'ru.^sc. Ikiliii I7î^ô, .'If i).iriic , |>.if;. 62 , H".
' Voyci: MarniK , flf< tiril. T. I , Ji liO cl ?lliv-lll(^>.
les soussignés , Tanibassadeur extraordinaire et le uiinislro plénipotentiaire de sa majesté Timpëratrice de toutes lel Russies ont reçu Tordre d'engager respectueusement sa majesté le roi de Pologne, parle présent mémoire, de faire en sorte que, conformément aux lois fondamentales de la République, les dissidents nobles ou non nobles soient remis en pleine et entière possession des droits, libertés et privilèges dont ils ont toujours joui, et spécialement de ceux qui assurent le libre exercice de leur religion ; droits que l'on ne peut leur contester comme sujets , comme citoyens libres et dévoués de la République, droits que leur garantissent les lois et les constitutions de l'État. Sa majesté l'Impératrice est convaincue que le roi de Pologne, dont les nobles qualités ont été si bien récompensées par le choix unanime que l'on a fait de sa personne pour le trône de Pologne, ne négligera pas d'employer toute son autorité pour satisfaire à ces remontrances et observer religieusement les traités conclus entre les deux États. Pleins de confiance, les deux ministres soussignés attendront l'accomplissement de l'objet de la mission qui leur a été confiée et ne doutent pas de voir se resserrer davantage ces liens d'amitié et de bonne intelligence depuis si longtemps et si lieureusenient établis entre la Russie et la Pologne. X
Un mémoire à peu près semblable fut, le même jour, remis au roi de Pologne au nom de Frédéric II pur l'ambassadeur prussien, le comte Carolath Schocneich et le ministre résident Pierre Bénédict *. Le 9.8 novembre de la même année Frédéric renouvela sa demande en termes pressants^. ^'
A peine In diète se fut-elle ouverte pour la première fois à Varsovie depuis le couronnement de Stanislas Auguste, que les ambassadeurs de Saiut-Pétersbourg et de Herlin adressèrent le 7.7 novembre 1764 de nouvelles réclamations
' .M.iricii>, l<>(. I il. T. i , ji. .Ji'i. — = V<i>c^ l'icii'.'ijiisiitMiilivcii, ri' It.
au roi et aux Etats; cette fois-ci leui.^ exigences furent catégoriquement formulées , savoir :
i°Que les dissidents jouissent pleinement du libre exercice de leur religion ;
3° Qu'ils soient admis , sans aucune exception , à toutes les places , charges et dignités de l'Etat.
3' Que Tévéque gréco-russe de Mobile*^ ait un siège dans le sénat comme tous les évéques latins.
Le roi répondit courageusemerit aux ambassadeurs qu'il ne pouvait pas empiéter sur ce qui était du ressort de rÉglise catholique , qu'il se verrait obligé désormais de rejeter toutes les demandes de cette nature, d'autant plus que les Polonais dissidents et non-unis jouissaient réellement du libre exercice de leur religion. Gomment le roi aurait-il pu accorder à l'évêque gréco-russe de Mohilew une place et une voix dans le sénat, lorsque les évéques ruthéniens unis de Pologne n'en avaient pas eux-mêmes? d'ailleurs cet évêque s'était emparé par la force d'un évéché catholique fondé vers i632 par Ladislas IV, et soumis au samt-siége ' archiépiscopal de Polock, Vitepsk , Mscislaw et Orscha. Clément XIII pouvait donc avec raison exiger du roi de Pologne et de l'archevêque uni de Polock qu'ils rendissent ce siège aux catholiques unis'.
Cet archevêque s'appelait Georges Koninski. Né à Niezin en 1717, dans le gouvernement de Kiew, il avait commencé ses études à l'académie de Kiew; devenu prêtre en 1744» professeur d'éloquence et de philosophie à l'école de Kiew, plus tard préfet et professeur de théologie, il fut, en 1762, élu archimandrite de la Lawra, couvent privilégié de Kiew, et !^ 20 août 1705 nommé évêque de la Russie-Blanche. Il établit son siège à Mohilew. Le 28 septembre Catherine, en reconnaissance des services qu'il lui avait rendus dans l'affaire des dissidents, l'élevaà la dignité d'archevêque delà Russie-Blanche
' Voy. l'ièvL'S jiialihcaiivcs , ii* 8.
et Je fît en m«*ino temps membre du saint synode. Il mourut ù Mohîlew, le i3 février 1795.
Catherine se servit de cet homme pour exécuter ses vues politiques et reh'gieuses contre la Pologne. Il reçut Tordre de parcourir les différentes paroisses gréco-russes du royaume, et de réunir les dissidents et les non-unis dans une réclamation commune de leurs droits. Koninski montra d'abord quelque répugnance ; mais chargé d'honneurs par Tlmpératrice, il se consacra tout entier à ce métier d'espion et d'agent provocateur dans les intérêts de la Russie. Ainsi, au mois de juillet 1765, il se rendit, sur l'ordre de Catherine, à Varsovie, etleî>.7 il prononça en latin (laus le sénat, en présence du roi, un discours fabriqué par le cabinet de Saint-Pétersbourg, dans lequel il s'exprimait de la manière la plus indécente et hasardait les assertions les plus calomnieuses sur les prétendues persécutions religieuses. Il suffira d'en lire l'exorde pour s'en convaincre.
« On nous refuse, dit-il, l'enlrée du temple où nous allons invoquer Notre-Seigneur, pendant que les synagogues des juifs, où notre divin Sauveur est journellement insulté, sont l'objet d'une protection spéciale. Si nous méritons d'être jetés dans les fers, d'être plongés dans les cachots, d'être frappés de coups, d'être exposés à de mauvais traitements de tout genre, même à la mort, pourquoi fut-il établi sous le grand Casimir, que la religion gréco-russe jouirait des mêmes droits et des mêmes privilèges que la religion catholique romaine? Pourquoi Jagellon, ce roi si zélé qui fit des lois si sévères contre les hérétiques de Bohême, voulutil que nous ne fussions pas exclus des charges même les plus distinguées de l'Ltat ' ?
Catherine combattait jusqu'ici pour obtenir aux dissidents et aux non-unis, phitôt l'égalité des droits religieux que celle des droits politiques. TNlais lorstjue Frédéric II lui
' Sioria «Irlla f;iieiia prcsenii*. T. H, ji^j;. •")(► sf].
eut fait observer que la réclamation de ces derniers était un moyen bien |)lus sûr d'arriver à son but» à savoir laffaiblissement , la division , et par suite le démembrement de la Pologne, qu'il importait beaucoup moins d'assurer aux dissidents et aux ooD-unis i;ne tolérauce dont ils jouissaient dailleurs entièrement, puisqu'ils étaient en possession de deux cents et quelques "Égliâes, et qu'il valait mieux réclamer en leur faveur tous les privilégiées attacbés à la religion dominante et leur ouvrir l'accès à toutes les charprcs sans exception , alors cette femme perverse mit tout en mouvement pour atteindre ce nouveau but. Le premier objet de se& soins fut de réunir toutes les puissances protestantes du Nord dans une alliance qu'elle appela avec beaucoup <le satisfaction et de complaisance l'alliance du Nord, pour s*occuper de procurer aux dissidents et aux non-unis une égalité pnrfaite-ayec les catholiques. Catherine voulait empecheren m^me temps tous les États catholiques, tels que l'Autriche et la France, de s'immiscer dans les affaires de la Pologne; elle envoya aux cours protestantes de Londres, lierlin, Copenhague et Stockholm un mémoire secret de l'archevêque de Mohilew pour justifier les réclamations qu'elle faisait en faveur des dissidents et des non- unis Polonais, défigurant odieusement les faits et dénaturant sans pudeur les traités sur lesquels on a[)puyait ces réclamations. Aucune des puissances alliées qui avaient demandé cette égalité de droits civils et religietix pour les dissidents et les non-unis, ne pouvait produire l'ombre d'un titre qiii lesautori.sât; mais la Russie le pouvait moins que toutes les autres, elle qui s'était faite l'organe de cette révolution religieuse aux allures jacobines. Le traité de paix de Moscou du 6 mars 1C8G, le seul dont put se larguer la Russie, ne parle aucunement de droits politiques. Les czars Pierre et Ivan y stipulent uniquement le libre exercice du culte de leurs coreligionnaires et s'engagent j\ accorder le même privilège aux catholi(pies de leurs États '. Ces
» Voici un tVaQniciit de rc trjiic , il'uprrs K*qiiri on poiirr.i ju(j4T di loiiic l'ini-
clauses furent &triciement ob&crvées par la Pologne, Lorsque Charles XII, protecteur de Tinfortuné Stanislas Les« czinski, eut envahi la Pologne pour renverser du trône la dyna&tie saxonne, la position des dissidents changea dans le royaume. Ce prince, ennemi déclaré de la religion catbo^ lique , voulut la détruire entièrement en Pologne et mettre ]e luthéranisme sur le trône. Pour mieux résister à Pierrele-Grand et au roi Auguste II , il accorda aux dissidents les mêmes droits politiques que ceux dont jouissaient les catholiques et dont iU avaient été dépouillés jusqu'alors. Mais à peine la faction suédoi^^e qui soutenait la famille Lesczinski eut-elle succombé sous les coups de'Pierre-le-Grand , que les dissidents durent rentrer dans la limite des droits qu'ils avaient possédés auparavant , et se voir écarter des charges de Pbtat. U est bon de remarquer cependant que les deux
puJeuce (loul Catherine Fit preuve lursqu'eUe préteDiUt s'iippuyer sur ces clauses poar fonder tes réclaniiilionx en faveur des prolesiaiits.
TV»il^ de paii et d'aUiance totre la Kuuie et la Pologne , signé à Moccou le G ma i l$il6} Waduclioo faiie »uv l'ori^nat ruue.
Article IX.
Disserendo liis de rcbu* insliiuimus adhuc, lU ina{;nus doiniuiis , S. It. M., Uri ecrIcHas eldioeccses, «cilicct Lucenieni, Galicciiscni, Prarntislavicnscm, Leopolieiiseni, Alboriissicaai, ad easque pertinculia niunaslcria et ubbalias Vilnar , Mit slii , PoWcskii» Untltavùc exitteiuea» uec uou coiiveutus et socteutes , in qutbiu a:«iea colcbalur el liucdum adbuc ^neco-rutsiea oribodoxa colitur reli^io , ei ofiincs in regDO Polonix niaguoqne dncatii Liiliuaniie détentes liomincs eanuleui religioneni profilCDtes , nuRa afficiat nioleMia, nrqne eosilem ad anT|>lectendiMii riiam roma> uiMNL atqiw uuiooeiu adi(;«t, wd poiini jiuta conceisa iiidciu jura et praerogutivas ouaeiQ Ubertalem in cxercenda religione ipsis cunceUai. Ki qnnniain per cessioneui urbis Kiovensis SS. Czareis MM. fiicttim est, ut supradictaruni dioccesiuni episcopi in rcQuo Polonia: iiiagiuoque ducaui LitKuanisdegentcs, seciiDdum cotuueiudinrni 4CcUù«s(ieaiu , lura «xpetesda) beoediciionis , cum eliau ordiuaiiuni* causa uciropoUtaoi Kiovienseni accvdere debeaut , nullu est ratio, ciir illi inetuereiit , uc se S. R. M. suspectes reddanl, cum et SS. Czarea; MM. siibdiios snos ritui romnno addictot , prteserliin v*ro Deoacquisilos , imiIIo modo in profitenJa c-( rie rcenda eonioi teltgiooe atque pouessionibut titrbai ur.-e, quia pou'us Hberum ejusdem eiercitiuiu in doraibus suis coucessura: suiit. Ad majoreni igilur (irniiiatcin et robur hiijusrc insthuli inserendus est articolus Iiic impressis constitutiouibiis rcr,ui, iiiiivcrsis apprubantibus comiiiis.
Roc fa , Histoire abrégée des Truites de Paix entre les puissances de l'KiirDpc , depuis la paii de Wesiphalie. Paris 1818. T. XIII , p. 121.
résolutions de la fliètc de 1717 à 1718, dont Tune exclut les dissidents des charges publiques auxquelles Charles XII les avait appelés, et l'autre leur défend de construire aucune église, furent abandonnées Tune et l'autre, grâce à Tinfluence de Pierre-Ie-Grand. Et cependant Charles XII avait détruit toutes les églises catholiques en Pologne , et après avoir cruellement torturé plus de 5oo prêtres , il les avait envoyés en exil dans les contrées glaciales de la Laponie! i
Quel triste revirement de choses! de 1702 à 1709, les dissidents unis avec la Suède avaient combattu la Russie avec acharnement, et vaincus par elle, ils s'étaient vus dépouillés par son influence des droits qu'ils avaient illégitfmement acquis; et maintenant Catherine proclamait^ cette exclusion des dissidents comme une odieuse violation des droits de l'humanité.
On peut en dire autant du traité de Velau entre la Prusse et la Pologne, en 1667, et de celui d'Oliva entre la Pologne et la Suède en 1660. La liberté de religion est garantie dans ces deux traités. Mais , quant à l'égalité des droits politiques entre les dissidents et les catholiques , il n'y en est pas question.
Catherine reconnut bientôt l'inefficacité des prétentions appuyées sur les traités de paix et recourut au détestable principe : qu'en vertu de la constitution de l'Ltat, chaque Polonaisavait droit à la liberté et à l'égalité. « L'Impératrice, disait Bepnin aux Polonais *, n'a que le bonheur et Tindé pendance du genre humain en vue. L'égalité est le seul fondement de la liberté; c'est le seul principe auquel se rattachent tous les autres. L'Impératrice ne peut faire un meilleur usage de l'autorité qu'elle tient de Dieu qu'eu réalisant cette égalité dont il a lui-même placé le désir dans le cœur de tous les hommes comme un témoignage de sa volonté. »
• Voypt Frédéric nannier, la Cliulc de la PoloRnc. Paris 1832; Iradiiit de 1';»!leroand.
rar-^v
Jamais Marat , Ilohespierre ou Danton n'ont proclamé plus audacieusement leurs principes. Les mémoires des quatre cours protestantes adressés au roi et au sénat reproduisent cette déclaration en faveur des dissidents. On ne saurait se moquer plus impudemment des droits les plus sacrés de Thumanité, et Ton ne doit plus s'étonner de laudace qui, en 1792, renversa les trônes et les autels, lorsque l'on voit, quarante ans auparavant, des têtes couronnées faire valoir de semblables principes et travailler à la destruction d'un peuple généreux, quoique ivre de liberté.
