I. lO
la Polofjne, > dit-cllc dans son nianife<;(e dont nous citons un extrait ', « est fondée autant sur les anciens traitc's conclus avec nous que stu' les intérêts essentiels de nos voitins, relativement ati maintien des constitutions de cette république. C'est une nécessité qui résulte pour nous, comme tout le monde sait, du traité de 1686, où il est dit formellement que toutes les Églises orthodoxes rnsso-grecques jouiront perpétuellement de leurs libertés , droits et privilèges. (
« Néanmoins, Texpérience de soixante-dix années a prouvé que ceux qui professent cette religion sont opprimés d'une manière inimaginable partout où ils existent encore ; on les dépouille violemment de leurs droits de bourgeoisie, au mépris, non-seulement des traités, mais encore de la constitution du pays. Or, les puissances voisines sont obligées, dans leur propre intérêt, de maintenir cette constitution; car leur sécurité repose sur la stabilité de ce principe. • ' (
« En présence de deux considérations aussi graves, nous ^ vous dû diriger toute notre attention sur les intérêts de TËglise orthodoxe et sur ceux de notre empire, autant que leur défense s'accorde avec la constitution polonaise. Et c'est pourquoi nous avons offert notre intervention aux deux parties, et adressé des représentations amicales dictées par l'équité et par l'intérêt bien compris de la république, laissant toutefois à cette dernière le choix des jnoyens, afin que tout fut fait avec ordre et dignité, et sans chercher à nous attribuer, à l'exclusion de personne, ta gloire de cet heureux résultat.
m Bien affermis dans cette pensée, nous n'avons pas négligé de renouveler, de la manière la plus vive, nos représentations en faveur des Grecs orthodoxes et autres dissidents qui se trouvaient dans la même position. Mais un faux zèle de religion , la cupidité et l'orgueil ont fait traiter avec
• Sloria «lella gnerr:i prPRcnle. T. IV. pap. TO-H'J.
mépris ces tléinarclicji et mécounaîtro le» plus i^a'niU tlovoir* de la république. Toutes les mesures que nous avions prises, de concert avec les puissances protestantes les plus considérables, demeurèrent, stériles.
« Après im pareil dédain des démarches bienveillantes I
des puissances unies, qui n'avaient d'autre but que de faire |!
cesser, contre les dissidents, une persécution qui leur enlevait l'égalité civile et ne leur laissait plus de liberté que celle de respirer le même airque les catholiques , il ne nous fut plus permis de temporiser; l'amour de l'humanité d'abord, et, d'autre part, ce que nous devions à notre couronne nous fit une nécessité de renoncer aux voies de la modération, puisque les menaces elles-m^mes étaient restées sans effet. i\
« Nous fhnes alors entrer stu- le territoire polonais un jf,
nombre considérable de troupes, mais on sait que ces troupes ne s'éloi{^nèrent des frontières que lorsque la ;juerrt; "^
civile fut imminente, et lorsque los dissidents, privés de tout secours, se virent dans la cruelle nécessité de s'orf^aniser en confédérations. -•
t Les confédérations n'ont jamais manqué de causer à la république de jjraves dommages; on devait en attendre autant de celle formée par les disndeuts, puisque les ca- |.i
tholiques leur étaient infiniment supérieurs en nombre et ■}
en force. Une guerre civile pouvait facilement éclater, et '.
eût infailliblement amené la ruine de 1» république. La Pologne fut donc sauvée par nos troupes, auxquelles est due l'heureuse persévérance et le triomphe de la confédéi*ation de Uadom. »
Suit la plus mensongère éiuunération des sacrifices faits parla Russie pour le maintien de la liberté polonaise; les Polonais y sont traités de peuple ingrat et de rebelles impics. Catherine cherche ensuite à justifier ses troupes du reproche que leur faisait la sublime Porte, d'avoir i-avagé la Pologne et d'y avoir détruit la liberté. Llle n'a pas honte de dire : « Nous pouvions crnutant ujoius nous aifciulie à ( «•(
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injuste reproche, que depuis notre avènement an trône nous avons toujours eu pour maxime, et nous nous sommes constamment ef^ovrés de vivre dans la meilleure intelligence avec nos voisins , en nous appuyant sur les traités. »
£nfin, pour pousser la dérision jusqu'au bout, elle proteste du fond de la conscience, devant Dieu, le monde entier et ses fidèles sujets, qu'elle n'a pas donné le moindre prétexte à la guerre que lui déclare la sublime Porte, et qu elle ne négligera aucun des moyens qui sont en son pouvoir pour prévenir cette guerre et conserver ainsi la paix publique; car c'est la cbose la plus précieuse à son cœur, et la plus profitable au bonheur du genre humain. Puis elle s'adresse à Dieu (en qui elle croyait à peine) et lui demande la victoire pour ses armées; elle y compte avec sécurité, « car elle travaille pour la gloire du saint nom de Dieu , pour le soutien de sa sainte Église orthodoxe et pour la ruine de l'ennemi mortel du nom chrétien. »
Il paraîtrait que cette prière de Catherine fut peu agréable , au Seigneur. Le brave et hardi Kerim Gneray, Khan de Crimée, envahit la Nouvelle-Russie et le pavs des Cosaques avant la fin de Tannée, remporta sur les Russes la plus brillante victoire près de Balta etChotzim, et leur fit plus de 35,000 prisonniers; huit d'entre les principaux Tartares furent envoyés à Constantinople pour en porter au sultan la nouvelle. Ils lui conduisirent en présent deux cents jeunes femmes les plus belles que Kerim Gueray eût trouvées dans le pavs. La joie fut grande à Constantinople. Le sultan prit le titre de hazi, c'est-à-dire vainqueur des infidèles, qui lui fut décerné solennellement dans la grande mosquée, gravé sur le porphyre, et ajouté à ses autres titres sur toutes les monnaies.
La Russie en fut atterrée, et Catherine se vit à la veilli* de perdre l'amour de son peuple, qui commençait à comprendre et à désapprouver ses actes. Moscou lui était devenu hostile, et elle se vit forcée d'en sortir s<'crètemen(. Le peuple, redoutant tout de sa part, plarn sa confiance
dans le prince Panin, gouverneur du jeune grand duc; et, comme on se souvenait de l'assassinat de Pierre III, on le suppliait de placer sur le trône le jeune prince , seul souverain légitime, ou du moins de veiller sur sa vie avec la plu*; grande sollicitude; car celle qui avait assassiné son mari était capable de poignarder son fils dans ses bras mêmes *.
Catherine ne se laissa pcs abattre, fit face à tous les dangers qui menacèrent sa personne et son royaume, poussa la guerre avec activité, et eut le bonheur de rattacher à ses projets deux hommes d'État éminents, le prince Galitzin et le comte Alexis Orloff. Elle sut donner à cette guerre une couleur religieuse, et la mêler aux affaires de Pologne avec la plus habile perfidie. Elle excita jusqu'au fanatisme \1
la haine nationale des Russes contre les Turcs et les Polonais, et mena de front les deux guerres.
Galitzin prit le commandement général des troupes , et -^
publia le 4 mai un manifeste où respire tout l'esprit de i
l'impératrice; c'est un chef-d'ceuvre de perfidie, d'astuce et %
de mensonge ^. '
« Différentes notes officielles ont fait connaître à l'Europe, .\.
et j particulièrement à la république polonaise, les in- ;;;
tentions de l'impératrice depuis qu'elle s'est occupée des affaires de Pologne. Les interrègnes avaient été fatals à la 1^
république; la partie saine de la nation avait cru devoir f^ 1
demander à la Russie sa protection pour défendre la , \
liberté de l'élection royale contre toute influence étran- •« ;
gère. L'impératrice accur»illit cette demaude , et accorda une protection tellement désintéressée, quelle pourrait servir d'exemple par sa justice et par la fidélité qu'elle met à remplir ses engagements. Le vœu général fut exaucé; un Piast fut élu roi , et l'union nécessaire pour le maintien de la constitution de la république apparut avec un nouvel éclat au moment même où avait surgi le plus grave j-" .
' Kulhicrc, 3'|idit., p,.,-;. 118-lJo.
■' Sforid délia QUtna [«icsciitc, |>ail. O-^. \>. 21--2-.
ilau{;er. Ce tut de la môme manière et sur la prière des Polonais distingués par leur amour de la patrie et par leur habileté, qu'elle se porta garant êes résolutions prises par la dernière diète, et qui avaient pour objet de supprimer plusieurs abus dans le gouvernement de la république. Elle étonna les étrangers par 1^ sagesse de sa conduite, et quiconque ne sera pas avevig|é par la passion ou par l'intérêt, jugera ainsi des événements qiii se sont accomplis. L'impératrice avait vu la dernière diète, par un zèle fanatique, se couvrant du manteau de la religion, persécuter un certain nombre d'habitants du pays, jusqu'à vouloir, pour ainsi dire, leur ravir l'air qu'ils respiraient. Elle eut pitié de ces malheureux , toutefois pour défendre leurs intérêts, elle ne fit qu'obéir à la voix de l'humanité et demeurer dans la limite des traités qui la liaient. Tous les^ princes coreligionnaires des dissidents de Pologne, étaient liés par les mêmes traités à les défendre, et ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour obtenir qu'en leur rendît justice, ne se bornant pas à des protestation': énergiques, mais faisant cause commune avec nous. T^ sérénissime république a resserré les liens de son alliance avec la Russie par un traité de paix (24 février 1764) ^ussi juste que nécessaire, qui devait étouffer Jpus les germes de discorde intérieure. Elle peut mainten^pt corriger les défauts de son gouvernenrient, établir sa coustitution sur un fondement inébranlable , et l'on ne s^ui'ait douter qu'elle ne recueille bientôt les fruits de s?i sggesse, et ne retiouve bientôt la paix h l'intérieur et au dehors. Mais des hommes, jaloux de son bonheur et de sa renommée, détruisent cettp espéi'^nce. A peine ia diète touchait-elle à son terme, qu'une troupe de rebelles, n'obéissant qu'à leurs passions, et se l^iss^nt conduire p^ir des irpîtres, ont saisi les armes contre l'autorité légitime. Aveuglés par leur audace, et poussés par un ressentiment impie et factieux, ils n'ont pas craint de s'armer contre In Puissic et d'attaquer les troupes auxiliaires que l'impératrice avait envoyées en Po-
toi
lognç pour témoigner de son amitié envers la république. Ils ont n)éme été si loin, que le souffle empoisonné de la rébellion a pénétré jusque (|aps les Etats de l'impératrice. M
Après ce préanibiijc , il fait un crime aux confédérés daypir imploré le secours de la Porte, qui, elle* fn^Vfief avait inille raisons de rester en paix avec la Russie, et leur reproche d'avoir attiré ainsi une foule de n^aux sur leur patrie, d'avoir oublié leurs devoirs de chrétiens et de citoyens , comme si la nation polonaise était la première qui eût contracté alliance ctvec Tantique ennemi du nom chrétien. Ce crime est à ses yeux d'autant plus impar* donnable, qu'eu le revêtant d'un prétexte de religion ils ont eutrsiné une foule de leurs concitoyens dans leurs projets. Après quelques autres plaintes pathétiques, du même genre, il somme tous les Polonais à s'unir à lui contre l'ennemi du nom chrétien , et les avertit que le bonheur de la république en dépend. — a Mes troupes, dit-il en terminant, sont sur le point de marcher à Tennemi , non pas seulement dans l'intérêt de la Russie, mais aussi dans celui de la nation polonaise , pour la défense de sa liberté et de son territoire j j'engage donc les Polonais à se joindre à moi, et cela uniquement pour le bien de leur patrie. J'espère que cette invitation sera écoutée; du reste, mon devoir jpne commande de faire connaître à tous et à chaci|n de ceux qui oseraient résister à un ordre émané de moi, que les troupes de l'iippératrice sont dirigées également contre l'ennemi du christianisme et contre les violateurs de la paix qui feraient cause commune avec lui. Tout ceux qui, de manière ou d'autre, contrarieraient mes opérations et aideraient le Turc directement ou indiriclemeut, seront traités en ennemis. »
Catherine essaya d'un autre moyen encore contre la Porte; elle envoya dans toiues les provinces grecfjues de la Turquie des agents secrets pour les excitera la rcvollo '.
' Itulhicrc. :j' part. , j». 377.
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Us disaient aux Grecs que Catherine était résolue et prête à protéger la religion grecque dans tout pays ; qu'elle avait rassemblé en Pologne des troupes innombrables, afin darracher cette Eglise à l'oppression sous laquelle elle gémissait, et qu'elle songeait h raffranchissement de la Grèce; que les puissances de l'Europe étaient d'accord pour cela avec elle, et lui avaient promis secrètement de ne point s'opposer à la ruine de l'empire ottoman qu'elle méditait; que la France elle-même, le plus ancien et le plus fidèle allié de cet empire, voulait l'abandonner, et que l'Antriche, étroitement liée avec la Russie, donnait à ce plan une entière approbation.
Elle inondait en même temps les provinces turques de proclamations, qui appelaient ouvertement les habitants à se soulever contre le sultan , et confirmaient les bruits que répandaient ses agents secrets sur la prochaine destruction de l'empire ottoman *. Enfin, poussée à bout par la résistance de l'armée turque et par quelques avantages, Catherine jeta le masque et fit publier, le 21 avril 1770, par son feld-maréchal Orloff , un manifeste engageant les Grecs à secouer le joug des Turcs.
La Porte ne tarda pas à répondre aux manœuvres de l'impératrice et les dévoila courageusement. Le brave et habile Achmet Selim Aga, pacba de Bender, gouverneur de Silistrie et de la Bessarabie, commandant général des troupes turques, répondit aux deux manifestes que nous venons de citer, mais particulièrement à celui du prince Galitzin , par un autre manifeste où il expose d'une manière fort éloquente la conduite tenue par la Russie à l'égard de la Pologne : ce document est précieux, et nous regrettons de ne pouvoir en citer ici qu'un fragment.
Le pacha publia son manifeste en langue turque, sur le champ de bataille de Bender, et en fit faire une traduction polonaise," afin, disait-il^, qu'il pût être compris par les
' Sioria clella (jucriH présente, 'l'. V, j». •(().
' Storia dcHa jncrr.t [ncïcnic. I'. X . \>. XO-ÎM».
Polonais, les Lithuaniens et même par les Russes qui mangent depuis si longtemps le pain de la Pologne. Nous avons été instruits de tout de la manière la plus exacte, par les Polonais les plus distingués, et nous avons voulu répondre par ce manifeste , conformément au désir du plus grand et du plus puissant des souverains qui, par sa majesté et sa sagesse, règne sur trois parties du monde, et devant la grandeur duquel toutes les têtes s'inclinent.
« Personne n'ignore que la Russie est arrivée à un si haut degré de puissance uniquement par le mensonge, la perfidie et le mépris le plus audacieux des plus saintes i\
j^rdmesses ; son dernier procédé à Fégard de la sublime Porte en donne une preuve suffisante. La Russie a pa- h
reillement répandu les mensonges les plus odieux contre la P
Pologne , et cela , uniquement afin de trouver une occasion Ç
de la soumettre à son empire et de lui ravir sa liberté.
« Mais ce n'est là qu'une partie des motifs qui forcent la sublime Porte à déclarer la guerre à cette puissance. La -,
sublime Porte n'est pas habituée aux trahisons, elle a toujours considéré une promesse faite à la face du monde comme sainte et irrévocable. Les livres de notre saint prophète nous ont ordonné d'être fidèles à notre parole, de dire la vérité hautement et publiquement, de la conserver toujours dans nos notes officielles sans l'altérer ni l'affaiblir [>
en rien. Mais cette nation de giaours, ce peuple d'infidèles, ^
se fait comme un plaisir de violer les traités de Pruth, de (s
Belgrade et de Karlowitz, principalement en ce qui regarde l'indépendance de la Pologne et la liberté d'élection du roi, article cependant garanti de commun accord par les puissances voisines, qui ont promis de ne jamais gé- t
ner la liberté de leurs délibérations ni de leurs cours de f
justice. Puisse le Seigneur, qui peut tout, répandre sa bénédiction sur nos âmes et aiguiser les sabres destinés à punir ces parjures et ces tyrans. Jamais interrègne ne fut plus heureux ni moins troublé par les factions étrangères, que celui qui suivit la mort (l'Auguste 111. A cette époque, qucl-
ioA
ques divisions existaient parmi les Polonais, comme il arrive toujours en pareil cas; mais de quel droit la Kussie s'jmniisva-t-elle dans les affaires d^une nation libre et la f'orça-t-elle d'accepter un roi quelle leur imposa? Cette violence était une violation des traités > c'était une injustice f une usurpation , un prime ; la Russie rassembla éies diètes, des diétines , des diètes préparatoires et des contrediètes composées uniquepient de ses créatures qu'elle appuyait de ses troupes.
c Quant au second point du manifeste, par lequel la Russie prétend que c'est sur l'invitation qu'elle en a reçue qu'elle s'est mêlée des affaires de la Pologne, qu'elle dise dans quelle diète fut prise la résolution d'implorer son secours. Nous savons très-biei) qu'aucune partie de la nation ne peut rien faire sans une résolution formelle de la <liète dans laquelle réside tout le pouvoir; on ne peut décider ni rien entreprendre , ni faire aucun traité sans elle. C'est donc un enfantillage et un grossier mensonge, de dire que la Russie a envahi la Pologne sans y rattacher ni espé-/ rance, ni intérêt propre. Depuis que la Russie a planté son drapeau sur le territoire polonais,cet infortuné pays est épuisé et presque anéanti; ils l'ont inondé de sang , ils ont pillé et ravagé les propriétés et volé les biens des particuliers. Tout Polonais , à moins d'être le plus méprisable des hommes et privé de tout sentiment d'honneur, verse des torrents de larmes sur le malheur de sa patrie. Et voilà que l'on veut nous faire prendre ces horreurs comme des témoignages de la grandeur d'âme, de la douceur et de Thumanité de l'impératrice! Ce serait se déshonorer que de répondre à un pareil langage! Quel superbe témoignage, en effet, de votre humanité n'avez-vous pas donné en chargeant de fers les muphti (les évéques) d'une nation libre, un général d'armée, un nonce, et cela en présence du rpi et dans le lieu même où vous aviez fait actepicr votre garantie! N'avczvou» point fait |)la< er des canons à la porte tir \.\ Hiclc tt des musquées ^c;jliscb;.' Dcj uiillici-» cl innocents noiil-ih
pas été égorgés par vos'inains encore souillée* de leur sang? Le fer et le feu , voilà les iastruments de conviction que vous avez employés; mais ce qui surtout dresse les cheveux sur la tête, c'est que vous ayez eicité les habitants de rUkraine à la révolte et au massacre, et c'est à vos diaholiques manœuvres que vingt mille habitants ont dû la mort. Tous ces crimes ont fait naître dans le cœur des plus faibles un immense désir de vengeance; et c'est vous qui osez appeler les confédérés de Bar, des rebelles et des brigands! vous qui avez fait révolter les paysans de l'Ukraine coptre les Polonais! vous qui avez profité de cett^ révolte! vous qui conduisez ces malheureux à la bouche-? rie, afin d'épargner vos propres troupes!
«Un sauvage des déserts delà Syrie, qui n'a jamais entendu prononcer le nom du saint prophète, serait incapable d'une pareille cruauté et ne voudrait pas se mêler violemment des affaires de ses voisins, ravager leur pays, le mettre à feu et à sang sous le prétexte de le protéger; se vanter de plaire à tous les dissidents et d'avoir satisfait par là des homtnes qui ne demandaient et ne désiraient rien autre chose que Texécution des traités, n'est-ce pas le comble de l'impudence et de l'orgueil? La Pologne s'est-elle mêlée jamais des affaires de la Russie, malgré les nombreuses révoltes et les troubles qui lui en ont offert l'occasion i*...
« La conduite de la sublime Porte a toujours été digne de sa grandeur et de la justice de ses principes ; le traité de Karlowitz n'a pas svibi la moindre altération. Les relations amicales, entre la Pologne et )a sublime Porte, sont restées les mêmes , etla guerrp qu'ellp entreprend aujourd'hui pour la défense des lois? de I4 religion, de Iq liberté de c^s bons voisins en est une nouvelle preuve. Le manifeste publié par la Russie se complaît dans la sagesse et la nécessité du prétendu traité qu'elle vient d^ conclure; mais pour nommer les choses par leur nom, vit-on quelque chose de plus absurde? 11 n'y avait aucun motif de conclure ce traité; aucune gueiTC n'avait éclaté; aw^^ï voyez avec (jui il a clé conclu ;
avec une poignée de misérables flatteurs et de traîtres à leur patrie. En vérité, c'est chose merveilleuse que de voir, sous le beau prétexte de remédier aux abus du gouvernement et d'améliorer les lois, jeter une nation libre sous le joug du despotisme le plus affreux. L'éclat d'une si belle action subsistera jusque dans les siècles les plus reculés. >
Acbmet Selim Pacha défend les confédérés de Bar des imputations honteuses dont la Russie les charge, et fait tomber toute sa colère sur le « roi qui s'est abandonné aveuglément aux intérêts russes, tandis qu'il aurait dû se réunir à ses sujets, pour repousser le despotisme et la tyrannie des étrangers. En un mot, le roi aurait dû reconnaître que le cap;*ice et l'aveuglement d'une femme sans conscience, est la cause de tous les malheurs de la Pologne, et que c'est pour favoriser l'accomplissement de ses desseins , que des utilliers de Polonais ont déjà été massacrés, et que des flots de sang doivent couler encore.
« C'estunodieux mensonge, poursuitlepacha, de dire que nous avons été appelés enPologne pour y allumer la guerre, notre conduite prouvera le contraire aux yeux du monde: nous n'avons promis qu'une chose, c'est de défendre ce malheureux pays de tout notre pouvoir, et nous tiendrons parole.
e Les Russes prétendent que, sous prétexte de défendre la religion, les Polonais ont appelé à leur secours le plus mortel ennemi de la foi chrétienne. Cette calomnie est si grossière, que nous ne chercherons pas à la réfuter. Jamais nous ne nous sommes attaqués et jamais nous ne nous attaquerons', comme l'ont fait les Russes, à la rehgion de j ceux qui pensent autrement que nous. Mais nous combat-
I tons ceux qui veulent détruire la reli^jion et la liberté
1 de nos amis. Dieu, qui est juste, fortifiera notre bras, nous
I marcherons sous sa conduite, il touroiuiera de succès no-
\ trc entreprise, cl certes celle cntre[)ri<e est phl^ [;lorleu<.e
que (i'aller saisir et jeter dans l'esdavarje des éveqnes, «ies sénateurs, des nonces désarmés et sans défense.
t Quelle effronterie ne faul-ii pas pour aller insulter encore ces pauvres confédérés si cruellement opprimés, dépouillés de leurs biens, bannis, pillés, massacrés, et qui voient violer leurs femmes sous leurs yeux et arracbek' leurs enfants à leurs mères, pour être conduits en esclavage? N'estce pas assez de toutes ces cruautés , pour qu'ils aient le droit d aller cliercber du secours quelque part? Le sabre à la raain, voilà maintenant comment nous discuterons, car nous voulons détruire cette race corrompue des Russes.
« Je veux bien leur pardonner leur manifeste avec lequel ils espéraient tromper la Pologne, comme le crocodile trompe sa victime par ses larmes , et qui n avait d'autre but que de faire croire que Timpératrice envoyait ses troupes dans ce malbeureux pays, par un sentiment de compassion et pour le défendre contre les entreprises des rebelles. Mais les Russes et leurs flatteurs apprendront bientôt de nous quels sont les véritahles rebelles. Nous leur apprendrons à se jouer ainsi de la religion et du saint nom de Diiîu , dont ils ne se sont servi que comme d'un manteau pour déguiser leur impiété; comment ne craignent-ils point d'implorer ce Dieu pour qu'il favorise l'accomplissement de leurs affreux dessins? N'y a-t-il point de quoi rire de la folie et de la stupidité de ce général, ou plutôt de celui qui a rédigé son manifeste, quand on le voit inviter les véritables patriotesàse réunira lui?
« Moi qui m'appuie sur les droits les plus sacrés, qui combats, non point pour la ruine des Polonais, mais pour leur indépendance, je supplie tout homme d'honneur, tout véritable enfant c'e la Pologne, de s'unir aux confédérés. .le laisse toute liberté à ceux qui veulent accepter le joug de la Russie de se joindre à elle; nous ne nous plaindrons point s'ils veulent augmenter le nombre déjà trop graml de nos ennemis; ce sera un bonheur pour la nation polonaise d'être purifiée de cet infîune rebut de l'humaniié I^a su-
Llime Porte déclare hautement que c'est un infâme menson{^e de dire qu'en récompense des secours qu'elle accorde aux confédérés, ceux-ci lui ont promis une partie de la Polojgine; une pareille convention serait trop contraire aux procédés ordinaires de la sublime Porte, qui ne veut et ne désire rien autre chose que la gloire de servir ses amis et d'écraser leurs oppresseurs; le grand empereur des Français peut lui rendre ce témoignage ; il sait, et là-dessus il est d'accord avec elle, que la sublime Porte s'est fait un devoir de défendre la liberté des Polonais et Tinviolabilité de leur territoire, de chasser l'usurpateur russe, et d'assurer l'indépendance de la Pologne.
« Nous prions, en terminant , Dieu, la source de toute vérité , de confondre le mensonge et la trahison, les deux plus grands péchés qui puissent l'offenser, et qui sont également condamnés par notre saint prophète; nous le remercions mille et mille fois de nous avoir préservés du gouvernement des femmes, d'avoir défendu aux Musulmans de leur obéir, , car ce sont elles qui affaiblissent le couitige; par elles la' jnslice est méprisée, et Tinnocence et la pureté des mœurs corrompues. Dieu est notre ami! Notre ami, c'est Dieu! »
La Porte devait, comme on sait, payer bientôt fort cher cette noble amitié pour la Pologne; elle succomba moins sous la force des armes que par la perfidie et les intrigues des Russes. Les Grecs favorisaient leurs plans, commettaient pour eux tous les genres de trahison , et voyaient arriver avec iwipatience la ruine prochaine de l'empire Ottoman ; s'appuyant sur une ancienne prophétie, que progageaient Ca.'rore les manifestes russes, ils annonçaient que la Turquie serait détruite par une nation à blonde chevelure : c'était désigner les Russes '. Pendant que la Russie combattait ainsi la Turquie par les armes et par la trahison , elle poursuivait ses ravages au cœur de la Pologne avec plus de rage encore , et désolait de
' I\u)lii^re, .1' |i;irl. , |.uj;. HM.
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plus en plus ce nialhcureux pays. Afin de comprimer le-; troubles intérieurs qu'excitaient ses cruautés , elle faisait aux confédérés une rentable guerre de destruction , et ceux-ci, encouragés par la protection que leur accordait le sultan, se défendaient avec une nouvelle vigueur. Rien ne peut donner une idée des cruautés atroces que les Russes «xercèrent sur les infortunés qui tombaient entre leurs mains, ou même sur ceux qui se rendaient volontairement prisonniers dans l'espoir d'obtenir merci. Ce sera toujours avec un sentiment d'horreur que Ton prononcera le nom du colonel Drewitz ; cet homme paraissait éprouver une véritable jouissance à commettre des actes de barbarie : il attachait des prisonniers aux arbres et les faisait servir de but aux coups de ses soldats. Quelquefois il enchaînait ensemble une troupe de ces malheureux, et, dans une sorte de carrousel, faisait tomber leurs têtes. Il leur faisait couper les deux mains, et les dispersait dans les campagnes pour effrayer les autres, jusqu'à ce qu'ils tombassent épuisés par la perte de leur sang. D'autres fois , enfin, il les faisait écorcher vifs, de manière à représenter avec des lambeaux de leur chair le costume polonais '. S'étonnera-t-on que la nation ait fait entendre ses plaintes au monde entier et imploré par ses manifestes l'assistance des nations de l'Europe? Dans le fond des forêts, où ils s'étaient réfugiés, ces nobles victimes pleuraient amèrement sur leur religion etsurleur patrie. C'était avec p'eiue raison que les confédérés du palatinat de la Russie-Rouge disaient dans leur manifeste '. « Les mots nous mancjuent pour exprimer toute la cruauté du colonel Drewitz; la postérité ne voudra jamais croire qtie des hommes libres et de naissance noble aient été, pour le seul crime d'avoir voulu défendre leur liberté et leur religion, saisis par l'ordre de cet officier, dépouillés sous ses yeux, fouettés et tués à coups de baïonnettes. Ce n'est qu'avec efFroi que
' Rulliière, :}• part., p. 13y. — • Voyez PièiP» jiniific:uivf . . ii" -J"».
nous parlons de scènes éponvanlables qui ne se voient peut-être point chez les sauvages. »
«Quel triste specta le nous offre noire patrie! s'écria Sludzinski dans le manifeste qu'il publia, en 1 772, à Léopold *. Nos églises sont dévastées, réduites en cendres; les vases sacrés sont devenus la proie de brigands impies et barbares; les sanctuaires, où reposent les ossements de nos pères, ont été l'objet de profanations qui rappellent les persécutions des premiers temps de l'Eglise. Ma plume se refuse à les décrire dans un siècle comme le nôtre , qui se flatte d'être civilisé. Polonais , vous qui étiez autrefois le boulevard de la paix, de la liberté et de la foi de l'Europe , qu'étes-vous devenus entre les mains de ceux que vous faisiez trembler? Qu'ètes-vous devenus, vous qui aviez mérité le glorieux til.'e de bouclier de la foi, de défenseurs de la république et de la religion catholique? » € L'histoire, dit un autre manifeste des confédérés du paîalinat de Sandomir, qui s'était formé, le 19 avril 1769, ù Moszynka, l'histoire offre-t-cUe des exemples d'une scm-f blablc cruauté? Ce royaume, si florissant naguère, a été saccagé, incendié, dévasté par des troupes qui se disent auxiliaires et amies.
« Nous implorons donc le secours de tontes les puissances qui reconnaissent avec nous une même religion; nos mystères sont profanés, nos églises pillées, nos prêtre;; massacrés, nos évêques enlevés. Nous exposons la situation déplorable de notre patrie à toutes les puissances qui ont garanti les traités d'Oliva, de Karlowitz et de Pruth; notre situation présente avilit, dégrade et anéantit leur autorité. Qu'elles prennent garde au danger qui les menace elljsniémes; car la ruine de notre patrie sera un grand malheur pour elles. »
Ce tableau de la Pologne, à cette époque, n'est que «.roj) exact; elle était déchirée ù Tintérieur conune à rexiérienr,
' Storia délia guerra presfiup. T. X, |). I '.-."•().
et son partage devenait inévitable, quand bien même les cours de Pétersbourg et de Berlin ne l'eussent pas résolu depuis longtemps.
La conduite qu'elles tenaient à Tégard des Polonais de- Tait nécessairement amener cette catastrophe. * La Russie et la Prusse avaient fait ^ îe 17 février 1772, une convention secrète touchant ce partage. L'Autriche y accéda le 4 mars de la même année. Cette convention fut renouvelée à Saint-Pétersbourg, le 5 août, entre les trois puissances alliées, et le 2 septembre le comte de Stackelberg, ambassadeur de Russie en Pologne, publia, au nom des puissances copartageantes , la déclaration qui justifiait la spoliation. Lue en présence du roi, à Varsovie, elle fut changée en traité de paix, le 18 septembre 1778, par une commission de sénateurs , et ratifiée par la dièto '. Le noble Krasinski, évéque de Kamieniec, ouvrit la délibei-ation , le 19 avril 1778, et publia, le i5 mai, à cette occasion, une lettre pastorale pleine de piété et de noblesse '.
La Russie et la Prusse eurent soin, avant la conclusion définitive du traité, de déclarer solennellement qu'elles maintiendraient la religion catholique dans les provinces qu'on leur cédait, et respecteraient ses droits, ainsi que ses biens. Le comte Zacharic CzerniszefF, feld-maréchal, ministre de
' VI. Nos plénipotemiaires auront «oin de stipuler le maintien de la sainte religion catholique des deux rites, latin et grec, dans les provinces qu'on cède aux trois court.
XXVI. Comme les intérêts des non-unis et des dissidents sont l'ne des principales causes de nos derniers troubles, ies commissaires auront soin de les régler et de les concilier, de sorte que, d'un côte, les prérogatives de la religion romaine régnante soient préserxccs de toute atteinte, et que, de l'autre, Its • non-unis et les « dissidents, qui ont été si fortement appuyés et protégés par les puissances étran- • gères, «jouissent de certains avantages oui |iuis$ent les satisfaire; mais nous recommandons à nos romniissaircs «le faire excepter des prcrog.itives qui leur seront accordées l'admission des non-unis et des dissidents aux charges de judicature, de procurer l'ubolition du judiriinn mivtiim, et de maintenir l'exécution des lois pénales contre les apostais.
Voyer. Journal lii.-itoriqoc et littéraire de I.UTcndwiirf;. Août l"7't. T. II.
png. nu.
•* Vtivei: iitid. . mai I7T.1. T. 1 . |i.i,",. TM-SriO.
la guerre, président <hi conseil de rimperatrice , et gouverneur de la Russie-Blanche, le déclara dans un manifeste, publié à Pétersbourg le 5 septembre 1772 '. Frédéric en fit autant, de son côté, dans une lettre datée de Berlin, le i3 septembre de la même année ^. Ces promesses furent réitérées dan§ le traité définitif signé à Varsovie, le 18 septembre, par la Russie^, et dans celui conclu avec la Prusse*.
Alors cominença la sanglante guerre des Grecs-R^8ses contre les Ruthénieqs unis. J^e tribunal mixte , dont l'organisation avait été ordonnée par l'acte séparé du a4 février 1 768 , et qui devait entrer aussitôt eu fonction , avait chômé par suite des troubles politiques. Mais à peine le partage fut-il accompli, qu'il commença à exercer son pouvoir. D'immenses propriétés, ravies aux monastères, furent données aux non-unis qui les cédèrent à la couronne; car à la même époque s'accomplissait la sécularisation de tous les monastères russes qu avait projetée Pierre III, et qui causa sa rujne, tandis que la czarine l'accomplit avec autant d'au-/ dace que de ruse.