Le 4 novembre 1766, Repnin, accompagné des ministres des cours d'Angleterre , de Suède, de Danemark et de Prusse , présenta au roi , en faveur des dissidents , un nouveau mémoire rédigé dans le même esprit que les premiers.
Catherine avait signé le sien en ajoutant ces mots : c Je préviens d'avance que si l'on ne m'accorde pas ce que je %
demande, je ne mettrai plus de bornes à mes préten- T
tions. » •;
Le roi appela alors les évêques et les principaux sénateurs, leur communiqua la note officielle des puissances et les pria de décider s'il fallait laisser les dissidents et les non-unis dans leur ancienne situation, ou bien si, en se "f
conformant aux désirs des cabinets protestants, on devait leur accorder les mêmes droits qu'aux catholiques. « Si vous .|
êtes résolus, dit le roi , à tolérer seulement les dissidents en i
ne leur accordant des privilèges que comme une faveur de votre part, la nation doit se préparer à défendre vigoureusement son indépendance et à se soustraire à l'influence î des étrangers. Une pareille résolution ne peut être en aucune manière l'acte précipité et irréfléchi d'une assemblée \ émue , mais une détermination d'un peuple courageux et prêt à tout sacrifier pour la défense de sa religion et de | ses lois. Vous devez donc donner plein pouvoir au gouver- 1 nement, augmenter l'armée et faire tout pour sauver votre patrie. »
T()iis,<'v«tjues ei «(.Mintoni^, jnrc'rtiw, unaiiimemcnt au roi de no rien né{]li(|[er fie ce qui importerait au saint de la nation et de mettre, sang différer^ le {jouvernement en position de défendre ses droits et de soutenir même en cos de nécessité, par la voie des armes, le rçfus d accéder aux exigences des éti'angers.
C'était la première fois que le roi faisait un pas aussi hardi. A laudience suivante , où, d'après le conseil de ses ministres, il ayait appelé les ambassadeurs russes, il Jeur parla ainsi * : «■ Je ne puis méconnaître les obligations que j'ai à rimpérairice de Russie , puisque c'est d'elle que Dieu a daigné se servir pour me placer sur le trôhe « mais à mon av'nement j'ai juré d'observer et de maintenir les lois d^ la religion et de l'État, et si j'étais assez lâche pour violer mon serment, je deviendrais avec justice l'oh.jet de la colère de mon peuple.
« D'un autre côté, on me menace d'employer la force pour me contraindre à l'qxécution des plans les plus odieux; c'est une démarche violente qui me serait on ne peut plus préjudiciable; je ne vois que dangers, quelle que soit In détermination que je prenne, mais je ne clioisirai que ce que l'honneur et mon devoir m'ordonnent de faire; dès ce moment donc, je m'unis avec mon peuple pour la défense de notre sainte foi. u
La diète s'ouvrit. La première demande qui fut faite con* cernait la réclamation des cabinets protestants relativement à r<5galité parfaite entre les catholiques et les dissidents. Tout le monde fut unanime à la repousser. L'évêqne de Cracovie, Cajetan Soltyk, l'un des plus nobles citoyens de la Pologne, et qui bn\lait de l'amour le plus ardent pour sa rehgion et sa patrie < prit la parole , et dans un discours admirable, exposa d'après les traités, comme d'après Ils lois et la constitution du pays, toute Tinjnstice dune semblable prétention. 11 reprocha aux dissidents l'odieux de
*■ Ruihière, 2' parlie^p, 370. Sioria delb guerra prct.-ntc. T. li, pag. U8.
leui' conduite , la honfe (riiuoqiîor le séconi'S des piiissntices pt'otestiUites , cl (il la inotioii de ne confiriner que ceux i\e< dioils cnîHtnels et teinporeh dont ils jouissaient di'jîi , et dé menacer des p^ikics les plus sévères quiconque dani ravcnirust^rnii rédamRr rossistance tles dtran-^ gcrs. Toute rassemblée demanda avec acclamations de voter cette loi. Mais le roi, craignant d'irriter rimpératrire, la fit ajourner et la soumit i> l'exnmen des évêques. Le sénat remit alors aux ministros résidents de toutes les puissances une note dans laquelle il leur donnait Tassurance d ejcamincir attentivement et avec bienveillance le mémoire qu'ils avaient remis au nom de leurs souverains, en faveur des dissidents et desnonMiuis,et d'y donner toute la satisfaction qu'ils pourraient sans violer les lois et lés traités, r Quant à ce qui concerne le libre exercice du culte des dissidents, dit cette note ^ le collé[;e des aiThevêques et éVêqUes, soUs la conduite du prince primat , sera prié d'arranger toutes les difficultés de la manière la plus conforme à la justice et à la clmrité. l,e r^glenif^nt à suivre dans ces lircon stances sera inscrit tians les actes «le l'Etat , où chacun [lourrn le lire. Nous chargeotis les cliuncelicr» de Pologne et de LitliUanie de communiquer cette note aux ambassadeurs et ministres des cabinets de Pétersbourç» Berlin , Lotidres , Copenhague et Stockholm, u
Rëpnin s'irrite de cette note et répondit au roi avec hauteur : que cela ne pouvait pas être , car ce serait remettre le sort des dissidents entre les mains de leurs plus mortels ennemis , les évêques.
Gitberine, de son coté, jeta feu et flamme et recourut aux plus détestables moyens pour réaliser ses vues en faveur des dissidents. Elle rassemble ses ministres, y admet sou agent secret » et donne aux dissidents une promesse solennelle, signée de sa main, do les protéger par la voie des armes et de forcer la République h leur accorder la jouissance des
' Marlcii!», ncrneil T. 1 , p. 3.j8.
ilroits qu'elle leur refuse. D'après son ordre, Ilepnin rassemble une année de quarante mille Russes qu'il conduit .sur les frontières de la Pologne. L'agent de Catherine reçoit l'avis de retourner de suite en Pologne, et de conseiller secrètement aux dissidents de se confédérer et d'arracher de force au gouvernement la concession des droits qu'ils réclainent.
Repnin se rend lui-même au sein de l'assemblée des États, et, contre toute convenance, prend place à côté du trône du roi. Là, il lit un troisième mémoire de l'Impératrice, qui exagère encore ses réclamations en faveur des dissidents, et termine ainsi son discours : « Prolonger encore votre refus, ce serait rompre le contrat qui lie les dissidents au reste de la nation, ce, serait les remettre dans l'état d'indépendance où naissent tous les hommes, et leur donner le droit d'en appeler au reste du genre humain et d'invoquer la protection des princes voisins. »
L'ambassadeur de Prusse prit à son tour la parole sur le même ton , répéta les exigences de son maître et annonça aux États , de sa part, que si une prompte décision ne mettait fin à toute cette affaire, douze mille Prussiens fondraient aussitôt sur la Pologne.
L^irritation des États fut portée à son comble par cette audacieuse violation des droits de tous les peuples. Toute if
l'assemblée, sénateurs, députés et nonces, réclame d'une seule voix le vote de la motion faite à la diète précédente, contre les dissidents , et les moyens d'assurer les privilèges de la religion catholique. Quanta ceux qui oseraient invoquer le secours des puissances voisines, ils devaient subir la peine des criminels de haute trahison. Pendant tout ro tumulte, l'évêque de Cracovie, Soltyk , observait le plus profond silence, on lui en faisait d'amers reproches, on l'accusait d'hypocrisie et do s'être vendu à la Russie. Mais à peine le silence fut-il rétabli, qu'il prit la parole avec ses collègues, les deux célèbre^, évêques de Kaniieniec et de Kiew, Kr.-^sinski et Zaluski. il démontra avec une cloquem e
foudroyante l'injustice des prétentions des puissances, leur reprocha de vouloir allumer la guerre civile en Pologne, d'appeler les dissidents et les mécontents à une confe'dération et de les rendre coupables du crime de haute trahison; puis , s'adressant à l'assemblée elle-même en des termes nobles et touchants , il lui conseilla de prendre des mesures décisives pour le salut de la patrie.
Sur sa proposition , on confirma de nouveau, dans toute l^
son étendue , le droit qu'avaient les dissidents au libre exer- r'
cice de leur culte, on leur accorda même le privilège de jouir §;t
de quelques-uns des droits civils, et on leur ouvrit l'entrée ;|]
de l'Ecole militaire, soit comme maîtres, soit comme élèves. %l
Catherine et Frédéric poursuivaient, en attendant, leurs **§•
plans de destruction de la Pologne. Us envoyèrent dans les ii
provinces des émissaires secrets d'une propagande révolu- ?*j
tionnaire, chargée d'appeler les dissidents à une confé- ''
dération pour la défense de leurs droits. Us poussèrent 1/
l'audace jusqu'à forcera main armée des Polonais à signer I
des manifestes incendiaires, rédigés dans les cabinets de Pétersbourg et de Berlin , et qui réclamaient dans un langage révolutionnaire Tégalité des droits entre les dissidents et les catholiques. Ces manifestes devaient être présentés au roi et aux États à la prochaine diète. Deux mille Russes entrèrent à Thorn, deux mille autres à Sluck, et y for- F.
cérent les habitants à s'organiser en confédération et à si- 1,
gner des pétitions. La même chose arriva à Dantzig et dans |
les provinces de Cracovie et de Sandomir. !»• |
Frédéric s'y prit plus adroitement. Il força tous ceux de ses sujets du district de Brandebourg qui avaient encore des parents ou des amis en Pologne, à signer ces mêmes manifestes et à augmenter ainsi le nombre des signatures des dissidents polonais des non-unis. Prêtres ou laïques, hommes du peuple pour la plupart, restèrent étrangers aux [
provocations de la Prusse et de la Russie, ils ne s'inqiiié- i
taicnt nullement de tout ce qui passait, et jouissaient tranquillement de leur liberté religieuse. Ils appartenaient pom
Ici plup^iU Ù la çla«sti intt'i'jqure, ex^rçaienl ptUi»il>lcuient l^HH métiers I ^'occupiiient dti leurs affaires et n'élevaient aueune prét^utiptt '^u\ droits de U nal^lpàse, aui^ ^tarostiq» Q( AU» h^H^e» chargea d§ l'État.
Qes siîi évêqwea nQ»vm)is, un ëpui, ceUu Je Wulnlew, cuira dsns la cqnfçdé»a(ioM,
Les non>unis ne pub)jùi'6ut aM(:iin uianifesle en leur propre npin, Tous ceux qui furent publiûji appartiennent a>.',]( dissidents, e( ^urtoi^t ^\\^ protestants de la çanfei».- §ion ^'^uçsbQiKG pt ^e (iet)èvei il y «vait pei» de Imbéiiens proprement dits en Pqlpgne. Le surplus des dissidents se cQwpQsait 4e sQcipiens, de donatairiens et autres secluirL's, qui, noéipe dans Içs pays protestants, ne jouissaient point du liljre exercice de leur religion, et encore moins des
droits politic|ue8.
Ia voix de la jusMce se Ht entend»'e aux dissidents eux» ineroe^ ço PologRe^ ïl séleva du milieu d'eux plusieurs
bomroes justes qui blâmèreot hautement l'injustice des pre'- ^entioQs de leurs frères, la violence et la bassesse de leurs procédé^! et leor reprocbèreot vivement d'implorer le secours des baïonnettes étrangères, et de réclame», contre toute justice, des droits qui ne leur appartenaient jm*. Ils essayèrent de les d^tOUroer de cette entreprise impie, I Le salut d§ la patl'ie, 4isaie»t-i|s ', voilà lu prcnuèrc de tout^^s If s îois; pbw toutes les nations il y a des abus et des inju^tiçeê, qu on aurait dû réprimer, mais qui acquièrent force
de loi , et auxquelles il faut savoir se souniettre. Le principe syr lequel ypus fondez vos réclamations est la ruine de toutes les lois, il ébranlera la nation sur ses bases et la précipitera dans un abîme, La tolérance dont nous jouissons et que l'on 3 encore augmentée par la concession de nouveaux privilèges, est peut-être la plus grande, la plus noble et la plus généreuse que l'on puisse rencontrer en Europe ; mieux vaudrait nous souineitre à l'injustice de nos frères que de
ruiner notre pstr;6,ct cependant c'est là le sort que nous lui préparerions en la faisant tomber, sous la domination étrangère. >
Les puissances ne surent trouver de moyen plus efficace d'arriver à leur but, que de révolutionner le peuple et les dissidents par l'organisation de confédérations toujours nouvelles, qui , sous toutes les formes et toutes les couleurs, désolaient et déchiraient ce malheureux pays. Voyant que tons les droits, libertés et privilèges qu'elles promettaient aux dissidents, n'étajent plus capables d'enflammer leur zèle religieux, et que le nombre de ceux qui, parleurs furieux manifestes, réclamaientl'égalité desdroitsavecles catholiques, ne s'élevait pas à plus de cinq cent soixante-treize nobles luthériens on calvinistes, elles poussèrent les mécontents, c'està-dire ceux qui tenaient pour la Russie ou étaient ennemis du roi, à se confédérer avec les dissidents et à travailler avec eux à la ruine du gouvernement; pour cacher toute l'infamie de leurs intrigues, la Prusse et la Ilussie se virent obligées de pommer cette poignée de dissidents la plus grande partie de la nation.
Ainsi prit naissance la célèbre confédération de Radom, réunie parla Russie qui, une fois son but atteint) se hâta de la dissoudre.
Malheureusement pour la Pologne, le prince primat, Ladislas Pomian Lubienski , archevêque de Gne<»en , venait de mourir. Ce vénérable prélat, remarquable par la pureté de ses mœurs , la rare fermeté de son caractère et la profonde sagesse de son esprit, avait su mettre une grande prudence et une grande modération dans le gouvernement des affaires temporelles et spirituelles du royaume. Sa noble conduite lui avait valu l'estime de tout le monde. Amis et ennemis le vénéraient comme le père du peuple. Repnin lui-même, qui ne respectait personne et qui haïssait les Pulonais, honorait ce grand homme qui savait rénnir les qualités exigées par sa position aux vertus les plus >incèrcs dt» titovf n.
Les Polonais se rappeilerout toujours les tristes paroles que LuJbienski , véritablement animé J'un esprit prophétique, prononça en 1764 '. « Nous nous appelons nousmêmes un peuple libre et indépendant, et en réalité nous gémissons sous le joug de l'esclavage, nous sommes soumis à la force des armes. Nous sentons bien toute la misère de cette position, et cependant nous n avons pas la force de prendre une résolution, ni le courage d'améliorer notre sort. En vérité, nous agissons comme des aven^^les , et préparons nousmêmes notre ruine. Notre liberté n'est plus que licence, et il faudrait une loi pour la réformer et la rétablir dans de justes limites. Jusque-là nous ne pouvons compter sur rien, nous ne pouvons nous défendre et, osons le dire, notre pays n'est qu'une maison ouverte à tous les vents, sans propriétaires et penchant vers sa ruine. »
Repnin, désormais le seul maître en Pologne, dispesant à son gré des charges et des emplois de l'État et de l'Église, se crut assez puissant pour violer audacieusement toutes les lois divines et humaines, et obtint le siège primatial pour un homme de son parti.