Catherine avait besoin d'argent pour faire face aux énormes dépenses que nécessitaient ses guerres. Elle manda à Pétersbourg Tarchevêque de No wgorod et tous les évéques de l'empire, et leur demanda un secours d'argent pour subvenir aux besoins de la patrie. Le discours qu'elle prononça d%m cette circonstance prouve toute l'étendue de son esprit. « Si je vous demandais, messeigneurs, leur dit-elle", qui vous êtes, vous me répondriez sans doute que vous ète^ les successeurs de ces apôtres ù qui le Seigneur a confié le soin d'enseigner aux hommes le mépris des richesses
• Voyee ce manifeste, Storia dcU'anno 1772.— ' Pirccs jiist.,n''38 — * Voyrr DocDtnenlt de l'AHoc. du 22 juill. 1842, n" 3 , et Recueil «le Marten:?. T. I\ , pag. 149. — * rièces jiist., n* 30, ri Recueil de Manrns.
5 Voyex Pro»pelto degli affari aitualc di F.iiropa, ossia Sioria dolla {;iierfa prcsenit» traie varie potenzebellipcranii. I.iigaiio, 17K8-1801. T. I. p. iO. en il vol.
de ce monde, vous me diriez que vous devez être pauvres, parce que autrement il y aurait contradiction entre vos prédications et votre conduite. Je ne vous ferai point remarquer, messeigneqrs, que les fonctions des évoques de la primitive Eglise sp bornaient rigoureusement à diriger leurs ouailles dans les voies du salut; je ne vous dirai point que votre règne n'est point de ce monde , c'est une vérité que vous ayez enseignée trop souvent pour que vous puissiez l'ignorer; mais sans vouloir vous réduire à la position où ils se trouvaient, à cet état de pauvreté qui convient a un évéque chrétien, n'avezrvous pas liontp d'être si démesurément riches? Vous possédez des terres f,\ étendues que votre pouvoir balance presque celui de votre souverain. Vous avez plus d'esclaves dans vos propriétés que certains princes en flurope n'ont de sujets dans leurs Etats ; votre profession , qui est toute d'étude et de réflexion, vous donne des lumières et des connaissances que je ne puis point attendre du reste de mes sujets, et en vérité , pour des hommes aussi instruits que vous êtes , comment ne voyez-vous que tous ces biens , qui vous donnent une si grande puissance , ne sont qu'une injuste usurpation sur les propriétés du royaume? «
Heureusement pour Catherine , l'audacieux Dimitri Setchenoff , archevêque de Nowgorod, était mort au mois de mars 1767; son successeur était un homme doux, qui n'osa point s'opposer aux réformes de l'impératrice. Plus de 900,000 paysans que possédait le clergé et les immenses propriétés du diocèse de Kiew furent cédés à la couronne. L'Église unie dut en grande partie ses malheurs à la faiblesse et à l'insouciance de ses pasteurs, qui ne surent ni la protéger ni la défendre. Florian (1747- 1762) avait ('-lé revêtu de la dignité de métropolitain dans un âge trop avancé, pour pouvoir s'occuper de son immense diocèse. Le célèbre comte Lubian Pomian Lubienski , archevêque de Gnezne et primat de l'Eglise de Pologne, s'orrupa avec chaleur des intérêts do TEglise unir. Il cii «'xposa la
triste position au saint-siége et demanda on même temps qu'on remédiât aux nombreux abus qui la désolaient. Clément XIII le remercia cordialement de son zèle, par une lettre du 3i mai 1760, et lui promit de venir au secours de cette malheureuse Eglise qui avait toujours été pour le saint-siége l'objet de la plus tendre et de la plus paternelle sollicitude.
Sa position empira sous le successeur de Florian , le métropolitain Philippe Félicien Wolodkowicz (1762-1778), qui était en même temps évéque de Wlodimir et de Brest. Cet homme négligea avec la plus coupable îégèreté les fonctions de sa charge, ne s'inquiéta de rien et ne s'occupa que d^amasser des richesses qu'il dépensait gaiement au sein de sa famille. Clément XIII, par une lettre du 3 avril 1764, donna à son nonce les pouvoirs nécessaires pour rassembler en synode tout le clergé ruthénien , afin de délibérer sur les aHxiires de l'Eglise unie et d'y faire les réformes nécessaires ; et bien que la guerre survenue entre la Russie et la Pologne empêchât sa réalisation, le saint-siége continua à témoigner toute sa bienveillance à cette Eglise , dépouilla le métropolitain de tous ses droits de juridiction et lui donna pour coadjuteurs le célèbre Léon Szeptycki, évêque de Léopol , et Antoine Mlodowski. Le premier eut l'administration de la métropole de Kiew et de l'évêché de Wlodimir, l'autre celle de l'évêché de Brest. Szeptycki fut eu même temps désigné comme successeur au siège métropolitain, mais Wolodkowicz s'opposa à cette sage et nécessaire intervention du saint-siége et , poussé par son avidité , fit entendre les plaintes les plus injustes auprès des tribunaux du royaume, auprès du nonce et à Rome même. Clément XIV ratifia la décision de son prédécesseur par un bref du -3o mars 1773, motivé sur un décret de la congrégation de la propagande du 27 février de la niêiue année. Cette nouvelle décision oc réduisit pas à l'obéissance le métropolitain qui troublait cootinuellement ses deux coadjuteurs dans radministi^lion de leurs diocèses, et s'eniprcs-^aif
de défaire ce qu'ils avaient fait. hiL^iise unie était ainsi sans protection et livrée sans défense à la tyrannie des Russes. • .
LaWolhynie fut surtout le théâtre des cruautés des Russer. On amena à Berdyczow, chef-lieu de la province, les prêtres unis qui avaient osé défendre leurs Eglises : jetés dans d'obscurs cachots , ils y furent pendant deux années entières soumis aux souffrances les plus cruelles. Ils implorèrent l'intervention du nonce Joseph, comte Garampi, archevêque de Beyrouth, et plus tard cardinal célèbre, réclamant sa protection auprès du roi. Garampi leur répondit par lettres pastorales le 4 et le 1 1 mars, le 8 avril et le 2 septembre de Tannée 1773, leur prodiguant les consolations les plus touchantes. En même temps il s'adressa au comte de Stackelberg, ambassadeur de Russie à Varsovie , qui avait remplacé Repnin , et même à l'impératrice pour réclamer leur mise en liberté ; mais tous ces efforts eussent été impuissants, si Marie-Thérèse ne les eût secondés de tout son pouvoir. La pieuse impératrice prit chaudement à cœur la cause de ces nobles défenseurs de la foi et écrivit à Catherine une lettre des plus pressantes en leur faveur. Au commencement de septembre , quelques jours avant la signature du traité de partage, ils furent mis en liberté j mais comme on les avait dépouillés de tous leurs biens en les jetant en prison, le nonce implora, dans une lettre où respire la plus tendre charité, les nobles et les magnats de Kiew et de Braclaw en leur faveur.
Cet adoucissement aux souffrances des prêtres unis fut de peu de durée; la signature du traité de partage fut le signal de nouvelles persécutions * qui engagèrent l'évêquc
■ La religioa catholique a beaucoiip souffert dans la partie de la l'ologne qui vient d'être soumise à l'impératrice de Russie. On a enlevé ])lus de 1 ,200 éjjliscs aux f;rccs-unis pour les donner aux schi^nlatiqucs. Les violences <|u'oii a exercées toutre les prêtres et les cure* qtii se sont déclarés contre le schisme , sont un événement bien diftiiilc à concilier avec le >ysièmc de tolérante adopf' p.n l'iinpcr.tii ii.c.
de Po»eQ , grand chancelier de la couronne, Allodzieiowski , à présenter au nom du sénal, au comte de Stackelberg, un mémoire qui constate tous ces attentats *. Ces plaintes se trouvant être stériles, le grand chancelier adressa une seconde iTclamation à 1 ambassadeur '-; elle n'eut pas plus du succès que la premiét-e. .
On commença dès lors à forcer let> prêtres unis de s'engager par écrit ù passer avec leurs tidèles dans le sein de TËglise schismatiquo; mais le plus grand nombre d'entre eux refusèrent d'acheter la tranquillité au prix de leur foi. Tant de violences engagèrent les délégués du sénat à faire une nouvelle démarche ^; et jusqu'au roi lui-même qui, poussé par le nonce du pape , adressa une note énergique à la cour de Saint-Pétersbourg. 11 y protesta contre les violences faites à l'Église unie, depuis le traité de partage, et réclama plusieurs changemeus ddns Tacte séparé du traité du 24 février 1768.
Catherine, sourde jUs(|u alors à toute représentation ,,ne put s'empêcher enhn de fuire quelques concessions. Deux actes séparés, conclus le i5 mars 1776, contiennent quelques modifications au traité de 1768 *, et le neuvième article du deuxième acte cdnfirme la nouvelle organisation du tribunal mixte ^, Judiciwn mixiunu
11 serait superflu de prouver que ces concessions illusoires ne répondirent nullement au vœu de la nation et n'apportèrent aucune amélioration au sort de TEglise unie.
L'évêque de Luck s'éleva vivement contre elles dans la diète, qui commença le i*"^ mars 1776 et fut dissoute le 20 du même mois , démontra éloquemment que les Eglises catholiques dés deux rites n'y gagnaient que peu ou point, de-
Lcvéque de Posuanie , en qualité de grand chancelier de la couronne, aconininniqué à M. de Stackelberg le mémoire suivant qui lui avait été adressé par M. Lcwinski. Joutnal historitjue, mai 1774, t. i , p. 350 , ei juin 1774 , p. i30. Exposé de l'ttnl de la religion en Ukraine.
' Voyez Pit'ccs jii!>lific.iii\c> , n" ib. — - Ibidem, n -7. — ' llfiJcru. ii • 28. — ♦ Diidcui; n" 30. — - Ibidem, u" 31.
inandà iiri reinaniemeht complet de l'acte sépare de 1768, qui n'avait été imposé à la nation que par la force, et lut une protestation solenriclié contre les deux actes de 1768 et 1775, et contre tout ce qui avdit été fait an détriment dû TEglisè catholique. L'évéque de Poseii , grand chancelier de la côiiroririe, et le chancelier du royaume l'appuyèrent de tdtit leur pdùVoir. Lé prince Antoine Czctwertynski et le général Wilciewski protestèretit également avec non moinâ de courage , au tiom du sénat et de là noblesse, contré les droits excessifs c[ue l'on avait accordés aux dissidents et aux nonunis âéns cette diète et dans celle de 1768. Leur exemple fut bientôt suivi par plusieurs ûonces, le prince Luborairski, Dunin , Rossakowski , lerzmanowski , et Przyjemski ; ils publièrent, le i5 avril, un manifeste contre toutes les entre* prises de la Russie à l'égard des Églises catholiques des deux rites. Le nonce du pape, de sou coté, fit des démarches pour obtenir des modifications importantes en faveur de l'Église unie ; mais tout fut inutile ; la toute-puissance de la Russie triompha comme auparavant. Des le 27 février, Stackelberg avait fait signer au président de la diète et aux deux maréchaux de Litbuanie, hommes vendus aux intérêts russes, ces deux actes séparés que la Russie, dans sou orgueilleuse confiance , appelait son ultimatum dans cette affaire *.
La nation polonaise recevait donc encore une fois des lois dés mains d'un dictateur russe. Le savant évéque de Posén ne craignit point de le dire dans son discours de clôture, et i^ppela les prédictions des rois Jean Cas'mir et Stanislas Lesczynski*.
La Russie s'était efforcée d'entraîner l'Autriche , comme puissance intéressée, à entrer dans ce traité ei dans celui de 1 768. Mais l'impératrice Marie-Thérèse repoussa fermement cette proposition. Le nonce du pape, dont les efforts avaient
■ Jo'irtint hlunritfue et littéraire, avril 177 3. T. H, [•, 576 Cl ÎI93, — ' Ot-f rcs ■:'i phtloivph-i bienfihfint. l . I, ji. 42.
été jusqu'alors inutiles , publia à la fin de l'année un écrit apologétique dans lequel il défend, avec autant de science que d'éloquence et de modération, les droits de TEglisiî catholique, blâme l'injuste intervention des cours de Pétersbourg et de Berlin , et flétrit les cruautés auxquelles rÉglise unie a été exposée pour la défense de sa foi *.
Tel est Texposé vrai et rapide des persécutions qui désolèrent les deux rites catholiques, depuis le jour où Catherine inter\'int dans les affaires de la Pologne jusqu en 1 775. Désormais nous séparerons les vicissitudes de 1 Église ruthéniennc en Russie, d'avec celles de la même Église dans le royaume de Pologne, jusqu'au règne de Nicolas I", qui réussit en6n à réaliser les projets de ses prédécesseurs , en portant le dernier coup à TÉglise unie et à la noble nation qui en avait défendu les droits.
VICISSITT3DES DE l'ÉGLISE BUTHÉNIENNE EN POLOGNE, DEPUIS
1775 jusqu'à la mort de l'empereur Alexandre 1".
UÉglise unie, ainsi que nous l'avons remarqué, se trouvait placée à cette époque dans une position si déplorable, qu'elle dut se soumettre aux persécutions que la Russie dirigeait contre elle. Une chose remarquable, c'est qu'elle ne trouva de défenseurs que parmi le clergé séculier. Pendant que celui-ci, animé de l'esprit du Seigneur et pénétré d'amour pour le saint-siége et l'Église romaine, soutenait courageusement une guerre à mort, les enfants de saint Basile s^occupaient plutôt de la conservation de leurs biens
■ Cet écrit |K>rte le (itrc snivani : Jiisia calliolicortiui a(Kcr;<i:s iii$»ii(i-uti':> iii l'olonia cxpostuUlio. Joumnl Imtonrjuc , juillet 1776, t. III, p. 3Jà.
que de la défense de la religion. Il faut le reconnaître, pendant que le clergé séculier sacriGait les siens et se laissait jeter dans des prisons plutôt que de trahir sa foi , un grand nombre de Basiliens embrassaient le schisme pour conserver leurs couvents et leurs propriétés territoriales. Au premier rang des prêtres fidèles doivent être placés ceux qui avaient été élevés dans les collèges fondés par le saint-siége à Wilna et à Léopol.
Le nonce du pape Garampi rend un témoignage éclatant à leur coumgeuse persévérance dans les sentiers de la fui , et à leur zèle infatigable en faveur de Tunion. . Autant les Basiliens avaient bien mérité dans les commencements de rÉglise unie , autant à Tépoque dont nous parlons ils avaient laissé endormir leur zèle et avaient négligé leurs devoirs. Ils surprirent par une ruse la faveur et la protection du clergé latin , cherchèrent à se rendre indépendants du métropolitain et à usurper un pouvoir absolu sur tout le clergé séculier; entreprise dans laquelle le clergé latin les favorisa imprudemment. Ayant peu de temps avant et après le synode de Zamosc, fondé les deux grandes congrégations de la sainte Trinité et de la sainte Vierge, et agrégé tous les cloîtres soumis jusqu'alors à la juridiction de leurs évéques respectifs à l'une ou à l'autre de leurs congrégations, les Basiliens se mirent presque exclusivement en possession de tous les honneurs, charges et bénéfices des Églises, et dépouillèrent presque entièrement le clergé séculier du gouvernement des diocèses. Cette oppression des prêtres séculiers par les Basiliens, s'aggrava bientôt et devint si préjudiciable à l'Eglise, quo le saint-siége se vit obligé de protéger les premiers, d'interdire l'accès des cures aux Basiliens dans les diocèses de Léopol , Premysl et Kamieniec.
Mais les Basiliens se révoltèrent contre les évêques et les métropolitains qui appartenaient à leur ordre et refusèrent dereconnaîlre leurjuridiclion. Benoit XIV s'oîeva fortement
contre ces abus , et par une bulle célèbre du ag mars i 744 i Interplures'jucunditatisfructuSf et une autre du 3o mars 1 760, Super familiam, il posa les limites de Tobéissance qu'ils devaient aux métropolitains et aux évéques ^
Les chapitres des cathédrales et des églises collégiales étaient exclusivement composés de Basiliens, surtout en Li* thuanie, où ils étaient tout-puissants et refusaient d'écouter les recommandations du saint-siége qui exigeait que les prêtres séculiers ne fussent pas écartés des dignités de l'Église; ils avaient réuhi à leurs monastères la plupart des paroisses avec leurs biens et immeubles , et ils allèrent jusqu'à détruire les actes des Églises qui ne devaient leur fondation qu'à la générosité des fidèles et à la piété des prêtres séculiers, afin de s'emparer des donations. Toutes les richesses de l'Église s'accumulèrent dans leurs mains. Us n'avaient plus qu'une pensée , celle de s'enrichir. Ils ne craignaient pas d'avoir recours à l'entremise de leurs amis et de leurs parents auprès du roi , des évéques et des abbés, pour obtenir ce dont ils n'avaient nui,' besoin et ce qu'ils n'avaient aucun droit de posséder^ au grand détriment de la religion et au grand scandale des fidèles. L'administration du diocèse était presque entièrement négligée et le seçvice divin abandonné, chacun ne songeant qu'à dépenser ses richesses pour son plaisir. On ne s'inquiétait point de l'éducation du clergé séculier, on l'entretenait même perfidement dans une excessive ignorance. Les principaux Basiliens étaient des Polonais. Us avaient appartenu autrefois au rite latiu, n'avaient passé au rite ruthénien qu'afin d'être propres aux évêchés, prélatures et abbayes ruthéniens, el cependant ils avaient une répugnance prononcée pour ce rite et le mélangeaient de céré-
• Bnllar. Benedicti XIV, T. IV. p. 8 et 180 »f|. Cf. Bulla- ci Brevia SS. PoniiKcuuQ, sacrur. coDgiiuni Dccrvt.i ncc iiuu Screni!>^. Heguiii Polonix Di]iloiiiiiU ruii- {jiicm Fluiluiioruiii U. S. Ddïilii M. «.onciiiiiiiu . 1'. Il, y- l-(iO- J^^'l^ I'ui/hjh. vicnsil)us . 17H7.
itionies latines. Us favorisâieht la uial6ncontreuse lutte du clergé latin contre le rite ruthénien en Pologne et travaillèrent de concert àvet: lui à sa destruction complète. Benoit XIV publia plusieurs bulles où il reprocbe amèremétlt aux Basiliens la négligence bonteuse qu'ils mettaient dans l'éducation du clergé rutbénien ; leur usurpation des biens des églises et dés charges ecclésiastiques , Toppres^ siori dont ils accablaient le clergé séculier, l'introduction de coutumes étrangères dans le rite rutbénien , et enfin l'abandon complet de l'étude d<5 la langue grecqUé et l'ignorance des livres liturgiques *. Leâ fidèles et les prêtres ruthéniens firent entendre les mêmes plaintes contre les Basiliens auprès des États du royaume dfe Pologne , dans leur célèbre manifeste du 4 octobre 1776^ manifeste qui fut joint aux actes publics de l'État. Enfin , la sacrée congrégation dé la propagande s'éleva également contre eux dans les termes les plus vifs, par sa lettre du i3 mars 1779.
Mais le coup le plus terrible qui fut porté à l'Église unie , vint de l'abandon qu'elle fit du rite rUthénieri pour le rite latin , et dans cette circonstance les Basiliens , ainsi que le clergé séculier et régulier de la Pologne, se rendirent bien coupables envers le saint-siége et l'Église unie, les uns et lés autres travaillant de toutes leurs forces à latiniser l'Église ruthéùienne et à lui faire adopter le rite latin. Dans lé sein même de l'Église unie et dans les provinces où il n'y avait, pour ainsi dire, aucun catholique latin, on établit des maisons d'éducation et des collèges qui faisaient adopter le rite latin à la jeunesse ruthénienne unie. Par cette conduite maladroite et en contradiction directe avec les ordres du saint-siége, toute la noblesse ruthénienne fut amenée a adopter le rite latin ; mais le peuplé restait fidèle a son rite tiational. Il avait un tel amour pour les usages de
' Dans Id bulle Allata nobis du 2j mars 173» , cl |).ir(iculièri-iiiciii la biiilc ti j< /»t:»>«'asi«n /i«6f«»/iu) du "iO avril 1751. Vo\r^ l'icccj JMSlilicalivis , ii" (».
son £^lise, el il les liait si étroitement avec sa toi , qu'il vit dans cette iqodiHcation une attaque contre la religion et regarda de mauvais œil tous ceux des nobles et des prêtres quiavaient embrassé le rite latin.
On ne saurait calculer toutes les conséquences de cette révolution ; elle ébranla TEglise unie jusque dans ses fondements et, nous le répétons encore une fois, elle amena sa ruine. Peu de mots suffiront pour le faire comprendre. Il était d'usage, dans TÉglise unie comme dans TËglise latine, de ne porter aux sièges épiscopaux que les noble« et de leur donner les riches abbayes et tous les grands bénéfices, ainsi que les prélatures et prébendes dans les églises cathédrales et collégiales. Lors donc qae toute la noblesse unie eut adopté le rite latin, il fallut choisir les candidats parmi la noblesse latine et polonaise.
Ils passaient , il est vrai , un mois dans un des monastères basilieuo pour se familiariser avec le rite ruthénien, mais ce temps é*ait aop court. C'est de cette manière que le prélat latin, Michel Stadnicki, fut appelé par le pape Pie VI au siège de Luck et d'Ostrog , sur la demande expresse du roi de Polo{;ne. Ignorant la langue grecque et surtout lancienne langue slavonne , les prélats latins ne pouvaient exercer aucune influence sur le clergé et le peuple ; aussi ceux>ci les méprisaient-ils, sachant que ce n'étaient pas leurs talents qui les avaient placés ù ces postes élevés , mais bien plutôt leur ambition, leur avidité et surtout la volonté expresse du roi de Pologne. Rien ne pouvait mieux entretenir l'ancienne répugnance des catholiques unis contre les catholiques latins que ces procédés ; conséquence malheureuse de la substitution du rite latin au rite grec; d'ailleurs les catholioues unis n'avaient point oublié les promesses solennelles que le saint-siégc et le roi de Pologne leur avaient faites au xvi* siècle , lorsqu'ils s'étaient réunis à l'Eglise romaine, et ils étaient indignés de se voir trompés.
Les conséquences de ce changement furent des plus
fâcheuses pour le peuple; i' se trouva sans déFense prëciséinent h l'époque où la Russie employait toutes les ressources pourùëtruire l'Église unie. La noblesse polonaise avait toujours , il est vrai, défendu l'Église unie contre les persécutions des Russes; mais la Russie n'éiait-elle pas en droit de dire que cette proiecî'on cachait des vues politiques sous le manteau de la religion? Avec le secours ^'une noblesse dévouée à son rite , l'Lglise unie eut facilement résisté à toutes ces persécutions ; mais la Russie refusait à la noblesse latine le droit de protéger l'Eglise unie, elle les accusait de trahison et se posait comme méritant seule de la défendre. Les Russes dénigraient partout, auprès du peuple uni, le caractère de l'assistance que leur donnait la noblesse latine, et surent profiter de la répugnance mutuelle; ils ne laissèrent à plusieurs districts que la triste alternative d'adopter le rite latin ou de se réunir à TÉglise grecque, et c'était là ce qu'ils appelaient concilier les deux parties. En somme , le résultat fut des plus déploiables, et dans son ignorance, le pauvre peuple se jetait dans le schisme plus souvent qu'il n'acceptait le rite latin. Depuis les temps les plus anciens, chaque fois que des Grecs s'étaient réunis à l'Église romaine, le saint-siége leur avait conservé soigneusement leur rite et ceux de leurs usages qui n'étaient point contraires à l'union, mais il avait pris garde qu'il ne s'y mêlât aucune cérémonie étrangère. Animée de l'esprit delà charité, l'Église romaine avait toujours respecté les rites nationaux, non-seulement chez les Grecs , mais encore cliez tous les chrétiens schismatiques d'Orient, tels que les nesioriens, syriens , chaldéens, arabes, arméniens et cophtes. L'Eglise grecque avait tort de reprocher à l'Eglise latine l'intention de détruire le rite grec; le pape Léon IX avait parfaitement répondu aux injustes reproches que lui adressait l'auteur du schisme grec, Cérularius, qui, dans sa haine aveugle, alla ju'.qu'à faire feruicr les églises latines à Constan-
Ml
tinop)e et dans tout l'Orient. Vous pouvez voir, écrivait Léon \ quellfî î^ été la discrétion ef la modération de TEgUse romaine à votre égard ; dans les murs de Rome même, il y ^ des monastères ^t des églises grecques , qui jouissent de la plus grande paix et qui conservent tous les usages de leurs ancêtrei^; biep mieux , on les engage à y rester fidèles. Lp ipême esprjt de sagesse et d amouf anima les papes Innpcent UI,InnocentlV, Grégoire X, Nicolas III et EugènelV, lorsqu'aux conciles de Rome, de Lyon et de Florence, dans les années f4i^f 12^5^ i2'j4 et i436, ils admirent les Grecs dans le seip de TÉglise. Clément VIII confirma aux Rutliéniens qui so réunissaient au saint-siége le droit de conserver leur«rite§ particuliers et tous jeurs usages natio^^aux. 3es successeurs se vouèrent avec le même soin et avec une coDsfapfc^ rnébraolable à leur conserrer les mêmes privilèges, et établirent même des lois très-sévères pour empêcher la substitution du rite latin au rite ruti\énien, que, dans les premiers temps de Tunion, plusieurs évéques ruy théniens avaient tentée. Urbain VIII l'interdit sévèrement', par un décret de la propagande, du i6 février 1627, tant aux laïcs qu'aux eccclésiastjques , tant au clergé régulier qu'au clergé séculier, mais surtout aux basiliens; il enleva même aux évéques ruthénieus le droit d'y autoriser les fidèles et l'attribua au saint-siége seul ^. En effet, la désertion eu masse des prêtres et d^<> rnoines vers le rite latin devint très-préjudiciable à la pureté du rite ruthénien.
Le saint-siége n'avait pas manqué de recommander de temps en temps aux évéques unis l'observation rigoureuse des sages et salutaires ordonnances d'Urbain VIII. Ojaque fois que les Rutbénieni^ unis de Pologne ou de Lithuanie avaient introduit quelques modifications dans leurs cérémonies, Rome avait refusé d'y prendre part et s'y était opposée vigoureusement, signalant les dangers qui devaient en
• CoUeci. concilior, cd. Mansi, t. XIX, p. (iiO. — ' Voyez Pièces ji)stiHcutivc> , no 3, S 10.
un :
résulter. Ainsi est-ce un fait bien constaté que l'on eut beaucoup de difficulté à obtenir de Rome la sanction des décisions du synode de Zamosc qui modifiaient ou supprimaient certains usages ecclésiastiques de peu d'importance , et qu'il fallut que le clergé rutbéniea insistât pour ^obtenir. Benoit Xllf mit à cette sanction la condition <^](pr09se qu'on ne pourrait s'en autoriser en aucune façon pour porter le moindre préjudice aux constitutions du saint- siège et aux décrets des conciles généraux relatifs au rite rutbénien. Clément XIV s'occupa avisai de conjurer les dangers dont cette désertion menaçait l'Eglise unie ; il la défendit à l'exemple de ses prédécesseurs et confirma les décrets d'Urbain VIII en les rendant plus sévères.
Le premier partage de la Pologne devait nécessairement amener dans la hiérarchie de l'Église unie des changements considérables relativement à la circonscription des diocèses ; on en fit trois parts , dont l'une , la plus grande , ^ut attribuée à la Pologne» la seconde à la Russie, et la troisième à VAutriche. La Prusse avait obtenu les provinces de la mer Baltiq.^ où il n'y avait point de Ruthéniens unis. La Pologne conservait le diocèse métropolitain, les évêchés de Luck, de Wladimir, de Pinsk et Brest, celui de Chelni et une partie de celui de Kamiéniec ; l'Autriche avait avec la Galicie les diocèses de Léopold et de Hahcz, une partie des diocèses de Kamiéniec, de Luck et de Chelm, et enfin les diocèses uni de Premysl, Sambor, etSanok. A la Russie revenait l'archevêché de Polock, comme capitale de la Russie-Blanche. Rien ne fut changé dans les rapports hiérarchiques. Le métropolitain conservait la même juridiction sur les évêques unis des trois royaumes et conservait le titre d'archevêque de Kiow et de Halicz, et de métropolitain de toute la Russie, qu'il portait depuis les temps les phis anciens.
Le métropolitain Szeptycki, qui admuiistrait en mên.c temps lesdiocèses de Léopold et la parti j du diocèsode Ka-
miéniec restée sous l'empire de la Poloj^ne et qui renfermait à elle seule huit cents paroisses unies, rendit les plus grands services à la cause de l'Église. Comme son illustre prédécesseur et parent, Athanase Szeptycki, il dirigea avec la plus grande habileté les affaires de rÉglise , veilla à la pureté du rite, s'attacha à répandre les connaissances parmi le clergé, épura les mœurs dans les monastères basiliens, fit plusieurs tournées d'inspection dans son diocèse métropolitain que son prédécesseur immédiat Félicien Wolotkowicz avait négligé, et s'efforça de guérir toutes les blessures qui avaient atteint TÉglise unie depuis 1769. Il eut le mérite, bien qu'il fût basilien lui-même, de savoir choisir parmi le clergé séculier des hommes instruits, sortis des collèges de Wilna et de Léopold pour les élever à l'égal des Basiliens aux principales dignités de son diocèse. Comme évêque de Léopold il demanda au pape Clément XIV , pour le saint prêtre Alexis Piasecki , protonotaire apostolique, chapelain du métropolitain, la faveur de porter la croix e^ une chaîne d'or. Le pape y consentit par un bref du 5 ma'i 1770. La persécution, qui depuis la moitié de ce siècle accablait l'Église-unie, réveilla dans le clergé et dans le peuple un nouveau zèle pour la religion; ils unirent leurs forces pour résister avec plus d'avantage. Tout le monde sentait la nécesité de perfectionner l'éducation du clergé. Le pieux évêque deChelm, Maximilien Rylo, l'un des hommes les plus distingués de l'Eglise, fonda à ses frais un séminaire pour les jeunes ecclésiastiques du diocèse, lui assigna de riches dépendances et lui donna la somme de f 00,000 florins de Pologne. 11 en confia la direction aux Basiliens, et choisit à cet effet les hommes les plus instruits de l'ordre dans la congrégation Lithuanienne de la Sainte-Trinité. Sur un décret de la congrégation de la Propagande, du 29 novembre 1779, le pape Pie VI autorisa cet éiablissemcnt par bref du 19 janvier 1780.
Une parente de cet évêque , la comtesse 'l lu-ophila .leni-
};ie]ska Wilf,a, dernier rejeion de celte nohle famille, avait également fondé, après la mort de son époux, sur son domaine de Pichinki, dans le diocèse de Chelm, un monastère pour Luit Basiliens de la congrégation Polonaise de la Sainte-Vierge. Elle dépensa pour cet établissement la somme de 4o,ooo florins de Pologne, leur donna des biens considérables et le droit de collation à la cure de Pichinki. Clément XIV confirma cet établissement par un bref du i8 novembre 1773. Malheureusement Léon Szeptycki n'occupa que bien peu de temps le siège métropolitain. Son successeur, Jason Junosza Smogorzewski , basilien comme lui, suivit ses traces et gouverna l'Église dans le même esprit.
.Smogorzewski prit également à cœur Tamélioration du clergé séculier; il chercha à l'encourager à la vertu et à lui faire acquérir, des connaissances. Sur sa demande le prêtre Michel Prymowicz , homme dévoué à Tunion , fut nommé vicaire-général do la Crimée par le pape Pie VI, qui , dans son bref du 26 février 1782 , lui accorda le privilège de renxplir, dans toute Tétendue du diocèse métropolitain, et spécialement dans la Crimée , les fonctions épiscopales, j)rivilége qui n'appartenait qu'aux archimandrites. Ce digne prélat ne mérita pas seulement de l'Eglise unie par ses vertus et ses capacités, il sut employer sa fortune de la manière la plus noble. Ainsi il prit sur son patrimoine Ténorme somme de 200,000 florins de Pologne pour entretenir des missionnaires du rite ruthénien là où s'était le plus exercée la rage des Russes et où les malheureux prêtres avaient été dépouillés de tous leurs biens.
Pie VI crut devoir encourager le clergé séculier qui s'était montré dans les derniers temps si dévoué à l'Eglise. Sur la demande du métropolitain et du roi de Pologne et sur un rapport de la propagande du 19 juin 1784, il accorda, le 1 3 juillet, à trente prêtres ruthéniens séculiersdes différents diocèses unis, le droit de porter une chaîne et une croix d'or. Cette croix était à huit pointes sur un fond bleu I. I j.
romme la rroiv (]tr^ clïcvaliers de Malle : rriin coté était J'iina{»e de Ja sainte Eglise romaine, de 1 autre la figure des saints apûtres Pierre et Paul; au-dessus de Tiinage de l'Eglise romaine étaient gravées les armes royales, en témoignage de reconnaissance des généreux efforts que les illustres rois de Pologne avaient faits dans tous les temps pour le maintien et l'extension de l'Union. Le métropolitain était seul dispensateur de cette décoration, qui fut distribuée au clergé des sept diocèses unis. Chaque évêque eut le privilège de présenter au métropolitain pour cette décoration trois prêtres de son diocèse ; lorsqu'il en mourait un, son évêque en proposait un autre pour le remplacer. La distribution du reste des croix était laissée au choix du métropolitain ; elles étaient destinées aux prêtres de sa métropole. Les conditions nécessaires pour obtenir cette décoration étaient : la prêtrise, les études dans un des séminaires romains, et, s'il était possible, quelques écrits en l'honneur ou dans l'intérêt de la religion , des missions , des services rendus dans l'exercice des fonctions ecclésiastiques et quelque dignité, soit dans un séminaire, soit dans un évéché, enfin une naissance noble ou du moins honorable et quelques titres académiques. Comme cette décoraticu n'était pas une simple distinction honorifique et une récompense purement temporelle, les évêques devaient avertir les prêtres qui l'obtenaient de remplir fidèlement et consciencieusement les devoirs de leur charge, de s'entretenir dans la vertu et dans la science, et de faire preuve d'un zèle et d'un courage infatigables pour la sainte Union. Afin de favoriser les intérêts spirituels de ces prêtres, le pape leur accorda aussi la faveur d'un autel privilégié deux jours par semaine , et une indulgence générale le jour de la fête des saints apôtres Pierre et Paul , le jour de l'Octave et à l'article de la mort.