11 en présenta deux au choix du roi : c'était Gurowski et Podoski, bien différents il est vrai sous le rapjiort du talent, mais qui se valaient sous le rapport des mœurs.
Gurowski était un laïque souillé de tous les vices, adonné aux femmes et au vin, au demeurant homme aimable et spirituel. Dans sa jeunesse il avait servi de bouffon au malheureux grand duc Petrowicz , connu plus tard sous le nom de Pierre III. Il remplissait le même emploi auprès de l'ambassadeur de Russie à Vaisovie, et joignait les fonctions d'espion et d'agent provocateur de toutf^s les factions. Celui-ci, conformément à l'usage de son Eglise, lui conféra un jour la tonsure , l'ordonna prêtre le lendemain , et le surlendemain le fit primat. Le roi et la natiun avant réclamé hautement contre cette amère dérision des lois divi-
• Voy« RtfuoK-r. foleof unicrçanj , p. 2>^.
nés, Repnin proposa le comte Gabriel, Jean Junosza Podoski. Celui-ci s'était posé dès sa jeunesse comme admirateur clievaleresque du beau sexe. Il avait trouvé accès à la cour d'Auguste III, grâce à unejeune veuve luthérienne, intendante du palais du roi , avec laquelle il eut des relations intimes jusqu^à sa mort. Une fois à la cour, la faveur des dames lui donna également accès à toutes les places et dignités. Il fut nommé référendaire de la couronne et s'immisça en cette qualité dans toutes les affaires de l'État. Ce fut lui qui, peu de temps après, plaça la couronne ducale de Courlande sur la tête du fils du dernier roi de Pologne , et lorsque les armées de la Russie l'eurent fait passer sur la xéte de Biron, le ramena à Dresde. Dévoué de cœur à la maison de Saxe , à laquelle il devait tout , il combattit longtemps pour elle après l'avènement de Poniatowski et espéra rattacher Repnin à ses intérêts. Repnin , sachant cet homme au courant de toutes les affaires de la Pologne, voulut le faire servir à ses desseins ; la légèreté de ses mœurs, l'étonnante mobilité de son esprit, l'adresse avec laquelle il savait se rattachera tous les gouvernements, son audacieuse indifférence pour la foi de son Eglise , enfin , son bon ton et son agréable esprit de société, toutes ces tristes qualités qu'il possédait au plus haut degré, en avaient fait la mer- ♦
veille et l'oracle de son temps ; il fut bientôt le confident de ^
Repnin. Tout le zèle qu'il avait déployé pour la maison jç
de Saxe, il le consacra à soutenir les intérêts de la Russie et :
s'inquiéta peu de devenir traître à sa religion et à son pays. Un homme nourri de pareils principes en religion et en politique, était celui qu'il importait le plus à la Prusse et à ,
la Russie de placer sur le siège primalial , tlont l'énorme infiuencc s'étendait sur le cabinet du roi lui-même et sur la .
direction de toutes les affaires du royaume.
Aussi, sur l'ordre de l'Impératrice, Repnin proposa .
Podoski au roi; mais celui-ci l'accueillit avec répugnance, *
et les évêfpics de Cracovic, Kaniienicc et Kicw, Soltyk Krasinski et Zaluski, adressèrent des plaintes énergiques à
Iloine, représentaut tous les maux qui résulteraient, pour TEglise de Pologne, de cette incroyable nomination. Catbe» rine écrivit de son côté, et Podoski finit par obtenir l'assentiment du pape '. C'était donner le çqup de mort à TEglibe de Pologne.
Lorsque la bulle du pape confirmant la nomination de Podoski fut connue, tous les amis de 1« religion et du pays versèrent des larmes, dans la prévision de )a mine qui les attendait. Gatberine se réjouit d avoir attuintson but, et fit donner à Podoski 6o,qqq roubles d'argent le jour où le nonce du pape lut eut remis la buUe^ pour couvrir les fnjis de sa consécration. Podoski ne se contenta pas d'obéir aux ordres de C^tberine, il travailla encore de toutes see forces ^ ce qu'on les accomplît dans tqnte la Pologne. II se hâta de se rendre à liadom , où il se mit à la tête de la confédération fprmée par les dissidents et les mécontents dans le but de détrôner Poniatowski et de réclamer une constitution nouvelle. Cette constitution, que liepni» dictait le salaire à la main, était bien calculée pour ruiner Irt Pologne,
Pans cet enchaînement de circonstances difficiles, Podoski vit un vaste champ pour déployer ses talents d'intrigue, et pour satisfaire sa haine contre le roi. J£n effet il réussit à faire entrer dans la confédération le brave prince Radziwill.il l'amena ujônie jusqu'il accepter ladignilé den»aréchal et le commandement tlq rarméo. Déiorniais le triomphe de I9 liussie n'était plus douteux. Pareil à un serpent qui cache son dard empoisonné «ous les riches contours de ses anneaux, Podoski, sous prétexte de ramener les Polonais à Tuuité, déploya la plus perfide et la plus redoutable éloquence dans le but réel de les gagner aux intérêts de la Russie.
' Note du traducteur. Douloureuse liiuulitiiiie avec la uiiminaiion de M(;r Pawlowski, acLprcIfC iiui mliici' iiioii;» prcssjnte? ilc rcmiurrm Mcoljf en |8il- Voir, à In lin, I'/Jv/Ws/MVi/i cl les I>ocunicnl> joints à r.M.i.or.LTiov du 22 juillet
' V(iye< lUiUiièif, juirt. 2-, i>;ir,. MU.
I La uuliuii eut divitiee, disaii-il aux confédérui' , il faut qu aujourd'hui elle cédu à la Uuâsie; des tepips meilleurs viendront où elle serd plus furie et plus puissante. l/opi"> niâireté perdrait tout aujourd'hui. Celui qui sait attendre Toccaiiou et la saisir au uiomeot opportun, ne peut jamais périr. »
Entraînée par Podoski et Hadziwill, toute la noblesse pfvlonaiseaccûdu àlaconfédérationf et bientôt, ne point en faire partie, ce fut vouloir être persécuté par la Rus&ie, et être déclaré rebelle et traître à la patrie. Les évéques euxMuémes entrèrent dans cette li(;ue; i^ais Soltyk, évéque de Craco> vie, ^t&es réserve» et n'offrit d'y entrer quaux conditions suivantes^ :
« Je ne yfW\ pas rester seul en arrière lorsque tuute la nation travaille k une œuvre d'une augsi grande iurportance; niais je déclaro ^(flennellunient que par mon accenaion au' thentique à la confédération, j'entends ne me joindre et ne prêter mon concours qu à ceux qui travailleront à la d('> fense des lois et à Tindépendauco de ma patrie, victime du malheur des temps. Eu conséquence, je ne favoriserai «mi aucune façon les prétentions illégitimes deti prutestanis, car je ne pourrais le faire sans manquer aux saints devoir!» que m'impose ma dignité, sans nuire à la cliréiienii', .san> attenter aux prérogatives de lu religion catholique, et sans violer iQUtes ces lois s^* lesquelles repose le »;ilut de la religion et de TKtat. Mais si vos demandes sont rai^oiuKddtK», je nVcngage volontiers à les proj)oscr et à les bouteuir non pas seulement cûmnie séualt^m'i «nais encore connue évcquc, dans la pensée que je dois cet exemple et ù Uia patrie ei à toute la chrétienté, et avec la persuasion (jue ton-» cciix de mes concitoyens qui se coufédèrenl n'exigeront pu:. (le moi d'autre déniarche plus solennelle que celle tp»e je fuis ici pour le bien de mon pay». a
Cette déclaration produisit un gi.md effet, et chacun ad-
' VoNii naiiiiKT, |ij(;. Il — ' \ci\./ Uulliièic, i' |iafiic. |iaf,. Ib*!.
mira la noble modération et la saije tolérance que témoignait cet évêque. Hepnin n'y vit qu'un appel à la rébellion, et jura de s'en venger.
La confédération de Hadom fut alors transportée à Varsovie. On ne saurait croire avec quelle tyrannie Repnin procéda à son œuvre. Aucun de ceux qui avaient refusé de se vendre à lui, corps et âme, ne put obtenir accès à la dicte qui se préparait. Non content des assurances verbales qu'il exigeait de chacun des membres de consentir à tout ce que désirait l'Impératrice , Repnin les força encore de signer un engagement écrit conçu en ces termes' :
< J(^, soussigné, promets an prince Repnin, ministre plénipotentiaire de sa majesté l'impératrice de toutes les Russies, et lui jure de ne contracter aucun lien ou engagement secret, sans en avoir au préalable obtenu l'autorisation dudit ambassadeur, aucun accord avec personne, soit sénateur, ministre ou nonce, soit envoyé de quelques-unes des puissances voisines, mais surtout avec aucun de ceux dont l'intention serait de s'opposer aux projets de lois que ledit an»bassadeur veut proposer devant la diète et faire adopter par elle. Je m'engage, en outre, à ne rien proposer moi-mémo à la diète de tout ce que les cahiers de la noblesse de mon district m'ordonnent de proposer; en un mot, de ne contrarier en aucune façon les désirs diuiil ambassadeur. Dans le cas où je ne me conformerais pas «u présent engagement, je consens à être dégradé de ma noblesse, à perdre tous mes biens, et même à mourir, à endurer enfin le châiiment qu'il conviendra audit ambassadeur de m'infliger.»
Quiconque refusait de souscrire un pareil enr;agcniciit était persécuté de la manière la pins criicilc. Des soldais russes venaient cerner les châteaux des nobles, exigeaient d'eux , les annes a la main , qu'ils donnas<;enl leur signaiurr, et s'ils refusaient, mettaient le fcîi ;»ijx l)âtiincnls t't ravageaient les terres.
' Voyc* RuUiièrc , i' parue, p.ig. i«0.
Cependant toiil«*s ces violences de l'nndtnÀsadcuc russe ne purent eOrayci- Sollyk , m l'ébrunler diins sa résuiuiiou lie détendre les droits de son K^lise et la liberté de son malheureux pays. 11 écrivit aux assemblées particulières et aux diétinesoù l'on devait élire les nonces pour la prochaine diète générale , une circulaire des plus touchantes , les suppliant de ne pas perdre de vue ces deux intérêts si sacrés. < Je vous parle, dit-il ' , comme je vous ai toujours parlé, je conserve les mêmes sentiments. Dieu met notre zèle à l'épreuve et il nous fournit une occasion de l'exercer. Une diète convoquée dans l'élran^jc dessein de satisfaire aux exigences des dissidents et des étrangers, c'est un attentat à la dignité de la î^ation. Voilà bien des siècles ({ue nous avons mérité la réputation de défenseurs «le l'Eglise catholique , prouvons que nous sommes toujours le même peuple. La postérité attend de nous que nous nous opposions à ces exigences des dissidents , car elles sont exagérées et contraires à toutes les lois. L'Impératrice elle-même, quelle que soit l'ardeur ave(. laquelle elle favorise leurs prétentions , a toujours déclaré cependant (ju'elle voulait conserver à la religion catholique sa suprématie légitime. Nous avons donc fait tout ce que l'on pouvait exiger de nous, en les traitant comme des frères et en leur accordant tout ce que les traités en vigueur leur accordent. Ce ne sont pas les confédéialions de Thorn et de Sluck qui doivent dirîger exclusivement nos desseins, il faut songer aux véritables intérêts de la patrie, ces intérrêts que, malheureusement, le roi j)araît avoir oubliés dans son ordonnance d»; convocation. C'est par là que vous répondrez aux espérances des puissances amies et que vous remplirez le désir de la nation. »
Ce langage hardi, mais ^i^{]C , et toui à fait conforme i l'esprit de la ( luuilé chrétienne, excita chez. Hepiiin une tolère si violente, tpi'il (envoya aussitôt, dans le domaine
• Si- ri;i <irll.« (;iiiir.i i>rc»'iilc. I • UI , |"!; •*<"
du coiiraffcnx <?véq»ic , nnc baiitlo do «oldats qiii pillrrent ci ravngèrent tout ce qui se trouva sous leurs imiins. On apporta une partie de ses meubles à Varsovie , tant pour le déBer que pour effrayer les autres, ttcpniu partagea le butia avec ses soldats^ et prit pour sa part les chevaux et le carrosse de Tévéque, avec lesquels il traversa le» rues de Varsovie en triomphateur.
L'héroïque évêque regarda d'un œil tninquille tous ces excès cominiB au mépris du droit des gens, et contintia de travailler avec le mônie dévouement à la défenâe de la re»ligion. Il ne prononça que des paroles de paix et d'amour aux évéqtics Comme aux nonces et aux scuateurs. Les p.-emierS, et surtout ceux de Katnieniec et de Kiewj se joignirent à lui plus étroitement que jamais. Il traita les députés des dissidents avec la plus grande affabilité; il eut des conférences avec eux , chercha à leur persuader d'abandonner les prétentions exajjérées qu'ils éîevaietit en obéissant à rinfluence de la Russie et de la Prusse, et leur fit voir le danger qiîe préparait à leur patrie leur conduite injiiHte et méchante. Ses paroles pleines d'onction avaij'ut ébranlé la résolution des dissidents; un arrangement pacifique était à la veille de se conclure entre les deux partis. Soltyk avait invité à un grand repas tous les députés des dissidents^ les évéqueG et les hommes les plus influents de la République ; tous avaient donné leur parole de s'y rendre : le repas était prit. Les évéques et les sénateurs étaient arrivés, lorsque tout à coup un des députés se présente, au nom des autres, c^ s'excuse de ne pouvoir venir, en alléguant des oitlres supérieurs. Repnin leur avait défendu, sous les peines les j)l;is sévères, de se rendre auprès de Soltyk. Le même jour, les trois évéques reçurent lavis que, s'ils essayaient encore une fois de semblables intrigues (c'est ainsi que Repnin nommait leur charitable démarche) avec les dissidents, ils seraient envoyés inunédiatemcnt en Sibérie. Soltyk supporta cet iiulij;ne traitement avec la même grandeur dYiine , et ne laissa paraitn;
aucune marque (riuipationre et de dé|>it. D'accord avec les évequos de KaDiiciiiec et de Kiew, il ordonna dans toutes les Kjjiises des prières solennelles pour détourner la colère de Dieu , et pour lui demander que la diète qui Allait s'ouvrir prochainement sei*vît au bien de l'État et de rÉylise.