L'élévation de Théodore Rostocki , en 1787, au siège métropolitain , fit concevoir des espérances pour l'améliora-
lion du sort de VÉqVisc unie. C'était un élève (hi collégr» ruthénien^ù Rome, et depuis son retour dans f^a patrie, il s'était distingué par sa piété, sa science et son activité infatigable. En entrant en fonctions il adressa à tous les évéquesunis de touchantes lettres pastorales, où, après avoir dépeint avec les plus vives couleurs la déplorable situation de l'Église, il les engageait à soigner l'éducation du clergé et l'instruction du peuple, et leur recommandait de refuser rigoureusement aux fidèles et aux prêtres, et surtout aux Basiliens, la permission d'adopter le rite latin. Il défendit encore avec le même zèle et le même courage les intérêts de l'Eglise auprès du roi et des États : ceux-ci venaient de se réunir pour former la célèbre diète qui commença en 1788, dans laquelle on devait traiter les affaires de l'Égli^o unie avec autant d'intérêt que celles de l'État. TiC 14 aofit 1788 le pape Pie VI leur adressa nn bref pour les encouiager à défendre les droits de la religion et du saint-siége avec le zèle dont ils avaient fait preuve dans tons les siècles, et qu'ils avaient témoigné encore tout récemment d'une manière si éclatante; il leur promit en récompense la bénédiction du ciel ^ Dans nno lettre de remerciements que les Etats adressèrent aux Saints-Pères le 24 février de Tannée suivante, se trouvent les promesses les plus solennelles de défendre de toutes leurs forces les droits de l'Eglise catholique'.
Ces efforts du saint-siége et du métropolitain ne restèrent pas sans résultat. Les États nommèrent une commission composée d'hommes pleins d'expérience, pour s'occuper des affaires de l'Église unie et chercher les moyens de remédier à sa triste position. Le métropolitain en fut élu président; on lui accorda un siège dans le sénat à tûté des évêqucs latins, afin qu'il pût veiller de plus près aux intérêts de son église. 1^ diète résolut, en outre, de fonder un
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séiniiinirc dans chaque évêché pour les Rutliénîens unis et ci'étahlii% dans chaque cathédrale, un chapitre avec des préiatures pour les prêtres séculiers.
• Mais les troubles qui suivirent cette diète neutralisèrent ces bonnes dispositions. Un feible rayon d'espérance brilla encore lorsque la diète de 1791 publia la célèbre constitution du 3 de mai. Jamais les droits des Églises catholiques des deux rites n^avaient été mieux défendus , jamais il n^y avait eu pareille unanimité pour les proclamer lois fondamentales de TÉtat*.
Mais la Russie avait concentré toutes ses forces pour achever de ruiner la Pologne, et avait recours aux moyens, dont elle s'était servie en 1764. La religion y jouait son rôle; des agents secrets parcouraient le pays, soulevaient le peuple schismatique contre la religion catholique des deux
* Peu de rëtnlodons de fa diète ont eu plu* d'unanimité' dans les suffrages et plus de précision dans le résultat que celle qui regarde la religion catholique. On sait les atteintes qui avaient été portées à cette religion par l'influence impérieuse et violente des Russes ; aujourd'hui on la venge de cette oppression, et on la rétablit dans toutes se* prérogatives.
Voici les quatre premières lois cardinales et immuables du royaume de Pologne , extraites et recueillies des anciennes constitutions, et récemment déddées par la présente dièle comme devant servir de base à la nouvelle forme de gouverncmeut :
I. • La sainte religion catholique romaine des deux rites , avec toutes les lois de la sainte Eglise (quant aux affaires spiriiuelles), tant dans les États de la couronne de Pologne que dans ceux du grand duciié de Lithuanie et dans toutes les provinces y attenantes , sera perpétuellement dominante, et comme telle nommée et signifiée dans tous les actes publics.
H. « Un catholique-romain de naissance ou de vocation peut seul être roi de Pologne et grand duc de Lithuanie. La reine doit être aussi catholique-romaine; et, si elle professait une autre religion , elle ne pourra être couronnée qu'après avoir accepté la religion catholique.
m. « Le passage de l'Église romaine catholique des deux rites à une autre profession de foi sera toujours regardé comme un délit criminels
IV. > Tous ceux qui professent une religion tolcrce dans les États de l.t république (quoique différente de la dominante) , jouiront (ranquillemeni de la liberté, imt dans la profession de foi que dans la discipline ; et il est stipule qu'aucune autoiitc e(xlc!>iastiquc ni civile ne pourra poursuivre personne, pur raison de profession de foi ou de discipline. »
{Jomval historique ci littéraire. Novembre 1791. ï. IV, p. Sô.!.)
rites, et répandaient d'ignobles libelles dans lesquels ils a[)« pelaient cette religion une religion de chien '.
La constitution du 3 mai, cette œuvre admirable de sagesse, de modération, et du plus noble désir d assurer fa prospérité, la liberté et la gloire de la Pologne, tomba sous les coups de Catherine. Cette constitution, fondée sur les principes monarchiques et libéraux en même temps, et qui assurait l'aristocratie et la monarchie contre l'invasion de l'esprit démocratique, était traitée par elle d'ultramontaine, de révolutionnaire et de jacobine, et plantait, selon fille, le drapeau de Tanarchie en Pologne.
vDe même qu'en 1764 elle organisa une confédéral ion : ce fut celle deTargowicz, du i4 mai 1795».
Tous les ennemis de la patrie et de la tranquillité publique y entrèrent, et l'on dépensa, pour soudoyer des traîtres, des sommes énormes. Le roi fut forcé lui-même d'entrer dans cette confédération et d'envoyer son engagement par écrit à l'impératrice, le 25 aoiît 1792. Stanislas et Catherine commirent là un crime que la postérité ne leur pardonnera jamais.
La Russie triomphait encore par son adresse, elle obtenait un second partage de la Pologne, qui fut sanctionné par le traité du 1 1 juillet 1793, et s'emparait des riches palatinats de Kiow,de Braclaw et Podolie.
Ce ne fut pas assez pour elle, et elle reprit h'cniôt ses anciens projets contre la Pologne. La Prusse, qui de 1789 à 1792 avait agi avec noblesse à l'égard de ce pays, se laissa entraîner à une ambition mal entendue; elle se jeta dans les bras de la Russie et l'aida à accomplir son infâme dessein.
Ces deux puissances avaient longtemps travaillé ù la ruinr; de la Pologne, et, à la face du monde entier, elles s'étaient rendues coupables d'un crime dont l'histoire ne pourra les absoudre. L'Autriche resta spectatrice; et même, a l'époque
« Voyez l'icrcs jusiiHcatixc^ , ti. -8 cl iV
tit
du premier partage, ce fut ia force des circonstances qui la décida à faire valoir ses droits à une part de ce royaume. ^ Le troisième partage de la Pologne fut consommé par )e traité du i4 octobre 1795.
; Ainsi, le plus noble et fe plus généreux des peuples du Pîord succombait sous la politique révolutionnaire des cours de Pétersbourg et de Berlin , précisément à l'époque même où les révolutionnaires de Paris commettaient en France des désordres d'un autre genre. Ainsi, ces deux cal)inets qui réunirent leurs forces pour combattre le jacobinisme en France , dans l'intérêt du çenre bumain , ne craignaient pas d'eu répandre, dans leurs propres États, les doctrines, pour détruire un peuple libre et plein de gloire, et pour rayer de la liste des nations un nom qui avait brillé du plus vif éclat, alors qu'elles étaient encore dans la barbarie, llaumer a dit avec infiniment de vérité ' : « On combattait la France parce qu'elle détruisait le pouvoir royal; on combattait la Pologne parce qu'on y augmentait ce ^ pouvoir. Pendant que la licence la plus effrén'^c, se ca- ' chant sous le manteau d'une fausse philosophie et d'un faux amour de l'humanité, poussait des novateurs ambitieux à la ruine de tout gouvernement, les rois aveuglés semblaient se conjurer avec leurs voisins pour les surpasser encore en jacobinisme et pour détruire chez les peuples tout respect de la justice, de la propriété, de la foi et de l'obéissance ; les Polonais étaient bien plus malheureux que les peuples soumis par une guerre franche et ouverte. On recherchait leur amitié pour les tromper, on semblait se faire un plaisir de violer les traités les plus solennels conclus avec eux , on les poussait à des démarches que l'on condamnait ensuite, et on leur prétait des intentions qu'ils n'avaient jamais eues: un préjugé aveugle, une ignorance volontaire ou une haine avide de calomnie peuvent seuls traiter aujourd'hui de révolutionnaires les auteurs de la constitution du 3 mai 1791. «
La Russie et lu Prusse avaient donné aux habitants de leurs nouvelles provinces la promesse de respecter leur liberté religieuse.
La Prusse fit solennellement cette promesse dans son manifeste du a5 mars 1 798 \ et la renouvela encore dans le traité de paix de Grodno, du 26 septembre de la même année *.
La province de Bialystok et une partie du diocèse de Brest étaient passées, à la suite du troisième partage, sous la domination de la Prusse avec la célèbre abbaye basiiienne de SuprasI. Rien n'était plus naturel que de songer ^ux besoins religieux des fidèles, qui appartenaient tous à TLglise unie. Cédant aux instances des fidèles, le nouveau roi de Prusse, Frédéric Guillaume III, demanda au saint-siége l'érection d'un siège épiscopal pour les catholiques unis de ses nouvelles provinces. L'abbaye de SuprasI fut choisie pour en être le siège; elle comptait à cette époque vingt-deux religieux. Elle avait été fondée par l'archevêque catholique-latin de Kiow, le célèbre comte Joseph Soltan, conjointement av«c le comte Alexandre Chodkiewicz; c'était en l'année i553, et on lui avait donné alors de riches dépendances. A l'époque de l'union, en ibg5, elle fut donnée aux Basiliens. Le métropolitain, Léon Kiszka (17 13-1729), avait fondé, dans le voisinage du cloître dont ^l était abbé commendataire, un palais pour servir d'habitation à l'abbé, qui jusqu'alors avait demeuré dans le palais épiscopal. La magnifique église du cloître servait en même temps de paroisse et devint cathédrale. Elle était ornée d'un grand nombre de précieuses reliques de saints, possédait un chœur magnifique, un orgue superbe , une fort belle sonnerie et un cimetière avec une chapelle pour les fidèles. Onuphre Gajetan Szembek , frère de l'évêque de Plock du mémo nom , son suffragant et son successeur, détermina la circonscription de ce nouveau diocèse, que le pape Pie VI coulirnia par ?a
> Voyc^ l'iixfï jusiUicalivc j u. iO — ' lijicl., u. il.
bulle Susceptum nobis, datée de sa prison, à Florence , le 4 mars 1798. Le pape éleva bientôt Siiprasl, qui n'avait été jusqu'alors qu'un village, au rang de ville, et lui ac-« corda tous les droits et privilèges dont n'avaient joui jusqu'alors que les villes épiscopales. Le nouvel évêché fut affrancbi de toute hiérarchie supérieure, placé sous la domination immédiate du saint-siége et doté de tous les privilèges des évêchés ruthéniens.
Le roi de Prusse promit de former et de doter deux prélatures et quatre canonicats pour le clergé séculier, et de veiller à l'entretien de l'église et du palais épiscopal. Enfin un traitement annuel de 4)000 thalers fut attribué à l'évêque. Théodore Wislocki , dernier abbé du couvent et homme d'un grand mérite, fut nommé par le pape Pie YI évêque deSuprasl, le 27 mars 1799.
Lorsque le duché de Varsovie fut rétabli par suite du traité devienne, du 1 4 octobre 1809, une partie de la Gailicie occidentale et le district de Zamosc lui furent alt»i.o ^ bues. Alors le diocèse de Chelm et une partie de l'évèch^ ' de Przemysl revinrent à ce nouveau duché, dont la souveraineté , conformément à la constitution du 3 de mai 1791, futdonnée au roi de Saxe. Ce siège épiscopal était alors désorganisé et confié aux soins d'un prêtre séculier, Ferdinand Ciechanowski ; le gouvernement lui donnait un traitement de 82,000 florins de Pologne. L'évêque, en vertu de la nouvelle constitution , avait place au sénat et non pas à la suite des évéques latins, mais au rang de leur ancienneté, et par conséquent sur un pied d'égalité complète avec ies évéques latins.
Ce pieux et digne évéque se distingua par son zèle dans la défense des intérêts de son diocèse et l'amélioration du sort de son église. Ses efforts continus obtinrent le rétablissement du séminaire que le malheur des temps avait fait fermer; il y consacrait annuellement la sonune de 6,000 florins d'argent, et les intérêts d'un caj/ital de ()'),ooo floiins qui avait été consacre autrefois à la fomlation de c<:l él.i-
hlisseinent. On y entretenait un recteur, deux professeurs et quinze étudiants. Cette conduite lui valut d autant plus de gloire, que les étudiants ecclésiastiques de te diocèse ne pouvaient plus aller aux séminaires de Léopol ou de Vienne, comme ils le faisaient lorsqu'ils étaient sous la domination de l'Autriche.
I^a direction du séminaire fut confiée à deux prêtres de ceux que nous venons de nommer. Lorsqu'au commencement de 1812 fut convoquée la diète, l'évêque uni s'y rendit ety futreçuavec lesplus grands témoignages de vénération. 11 célébra solennellement, en présence du roi et des Ltats, d'après le rite ruthénien grec, le service divin, ainsi que la cérémonie de la bénédiction de l'eau dans la Vistule. Il profita de cette circonstance pour adresser aux rois et aux Etats les prières les plus vives au nom du clergé et du peuple, dans l'intérêt de son église, et redemander entr'autres le rétablissement du chapitre de Chslm, détruit sous son ])rédécesseur Jacob Susza pendant la guerre.
Mais bientôt la tempête vintassaillir de nouveau cet évêché; le diocèse de Chelm devint le théâtre de la guerre entre Napoléon et Alexandre. Les Russes, vainqueurs, désolèrent de toutes les façons le pays; ils exercèrent leur rage sur Tévêque lui-même, dévastèrent son palais, l'enfermèrent dans un lazaret, et l'auraient emmené en Russie s'il n'eiit échappé à leurs persécutions par la fuite.
La paix de Paris de 1 8 1 4 , et le congrès de Vienne de 1 8 1 5, apportèrent quelque amélioration à la situation de l'évêché de Chelm. Le duché de Varsovie, désormais royaume de Pologne, passait sous la domination de la Russie, et l'empereur Alexandre, voulant donner un témoignage de la douceur de ses intentions aux Ruthéniens unis de la Pologne, donna à l'évêque Ciechanowski , qui était revenu prendre possession de son siège, un traitement annuel de 5o,ooo florins de Pologne, lui rendit tous ses honneurs et lui donna place au sénat. Ses infirmités lonipëchant de s'occuper de la direction du diocèse, il demanda, en i8iy, un
snffragant auquel l'empereur donna, avec son sié(;e, ?e rire d'évéque de Beiz. Son choix tomba sur Vincent Siedlecki, recteur du séminaire de Chelm. Le métropolitain de Haiicz et de Léopold, Michel Levicki, lui cciîféra la consécration épiscapale, sur la demande des États du royaume et de Tévéque Giechanowski. L'empereur lui donna un traitement annuel de 8.000 florins de Pologne.
LVvêché de Chelm possédait dans la circonscription du district deZamosc, qu'il avait obtenu en 1810, 317 pa^ roisses et 227,678 fidèles du rite rutthénien, outre trois monastères de Tordre de saint Basile, avec 20 moines et un couventde femmes du même ordre à Parizow, renfermant six religieuses. L'empereur Alexandre, dans les derniers temps de sa vie, et à la demande de Tévéque Ciechanowki, rétablit le chapitre de Chelm quil dota, eu même temps qu'il augmentait le traitement du clergé des paroisses.
sn.
VICISSITUDES DE L ÉGLISE ftUTHÉ)iIENNE UNIE DANS LES PRO- VINCES POLONAISES DE LA RUSSIE, DEPUIS 1775 JUSQU'a LA MORT DE l'EMPEREUR ALEXANDRE 1*"'.
Par suite du premier partage de la Pologne, révéché ru« tbénien uni de Polock avait passé avec la Russie-Blanche sous 1 autorité de la Russie.
Catherine,aucommeDcementdeson règne et dans toutes ses guerres contre la Pologne, avait toujours manifesté les sentiments les plus hostiles contre l'Église unie et employé tous les moyens en son pouvoir pour l'anéantir. Elle la considérait comme une sœur égarée de l'Église nationale russe, et se croyait obligée de faire tout, d'employer même la ruse ou la violence, pour la ramener dans le sein de son Église, ou pour la détruire. Elle s'en expliqua du reste clairement et publiquement*.
Nous avons déjà parlé de la cruelle persécution qui suivit l'ordre que donna CaiherinOi^'opter entre les deux rites; il en résulta que les Rulhéniens unis qui avaient, comme nous l'avons déjà remarqué, une profonde et invincible répugnance pour le rite latin, aimèrent mieux embrasser le schisme.
Cependant on alla encore plus loin, et pour achever de détacher l'Église ruthénienne unie, on leur refusa de remplacer par des prêtres du même rite, ceux des leurs qui étaient morts, ou qui, pendant la dernière guerre, avaient clé ar-
' La cour du Ilussio ne veut pa?, dit-on, ^ou^ri^ daii: .>e» nouxciiux LtaU ceux qu'on a|i|)elle uni», et picleud, san> lergivrrbcr, qu'ils ictourniMit ."< I'lgli>e (atlio- .'•<jue loinainc ou .'« l'Iglisf i;rimut-i utrc , «[ui cïi liui ni'.rc. Jvntnnl lii.-lnri'i'ir, dcccuibrc 1771'. T. IV, |..i^. jOt>,
rachés à leurs Eglises et emmenés en Sibérie. Fatigués et épuisés par tant de persécutions, ils cédèrent au désespoir en acceptant des prêtres schismatiques. Cette incroyable violence s'accomplissant aux yeux du monde entier, Catherine eut peur qu'on ne lui reprochât sa conduite barbare; elle eut recours à la ruse et publia, en 1779, un oukase par lequel elle ordonnait, que si, dans une communauté ou une paroisse unie, un prêtre venait à manquer ou bien à mourir, la communauté serait invitée à désigner tel prêtre qu'elle voudrait et de quelque croyance qu'il fût, atin que le gouvernement pût le nommer selon ses désirs. Il n'est pas bien dificile de pénétrer la perfidie de cet acte et de voir où il tendait. Les Ruthéniens unis se virent dès lors imposer des schismatiques pour pasteurs. Leur choix dépend en Russie, comme Ton sait, des magistrats qui, au nom de la communauté dont ils font partie, choisissent le prêtre qui leur convient. Or, la plupart de ces magistrats appartenaient à l'Église russe, par suite de l'éloignement des Ruthéniens unis de toutes les fonctions publiques; ces magistrats choisissaient naturellement des' prêtres schismatiques; il en était surtout ainsi dans les villages où les populations ne s'élevaient pas au-dessus de i5o ou 200 âmes ; l'autorité communale y était toute-puissante. Dans les villes, qui du reste n'étaient guère plus peuplées, lorsqu'elles n'étaient pas villes du premier rang, l'influence de quelque puissante famille noble ou bourgeoise réussissait quelquefois à s'opposer aux violences des magistrats.
Ce fut un grand malheur pour l'Eglise rulliénicnne unie et le signal de sa ruine , que l'élévation du célèbre archevêque de Polock, Jason Junosza Smogorzevvski , au siège métropolitain rendu vacant par la mort de Léon Szeptycki , en 1779. I^e siège de Polock devenait lui-même vacant par ce fait. Le nouveau métropolitain transporta sa résidence à Vaisovie, où il s'occupa avec la plw!> grande activité des intérêts de l'Église unie et où il voulnit veiller aux besoins de tous les autres diocèses. Il avait donc choisi pour le rcui-
placer \c pioiiv et (li\o;no ^Iiiximilien Rvîlo de Clielin ; mais celui-ci, soit qu'il eût luérifr la haine de l'impératrice, soit qu'il ne voulût pas s'exposer aux persécutions des Russes, refusa cet honneur, préférant répondre à l'appel de l'Autriche et à accepter l'évéché de Przemysl, en Gallicie , que lui offrait l'empereur Joseph II.
Catherine fit tout ce qui était en son pouvoir pour laisser ce siège vacant le plus longtemps possible , et elle profita de cette vacance pour pousser le» Rulhéniens unis dans le schisme.
D'après un calcul du père Nowicki , qui était alors abbé du monastère basilien de Polock, l'Eglise unie de ce diocèse perdit, pendant la vacance qui dura quatre ans, plus de huit cents paroisses et cent mille fidèles qui durent passer en masse à l'Eglise schismatique. L'impératrice alla si loin, que, malgré les prières du métropolitain et des fidèles, elle voulut donner ce siège à un archevêque schismatique. Heureusement les efforts du pape Pie VI empêchèrent qu'on ne portât ce coup mortel à l'Eglise unie et obtinrent qu'on leur donnât un pasteur de sa croyance. Il adressa plusieurs lettres très-touchantes à l'impératrice, où il lui dit les choses les plus capables de la détourner de cette conduite si contraire aux promesses solennelles qu*elle avait faites dans les traités de paix; enfin, après une négociation qui dura quatre ans , il fut assez heureux pour obtenir que le choix que Smogorzewoki avait fait de HéracliusLisovvski fût confirmé. Le pape écrivit au sujet de cette nomination à l'impératrice, le 16 septembre 1780.
Surprise du noble langage et de la démarche courageuse du pape en faveur des Rulhéniens unis, Catherine tout en continuant ses persécutions contre l'Eglise unie, dont elle avait juré la perte, chercha cependant à justifier son refus de remplir le siège de Polock , et prétendit qu'elle avait confié la direction du diocèse à un conseil ecclésiastique , composé de catholiques unis. Ce conseil n'exista jamais. Quant aux mesures prises contre rF^;lise unie . elle
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soutint avoir agi conformément « aux plus nobles principes de la dignité humaine,» qui nVtaient pas moins cbersà son cœur que le bien de cette Église. Elle sut donner à l'oukase de 1779, dont nous avons parlé, une tournure qui lui utait tout caractère odieux, et supplia le pape, dans une lettre du 3i décembre 1780, modèle de fausse tolérance et d'un philosophisme dégoûtant, d'accorder à l'évéque latin de Mohilew, dont nous parlerons bientôt, la dignité archiépicopale et le pallium ^
Il faut avouer que jamais souverain ne poussa, à l'égal de Catherine , l'art de mentir et de flatter. Pendant que d'un côté elle cherchait à tranquilliser le saint-siége par les plus perfides assurances, elle n'en travaillait pas moins à hâter la ruine de l'Eglise ruthénienne unie. Cette intention se dévoile dans sa lettre du 4 novembre 1782, au comte de Stackclberg, où elle lui recommande de presser le nonce du pape afin d'obtenir la dignité archiépiscopale et le pallium pour l'évéque de Mohilew. « Vous ne devez point leur dissimuler, » dit-elle'^, « que si ma demande n'est point écoutée., je me verrai forcée de retirer aux Eglises romaines la protection dont elles ont toujours joui dans mon empire. Le pape ne peut ignorer que la plupart de mes sujets qui professent la foi catholique, appartenaient autrefois à notre religion orthodoxe et qu'ils n'attendent qu'une occasion propice pour rentrer au sein d'une église qu'ils n'avaient quittée qu'à regret et pour échapper à la persécution. »
A peine Héraclius Lisowski avait-il pris la direction de l'archevé^'hé de Polock, en 1788, que parut, le 22 novembre , un oukase adressé au feld-maréchal , comte Zacharie Czemischeff , gouverneur de la Russie-Blanche, ordonnant que tous les laïques et prêtres unis dépendraient désormais,
« Voyer Piècei jiulificaiives, n. 34 et suivanies. Ces pièces Diériieiii une lecture «iienùve.
' Insi-n-e ou entier «lan« les EiiUrmri'nie^ lillfj m ia florenlineF J.inii.ir. 1 "i , niini
pour les affaires spirituelles , de rarcLeveque tle Polock, et qu'ils ne pourraient s'adresser à aucun autre pouvoir spirituel , fût-ce même au métropolitain ^
Par un autre oukase de la même époque , adressé au même gouverneur, elle exigea que les prêtres unis réciiassent les prières d'usage pour Timpératrice , le grand duc et le saint synode, pendant la célébration du service divin. L'archevêque consentit à subir ces deux premières exigences et permit d'adresser des prières pour l'impératrice et le grand duc ; mais il refusa , avec raison , celles pour le synode et démontra au gouverneur, dans une supplique très respectueuse, les raisons qui ne permettaient pas ù l'Eglise unie de prier pour le saint synode.
Il demandait en même temps qu'il leur fut permis d'obéir à une loi impérieuse de leur église, qui ordonne de prier pour le Saint-Père, (^ernisrheff avait des idées plus moderées et des principes plus vrais de tolérance chrétienne que sa souveraine; il leur permit donc de retrancher la prière pour le synode, et d'ajouter celle pour le pape.
Il parait qu'à cette époque, déjà, Catherine avait formé le projet de soumettre les deux églises, latine et rulhénienne, au pouvoir d'un seul métropolitain.
Il ne sera pas déplacé de donner ici quelques détails sur rhomme qui , depuis le jour de son exaltation sur le siège ëpiscopal de Mohilew en 1772, jusqu'à sa mort survenue en i8a6, c'est-à-dire pendant plus de la moitié d'un siècle, fut le véritable fléau des églises catholiques des deux rites en Russie.
Stanislas Siestrzencewicz , né de la famille pauvre mais noble desBohusz, fut élevé à Kœnisherg par des parents calvinistes dans la confession de Genève. Dans sa jeunesse il servit comme hussard, reçut une blessure dans une rencontre et perdit un doigt de la main gauche. Peu de temps après, il fit la connaissance de Massalski, évoque de Wilna, qui le détermina à embrasser la foi catholique.
* VovM PitCfs justificatives, ii. 41.
Résolu de se vouer à Tétat ecclésiastique, il sut si hien se meure d.ins les bonnes grâces de sou Mécène, que celui-ci l'ordonna prêtre, le fit chanoine de la cathédrale de Wilna, et enfin le choisit pour succéder à son siège épîscopal. Bien que polonais, il combattit toujours contre sa patrie , et dans ses intrigues avec le misérable Podoski , primat de l'église polonaise, il favorisa toujours les intérêts desRusses.Catberinerenrccompensade toutes les manières, elle le nomma à l'évêché de Mohilew qu'elle venait de fonder dans la Russie-Blanche, fit de ce siège un arcbevéché en sa faveur, et lui confia enfin la dignité de métropolitain de toutes les églises latines de ses États.
Ce prélat avait une profonde répugnance pour le saintsiège, et le contrariait dans tous les efforts qu'il faisait en faveur des église" des deux rites à peine rétablies dans la Russie-Blanche. Catherine sut distinguer cet homme et s'en servit pour ses projets contre l'Lglise catholique. Ambitieux de pouvoir, il prenait le titre de métropolitain des Églises catholiques des deux rites, et se faisait appeler dans les actes, publics légat à latere du saint-siége, et fit demander pour lui, par Catherine et Paul l"", le chapeau de cardinal ; mais Pie VI ot Pie Vïf refusèrent de satisfaire cette prétention.
Pour ce qui regardait l'Église rulhénienne unie, il n'eut rien tant à cœur que de favoriser les vues de l'impératrice. Il força les fidèles et les prêtres à embrasser le rite laiin , et il le fit de telle manière, que les latins s'en indignaient autant que les ruthéniens.
Grâce à ses exigences, 24 pai'oisses du diocèse de Mohilew, contraintes de passer avec leurs prêtres et 8,000 fidèles au rite latin, ne tardèrent pas à embrasser le schisme. Les prêtres qui ne savaient pas le latin , obtenaient la permission de continuera dire la messe en langue slavonne,à l'ex- ■cepliondes paroles de la consécration qui étaient imprimées en langue et en caractères latins, et accompagnées d'une traduction polonaise. Ilsdevaient,en onlre, scservir des Ixis-
lies latines, et ne plus employer le pnin du ."îacrifice. Siestrzencevvicz fit imprimer à Mohilew, pour l'usage des prêtres, un petit livre de messe, où se trouvaient deux messes latines, celle du saint-sacrement et celle des morts, toutes les deux en caractères latins, avec la traduction polonaise. Toutes ces concessions ne pouvaient plaire aux prêtres, qui continuèrent à dire la messe d'après le rite ruthénien , se bornant à se servir des hosties latines, et à lire les paroles de consécration dans la traduction polonaise. L'évêque ruthénien uni de Polock adressa à ce sujet de vives plaintes à Siestrzencevvicz et à l'impératrice , réclama auprès du saint-siége contre ces cruelles exigences, et, voyant que les avertissements de Rome ne servaient à rien , menaça de suspendre tous ces prêtres afin de les ramener au rite ruthénien uni. Le peuple, irrité, finit par se jeter dans le schisme ; les prêtres seuls restèrent fidèles au rite latin , mais ils conservèrent leurs femmes, au grand scandale des catholiques-latins et au grand préjudice des mœurs du cl,ergé latin. Grâce à cette tactique, Siestrzencewicz dépeupla entièrement les diocèses de Polock, de Smolensk, de Nowogrodek et de Minsk ; les fidèles ruthéniens unis qui avaient d'abord accepté le rite latin , fatigués du désordre qui se renouvelait à chaque instant parmi les prêtres devenus latins, ne tardèrent pas à devenir la proie du
schisme.
Ainsi Catherine, q'ii n'avait rien négligé pour conduire l'Eglise ruthénienne unie à sa perte, lui déclara une guerre sanglante , au moment même où elle venait de donner à cette Eglise les plus saintes garanties pour le maintien et la conservation de sa religion. Dans le traité de Grodno, du i3 juillet 1793, qu'elle conclut à l'occasion du second partage de la Pologne et par lequel elle entrait en possession de tous les évêchés ruthéniens, elle jura de conserver à ses nouveaux sujets leur religion et leurs ('gli<;rs '; et ra>-
• Vojcr Pièces jusiificaiivcs, u" 37, et notaramfDi rartiile 8.
semblait clans la même année un conseil secret à Saint-Pétersbourg, composé des principaux prélats de l'Église russe, pour leur faire discuter quel serait le meilleur et le plus sûr moyen de ramener dans le sein de l'Eglise grecque orthodoxe les Rutbéniens unis de Tancienne Pologne. Cette question fut résolue par Eugène Bulgari, savant aventurier grec de Gorfou, qui, par ses intrigues et ses flatteries prodiguées aux héros de l'athéisme français, et aux théologiens rationalistes de l'Allemagne protestante, avait su s'élever de rhumble et pauvre fonction de catéchiste des schismatiques grecs de Venise, aux plus hautes dignités de l'Église et de rÉtat en Russie. Orateur éloquent , il avait été l'ami intime de Frédéric II, qui Pavait recommandé à Catherine. Celle-ci Payant fait venir, en 1771, à Saint-Pétersbourg, lui avait donné un traitement annuel jdc i,5oo roubles d'argent, l'avait nommé, le i" octobre 1775, à l'archevêché de l'Eparchie slavonienne et chersonésienne, qu'elle avait créée par son oukase du 9 septembre , dans le gouvernement de la nouvelle Russie et d'Azoff. Revenu à Pétersbourg en 1787, cet homme devint le conseiller intime de Catherine II, qui/ s'en servit pour toutes les affaires politiques ou religieuses de quelque importance. Bulgari mourut à l'âge avancé de quatre-vingt-onze ans, le 27 mars 1806.
Il exerça une grande influence sous le règne des successeurs de Catherine , qui le traitèrent avec la même distinction que le métropolitain Siestrzencewicz.
Comme un des m.oyens les plus efficaces pour ramener les Rutbéniens unis à PEglisse russe, il conseilla de fonder un établissement de missionnaires schismatiques sous la direction d'un évéque de l'Eglise russe. Catherine désigna pour cette fonction Victor Sadkowski, archimandrite de Sluck, archevêque et vicaire de la métropole russe de Kieu , et lui donna un revenu de 20,000 roubles d'argent par an , pour Pentretien de ces nouveaux missioimaircs. Sadkowski ouvrit sa mission par un manifeste incendiaire qu'il fit imprimer à Sluck, le 26 mai 1794» et qu'il adressa à tout le
clergé et au peuple ruihénien. C'était un tissu des plus atroces calomnies qu'une haine aveugle et un fanatisme furieux pût inventer contre TÉglise catholique et contre la sainte union. Cette union y était représentée comme une œuvre impie; on faisait entrevoir aux Ruthéniens unis tous les privilèges spirituels et temporels, que leur vaudrait leur retour dans le sein de TÉglisé russe ^ qui, du reste, leur disait-on, avait été TÉglise de leurs pères. Des popes russes, accompagnés de bandes de soldats, parcouraient les diocèses ruthéniens unis et contraignaient ceux qui relevaient du siège métropolitain dans l'Ukraine, c'està-dire dans le palatinat de Kiew, dans celui de Draclaw, et méine dans les diocèses de Luck de Wladimir, et de Chehn en Volhynie et dans celui de Kamiéniec en Podolie , d'embrasser la religion russe. La violence , la cruauté et la ruse furent les procédés employés pour amener ces infortunés à abjurer leur religion. Un prêtre uni refusait-il d'embrasser le schisme, on le chassait de sa paroisse avec sa femme et ses enfants, eu bien encore, dépouillé de ses biens , il croupissait en piisca. De pareilles missions centrales furent établies à Polock , à Minsk et à Luck.