Dès que Repnin en Fut instruit, il se bâta de défendre ces saintes dévotions, accusa les trois évêques de projets révolutionnaires, et redoubla la fureur de ses menaces.
Brisé par 1rs souffrances physiques, découragea la vue des périls qui menaçaient son pays , et redoutant la fureur de Repnin , Krasinski s'échappa de Varsovie sous un déguisemeilt et se retira dans ses domaines, sur les limites les plus reculées du royaume. Peu de jours après, il écnvit à Soltyk une lettre touchante, où se peignait toute la noblesse de son âme. « On ne peut, écrit-il ', espérer de justice et de paix de la part des Russes (fue si/s y sont forcés par les armes; toute la sagesse et toute la pénétration de votre esprit ne pourront rien contre leur politique tortueuse ; votre fermeté ne fera aucune irnpr«'ssion sur eux. Vous ressemblerez à ces sénateurs courageux de l'ancienne Rome , qui , voyant la ruine de leur pairie, s'enveloppaient de leurs manteaux, et, se plaçant sur la porte de leur maison , attendaient l'arrivée des barbares avec une tranquillité majestueuse. Je frémis à la pensée du sort qui vous est réservé. Si vou3 me croyez digne du martyre, je suis prêt à me tenir à vos cotés; mais, si je puis être encore utile à ma patrie autrement qu'en faisant le sacrifice de mes jours, ne trouvez pas mauvais que j'aie voidu les conserver. »
Dans l'état où se trouvaient les choses, la retraite de Krasinski dut être un coup d'autant plus sensible pour la Pologne, qu'il entendait mieux que personne Tart des négociations. Aussi l'adresse avec laquelle il pénétrait les
' nulliicre , '2' partie, p. i88.
plans de la Hussie lui avait-elle valu toulc la liaine do celle-ci.
Zaluski et Sollyk restaient donc seuls sur le champ de bataille. Ils réunirent leurs efforts pour défendre jusqu'au bout la religion et la liberté de leur patrie. Peu de jours avant l'ouverture de la diète, qui eut lieu le i" octobre 1767, Repnin fit appeler tous les évéques, ainsi que le primat, leur recommanda, au nom de Tlmpératrice et de toutes les puissances protestantes de l'Europe , ses alliées, de respecter les intérêts des dissidents , en faveur desquels on avait convoqué la diète, et leur jeta, en les quittant, ces mots em[ireints du despotisme le plus cruel, de l'ironie la plus amère, et du mépris le plus effréné de tous les droits divins et bumains :
« Les prétentions des dissidents, leur dit-il ', quelque exagérées qu'elles puissent être, doivent obtenir satisfaction cette fois. Il en coûtera ce qu'il pourra, mais c'est le désir unanime de toutes les cours de l'Europe, c'est la volonté expresse de tous les cabinets. L'honneur de l'Impératrice y est trop sérieusement engagé ; elle ne peut ni céder, ni attendre, et c'est uniquement par politesse que je vous en parle aujourd'hui, non ])as en votre qualité d'évéques , mais seulement en votre qualité de sénateurs.
« Il est vrai qu'à moins de nier tout sentiment d'humanité, on ne peut s'empêcher de reconnaître le droit que les Polonais auraient de se plaindre. On a agi avec trop de violence à votre égard, et t'ous auriez plein tirait de chasser les Russes si vous le pouviez; mais comme vous n'êtes pas en état de le faire, il faut vous soumettre, vous épargner les châtiments et les regrets qui seraient la consé(juence inévitable de votre opposition. «
Repnin envoya au roi et aux Etats les manifestes venus des provinces, fabriqués en Russie au nom des dissidents, et en inême temps les notes officielles que les cours protes-
• Rutilière , p. 49 1 , ei Raunicr, pag. 1 4.
tantes dtW Kmo|»c a\aieni rrdigiu'S on leur Oivcnr, à l'instigation Je Catherine'; celle-ci avait présenté en outre un mémoire particulier qui surpassait en audace et en perfidie tous ceux déjà faits pour cette circonstance. C'était un véritable manifeste jacobin. Catherine s'y jouait de la religion, de la liberté et des droits les plus sacrés de l'humanité. Jamais, peut-être, l'hypocrisie et la perfidie n'ont été employées avec plus d'adresse que dans ce manifeste.
Qu'il nous soit permis d'en citer quelques passages^. Elle commence par protester, que c'est par pur intérêt pour le s.ilul et le bonheur de la Pologne qu'elle se joint aux dissidents; le refus, dit-elle, de satisfaire leurs prétentions précipiterait sans nul doute la ruine de la Pologne. L'Impératrice n'a pas eu d'autres motifs. Elle a voulu, en bonne voisine et en sincère amie, suivre la voie de la douceur et de la modération, pour mener à bonne fin une œuvre à l'accomplissement de laquelle Thonneur de sa couronne est engagé.
Mais l'inutilité des efforts préalables, et la résolution prise récemment, surtout depuis la dernière diète, de détruire les dissidents , sont pour sa majesté une preuve évidente que , tôt ou tard , elle se verrait obligée d'intervenir, les armes à la main , dans une question qui menace la nation polonaise d'un bouleversement universel. La cour de Pétersbourg a exposé dans un acte diplomatique les raisons par lesquelles elle prend un si chaud intérêt au rétablissement des dissidents. Alors, comme aujourd'hui, elle a mis sous les yeux de l'Europe tout entière la justice inattaquable des prétentions que l'Impératrice a tant de fois recommandées, et auxquelles sa majesté s'est engagée à faire rendre satisfaction.
Lorsqn'enfln les dissidents ont vu s'éteindre hî dernier rayon de l'espérance d'être rétablis dans leurs droits, que
' Ce nianifcsic se trouve dan^ le Hccm il l'c M;iiirii«. 1. | , ]i.ii;. '(iT-lMWl. » Voyer Rcnieil <le Maricn». T. I,p. 3K»>-.'J7."i.
leur rc'>tt'-l-il à luire sinon île recourir au seul moyen efficace que la nature, la raison et la constitution de leur pays Uur fournissent? Ils ont donc pris le parti de se confédérer pour se soustraire enfin au joug de l'injustice et se prémunir contre la persécution.
Ils y étaient autorise's par les lois et par l'exemple que leurs ancêtres ainsi que le reste de la nation leur ont donné toutes les foin que lu patrie a été menacée de quelque danger. Ils ont réclamé de l'impératrice de toutes les Russies la proteclion qu'elle doit à tous «es coreligionnaires, en vertu du trèlité de 1686; or, dans la présente circonstance, les intérêts de ceux-ci se trouvent confondus avec ceux des autres dissidents, qui tous ensemble veulent le bonheur de leur pays.
En même temps que, contre la teneur expresse du traité de Moscou, Catherine confondait si injustement les affaires des dissidents avec celles des non-unis, elle cherchait encore à justifier, par les mensonges les plus impudents, la protection qu'elle accordait aux non-unis, alléguant principalement que des cinq évéchés gréco-russes qui existaient lors de la conclusion du traité, et dont la conservation avait même été stipulée, un seul subsistait encore, celui de la Russie-Blanche ou Mohilevv. Or ceci n'était qu'un détour perfide que Catherine employa pour réclamer contre tous les évêchés unis à la fois, et réclamer leur retour au schisme.
Depuis l'union de iSgS, nous avons vu qu'à côté des évêques-unis de I.uck, Polock, Przemysl , Léopol et Kiew, il y avait aussi des évêques non-unis ; ces derniers existaient plutôt de nom que de fait; car l'universalité des fidèles avait suivi leurs légitimes évêques sans contrainte et sans violence lorsqu'ils étaient entrés dans l'union. C'était à peu près comme aujourd'hui en Irlande, où l'on voit dix évêques de l'Église anglicane presque sans troupeau; car à l'époque delà réforme, les Irlandais restèrent fidèlement ailachés
au catholicisme, et aucun de ces éveques ne put s'établir qu'eu Iciguaut les? armes des An{;lais dans le &an{Ç des <atholiques.
Dans sa justification , Catherine prétend qu'elle ne peut refuser aux dissidents le secours qu'ils réclament de sa part, mais que du reste elle procède avec toute la douceur, toute la modération, et tout le désintéressement que la République doit atten(he d'une sincère amie.
t Ce serait une injustice, s'écrie-t-elle, de vouloir donner ù la confédération des dissidents le caractère odieux d'une guerre de religion , et de répandre l'ojunion qu'elle veut détruire la religion dominante en l^ologne. L'impérairico ne peut voir sans une émotion profonde, que le bonheur d'un Ktut auquel elle s'intérc^Hsc si vivement, soit menacé jusque dans ses fondements, et qu'on retranche cruellement du corps de la nation un sixième de ses citoyens; elle veuf à tout prix eu arrêter les conséquences futaies.
<• Une diète a été convocpiée pour régler les intérêts les plu8 importants, surtout ceux des dissidents. Obéissant au vœu général des cours protestantes de l'Europe, prolectrices de la Pologne , celte diète aurait dû examiner avec réflexion des intérêts aussi importants pour le pays, tant sous le rapport des avantages intérieurs, que sous celui de la considération de la république au dehors; mais un esprit lyrannique a tellement dominé cette assemblée et a exercé sur elle une si grande iolluence, que ceux-là même qui par leur expérience consommée étaient seuls capables de diriger la républi(pie dans des circonstances aussi délicates, furent obligés de se retirer et de laisser la délibération suivre le torrent de cet es[)rit de despotisme. Ce n'est qu'à l'éloignement des uns et au silence des autres, qu'il faut attribuer l'irrégularité d'une résolution qui permet de décider du sort des dissidents, à des éveques qui n'ont point d'autorité, dont h;s d<''risions ne .s.'mr.iieni fuire loi et (lui
ilG
(loiveuî naturellement être (;i)n>i(.lerés (omine li-s ennemiiléclarés tie ees uiêmcs dissidents. .
« Sa Majesté impériale s'abstient de mentionner le danger auquel s'expose la République, de perdiolamitié desgrandes puissances de l'Europe, en poursuivant une conduite si opj)0sée aux formes prescrites de la législation polonaise , et si contraire aux égards que la République doit à des puissances dont elle est Talliée. On ne poui ra reprocher à l'Impératrice d'avoir agi sous l'impression de la colère, s» , par amitié pour les Polonais et dans l'intérêt de l'humanité, elle fait usage du pouvoir que Dieu lui a confié. Sa Majesté impériale déclare qu'elle est profondément touchée du désordre auquel les Polonais sont en proie , et qu'elle prend une part très vive aux souffrances des dissidents; qu'en conséquence elle prend sous sa protection la confédération qu'ils ont formée pour obtenir justice de leurs concitoyens; que l'honneur de sa couronne lui en fait un devoir; qu'à ses titres elle veut joindre encore celui de défenseur de la liberté, du repos et du bonheur des citoyens. C'est la nation elle-même qui l'y a invitée ; elle n'a pas d'autre chose en vue quedesaisircetteoccasion pour réconcilier les deux parlis qui la divisent. Elle désire enfin être considérée comme un pouvoir qui veut faire respecter sa garantie; car le soin de son honneur est aussi cher à son cœur que les devoirs de l'humanité!
« En vertu de toutes ces considérations, dictées autant par l'esprit des institutions de la République que par le devoir, l'Impératrice invite le roi, la République et tous les nobles Polonais à entrer dans cette confédération formée dans l'intérêt de la patrie, et d'y apporter la pureté d'intention et le zèle patriotique qui ont toujours distingué la nation polonaise, quelles que soient les vicissitudes qu'elle ait éprouvées, et qui auraient découragé tout autre peuple moins résolu, les suppliant de f\iire disparaître cette pierre d'achop|)ement pour la liberté, réj^aliio et le bonheur des citovens , et de satisfaire «onnjie il <oiivi('nt f)
des frères, les préventions de^ dissidents, de crainte que ceux-ci ne se fassent justice eux-mêmes. »
Catherine se plaint encore des injustices dont les dissidents ont été victimes, et du refus qu'a fait la dernière diète de leurrendrejustice. Elle se flatte de l'espérance que la Pologne iinira par mettre sérieusement la main à cette œuvre de restauration des droits des dissidents ; et en leur réitérant Tassurance d'ime amitié sincère et désintéressée de sa part, elle enga{je tous les Polonais à se rassembler en diète extraordinaire, à détruire tout mécontentement, à rendre à chacun son droit, et à combler la source des discordes.
« Les traités de paix (un seul celui de Moscou, 1686 ) qui gurantisseni le libre exercice de leur culte aux coreligionnaires de Sa Majesté, leur donnent un plein droit à la protection qu'elle accorde à la confédération des dissidents, et c'est uniquement pour remplir consciencieusement cet engagement sacré, qu'elle a ordonné de renforcer les troupes qui étaient en Pologne depuis le dernier interrègne, et qui ont rendu , depuis cette époque , de si grands services pour le maintien de la paix publique.
« L'Impératrice, dans toute l'affection tle son cœur de mère , supplie les membres de la diète d'apporter douceur, indulgence et amour dans la discussion d'un droit aussi sacré que celui qui est réclamé par les dissidents. Elle déclare qu^elle traitera comme fauteur de guerre civile tout Polonais qui, par haine contre les dissidents et en dépit de la protection qu'ils ont obtenue de sa générosité, oserait les tourmenter de quelque manière que ce soit. Elle les prévient en conséquence que les troupes ont reçu l'ordre nonseulement de s'opposer à toute espèce de violence, mais encore d'en poursuivre les auteurs et de les obliger à faire toutes les réparations nécessaires. »
Enhn, Catherine invite tous les Polonais, quand bien même ils ne seraient intéressés en rien dans les affairesde^ dissidents, à entrer dans leur ( oufédération, et Iciug.itiiu
lit pour eiix-iiit'iiies une semblable protection , car elle considère son atnoiir pour les Polonais comme un devoir.