Ni la ruse, ni la violence ne furent épargnées pour pousser les Rulhéniens unis au schisme ; dès le courant de cette année et de l'année suivante, Catherine rendit plusieurs oukases adressés aux gouverneurs de différentes provinces et principalement à Passek, {gouverneur de la Russie-Blanche, et au sieur Tutolmine , gouverneur général d'izaslaw, de Brada w et de Minsk, dans lesquels elle leur commandait de ramener promptement au schisme tous les Rulhéniens unis, dont les ancêtres s'étaient rattachés à l'union depuis l'année i595. Afin d'affaiblir autant que possible les paroisses, elle se fit présenter les registres de toutes lesEglises et voulut que toutes celles qui avaient été fondées j>ar des schismatiques rattachés plus lard à rimion, fussent enlevées aux Rulhéniens unis et que toute la communauté fût déclarée schismatique.ËlIe ordonna ensuite que pour fonder de nou-
velles paroisses et pour entretenir un préire, il faudrait au moins cent feux, et que toutes les communes qui n auraient point ce nombre de feux, seraient réunies aux communes voisines. Comme les villages des provinces polonaises de la Russie ne sont pas peuplés, il en résulta que la plus grande partie des paroisses fut détruite , leurs prêtres éloignés et réduits à la mendicité par le pillage de leur biens. La fréquentation des Eglises devint alors on ne peut plus difficile pour les fidèles, qui, par suite de Téloignement des paroisses qui restèrent encore, durent renoncer [^ndant rbiver à toutes les consolations de la religion.
L'exécution de cette loi atroce fut confiée à des magistrats et aux missionnaires qui, se livrant à un fanatisme sauvage , enlevèrent auxRuthéniens unis presque toutes leurs églises. Il n'y eut pas de cruautés qu'on n'exerçât contre ces malheureux, pour les contraindre à embrasser le schisme; s'ils refusaient d abandonner leurs églises , on les frappait à coups de fouet et de knout, jusqu'à ce que , cédant à la douleur, ils consentissent à satisfaire les exigences de leur persécuteur. Ces odieux traitements ne suffisaient point, on les dépouillait de leurs biens, on leur enlevait leurs troupeaux , qui faisaient toute leur fortune; on alla même quelquefois jusqu'à leur couper le nez et les oreilles, à leur arracher les cheveux et à leur casser les dents à coups de crosse de fusil.
Ces cruels et impitoyables apôtres de l'Église russe triomphèrent surtout dans les provinces où les schismatiques avaient toujours lutté contre les Ruthéniens unis depuis la paix de Moscou de 1686, qui avait livré Kiew ù la Russie.
Dans une circulaire du 25 mai 1795 , adressée au clergé et aux habitants ruthéniens unis du gouvernementde Minsk, d'Izaslaw et Braclaw, l'archevêque schismatique de Mohiiew se vante que dans le court espace d'une année , grâce aux sages dispositions de l'impératrice de toutes les Russies, plus d'un million de Ruthéniens unis des deux sexes et de toutes les classes, dont les ancêtres avaient été arrachés h la
foi russe par le mensonge et la perfidie > y avaient été ra> menés. Les palatinats de Kiew et de Braclaw, et de la Vo- Ihynie, perdirent, par suite de cette missioo, la plus grande partie de leurs églises ruthéniennes unies. Les missionnaires eurent moins de succès dans le palatinat de Podolie ; le siège de Kamiéniec était échu heureusement au digue évéque de Léopoi et de Halicz, Pierre Bielawski, hcmmc dévoué au maintien de Tunion; c'était le premier prélat qui depuis longtemps eût été tiré du clergé séculier pour ctre élevé à la dignité épiscopale. Dans la tempête qui accablait ainsi TEglise ruthénienne unie , aucun prélat ne se conduisit avec autant de zèle et de dévouement que cet évcque ; afin de mieux surveiller les intérêts de son diocèse de Kamiéniec, malhenreusement placé sous la domination de la Russie, et de les protéger contre les nussionuaires de l'Eglise russe, il faisait de fréquentes tournées , confirmait les prêtres dans raccomplissement de leurs saints devoir?, enflammait leur courage pour ce généreux combat, et établissait à Kamiéniec et à Bar des consistoires, composés des membres les plus éprouvés, les plus savants et les plus pieux de son clergé, et qui, de temps en tentps, faisaient des conférences au clergé des campagnes pour lui faire comprendre la gravité de ses devoirs dans la cruelle position où il so trouvait placé.
Pour ne point priver le peuple des consolations religieuses, il obtenait pour lui l'accès aux chapelles privées des seigneurs; ce zèle prévoyant donna lieu aux plaintes des popes missionnaires.
Le général Czerenietieff , gouverneur de lu province do Podolie, reçut de l'impératrice l'ordre de s'opposera toutes les entreprises dcTévêque, et lui écrivit en son nom, le 25 mars 1795, une lettre assez vive dans laquelle il lui refusait non-seulement toute juridiction sur une partie du diocèse , mais encore exigeait de lui qu'il défendît formellement aux prêtres d'opposer \'c moindre obstacle aux intention'^ île l'impératrice.
hi
Bielawskiré|>ondit à ces plaintes et à ces ordres du gciiéral, par une lettre pleine de noblesse et de courage, datée du 8 avril de la même année.
« Les prêtres uniii, lui dit-il, qui distribuent à leurs ouailles dispersées les secours et les consolations de la religion dans les chapelles privées des seigneurs , ne sont pas criminels et ne font que remplir leur» devoirs.
« Si le sens des lois de Timpératrice est qu'on ne doit opposer aucun obstacle à ceux qui embrassent librement la religion russe, pourquoi sèrait-il défendu aux prêtres unis de répandre les consolations religieuses parmi les ouailles «pii veulent rester fidèles à la foi de leurs pères? Telles ne peuvent pas être les intentions de l'impératrice, qui a tant de fois proclamé publiquement sa tolérance pour toutes les religions, qui a promis si solennellement aux lUuhéniens unis de ne jamais attenter h leur religion et aux droits qui en dépendent, et qui a promis enfin de leur conserver leurs
églises. »'
L'évêque termine en suppliant le général de la manière la plus touchante, au nom de rhumanitc et de la religion, de mettre un terme à la cruelle persécution dont les missionnaires accablent les prêtres et les fidèles de l'Église unie, d'accorder à ceux-ci le libre exercice de leur religion qui leur a été garantie, et de ne point les forcer, par des violences qui révoltent l'humanité, à renoncer à une religion pour laquelle ils ont sacrifié et leurs biens et leurs vies.
Bielawski annonça en même temps au saint-siége les dangers qui menaçaient l'Église rnthénienne unie, et qui devaient amener incessamment sa ruine; il s'adressa aussi à l'empereur d'Allemagne, lui fit, dans une lettre du 19 octobre 1795, un tableau touchant de la situation de l'Eglise unie, et le supplia de s'interposer pour elle auprès de Catherine. Pie VI, profondément ému des souffrances de la nation ruthénienne , et touché du courage de ce généreux champion de l'union, écrivit plusieurs lettres à IVuiperciu* Léopold 11, pour le supplier doblonn- que C.i-
therinc mît un terme à cette cruelle persécution, et témoigna sa satisfaction pour le zèle apostolique de Bielawski,par deux brefs, dont l'un adresse par le cardinal Anlonelli, l'autre par le cardinal Zélada. Catherine, loin de se départir de son système, y persévéra au contraire avec plus de résolution encore. Peu de jours après le troisième partage de la Pologne qui plaçait sous sa domination tous les diocèses de TÉglise ruthénienne unie, à l'exception de ceux de Léopol et de Pi'zemysl , elle les supprima tous, à l'exception de celui de Polock , attribua une partie de leurs biens à la couronne , donna le reste à ses généraux ou à ceux de ses serviteurs qui s'étaient distingués dans l'accomplissement de ses desseins, et réduisit les éveques qui se trouvaient ainsi dépouillés de leurs sièges, au traitement le plus mesquin. Catherine exerça surtout sa rage contre le siège métropolitain de Kiew, et défendit par un oukase spécial de jamais le rétablir. Celui qui l'occupait. Théodose Uostocki, reçut avec un traitement de 6,000 roubles, l'ordre de ne plus songer à exercer jamais le moindre acte de juridiction sur son propre diocèse , ni sur aucun des diocèses mthéniens unis, et d'avoir à choisir, pour sa résidence, entre Rome et Pctersbourg. Il préféra accompagner à Pétersbourg le compagnon de son infortune, le malheureux Poniatowski , déti une par Catherine , et finit ses jours dans la plus complète inactivité, le 25 janvier i8o5. Utocki , évèque de Wladimir, Lewinski, évèque de Luck, Horbacki, évêquede Pinsk, et Buirymowicz, évoque suffragant de la métropole de Kiew, reçurent chacun 3, 000 roubles de traitement. Catherme, satisfaite désormais, fonda quatre grandes éparchies russes et nomma à celle de Podolie le prélat Janicki , IBartaam à celle de Voihynie, Victor Sadkowski à celle de Lithuanie, et enfin Athanasius à celle de l'Ukraine et de la Russie-Blanche.
Les monastères basilions éprouvèrent le même sort que les sièges épiscopaux. et furent presque tous détruits. T.curs biens rccuniii la iiièwie destiuarion , les églises fu-
reut données sans retour aux prêtres schismatiques ; les prêtres qui refusaient d'embrasser le schisme , durent renoncera leurs fonctions et dignités, et, après avoir reçu une lettre de grâce de Timpératricc, s'expatrier ou rester dans le royaume avec un misérable traitement de 5o à loo roubles.
C'était ajouter Tinsulte à la cruauté. La plupart de ces malheureux prêtres émigrèrent en Gallicle, où ils trouvèrent chez leurs coreligionnaires et auprès du gouverxi^nient autrichien , protection et assistance.
L'empereur Léopold II les accueillit avec bienveillance et les établit dans les paroisses des 3 diocèses de Léopol, Premysl et Kamiéniec. Dans tous les autres diocèses le peuple fut forcé d'embrasser la religion russe. Le seul diocèse de Folock fut, pour ainsi dire, épargne; là et dans celui de 13rest, les gouverneurs de province mirent un peu plus d'humanité dans l'exécution des ordres péreniptoires de l'impératrice , et un certain nombre d'églises put être conservé aux fidèles du rite uni. Lisowski, archevêque de Polock, écrivit, à la suite d'un ordre sévère de Carherine, du 3 novembre 1795, une lettre adressée à tout le clergé et au peuple ruthénien uni des gouvernements de Minsk, de Podolie et de Braclaw, où il recommande de n'opposer aucune résistance à ceux qui voudraient revenir à la religion russe, et de ne faire ni secrètement, ni publiquement, aucun reproche à ceux qui auraient embrassé cette religion, les prévenant que s'ils le faisaient ils seraient considérés comme criminels d'État, et punis comme tels, sans qu'aucune protection pût les soustraire à la punition qu'ils aiu'aient méritée.
D'après le calcul de ce prélat, sur 5, 000 paroisses des diocèses de Kiew, de Wladimir, de Luck et de Kamiéniec, qui appartenaient à l'Eglise ruthénienne unie, à peine en resta-t-il deux cents.
La mort vint saisir Gutlicrine, coniuu; pour sauvr VEglisc ruthénienne uuie. L imnératrii.e mourut en novembre
1796; encore une courte période, et les faibles reste» de cette Église étaient entièrement détruits; et Catherine épargnait à l'un de ses successeurs ' le triste destin de se rendre coupable devant Dieu et les hommes d'un crime dont son nom restera à jamais souillé.
Le successeur immédiat deCatherine, l'infortuné Paul 1", auquel était réservé le sort de son père Pierre III , témoigna des sentiments plus bienveillants envers l'Eglise catholique des deux rites, et envers le saint-siége. Dès son avènement au trône il mit fin aux persécutions de toutgenre, et donna à cet égard les ordres les plus précis aux gouverneurs des provinces. Il se mit en relation avec Rome et pria Pie VI de lui envoyer un uonce apostolique, pour régler les affaires des deux Églises à la satisfaction des fidèles et du saint-siége. Il aimait Pic VI, dont il avait pu apprécier les grandes qualités lors de son voyage en Italie en 1769, et avait pour lui un grand respect; ses sentiments pour le pape allèrent même jusqu'à le prier d'envoyer un nonce apostolique à son couronnement, en mars 1797. Ayant appris que le directoire avait fait emmener en France Pie VI, il lui écrivit une lettre de consolation fort touchante, à l'exemple de la famille royale de France qui avait fixe alors sa résidence à Mittau en Courlande , et l'engagea à se réfugier dans ses Etats.
Pie VI envoya le nonce apostolique de Varsovie, le marquis Laurent Litta, archevêque de Thèbes, en qualité de légat à laterc à la cour de Pétersbourg, et lui donna pleins pouvoirs pour conclure l'importante affaire en litige.
Litta n'arriva qu'au mois de mai 1797, après le couronnement de Paul. L'empereur le reçut avec les plus grandes marques d'honneur, s'attacha à li'i , et l'honora de son amitié la plus intime.
Le nonce lui présenta un mémoire détaillé , au nom du Saint-Père, sur les affaires de l'Église unie. Ce mé-
' L'empereur Niculds !•'.
moire était accompagné d'un grand nombre de documents où étaient exposées, sous leur véritable jour, les modifications introduites par le gouvernement de Catherine dans la hiérarchie et l'organisation de cette Église, et dont il demandait la suppression. Il insistait surtout sur le rétablissement de la métropole de TÉglise ruthénienne unie et de tous les sièges épiscopaux de cette même Eglise détruits par Catherine II; le rappel du métropolitain Théodore Rostocki; la réinstallation de tous les évêques ruthéniens unis sur leurs sièges respectifs; la restitution de lenrs juridictions ecclésiastiques, celle de toutes les églises et monastères qui avaient été injustement donnés aux schismatiques; enfin, le libre exercice de la religion, si souvent promis aux catholiques des deux rites, depuis hvan II, et que l'impératrice Catherine avait garanti par trois fois d'une manière solennelle à ses nouveaux sujets, à la face de l'Europe, dans les traités conclus aven la Pologne en 1768, en 1773 et 1798, garantie qu'elle avait renouvelée à plusieurs reprises dans ses lettres au saint-siége. Le légat terminait en en appelant à la justice et à la générosité de l'empereur; il le suppliait, au nom du Saint-Père, d'abroger les lois violentes et cruelles dirigées contre les catholiques unis, d'empêcher qu'à l'avenir ils ne fussent plus jamais troublés dans la jouissance de leurs biens ; enfin, de rétablir en la possession légitime de leurs biens meubles et immeubles les évéchés, les églises, les monastères et autres établissements religieux.
Mais les intentions bienveillantes de cet empereur et les nobles efforts du nonce furent traversés et rendus impuissants parle synode et par rarchevêque latin mcme de Mohilow, Stanislas Siestrzencewicz. Cet indigne prélat s'opposa autant que le saint synode au rétablissement de la métropole rie l'Eglise ruthénienne unie. Réunis dans le même but, ils avaient des intérêts dinVicnls : Tl^bse russe avait toujours combattu pour l.i possession dti ^irge dv K'\c\y. hcMtCiiii ''il ' Ini-li-mi-nic en lîuîsic, et elle ne vou-
lait point qu'après avoir été enlevé aux ruthéniens unis par Catherine, il piit leur être rendu. Le siège de la métropole ruthénienne unie, établi à Kie>Vj le premier et le plus ancien des évéchés de Russie, a toujours été pour les prélats russes un objet d'envie et de jalousie d'autant plus grand , qu^il rappelait leur séparation de la véritable Eglise. Pour échapper à ce souvenir, et pour donner aux yeux du peuple une apparence plus certaine d'orthodoxie à l'Eglise russe, on avait détruit à jamais le siège métropolitain de l'Eglise unie, seule possession de TEglisc catholique. Stanislas Siestrzencewicz travaillait donc tout à fait dans l'intérêt de l'Eglise russe, lorsqu'il empêchaitle rétablissement de la métropole catholique unie, et que, dans son orgueil sacrilège, il voulait être seul métropolitain des églises catholiques des deux rites, quoique le saint-siége blâmât sévèrement celte prétention.
Quoi qu'il en soit, l'Eglise unie, grâce à l'esprit de justice de l'empereur Paul l" et aux efforts infatigables du nonce du saint-siège , revint en partie à la vie. La persécution cessa dans toute l'étendue de l'empire., et bientôt par une nouvelle organisation plusieurs sièges unis furent rétablis; chacun de ces nouveaux diocèsesrecouvra un certain nombre de monastères et de paro'ises qui lui avaient été arrachés ou qu'on avait supprimés, principalement dans les endroits où, en dépit des persécutions de Catherine, un certain nombre d'habitants étaient restés fidèles à la foi de leurs pères. Une jartie de leurs biens fut restituée aux églises et aux monastères; l'empereur donna un traitement fixe aux évèques. Pie VI confirma ce nouvel accord, conclu entre le saint-siége et la cour de Russie pour le rétablissement des églises catholiques des deux rites , par sa célèbre bulle : Maximis undùjne prcssi, datée de sa prison de la Grande -Chartreuse, à Florence, le 18 octobre 1798. Cette bulle contient une nouvelle délimitation des sièges rétablis : nous ne parlerons ici que de rorgauisation de l'Eglise ruthénienne unie , et reviendrons )>hi^ lard à celle de ri!;;li>e latine.
Pour TËglise ruthéaienne unie , les trois sièges suivants étaient rétablis :
1. Le siège archiépiscopal de Polock : il comprenait les palatinats de Polock, Smolensk, Mscislaw, et Witepsk; sa juridiction s'étendait sur tous les fidèles ruthéniens unis habitant ces provinces. Le célèbre prélat Hèraclius Lisowski resta sur ce siège, et eut i;n évêque suffragant; son traitement annuel fut fixé à 18,000 roubles argent.