« Le besoin que Sa Majesté impériale a en d'employer ses forces, pendant le dernierinterrè/jne, pour empêcher les l'olonais de tomber dans Tabiine du malheur se renouvellerait de nouveau dans les présentes circonstances , où leur repos et leur bonheur ne courent pas de moindres dangers. L'Impératrice ne vise à aucun autre avantage que celui vers lequel elle a toujours tendu. Elle vent jouir de la gloire et de la consolation de se dire qu'une nation voisine et amie lui doit la plus grande partie de son bonhe jr. Elle veut mériter l'estime de l'Europe tout entière, qui verra qu'elle est restée Bdèle aux principes sacrés qui ont toujours fait la règle de sa conduite; enfin, elle veut gagner la confiance universelle, le bien le plus précieux que puisse possétler un empire. C'est cette confiance que l'Impératrice désire, et qu'elle croit avoir méritée de la part du roi et de la nation polonaise; aussi espère-t-elle que cette nation ne négligera pas de satisfaire les prétentions des dissidents de la manière la plus éclatante.
a En vain la jalousie s'efforcerait-elle d'attribuer à l'Impératrice des projets odieux contre l'indépendance et les intérêts de la République, elle croit s'être placée au-dessus d'un soupçon de cette nature, et c'est par excès de précaution et de ménagement pour un gouvernement réj)ublicain, qu'elle s'explique aussi solennellement et (ju'elle déclare ne rien exiger des Polonais; qu'elle n'a aucun projet sur leur pays, et qu'elle est aussi éloignée du désir d'agiter la Pologne et d'agrandir son empire à ses dé[)ens , que de la pensée de la soumettre par la force des armes. »
Il est impossible de lire ce manifeste sans se sentir saisi d'effroi. .Jamais on n'entendit au sein des clubs jacobins , en 1792, énoncer des principes plus subversifs que ceux que Catherine publiait trente uns avant la révolution fran- <;aise, sous le titre pompeux tie-j /hotl'> de fllK/nanilt'. (lue
dirait aujourd'hui, en 1840, le {jouvernement russe, si sas sujets catholiques prétendaient reconquérir leurs droits avec les armes, que de 1766 à 17G8 il mit lui-même aux jiiains des dissidents? Et certes, ceux-ci n'étaient pas alors à beaucoup près aussi maltraités que le sont aujourd'hui en Russie les catholiques. La Russie oserat-elle refuser cette justice à dix millions de catholiques , elle qui l'a réclamée eu faveur de trois millions, tout au plus, de dissidents et de non-unis?
A peine les évéques eurent-ils connaissance du manifeste, qu'ils se rassemblèrent chez le primat pour en délibérer. Tous résolurent de se laisser conduire en Sibérie, plutôt que de consentir à ce que Catherine exigeait d'eux en faveur des dissidents. Podoski resta seul impassible et froid, et sut ne pas laisser pénétrer sa pensée.
La diète s'ouvrit dans Tintervalle. Le nonce du pape , Darini , venait d'arriver à Varsovie. Il se rendit aussitôt chez le roi et chez le prince Radziwiil , et les conjura, au nom du saint-père, de déployer en faveur de l'Eglise le noble zèle que la nation polonaise avait toujours témoigné pour elle, et de défendre les droits de la religion contre les prétentions exagérées des protestants. De là il se rendit au sein de l'assemblée, et parla avec tant (Finspiration , que tous les membres élevant la main , jurèrent de mourir pour la défense de la religion, et s'engagèrent réciprtxpicment à sacrifier |)Our elle et leurs biens et hîurs vies.
Soltyk, résolu à soullVii- l'exil , la prison (!l la niorl , plutôt que de favoriser la révolution que la Russie voulait opérer dans les affaires spirituelles et iemjK)relles de lii Iléniih'-que, fit son testament au milieu même de la diète. Après avoir disposé de son bien personnel en faveur de sa patrie, et pris quelques mesures nécessaires pour Tadminislratiou de son diocèse, il piit la parole et se mit à dévoiler avec une noble hardiesse et une admirable fermeté tous les plans que nourrissait Catherine «outre l'Eglise et (outre ri'^lut. La llussie demandait la conclusion d lui traité de paix, (i.que^ h (pu I
tous les intérêts politiques et rcli/jieiix seraient réglés entre elle et la Pologne, et cela par un comité spécial de membres (le la diète, présidé par llepnin. Les résolutions prises et arrêtées dans ce comité, tant pour les affaires de FEglise que pour celles de l'Etat, devaient avoir force de loi et devenir des lois fondamentales dont la Russie garantirait l'exécution. Soltyk fit sentir toute la perfidie que cachait cette proposition. Et d'aboi d, pour ce qui concerne la conclusion d'un traité de paix, le mot seul indique qu'elle ne peut avoir lieu lorsque déjà il en existe qui n'ont pas été rompus , et qu'un traité ne se fait que pour former des alliances ou pour mettre fin à une guerre. Eh bien! la Pologne n'est pas en guerre avec la Russie; dans aucune de ses explications, dnlierine n'a parlé d'alliance; il ne s'agit que de la restauration des droits des dissidents, et pour cela il n'y a pas besoin d'un traité de paix. D'ailleurs, si une commission devait être formée pour régler les affaires des dissidents, elle rie pourrait être revêtue d'un pouvoir illimité , ni présidée par un envoyé russe , elle devrait se composer d'hommes hoiniétes et respectables, qui auraient bien mérité de la confiance de la patrie , et toutes les résolutions devraient être soumises à l'approbation de la diète.
Puis se tournant vers le roi, il lui rappela le serment solennel qu'il avait 'prononcé le jour de son avènement au trône et la promesse qu'il fit plus d'une fois à la diète, de verser son sang pour la défense de la religion. « Le temps est venu, s'écria-t-il, le temps est venu où Votre Majesté doit réaliser cette noble promesse et servir elle-même d'exemple à la nation. »
Le comte Rzewuski, caslellan de Cracovie, appuya les paroles du noble évêque, et démontra connue lui qu'tme affaire d'une aussi grande importance, et d'où dépendait le salut ou la ruine de la République , ne pouvait être terminée sans être soumise à Texamen de la diète. II demanda le rétablissement d'une ancienne loi, on vertu de laquelle tout projet de loi devait être distribué à cbaciui
des membres de la diète, trois jours avant d'être discuté. •
Puis , se laissant aller à son ardente inspiration , il invoqua f
ces anciens citoyens de la Pologne * qui avaient versé tout |
leur sang pour leur patrie , et l'avaient transmise indépendante à leurs descendants ; il supplia Dieu de permettre que ces vénérables pères de la patrie parussent un instant au sein de cette assemblée pour y voir la religion menacée, les lois méprisées et la liberté expirante. O bonté ! s'écrieraient-ils, 6 désespoir! Sont-ce bien là ces deux nations , la Pologne et laLitbuanie, unies pour la défense mutuelle de leurs lois? Ah! s'ils ne vivent plus, leur exemple, en vivant parmi nous , et leurs actions passées nous disent assez ce qu'ils auraient fait aujourd'hui. Ne nous exposons pas à voir le monde enfier refuser de nous reconnaître pour les véritables enfants de ces hommes nobles et généreux, craignons qu'on ne dise : < Non! ce ne sont plus là des Polonais! >
Telle fut la première séance de la diète. Le soir même, Repnin envoya deux détachements de soldats, avec ordre d'envahir les propriétés de Soltyk et du castellan de Cracovie, et de les ravager. Soltyk perdit ainsi le peu qui avait échappé aux premiers pillages. Rien ne fut épargné; les paysans et les bestiaux furent emmenés, et toute la vaisselle d'argent ; les vases sacrés même n'échappèrent pas au pillage.
Le lendemain matin, l'évéque de Kiew, Zaluski, sans s'effrayer des violences de Repnin, ouvrit la diète, et lut deux brefs du pape, adressés l'un au sénat, l'autre à la noblesse. Le saint-père s'exprimait ainsi , en parlant aux sénateurs :
€ Depuis que les dissidents ont élevé contre votre Eglise une tempête furieuse, nous ne cessons d'adresser au Tout- Puissant les plus ardentes prières, afin qu'il daigne vous se-
' RuIliiLTC , 2» paît., pag. i9S.
■ Le saim-pcre en avait adresse (k* scmblahlts au loi ilc l'olojjiif cl huj cour» Je France, d'Autralic cl d'l!s|>;n;nc. Voyc^ l'iiccs jiistiliijtivi>, ti !i-I."»,
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courir dans cette cruelle nécessité , qu'il apaise les venu» et la tempête , et qu'il vous rende le calme dont vous jouissiez auparavant. Car nous plaçons toute notre espérance dans coliii qui , pur I» huucho du prupliùto royiil , nouK ii ordonné de verser toutes dos peines dunii sou sein, avec lu Icrmn confianco qu'il ne nous refusera pas son secours. Cependant il 110 fHut point, ilmiH celte circonstance , nq(li((fr in Necours deo iiominoi^ : Diou it'en lert comme des instruments
de la mJiérJcordtf. ,
« Nous réfléchissions donc, dans ramertume de notre cœur, aux moyens d'arracher la. religion au danger qui la menace, lorsque nous avons jeté les yeux sur votre hrillante noblesse. Elle s^est toujours distinguée, par lardeur de son zèle , en faveur de Dieu et de son Église ; et naguère encore, lorsque, dans vos comices, vous témoigniez avec tant de sagesse et de fermeté vos nobles résolutions de maintenir les droits de votre Eglise, elle s'est couverte d'un nouvel éclat aux yeux du monde chrétien. Quel spectacle magniBque offrit cette foule d'hommes si étroitement unis par la pensée, qu'ils ne paraissaient faire qu'un seul corps , et que ni la jalousie ni les menaces d'un ennemi puissant n'ont pu les diviser! La religion seule peut produire de semblables mer\'eilles; c'est en elle que réside la pluà grande force, dès que ceux qui la reconnaissent sont unis par les liens d'une piété véritable.
« Vous vous êtes conduits alors en hoinmes dévoués, corps et biens, à la cause catholique : montrez-vous les mêmes lorsque s'ouvriront vos comices extraordinaires. Répondez à notre confiance en défendant toujours les intérêts de Dieu avec le même zèle. Il importe à votre foi , à votre piété, à votre fermeté , et à la gloire (pie vous avez acquise, que nous n'ayoTis pas à former le plus léger doute sur votre persévérance dans vos résolutions. S'il n'eu était pas aiîisi , nous croirions que vous n'èics plus dignes du royiuunc des ( ienx , cl celte pensée ne bfiurail trouver accès flnns noire Ci^pril. »
Après la lecture de ce bieF, le jeune Uzewuski, fils du castellan de Cracovie, dont nous avons dëjà parlé, se leva et parla avec éloquence des dangers que couraient la religion, la liberté et la nationalité.
Le roi et le prince Radziwill , maréchal de diète, eurent la faiblesse d'ajourner rassemblée , sur un ordre de Repnin , à six jours. On se hâta de mettre ce temps à profit pour effectuer le projet conçu depuis longtemps d'écarter par la force les évêques de Kiew et de Cracovie et un certain nombre de sénateurs. Ce délai permettait en outre d'attendre l'arrivée de l'évéque de Kamieniec, qui avait quitté sa retraite pour se rendre à la diète. On comptait ainsi le joindre aux autres et les emmener tous plus facilement en Sibérie.
Krasinskt se mit en route pour Varsovie, et ne fut pas peu surpris de rencontrera chaque pas des détachements de troupes russes, qui, sous prétexte de fournir une escorte d'honneur à la femme du castellan de Kamieniec , se rendant dans la capitale auprès de son époux, ne le perdaient pas de vue un instant. A quelques journées de Varsovie, il abandonna tout son équipage, et, sous un déguisement de chasseur, traversa les troupes russes qui entouraient Varsovie. Il y entra , sans être reconnu , le jour fixé pour son enlèvement. Recueilli par des amis, il se tint caché dans le faubourg de Praga, entretenant une corres()ondance secrète avec Soltyk et Zaluski , qui attendaient leur sort avec une inébranlable sérénité d'âme. Ils parvinrent ainsi à s'entendre sur les objets à discuter à la prochaine séance de la diète. Krasinski déploya ici encore son esprit temporisateur. Il conseilla à l'évéque de Cracovie de s'éclipser pour un temps, de laisser passer la tempête, et de se borner à protester avec toute la nation à la face de l'Europe contre les violences de la Russie. Il lui présenta en même temps le plan longtemps médité d'une confédération générale organisée en opposition à celle rju'avnit l'orniro la Russie, et dont les membres s'engageraient so!is serment à
mourir jusqu'au dernier j)our la déFeuse de la religion et de la liberté. Soltyk , voyant que les affaires étaient perdues , soit qu'il se retirât, soit qu'il affrontât le danger, résolut de tomber martyr de la violence et de l'injustice.
« J'ai fait assez de concessions, répondait-il à l'évêque de Kamieniec '; l'honneur, les lois et l'intérêt de ma patrie ne me permettent pas d'en faire davantage : ce serait travailler à notre propre honte. Pourrai-je faiblir sans manquer à mon caractère? Pourrai-je manquer à mon caractère sans me déshonorer? Si chacun doit contribuer au bonheur de sa patrie par les vertus qui lui sont propres, je veux au moins sauver l'honneur de mon pays par ma propre fermeté. Je veux forcer les Russes à employer ouvertement la tyrannie pour exécuter leurs plans; et les supplices qu'ils me réservent auront au moins l'avantage de justifier tout ce que votre sagesse vous a fait prévoir et d'ouvrir une nouvelle carrière à vos vertus en vous préparant une nouvelle gloire, d
Il donna ensuite à un nonce courageux et fidèle une protestation solennelle contre tout ce que ferait la diète, afin , disait-il, de prouver à ses concitoyens que sa bouche n'était pas restée muetie même pendant la captivité.
Repnin exécuta enfin son odieux projet, et, ce que l'on ne saurait trop déplorer, ce fut avec l'approbation , d'autres disent avec l'assistance au roi.
Soltyk soupait chez son ancien et fidèle ami, le comte Mniszech, maréchal de la cour. Un grand fracas d'armes retentit tout à coup à Varsovie. Des soldats russes se répandent en un clin d'œil dans toutes les rues voisines du palais de ce respectable njinistre; ils enfoncent les portes que le maréchal avait fait fermer, comptant sur sa dignité et se fiant au droit des gens. Toutes les issues sont gardées: les soldats encombrent les appartements, et bientôt une bande armée sous la conduite d'un officier se précipite dans la chambre de Soltyk. Il était assi<, tr;;tupiil!c eirr'solii.
i Hulbicic , 1' [Ml lit , i>. o20.
auprès rtela cljeniini'e. Il jeta priiipiiaiijnieiit dans le feu quelques papiers d'Htat importants que, danr> la jH'évisiou (l'un pareil événement, il portait toujours avec lui; et, se tournant vers Tofficier : « Me connaissez-vous? lui dit-il; <;avez-vous que je suis prince, sénateur et prêtre? — Mes ordres, répondit brièvement l'officier, portent que je dois vous arrêter et vous emmener prisonnier, w Conservant toujours une noble tranquillité d'esprit, Soltyk ajouta, avec un ton plein de douceur : a Je regrette de ne pas pouvoir vous donner la tabatière d'or que je destinais à celui qui se cbargerait de remplir cette mission; mais je l'ai laissée chez moi , persuadé que ce serait là que l'on viendrait me prendre. » Alors, embrassant le comte Mniszecb, que la colère et l'effroi avaient jeté hors de lui-même, il suivit ses gardes, Zaluski et les deux Rzc\vuski furent saisis et emmenés à la même heure.
Zaluski , le grand évêque, riiommc le plus instruit de Pologne, était à genoux, un crucifix entre les bras et priant lorsque les soldats russes entrèrent dans sa chambre. Il offrit alors à Dieu sa vie en expiation des péchés de son peuple , donna sa bénédiction à ses gens qui fondaient en larmes à ses pieds , pria le Seigneur de pardonner à ceux qui avaient donné l'ordre de l'arrêter, et suivit gaiement, sans chaussures, l'officier chargé de le saisir, qui, frappé de tant de courage , lui adressa quelques paroles affectueuses.
Tout cela se passait dans la nuit du i3 au i4 octobre. La même nuit les cinq prisonniers, qui ne tardè»ent pas à être suivis de bien d'autres, furent transportés dans le camp des Russes au delà de la Vistule, et le lendemain enunenés dans l'intérieur de la Russie, chacun sous la conduite d'environ deux cents hommes. Ils ne pouvaient conmniniquer entre eux. On ne saurait dire tous les mauvais trailen^.cnts dont ils furent l'objet pendant ce long et pénible voyage. On refusait le nécessaire à des hommes que leur position élevée avait habitués aux délicatesses du superllu,
eitloiil les infirmités et Je graml une méritaient de f,rjntl.> ménagements.
Arrivé à Wilna, le général rnsseNnmmers qui n'avait pas encore abdiqué tout sentiment d'humanité, ne voulut pas les faire aller plus loin , avant d'avoir imploré en leur faveur la pitié de l'Impératrice. Catherine leur offrit la liberté à condition qu'ils signeraient l'engagement de ne s'opposer en rien aux opérations de son ambassadeur. On fit cette proposition à chacun d'eux, dans sa prison et sans que les autres en fussent instruits : tous s'accordèrent à la rejeter avec indignation. Alors on les conduisit à Sniolensk en redoublant de mauvais traitements, et lorsque les confédérés s'insurgèrent en Pologne, on les emmena au fond de la Sibérie. Celui qui les conduisit avait Tordre exprès de ne pas dire qui ils étaient, et de ne jamais prononcer leur nom.
Pendant ce temps on cherchait de tous côtés l'évéque de Kamieniec; Varsovie et ses environs furent mis pendant quelques jours en état de siège, mais toutes les recherches furent inutiles. Il avait pris la fuite.
Un attentat aussi audacieux avait irrité tous les esprits en Pologne; le sénat entier et tous les nonces se rendirent auprès du roi et se plaignirent d'une violation aussi inouïe. Quel fut leur éionnement, au moment où la ville était dans Teffroi et la désolation, de trouver le roi tranquillement assis à son chevalet, entouré de pinceaux et de couleurs et s'occupant à dessiner un costume pour le prochain anniversaire de son couronnement! Ce prince faible, imprévoyant, restait depuis long-temps impassible en j)réseMce des attentats des Russes, et leur laissait pleine licence. Lorsqu'ils lui parlèrent des intérêts du pays, il répondit avec une imperturbable tranquillité : « Tant que tout le monde se jettera dans les bras de la Russie, je ferai comme les autres. • Ce n'était pas sans raison que les Czartoryski disaientà leurs compatriotes du parti russe : « Votre roi est
un beau jni'dinier, im peintre l»;il)ile , un graïul arti«ite, ini savant architecte et tout ce que vous vou<lrez, mais c'est un pauvre roi ; » et en effet jamais prince ne deshonora autant le trône et le nom polonais.
Cette apparition des représentants de la nation avait d'abord causé quelque embarras au roi et l'avait fait rougir de sa bassesse. Leurs reproches l'avaient troublé, et il avait envoyé trois d'entre eux à Repnin pour lui demander raison de son action : celui-ci répondit qu'il n'avait de compte à rendre à personne, que l'Impératrice seule avait le droit de lui en demander ; que les prisonniers ne seraient pas remis en liberté avant d'avoir satisfait à ses exigences. € Je ne serai content que lorsque mes plans seront exécutés entièrement, vous m'enterreriez plutôt vivant avec mes quarante mille Russes. » Il ne craignit pas de manifester publiquement ses exigences en face de la confédération réunie et d'ajouter d'un ton moqueur : u qu'il avait fait emprisonner évoques, sénateurs > et nonces, parce qu'ils s'étaient rendus coupables de lèse-majesté envers l'Impératrice, en osant soupçonner la pureté de ses intentions.
L'illustre Zamoyski , grand chancelier du royaume, généralement respecté, s'éloigna alors du roi et donna sa démission de toutes ses charges et dignités. Il fut remplacé par Borch , homme également recommandable.
Le nonce dti pape, Darini, demanda à reparaître à la diète pour protester contre l'itidignc violence que l'on faisait aux évoques, et exiger leur mise en liberté. Hepnin lui répondit avec ironie, que s'il le voulait, il était libre de partager avec eux l'hounenr de l'exil. Ce prélat, d'un esprit faible, n'osa aller plus loin. Dans cette circonstance, amis et ennemis blâmèrent également sa lâcheté.
Repnin ne connut plus de bornes à son despoiisn>e. 11
' Rauoier, p. 3ti.
fit doubler la jjaruisrm <le Var.>u\le. 11 iailiit dès lors drs permissions spéciales et par écrit do cet homiiie, pour aller respirer l'air hors des murs de la ville. 11 continuait en même temps à diriger les travaux de la diète, et annonçait sans pudeur qu'il livrerait Varsovie et tout le royaume au pillage, si on s'opposait à son projet de commission; il menaçait de plus de trancher ]a tète à quiconque oserait contrecarrer les volontés de l'Impératrice.
Bepnin alla jusqu'à faire insérer celte menace dans les procès-verbaux de la diète; mais la prudence lui commanda bientôt de l'effacer *.
La diète s'ouvrit sous ces tristes auspices ; la terreur s^était emparé de tous les membres. Quelques voix courageuses s'élevèrent, il est vrai, mais Repnin les réduisit au silence, en déclarant qu'il ne céderait en rien à personne et considérerait comme rebelle quiconque s'opposerait à la volonté de la czarine '^. A l'aide de ces moyens, il réussit à se former une commission de soixante membres: les représentants du sénat furent nommés par le roi , ceux de la noblesse par Radziwill.
Les conférences commencèrent d'abord sous la présidence de Repnin; plus tard elles furent présidées alternativement par lui et par l'indigne primat.
On n'épargna rien pour leur donner tonte la solennité possible, et du moins pour les revêtir d'une; ap[)arence de solennité. Repnin et Podoski , le primat de l'K^lise polonaise, étaient assis à côté l'un de l'autre sur deux sièges élevés; à leur droite étaient les soixante représentants du sénat et de la noblesse; à leur gauche, les huit députés des dissidents, ayant à leur tète l'évèque russo-grec de IMohilew, dont le siège était autant élevé que celui de ses sept collègues. En face de l'ambassadeur russe et du primat, étaient les ministres des cours protestantes de Prusse, d'Angleterre, de Danemark et de Suède. Repnin engagea l'assemblée à
' Riilhièrr, 2* panic. p. r»28. — ' Raiimer. p. 4rt. Hulhiùc, \>. .".,'«).
.s\)(uii|)(M' de «iilislaliN' MiiK vo'dv <1(^ 1 )in|)(''iatii<^> ol <!«• régler, pour lo pins {{ranci avnnrn|;t^ dn royaume, toutes les affaires spirituelles et temporelles en litige. Mais, par un reste de pudeur, les ambassadeurs des autres puissances refusèrent de seméler des affaires temporelles et déclarèrent que les instructions de leurs souverains ne les autorisaient qu'à réclamer la restauration des droits des dissidents.
On vit alors quelques membres courageux de la commis sion foire encore im dernier effort pour détourner Ilepnin de ses projets de violence contre l'Eglise catholique. Ils s'exprimèrent dans les termes les plus respectueux, se contentant d'en appeler au premier manifeste de Catherine , qui avait jure de ne toucher en rien aux droits de l'Eglise r?tholique dans l'intérêt des dissidents. Repnin ne daigna pas même écouter ce langage . il traita ces représentans de la nation polonaise de la manière la plus insultante. L'un d'eux lui fit remarquer, le manifeste de Catherfne h la main , l'arbitraire et l'injustice de sa conduite. 1 aisez-vous, lui cria-t-il, il n'appartient qu'à moi de connaître le véritable sens des déclarations de n)a souveraine. Je no souffrirai ni objection ni discussion, il faut qu'on se soumette '.
Il ne permit pas même aux membres de la ( ommission d'exposer leurs opinions sur les moyen» à employer pour satisfaire les dissidents, iî leur présentait les actes tout faits les uns après les autres, et les forçait à donner aveuglément leurs signatures. Il leur permettait seulement quelquefois, mais bien rarement, d'avoir quelques conférences préparatoires dans le palais archiépiscopal. lies arrêtés étaient définitivemtut rédiriés à Thotel de l'ambassade russe; c'était là qu'il fallait les signer, aux pieds du portrait de l'IrjM^ jitrice, place sur un frouc n^agivfjque au milieu de la grande salle. Tant qu'avaient lieu les conférences , la ( onr <!<' liiotel était remplie de {grenadiers
' r.iiiliii'n: , '!■' |viiil<-, j>. .'i!5.
rii.«.<ics. T.es janlias ci\ étaient ('{jnli'ineiU {;ar»iis, et lorsqu'il 8 «(hissait de signer Ic8 urrétés , cet appareil militaire était eiicure aii(}itK'nté, les soldats étaient run(][és en bataille » et prét^ h tout en cas de nécessité.
Les conférences tinirent le i5 novembre 17^)7. Le même jour fut .si((né le célèbre traité pour le rétablissement des droits des dissidents, cbef-d'œuvre d'audacieuse injustice et de despotisme impudent. Repnin signa le premier, et après lui le primat Podoski ; vinrent ensuite les membres de rassemblée, parmi lesquels on vit avec peine les évéqucs de Posen, de Ciijavie, de Przemysl et de Livonie, entraînés par l'exemple de leur supérieur et par les flatteries de Hepnin.
Pendant que, lu désespoir dan^ le cœur et les larmes aux yeux, i!s quittaient ce palais où ils avaient été contraints à cet acte déplolable, le primat témoignait bautement Va\yprobation qu'il y donnait, et cbercbait à consoler ses collègues. Tout ira bien, disait-il. Le soir, Repnin donna uti grand bal» pour prouver la joie qu'il ressentait du succès de ses négociations.
Lfc'8 dissidents et les non-unis allaient jouir, en vertu de ce traité, des mêmes droits que les catholiques, à la seule différence près qu'ils ne pouvaient aspirer ù la royauté. Ce traité fut conçu dans le même esprit qui dicta les mémoires des cours protestantes j il fut basé principalement sur les déclarations de Catherine, du 20 novembre î "^66 et du mois de septembre 1767. 11 serait superflu de le citer ici; nous renvoyons nos lecteurs aux pièces justificatives '. Ou y remarquera que les anciens traités d'OIiva, de Velau et de Moscou sont mis de coté; qu'on y fuit appel aux lois données par Charles XII et raoportées depuis longtemps à la demande de l*ierre-le-Grand ; enfin tout le traité ne parle que de la Prusse et de la Russie , tandis que tout le monde
• Voyez Piî'cei jiisiificaiivcs, u" 31 , et au besoin Recueil de M.irUMis, i. I, j). 398-453.
sait combien (grande fut la j art (ju'y prironl ]t)>i autres puissances protestantes.
Il sulTit de jeier un coiij) d'ceil sur ce traité potir comprendre fjuelles profoiidcf; Messures il faisait aux Ej^Iisps cathciicpies des deux rites en Polo{»ne. On peut le considérer avec! raison comme la cause de la destruction du cajh'jlieisme ilaiîs ce malheureux royaume. Quant à TEpIise ruthénienne nnie , elle fut ébranlée jusque dans ses fondemens. f.a manière dont devaient être réglées par le tribunal mi\te toutes les diflicullés. entre les Eglises des denx rites, d'une part, les dissidents et les non-unis de Tautre, devait amener nécessaiiement la ruine de TKglise unie et la tiissoluiion prochaine de rK(jlise catholique latine.
Ti'organisalloM même du tvihutuil mixte était un signe de destruclion j)OurrKglise unie. D'ailleurs cette Eglise devait rentrer dans la situation où Tavaient trouvée les traités d'Oliva et diî Moscou, 16G0 et 1G86 , c'est-à-dire se dépouiller d(» tout ce qu elle avait légitimement acquis depuis ces époque? et rendre aux Grecs nori-utïis les églises et les cloîtres avec tous leurs biens; de plus, il devait désormais dépendre de cha(]ue commune en particulier de se donner à l'Eglise ruthénienne catholique ou à l'Eglise gréco-russe.
La glorieuse luiion des sièges de Léopcl et de Przeir.ysl, que nous avons vue s'accomplir dans les dernières annéesdu règne de Jean Ilf,et confirmer en 1720 parle synode de Zamosc", eût ét<'' rayée d'un trait de j)lume par la première de ces dispositions, si la Providence n'eût pas voulu que ces i\ei\\ sièges passassent, avec la (îalicie, par suite du premier traité de partage, sous la domination de la maison d'Autriche. Par là, les ruthéniens-nuis de cette province échappèâ'ent à la guerre de pillage que les non-unis, soutenus par les armées russes, commencèrent en Pologne et en I.ithuanie. Mous anions bientôt occasion de parler de cette horrible guerre d'extermination.
Un pr.lat cotnme Podoski , si n)alhenreusenieul nonnné
ir,2
j»ilina( (le I'oIojjjhc, poiuaii scu\ prrlt r la ntaiii à un pareil -acriléjje.
Lorsqu'on eut reçu à Rome la ijoinelledc ce uaiié, le pape Cléuient XIII eu fut accablé. Il assembla aussitôt le consistoire, et les yeux baignés de larmes, instruisit les cardinaux du danger auquel étaient en proie les Eglises catholiques des deux rites en Pologne, a Tout secours humain, leur dit-il, est désormais impuissant pour détourner le malheur qui les menace : c'e^t plus haut qu'il faut recourir. » Il suppliait donc les pieux habitants de Rome d'unir leurs prières aux siennes et d'implorer le Tout-Puissant, pour qu'il n'abandonne pas la Pologne. Le 29 décembre il ordonna, dans toutes les églises, des prières publiques j)oiule salut de l'Eglise de Pologne. Rome s'émut tout entière, et dans ce douloureux jour, eKe offrit le spectacle d\me pénitence publique '.
Le pape adressa en même temps au roi de Pologne et aux évéques le bref du 6 janvier 1768, où il les exhortait, de la manière la plus touchante, à défendre eouraj^eusement la religion de leurs pères'-.
Après avoir terminé Icsaffaiies de l'Eglise, Repnin s'occupa des affaires temporelles et employa les mêmes moyens violents j)our assurer le triomphe des volontés de l'Inipératricc. Ainsi parut cette célèbre constitution du 511 février 1768, monument éternel de honte pour la Pologne connue pour la Russie, et il se trouva des Polonais assez, aveugler pour célébrer l'œuvre du dictateur russe, connue l'aurore de leur liberté et de leur indépendance^
■ Storia ilclla guciia prcsmic, t. HI, j>. 'J2. — ^ Voyez Pi«' rcs jn-iilii ji., u" 1,"».
s nulhiùrc s'exprime ainsi sur rplteconstitutiuii : Les [laïK'^'.v'i^f"» Je «etic feninif pouviiicnt dans cette eriti'cprisc louer, s'ils le voiilaien'. l"iiiul:iif, le {jpiiic entreprenant, l'habileté à jeier le trouble chez les nation.: voisine-^ , ri ;'i ramasser ll^ matériaux de i|iii'lqnes incendies; mais il ne fallait jias lunor l'inioiii de l liiunaniie, ni la |iliili)S(i)iliie , ni la |i()liliqne... On proposa aii\ iiiinnii --.iir.s d envoyer .1Il^- »iiot après la dièie «le.s ministres earaCicri.Ys dnns les pi'h'.cii). îles tours île lllol'Opc , ponf annunccr le iiuKveau goiiverncmeni , e.i esiiitti i.i .•■afjessc cl xantei- Icn J\jniajrs qui en reviend.-nii'nt :i la I{i'|)ulilii|ue, Coiii- |)roposilion mit h- toinblr .
fT*-
Le Jiiuconteiueiiient de la nation tut porté à son couibJe, et bientôt se répandit le bruit qu on or(][anisait une confédération pour la défense de la liberté et de la religion. Repnin pressa la clôturt- de la diète pour ne point perdre le fruit de tant d'efforts; elle fut prononcée le 5 mars de la même année.
L'acte du i5 novembre 1767, garantissant aux dissideuls et aux non-unis les^ mêmes droits que ceux des catholiques, fut solennellement sanctionné , et le |^ février 1768 inséré dans la constitution. Tandis qu'on en faisait la lecture, l'assemblée témoijjnait hautement son mécontentement. Le premier article disait : « Le roi et le primat professeront la religion catholique. » Un sénateur se levant, proposa connne une amère ironie l'amendement suivant : € Saluis modernis posscssoribits. > Ainsi hnit cette honteuse diète; la confédération de Radom fut inunédiatement dissoute.
Les Etats ne voulurent pas se séparer avant que les évéques et les sénateurs arrêtés ne fussent mis en liberté, et demandèrent au roi qu'il l'obtînt de Catherine. Le primat répondit que ces personnages étaient de grands coupables, qu'ils ne méritaientaucune grâce, que du reste Tlmpératrice savait aussi bien pardonner que punir.
Catherine et Repnin travaillèrent sans relâche à consolider leur victoire, et créèrent une noblesse gréco-russe jusqu'alors incoimue en Pologne, pour augmenter le nombre de leurs créatures. Tous les Russes complices de la tyrannie de Repnin furent naturalisés et obtinrent des titres de noblesse, quelle que fût leur naissance. Ce fut ainsi que devinrent nobles Karr, Ingelstrom et Bulakof. Catherine eut soin de faire abroger l'ancienne et sage loi qui défendait tout accès aux diétines , à ceux qui ne posséderaient pas de biensfonds dans les districts' ; dorénavant le simple titre de gen-
I iii(iigna(ioii Qciicralc; triste cl < iDnimute iiumiliaiion ! L.t iiaii'Mi .tiMiMC tlojit Tinire tairr IVIogc de ses tyrans. — V 11, j>. ^17 cl ô57. ' llnlIiM-rf , J' |).iiiir, |). ■jiJô, •"»•■)•">.
tilbomiiiu dunnait co droit. Ilepiiin aurait pu introduire Tëvéque de Mohilew daus le sénat, il n'en eut cependant pas le oourage ; cet évoque ne savait que boire et jurer.
8nr ces entrefaites , arriva h Varsovie le nouveau iiojice du pape, le célèbre Josepli Garampi. 11 apporta au roi un bretdu pape et une protestation solennelle contre tout ce qui avait été stipulé dans lacté séparé du 1 5 novembre 1767. f Votre Majesté ne s'étonnera pas, « dit le bref, « si , en présence des dangers dont la religion et TÉglise catholique sont menacées dans votre royaume, nous vous écrivons aussi souvent. Tout nous y autorise, et la charge dont nous sommes revêtus, et Taniour qui nous attire à votre peuple, et notre sollicitude pour la gloire de votre nom royal, et le danger que court le salut d'un gratid nombre de fidèles. Et que manque*t-il en effet à ces conventions pour être injurieuses au Seigneur, dangereuses pour son Eglise, inquiétantes pour votre gouvernement et désastreuses pour votre peuple? Y a'tfil un seul catholique qui ne gémisse au fond de rame de voir que le temps n'est pas éloigné, où voire Église sera en proie à l'abomination de la désolation? Il faudrait ne plus avoir au cœur aucun sentiment d'amour pour la religion, pour ne pas se sentir .saisi d'une immense douleur à la vue du bercail de Jésus-Christ envahi par des lou[)8 dévorants, et en voyant que vous n'avez pas craint de signer vous-même ces honteuses conventions?
« N'aurait-il pas inieux valu s'exposer à tous les dangers; n"aurait-il pas mieux valu se dévouer mille fois à la mort, plutôt que de se rendre responsable de la damnation de votre peuple, d'un peuple pour lequel vous vous êtes engagé, mon cher Hls, en acceptant la couronne, à sacrifier et vos biens et votre vie? Mais il y a encore une obligation plus sacrée pour vous, c'est celle de la religion qui vous lie plus fortement que les autres et qui vous force, malgré tous las dangers, à assurer le salut éternel du p<Miplo qui vous a été confié, et h le maintenir dans la foi caihidiquc ;ui milicn des épreuves qui désolent votre royaume.
€ Toutes ces considérations méritent une méditation se» rieuse; elles doivent vous engagera ne pas laisser flétrir la gloire de votre nom, et si elle vous est chère, à ne point mépriser le jugement de la postérité qui compterait votre règne comme une époque de malheur, dans laquelle toutes les sages lois à Tombre desquelles la Pologne a vécu si longtemps, auraient été détruites en un instant, et rem-* placées par des conventions, que vos prédécesseurs avaient toujours rejetées avec courage et persévérance, et qui brisant tout lien, livrent l'Eglise catholique et votre pays aux mains des dissidents et des schismatiques.
« Ainsi, mon cher fils, vous qui avez sans doute pleuré à la vue de ce malheur et qui ressentez, nous en sommes con-vaincu, un saint et sincère repentir, songez que le temps est venu où il n'est plus permis aux véritables croyants de gar^ der un coupable silence : car il ne s'agit de rien moins que de savoir si le royaume du Christ s'affaiblit a , et si celui de Satan doit augmenter et s'étendra tous les jours. Tout ce vagte royaume sera dans peu ouvert à Terreur; encore quelques années et il n'y aura plus d'endroit que le souffle empesté do l'hérésie n'ait désolé. Vous êtes venu dans un temps de corruption , où il faut prendre parti pour ou contre le Christ, où celui q»ii n'est pas avec lui est contre lui. Nous ne doutons pas du parti que vous prendrez; mais si une puissance invincible fait échouer vos efforts, que l'Eglise catholique tout entière sache du moins que vous avez repoussé avec constance le honteux traité qui prépare sa ruine. Vous aurej; donné le i)lus beau témoignage de votre foi, en prouvant que le royaume terrestre n'est pas assez précieux à vos yeux pour que vous lui sacrifiiez votre part du royaume céleste, que vous n'êtes pas assez ambitieux de conserver la dignité royale pour consentir à la porter même avec honte et déshonneur, quand bien même vos efforts seraient impuissants à fermer l'entiéc de votre royaume a la latisse religion. Ne \ou^ (iéc(iura{;c/. pa- et ii.i\;till(v fie toutes vo> lorccs . n non» \ou> en >u|)jilif'ii-,, kiiIm' ( lici lii .
en Jésus-Clirist; que jamais votre nom royal ne soit exposé à ce qu'on puisse dire , que les blessures faites à la religion dans votre rovaume lui ont été faites de votre consen!:ejtnent. Sur ce , nous donnons à Votre Majesté notre bénédiction apostolique. »
A la lecture de cette lettre, le roi fut saisi d'une profonde douleur, et son émotion fut si vive, qu'il ne put répondre un seul mot au nonce. 11 commençait à être puni de tous les crimes qu'il avait laissé commettre contre la religion , soit par faiblesse , soit parce qu'il avait été trompé , soit par défaut d'attachement pour TLglise. Le primat sentit aussi , au milieu des atteintes d'une maladie mortelle, les tourments de sa conscience sacrilège qui lui reprochait tous ses crimes. Il se rendit chez Repriin, et lui demanda à plusieurs reprises sa démission; elle lui fut refusée avec moquerie.
Un jour qu'il insistait avec plus de force, Repnin, irrité, tira de ses papiers un mémoire que Podoski avait rédigé à l'époque de son élection à la dignité de primat, et dans lequel il enseignait les moyens de détacher la Pologne du saint-siége. 11 le déchira, et lui remettant les morceaux ; u Va , » lui dit il, c va trouver le nonce, va lui faire la cour. »
C'était avec un dédain révoltant que Repnin procédait dans ses violences, et il le faisait sentir à tout le monde sans exception, même à ses créatures. « Vous poussez les choses trop loin, » lui dit un jour en pareille circonstance le noble comte Martin Potocki , « vous ne connaissez pas notre nation; nous avons un vieux proverbe qui dit : Vous pouvez prendre à un Polonais son manteau et son habit; mais si vous voulez lui enlever sa chemise , il vous reprendra tout. — Et qui donc osera élever la voix? » s'écria Repnin. — « Moi, •» r 'pondit courageusement Potocki; <( en moins de quinze jours, je serai h la tête d'une confédération
' Ibidtuj, |.. 339.
et prolesterai contre tout ce que vous avez fait; Je suis en votre puissance, dites-vous; eh! mon Dieu, faites-moi prisonnier si cela peut vous faire plaisir, cela ne vous avancera pas beaucoup, il y a cinquante mille Polonais qui pent>ent ^ comme moi. »
Tt'l fut le commencement de la confédération de Bar; èle fut formée le 29 février 1 768 , sept jours après la signature du traité de paix. Tous les nobles à qui la religion, la liberté et la patrie étaient encore chères s'y adjoignirent. Krasinski, évèque de Kamieniec, avait déjà fait le plan de celte confédération et l'avait déposé, en quittant Varsovie, entre les mains du noble et courageux comte Litawar Chreptowicz, nonce de Lithuanie. Cet homme, qui à Téclat d'une haute naissance joignait celui d'une vertu plus distinguée encore, fut choisi pour maréchal de la confédération, et le 16 avril 1768, il adressa à ses concitoyens un manifeste, en les appelant à la défense de la religion et de la patrie ïnenacées par la Russie '.
Jamais les attentats dont la Russie se rendit coupable à l'égard des Polonais n'ont été décrits d'une manière plus vraie, plus touchante , plus noble et plus modérée que dans ce manifeste. L'impression qu'il produisit sur tous les esprits est impossible à dire. Tout le monde cria vengeance. Repnin, effrayé, en défendit la lecture et menaça de la mort, de la prison ou du bannissement, quiconque en aurait un exemplaire chez lui. Catherine essaya de détruire cette impression en publiant un autre manifeste dans lequel elle réunit l'hypocrisie la plus raffinée à la plus misérable jactance. Elle y déclare les coofédérés rebelles et ennemis de la patrie, leur refuse le droit de former une confédération, et prétend que jamais la religion et la liberté n'avaient été si bien protégées et affermies que par la dernière diète. Elle finit par assurer aux Polonais qu'elle voulait être leur mère, leur amie, leur bienfaitrice, et qu'elle n'avait rien
' Noyti l'ièces |iisiiluaiiMs , ii" l'J, ci au boom i^'^rva '/f'/i ijucn i piornt', »• IV, ji. lij et Sloivi <fn'' <mm> llCS, j). ,1S.
plus à cœur que la liberté, rindépendance et le bonheur dç la Pologne. Et pendant ce temps, de nouvelle^ troupe^ en* traient dan» le royaume , et Tordre était donné à Repnin de poursuivre les confédcrée avec le fer et le feu partout où ils se rassembleraient.
L'indomptable Tul^wski, le Léonidag des l)éro$ de (iar, ras$ombIa ses braver autour de lui, enflamma leur cugrafe par d'éloquentes paroles , et leur déyolb» , de |{i luême pianière que Cbreptowic^, les plans de Catherine contre la Pologne.
• Jusqu'ici, » disait^il à ces jeunes héros ' , « nous avons développé les vertus qui nous squt propres, mais ceux qui nous les ont enseignées sont aujourd'hni les victimes d'une cruelle vengeance. Aui^ yeux de nos oppresseurs, les plus saintes vertus sont comptées pour des crimes, et nos pères gémissent aujourd hui dans les sombres cachots de cette nation barbare. Si jamais riiomme a eu qnelques devoirs k renq)lir, c'en est un pour nous aujourd'hui de prendre les armes, malgré notre répugnance à le faire Que se p^sse-t-il en effet sons nos yeux? ja République est envahie par des troupes étrangères, notre religion est insultée, notre ^tat indépendant est placé sous le joug, la justice est méprisée, le droit des gens est foulé aux pieds, nos sénateurs, nos évoques et nos nonces sont dans les fers. Quel est donc le tyr^n qui nous opprime? quel est donc je peuple audacieux qui nous jnsulte? Rappelez-vous, il cfi est tonips, que cette vile nation a toujours été l'esclave de vos pères, que ses empereurs ont été soumis à nos lois , que ses provinces nous ont {appartenu , qu'Us n'ont pu fonder un nouvel cuipire au milieu des forets et des déserts que tandis que nous étions occupés à des guerres étrangères. Rappelez-vous que de simples chevaliers polonais, pour venger la mort de quelques compatriotes, ont marché contre l'cuipereur et son armée avec les faibles troupes qu'ils avaient lcvé;s dans
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leurs propriélés, et les ont contraints à une fuite honteuse. Rappeles-vous que, quelques années après, quelquea-uns de nos pères, appelés dans cette cour perfide, ont eu assez de leur courage pour contenir un peuple conjuré tout entier contre eux, et qu'ils n'ont quitté leur capitale qu'après l'avoir réduite en cendres, m
Pour enflammer davantage le courage des oonfédérés, il rabaissait la réputation de grandeur de la Russie, il leur en montrait la faiblesse, il leur disait de compter sur leur courage et sur le profond sentiment d'honneur qui a tou» jours fait faire des merveilles aux Polonais. Arrivant enfin à Catherine : Un seul homme , dit-il, maître de cette nation barbare, l'a couverte du reflet de sa gloire, et cela, par 1^ sévérité d'une discipline militaire qui prouve qu'il avait à craindre ses officiers comme des ennemis ; l'esprit de cruauté de ce despote subsiste encore aujourd'hui parmi eux. AucMO Russe ne sait ce qu'il exige de nous , ils accomplissent aveuglément les plans infâmes qui sortent de l'ulcôve ou de la baignoire d'une femme corrompue et souillée par le meurtre de son époux. Machines obéissantes et sans réflexion, vainqueurs ou vaincuii, ih |i agissent que par la crainte du Knout ou des fers.
H P'aut-il encore que je vous fasse voir, njes frères, les pièges que l'on vous tend avec perfidie et que l'on vous cache sous des propositions de paix? Je vous le dis en vérité , ces propositipps sont plus à craindre que leurs prises d'armes, il ne peut y avoir de |)aix entre eux et nous. Il nous faut périi ou résister, la Providence nous vengera si nous succombons. Cette femnie ambitieuse et perfide, qui ne connaît aucune vertu, cette feninie, qui ne médite que des crinies, verni toutes ses manœuvres éphouer devant la fenne résolution de la noblesse polonaise; nous verserons tout notre sang pour protester contre sa tyrannie ; la fausse renommée dent elle est si jalouse p(''iira , fine notre entreprise soit < omoimée ou non de succès. » I,et> paroles de Piilaw --ki |>i odui^iieiit nu
MO
effet merveilleux, le nombre des confédérés s'accrut rapidement; religion et liberté, ces deux mots de ralliement parcoururent le royaume avec la rapidité de Técla'r, et d'un i30ut à l'autre de la Pologne , les babitants prirent les armes.
Repnin publia contre eux les édits les plus violents : il les accusa de rébellion; mais les confédérés répondirent que Catherine elle-même avait appelé aux armes les dissidents; quelle les avait engagés à former uue confédération, qu'elle avait déclaré cette confédération sainte et légitime, l'avait appuyée de ses propres troupes et l'avait mise sous la protection des puissances unies du Nord: l'Angleterre, la Prusse, la Suède et le Danemark. Repnin fit mettre au pillage toutes les terres et propriétés des nobles qui entraient dans la confédération. A la tête des dévas tateurs , étaient ces mêmes Russes auxquels Repnin, en vertu du dernier traité, avait fait donner la nationalité et la noblesse. Un d'eux se disposant à conduire son butin à Pétersbourg, tomba fort heureusement entre les mains des confédérés; on retrouva dans ses chariots les vases sacrés d'or et d'argent qu'à plusieurs reprises il avait pris à l'évêque et à l'église métropolitaine de Cracovie , un service de table en argent, des diamants précieux, dos tapis, des meubles, et 4o>ooo ducats en or, enlevés aux plus nobles familles. Les cosaques russes emportèrent de leur côté un riche butin des provinces les plus éloi^jnées du royaume , et souvent on les vit traîner à la queue de leurs chevaux, des nobles qu'ils avaient massacrés; ils se promenaient ainsi dans les rues de Varsovie pour jeter la teiTeur et l'effroi. Des deux côtés, le courage et le déses poir étaient montés à leur comble. Repnin publiait, au nom de l'Impératrice, une espèce de guerre sainte qui, selon la remarque de Raumer, amena des actes d'une crmuté sauvage dont l'histoire n'avait pas donné l'exemple '.
' Tolcns L iilcrgany, [>■ jH.
Oiulieriiic Ht des afi;urcs de la P()lo{;n<) un mté.rttt de. reli{jion cl représtMila les Polonais comme persécutant la religion russe. Son infamie ne connut plus de bornes, elle se crut tout permis pour arriver à son but, et lançant sur ce malheureux pays des hordes sauvages , des cosaques zaporogues qu'elle fît venir avec ceux des steppes du Don et de TOural, leur donna l'ordre de piller, de brûler tout ce qui tomberait sous leurs mains. Ces épouvantables hordes ne connaissaient aucune loi, ni divine, ni bumniuc, mais ils étaient dévoués à la foi grecque-russe, qu'ils avaient entremêlée de dogmes et de cérémonies païennes.
Le •>.() juin 1768, Catherine adressa un manifeste à ces sauvages pour exciter leur cruauté et leur fanatisme. Tout y est calculé pour amener un massacre général. Catherine na pas honte de s'adresser à leurs préjugés, et reproche aux Polonais, comme leur plus grand crime, de souffrir les juifs dans leur pays.
L'on sait que la {;rande duchesse Elisabeth avait chassé quarante mille juifs de Russie, sous prétexte qu'ils y avaient répandu le luxe en faisant le commerce des articles de mode, que les malheureux avaient trouvé un asile en Pologne, et que c'était de la même manière que soixante mille Raskolniks, pour é'"hap])cr aux sanglantes persécucuiions des Russes orthodoxes, avaient déserté la Russie sous Picrre-le-Grand, et s'étaient réfugiés en Pologne. Ga^ iherinc avait fait tous les sacrifices imaginables pour ramener ces sectaires dans ses 3'^tats, mais ils avaient jusqu'alors résisté à ses sollicitations, et cependant elle avait l'audace de reprocher juix Polonais le crime de l'intolérance. En lisant ce manifeste, qui est un véritable édit de mort , on ne peut s'empêcher de se demander avec effroi , «oniment une Ame chrétienne a pu tomber dans un abîme aii'^i profond de scéh'M'atessc -.
' 5/1» 1/7 thlli (lin I ru l'rctriilc , I IV, p 'IS.
Voici ini passage de ce manifeste : « No(!S Jivon? vn avec douleur que nos coreligionnaires soîi.: traités avec mépris par les Polonais et les juifs, et que les défenseurs de notre foi grecque sont opprimés et indignement condamnés à mort; nous ne pouvons supporter plus longtemps ces mauvais traitements^ ces injures et la persécution. Nous avons donné Tordre à Maximilien Zelezniak, colon^'l des zaporogues , de conduire eu Pologne tous ses hommes érvec nos troupes et les cosaques du Don, pour détruire, avec la grâce de Dieu , tous les Polonais et les juifs qui sunt traîtres à notre sainte religion. Touchée des plaintes qu'on dépo:^e journellement au pied de notre trône contre ces misérables asstissins, ces hommes pcrlides, violateurs audacieux de toutes les lois, ces Polonais qui protègent la fausse religion des juifs et oppriment un peuple fidèle et innocent, nous ordonnons qu'une invasion en Polojjne détruise pour jamais jusqu'à leur nom et à leur trace. »
Les cosaques fondirent, comme des bêtes fcroces, sur les Polonais; des popes se mettant à leur tête les excitaient au meurtre et au pillage; leur faisant entrevoir des récompenses terrestres et célestes , ils leur promettaient l'ontréc au sénat et l'accès à toutes les charges de TÉtat.
Ceux qui ne professaient pas leur foi , tombaient sous leurs coups meurtriers ; ils n'épargnaient rien ; vieiliaixls, femmes, enfants, maîtres et domestiques, moines, prêtres et juifs, tous étaient massacrés sans distinction. A cette effroyable barbarie, venait se joindre encore la j)lus cruelle moquerie; on élevait sur la place publique une potence et on y attachait ensemble un noble, un moine, ini juif et un chien; on enterrait quelquefois des centnim-s d'hommes jusqu'au cou, puis on ei levait leurs têtes avec une faux. Ils fendaient le ventre aux femmes enceintes, en arra( haiciU les enfants et les remplaçaient par des .:hats vivants. Si un homme incoimu , et cachant sa religion et sa nais^sance, tombait en leur pouvoir, ils le contraignaient d'égorger, de ses propres mains, lesnobLs, les prêtres et les niuine>. Los
villages étaient déserts, les campagnes couvertes de cadavres, et les puits remplis de corps d'eufaûts étranglés. Trois villes , cinquante villages et plus de mille métairies furent réduites en cendres. La petite ville de Uuman, dans le gouvernement de Kiow, résista longtemps : là s'était réfugié un grand nombre de femmes , d'^jurants et de vieillards pour échappera la cruauté de ces barbares; toute la noblesse de la province y avait caché ses meubles et ses bijoux, dans Tespoir qu'ils y sciaient en sûreté. Maximilien Zelezniak et Pierre Gonta , chefs des zaporogues et des cosaques, y attaquèrent les confédérés, mais furent repoussés. Gonta résolut de snrpendre la ville par trahison, il se présenta déguisé à une porte, se donna comme commandant d'une troupe de soldats du palatin de Kiow et demanda des vivres ; on lui ouvrit la porte ; aussitôt des hommes ( achés dans des buissons se précipitent dans la ville et ordonnent à tous les habitants d'apporter sur la place publique tout ce <|u'ils ont de précieux, s'ils tiennent à couserver leurs vies. D'immenses trésors leur furent livrés ; alors le mas&ucre commença, et il ne resta plus ame vivante dans la ville : >ei/,e mille personnes furent égorgées , et la ville rasée.
On peuî estimer le nombre des victimes qtii périrent dans ces jours de malheur à 200,000, à peu près; les rapports officiels des Ilusses ne les font monter qu'à 5o,ooo. La Russie feignit de punir les cosaques et les zaporogues de leurs cruautés, jnais tout se bornr à leur enlever leiu* butin '.
La ville de Bar, siège de la confédération, tomba aussi entre les mains des Russes ; tous les confédérés qu'on y trouva, au nombre de i /îoo, furent conduits, chargés de fer, dans l'intérieur de la Russie. Cracuvie, ancienne viJ'e royale, était deve^îie le centre de la confédéraiion ; c'était de là qu ds résistaiei>t courageusement à toutes les entrc-
• Rauiner, p. i\). r.ulliièu-, .>■ parj., y». 84-9«3.
prises des ItuS5C>. Pondant que touv-ci se livraient à lonfo> les crnantés imaginables, l'cvéqne de Knmieniec, Krasinski, engageait les confédérés à traiter leurs ennemis, mais surtout les dissidents, avec amour et indulgence, a Vous avez une belle occasion, leur disait-il en terminant ', d'éclairer l'Europe, que vos persécuteurs cherchent à abuser, et de lui montrer que votre résistance n'est aucunement une guerre de religion '. »
Pendant que la Pologne était ainsi plongée dans le sang, Repnin restait immobile et voyait toutes ces cruautés d'un œil tranquille et satisfait. 11 se vantait de pouvoir faire cesser ou continuer les désordres à son gré.
Les confédérés de Bar, assiégés dans Cracovie, essayèrent encore une fois de ranimer le courage de leurs compatriotes. Le 12 octobre 1769, ils publièrent un manifeste, dans lequel ils protestaient, à Ja faco' de l'Europe, contre ia viol'înce qu'on leur faisait. Ce manifeste était rédigé en termes nobles et dignes, aussi éloignés de la forfanterie que de l'exagération du style -.
Les confédérés publièrent un autre manifeste, dans lequel ils essayaient d'intéresser les puissances voisines à leur sort : cet appel à l'humanité et à la jiistire no fut entendu que par la'sublime Porte, qui témoigna do l'intérêt pour ce peuple infortuné. Elle ne songea pas, comme le dit avec raison l'illustre Spittler V '^ d'injustes conquêtes, mais à maintenir les anciens traités entre elle et la Pologne, ti-aités dont la Russie s'était affranchie au m<'*pris du droit des gens.
Outre l'odieuse conduuc de la Russie envers la Pclogne, et l'attentat qui devait inévitablement ébranler l'équilibre européen jusque dans ses fondements, il v avait encore im autre motif de guerre entre la Porte et la Hussie : c'était la
• Rullii( re , 3» pan., p. lOi- — • Voyez Pièces jusiitîcativrs, n" 23 ; au besoin le Hecueil de Martetis, t. ), p. 456, el Ston'a dtll'i ('nrrin ptrsnitv. t. IV, p. (il. ^ Histoire de» Étais européen», t. IV, p. 2<>.">.
récente invasion de cette dernière en Crimée et la prise de ia ville frontière de Balta, qui appartenait au khan de celte province , et tenait pour la Turquie.
Mustapha III (i 757-1 774) s'enflamma de colère en appre- ■ |
nant cette violation de territoire, et résolut, avec son divan, de déclarer la guerre à la Russie. Il se conduisit, dans cette circonstance, avec noblesse, tandis que Catherine, proclamée la protectrice de Thumanité par les beaux esprits du temps, eut recours, là comme ailleurs, aux moyens les plus condamnables, les plus déshonorants. >r
Le sultan fit appeler l'envoyé de Russie, Obreskoff , au- ■;
près de lui, lui reprocha amèrement la conduite de son ;l>
souverain à Tégard des Polonais, et la violation du traité m
du 21 mars 17Ô4, qui défendait à la Russie d'avoir plus de ^
7,000 hommes de troupes en Pologne, et exigea de lui l'engagement qu'elles seraient rappelées sans retard. Sur le refus de l'envoyé , Mustapha déclara la guerre h la Russie, et adressa à toutes les cours de l'Europe un manifeste , dans lequel il justifia de la manière la plus énergique ;|i sa déclaration de guerre '. Catherine en publia un aussi- 1* tôt, en réponse, le 18 novembre : elle y prenait toutes les v cours de l'Europe à témoin de son innocence et cherchait à ]! se disculper de la violation de traire que lui reprochait la •• •Turquie. Si l'on examine avec attention la manière dont elle (/ conduisit cette affaire , on ne peut s'empêcher de recon- t naître qu'elle y déploya toutes les richesses de son esprit infernal. Elle fit de cette guerre une question de religion, r' confondit la résistance des Polonais avec les attaques des / Turcs , puis, avec la plus perfide audace, déclara une vraie guerre de religion aux uns et aux autres. Les droits pré- ',. tendus des dissidents servirent à justifierses injustices et ses i violences; ce fut avec ce prétexte qu'elle aveugla l'Europe • entière. '
<( La position que nous avons prise dans les affaires de
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