2. Le siège épiscopal de îiUck : il comprenait les palatinats de Volhynie, de Podolie et de Kiow;sa juridiction, comme celle de l'archevêque de Polock, s'étendait sur tous les ruthéniens unis de son ressort. Stephan Lewinski, qui avait été chassé de son siège par Catherine II, reprit son titre deparque de l'Eglise ruthénienne unie, et eut également un évèque suffragant; son traitement annuel fut de 6,000 roubles argent. Lewinski établit sa résidence dans le couvent Basilien de Poczajow, le palais épiscopal de Luck ayant été brûlé pendant la dernière guerre.
3. Le siège épiscopal de Brest : il comprenait les palatinats de Wilna, de Troki, Novvogrodek, Brest, Minsk, et le duché deCourlaode; la juridiction était la même que celle des autres évêques, Josaphat Bulhak, suffragant depuis 1787, et coadjuteurde révêchè supprimé de Pinsk et Turow, obtint ce siège '. On lui donna aussi un evêque suffragant. Il eut un traitement annuel de 6,000 roubles. Bulhak établit sa résidence dans le monastère Basilien de Zyrowice, car non-seulement son palais, mais sa cathédrale , avaient été brûlés par les Busses. L'empereur Paul lui accorda une somme considérable pour reconstruire cette cathédrale.
Les Basiiiens recouvrèrent aussi une partie de leurs monastères, et durent aux efforts de Litta le rétablissement de leur ordre. Les riches abbayes de Zydyczyn, Derman,
■ Vovez relativfiiicut a Bulhdk rt ju u<jnce Litia, l'iàces jiisiilicai . n 18.
Ovvnuz, Wlarliinir, Jlar, Uiibno, Lubar, Poi-zajow, Zyrowicc, etc., qui avaienl heureusement échappé aux dévas tations (le Catherine, parce qu elle avait voulu en faire des écoles pour l'éducation de la jeunesse, furent rendues à leur véritable destination : on en fit, soit des séminaires pour le clergé, soit des écoles, soit des dotatiorss pour les suffragants des trois sièges épiscopaux. Litta confirma, au nom du sai.nt-siége, les nouveaux abbés nommés par lempereur Paul.
Le successeur de Paul, Alexandre I", accorda la même protection généreuse à l'Église ruthénienne unie. Le légat du pape, rappelé de Pétersbourg pour assister au conclave qui élut Pie VII, fut remplace par Thomas Arezzo, archevêque de Séleucie. Le nouveau légat, muni des mêmes pleins pouvoirs, acheva avec la même sagesse et le même talent l'œuvre commencée par son digne prédécesseur.
Pour éclairer et diriger la conduite des trois évêques unis et des six évêques latins, il fallut rétablir les anciens consistoires épiscopaux. Une cour de justice c( clésiastique fut créée pour les églises catholiques des deux rites en Russie; ce fut le trop célèbre collège ecclésiastique catholique romain; il siège à Pétersbourg et décide en dernier ressort de toutes les affaires des diocèses latins ou ruthéniens unis. Fondé en réalité par le métropolitain même de l'Église romaine et confirmé par un oukase d'Alexandre l", du io-'22 novembre 1801, il représente, en quelque sorte, le ministère des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique en Russie. Il est dans la dépendance immédiate du sénat dirigeant, qui, au nom de l'empereur, en confirme ou casse les décisions. Le métropolitain de l'Église latine est président-né de ce conseil, qui, en vertu de son institution , est supérieur aux consistoires diocésains et aux évêques eux-mêmes, il se compose d'un évêque latin, habituellement l'un des quatre suffragants de la métropole latine de Mohiiew , d'un abbé mitre de l'Église latine, et de six prélats choisis dans les consistoires diocé-
sains des six diocèses lalins, de manière & ce que diaqiie diocèse eût un représentant à ce tribunal.
Le métropolitain Siestrzencewicz considéra ce colIé[je ecclésiastique comme lui appartenant en propre et s'en servit pour ôter tout pouvoir aux Églises latine et ruthénienne unie.
Ennemi juré de cette dernière, et impatient de la soumettre entièrement à son autorité, il se servit des moyeuf^ qu'il avait déjà employés sous Catherine, c'est-à-dire qu'il lit tout pour forcer les ruthéniens unis à embrasser le rite latin, afin de devenir ainsi seul métropolitain de toute l'Kglise catholique en Russie. Marchant dans les mêmes voies que le saint synode, il se réunit à lui pour s'opposer au l'établissement de Théodose Rostocki dans la dignité de métropolitain uni : rétablissement qu'avaient demandé avec instance les deux évéques de Polock et de Luck, secondés par les deux légats Litta et Arezzo. Ce fut avec la même audace qu'il sut annuler les sages dispositions que les trois évéques ruthéniens unis proposèrent au collège ecclésiastique pour l'amélioration du sort de leur Eglise et de leurs diocèses. Il était naturel que, fatigués de cette oppression , ils désirassent avoir dans ce collège des représentants capables de traiter des affaires de leur Eglise avec connaissance de cause, séparés qu'ils étaient, autant pour la discipline que pour le rite, de TEglise latine.
Cette juste demande fut d'abord refusée par le gouvernement russe, grâce aux intrigues de Siestrzencewicz. Paul, et surtout Alexandre, sur lequel ce prélat exerçait une grande influence , firent répondre aux évéques par le ministre de Tintérieur, comte Kotchiibcy, qu'ils devaient se soumettre au collège latin, ou bien en fonder un pour euxmêmes sur le modèle de celui-là, à la condition cependant qu'ils seraient sous la direction du saint synode; que toutes les affaires de leur Eglise, concernant la discipline ou le rite, seraient alors traitées dans celte cour ecclésiastique et décidées à égalité de voi\ entre eux et les j)rélnts
russes, et que le procureur gcue'ral du saint synode serait leur supérieur. Les évêques reconnaissant le danger qui résulterait nécessairement de celte dépendance, s'opposèret au projet du ministre, et s'adressèrent au légat du saint-siége , en le suppliant d'employer son influence sur l'empereur pour obtenir qu'on leur permît d'avoir des représentants dans le collège ecclésiastique catholique romain. Alexandre reconnut enfin la justice de cette réclamation, accueillit les prières de l'Eglise ruthénienne unie, et donna même au légat commission de choisir, avec Téveque de Luck, ceux qui devaient représenter les évêques unis dans cette assemblée. Alexandre confirma ces choix et publia à ce sujet , le 4-iC juillet 180 f , un oukase remarquable adressé au sénat dirigeant, qui n'est dans le fait qu'un développement de Toukase du i3-25 novembre 1801, et qui, comme nous l'avons vu, règle l'organisation du collège ecclésiastique catholique romain.
« Le collège ecclésiastique catholique romain a été fondé par nous, dit cet oukase, d'après l'avis de notre sénat dirigeant, et confirmé [)ar notre oukase du i3-25 novembre i8oi. 11 y avait clé résolu que les diocèses rulhéniens unis resteraient sous la direction de ce collé>',c , conformément au canon de la foi catholique romaine; mais comme les membres du clergé uni n'ont aucun siège dans ce collège, nous voulons prévenir par les cinq articles suivants tout retour aux circonstances fâcheuses qui ont «'(è rignalées dans la direction des affaires de TEglise unie. »
Le premier article ajoute au collège ecclésiastique catholique romain quatre mcuibres du clergé ruthènieu uni , c'est-à-dire un évéque au choix de l'cmperein-, comme membre inamovible, et trois conseillers, au choix (lt\^ évêques des irois diocèses, dont les fonctions dureraient trois aus.
Le deuxième article règle le triiitement annuel de cet évêque et de ses conseillers, traitement égal à celui (.]v> membres latins du collège.
Le troisième remédie îi rinégaliu; des voix appartenant aux deux Eglises. Car la première avait liuit menjbres, tandis que la seconde n'en avait que quatre. On donna donc deux voix à chacun des membres ruthéniens. Dans Torigine, il y avait neuf membres latins, mais Siestrzencewicz en chassa un pour son zèle; c'était le digne évêque Benislawski.
Le quatrième article permet aux représentants de l'Eglise ruthénienne unie, d'adresser directement leurs réclamations au sénat dirigeant, dans le cas où les circonstances fâcheuses se renouvelleraient encore, et de s'adresser à l'empereur si le sénat refusait de satisfaire à leurs plaintes.
Le cinquième et dernier article recommande à tout le collège de veiller attentivement à ce que les consistoires des différents diocèses, soit ruthéniens, soit latins, jouissent de la liberté la plus complète dans Texercice do leur juridiction, et que personne ne fasse violence à la conscience des fidèles, en exigeant l'abandon d'un rite ou d'une com- : munion pourune autre, ce qui est contraire à l'esprit d'ordre et de tolérance de la religion.
L'Eglise ruthénienne unie pouvait donc maintenant, grâce à la sagesse de l'empereur Alexandre, respirer eu paix. Les trois évêques travaillèrent avec un zèle infatigable à rendre à leurs Eglises une partie de leurs possessions, les cloîtres et les fidèles qu'on leur avait enlevés. A peine Bostocki, seizième métropolitain de Kiew, fut-il mort, le 25 janvier î8o5 , que l'évéque de Polock, liéraclius Lisowski , membre inamovible et président de la section ruthénienne unie, du collège ecclésiastique catholique romain, renouvela au gouvernement russe, au nom des deux autres évêques, la demande de rétablir la métropole de l'Eglise ruthénienne unie. Le légat du saiut-siéges'interposa encore une fois dans cette circonstance auprès de remj)ereur Alexandre. Celui-ci reconnut la justice de cette réchunat'oa et accueillit les prières de cet évéque, malgré la vigoureuse
opposition do métropolitain de l'Église latine et du synode russe.
L'archevêque de Polock fut donc nommé métropolitain de r£glise rnthéaienne unie, en Russie, par un oukase du 34 juillet-490iît 1806, et remis en possession de tous les droits et privilèges dont avaient joui ses prédécesseurs. Le saint synode ne se découragea pas et fit en sorte qu'on n'accordât à larchevcque Lisowski que le titre de metropo' lita unitarum ecclesiarum in Russia,a\i lieu de celui de ar~ chiepiscopus Kiovensis et Haliciensis totius Russiœmetropolita, qui lui revenait de droit.
Le synode soutint que le nouveau métropolitain ne pouvait porter ni le titre de metropolita Kioviensis ni celui de metropolita Haliciensis, parce que Catherine, dans son décret d abolition de la métropole ruthénienne unie, avait déclaré que le siège de Kiew, en sa qualité d'évéché le plus ancien de la Russie et de berceau du christianisme dans ce pays, devait appartenir exclusivement à TËglise russe. Quant au titre de metropolita Haliciensis , il devait d'autant moins lui appartenir que, depuis 1773, il était passé sous Ja domi* nation de TAutriche.
Stanislas Siestrzeucewicz intrigua tellement auprès de Tempereur, qu'il parvint à faire perdre tout crédit au légat du saint-siège et obtint Tordre de son départ, qui eut lieu vers la fin de i8o5. Il fut le dernier légat du pape auprès de la cour de Russie.
Héraclius Lisowski, près de mourir, fit les plus sages dispositions pour assurer l'avenir de la nouvelle métropole ruthénienne unie, et,aucommencementde l'année 1 809, publia un écritdans lequel il désignait comme son successeur, l'évèque de Luck, Grégoire Kochanowicz, qui avait succédé, en 1806, à Etienne liCwinski. Alexandre confirma cette disposition de Liso^vski, par un oukase du 22 septembre-4 octobre, 1809.
11 semble que l'empereur sentit rinjustice dont l'Eglise ruthénienne unie avait été victime par suite de la destiiiction de la métropole de Kicw et de Halicz; il partagea, après I. 14
la inoit liii iiKÎiropolii^in Lisowski , les dioc(*'scs de Iiré>l en deux parties , dont l'une servit à rétablir Tancien diocè<;e nlétcopolitain de Wilna, çt l'autre à former le diocèse de Brest) augmenté du district de Bialystock que la paiïc de Bartenstein, conclue le 26 avril 1807, entre la Russie et la Prusse ) et celle de Tilsitt, des 7 et 9 juillet de la même année, si^ëe parla Russie , la Prusse et la France ^ avaient ôté à. la Prusse et donné à la Russie. Alexandre supprima dans ce district le diocèse ruthénien «ni de Suprasl , fondé parle roi Guillatime III , profitant de ce que Tévêque Wislocki venait de mourir et que son successeur, Léon Javorowski, nommé par le même roi, n avait pas encore reçu Tinstitution canonique de Rome. Alexandre nomma cet étêque suffragant de Brest et lui donna le titre d'évêque de Wladimir. De plus, se conformant au désir de Lisowski, il appela à Tarchevêché de Polock , Jean Krassowski , prêtre séculier et professeur du collège ruthénien uni de Wilna, et lui adjoignit, comme suffrap^nt , Adrien Holownia , abbé du , mdnastère basilien, situé piès de Bratziaw, auquel il donna le titre d'évéque d'Orsza, en Russie-Blanche, et le fit résider à "Wilna, depuis longtemps le siège des métropolitains ruthéniens unis. Une consécration solennelle suivit toutes c ?s nominations.
Le nouveau métropolitain, Grégoire Kochanowicz, évêque de Luck, Josapbat Bulbak , évêque de Brest, et Jean Krassowski , archevêque de Polock , se réunirent dans ce but au commencement de Tannée 1810, à Pëtersbourg , et, avec le consentement de l'empereur, publièrent, le 5-17 janvier, une pièce habituellement nommée cpikia^ par laquelle ils déclaraient reconnaître leur soumission à l'égard du saintsiége, leur désir de rester toujours dans la sainte union, et réclamaient en conséquence Tindulgence du Saint-Père pour la nécessité où ils s'étaient vus placés, de procédera la consécration des métropolitains défunts et des évêques nommés par l'empereur, sans avoir obtenu les pleins pouvoirs de Rome. Ils promettaient de soumettre tous leurs a( fc; à
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rapprobatioii du saint-sié(;e dè.> qu'ili» ie pourraient ; et drclaraient que, s'autorisant de la bulle Dccet Homanum poti' tificem du pape Clément VIII, ils avaient refusé de signer ce,s inômes actes, afin de prouver d'une manière évidente leur soumission et leur désir de vivre en parfaite union avec Hume. I/empereur confirma cet acte iniportant par un oukase du 10-22 mars de la même année. Le 3o décembre 1810, II janvier 181 1, les évoques déj^ nommés se rendirent à Wilna avec les deux prélats latins , Ignace Dederko, évéque de Minsk, et Cyprien Odyniec, suffragant de Polock et évoque d'ilippone in pari il us ; et là, dans Téglise métropoli" taine rutliénienne unie, ils célébrèrent solennellement la consécration des évêques élus, en présence d'une nombreuse assemblée , composée de prélats les plus distingués et de fidèles de TEgiise catholique des deux rites. Le nouveau métropolitain lut encore une fois l'acte solennel du 5-17 janvier, afin de bien témoigner, à la face cleTEglise, de sa fidélité et de sa soumission au saint-siége.
Hulbak, évéque de Brest, envoya peu de temps après cet important document au pape Pie VU, par l'entremise du nonce apostolique de Vienne, le célèbre cardinal Severoli.
Le métropolitain Grégoire Kochanowicz, qui était alors président de la section ruthénienne unie dans le collège ecclésiastique catholique romain, mourut en i8i4> Le siège métropolitain resta vacant pendant trois ans, à cause des événements de la guerre. A peine Alexandre fut-il revenu dans ses Etats, qu^il choisit pour le remplir Josaphat Bulhak, et nomma au siège de Luck Jacob Matuszewicz. Celui-ci choisit pour son suffragant le prêtre séculier Cyrille Sierocinbki,qui reçut le titre d'évèque de Pinsk. lUilhak, élève du collège papal de la propagande à Home, qui avait «'té ordonné prêtre dans l'église de Sain'-Ath.inaso, le i; niai^ •79^7 jour de Pâques, par ranhevèquc rutliénien uni <!»• Dynachium, .lean-Chrysostouic Cingni, rcctcMir du 1 ollè{;o de-^ Crocs dans cette ville, s'cmpicssa, ;iii<j-;iiôi l;i p.n'K
rendue h l'Kurnpe, or les rapports entre Rome et l'Kglise lachoiique russe rétablis, de remplir la promesse solennelle faite par répikia du 5- 17 janvier 18 10, et demanda Tinstitution canonique que ses prédécesseurs, Héraclius LisoSvski et Grégoire Kocbauowicz, n'avaient pu demander. 11 écrivit à ce sujet deux lettres, le 6 juin 181 7, l'une au Saint-Père Pie Vif, Tautre au préfet de la propagande, le célèbre cardinal Litta, évêque de Sabine, et envoya à Rome les actes et réquisitoires nécessaires par le métropolitain de TLglisc catholique romaine en Russie. Bulbak, dévoué de tout cœur au saint>siége, comprit tout ce qu'il y avait d'anti-canonique dans sa nomination, et, par une seconde lettre adressée au cardinal Litta, le 18 mars 1818 *y lettre dans laquelle il fait Un récit fort intéressant
■ Vous CD citeront ce qu'il y a de plus intéressant.
Hierkrchia Nostra Unitorum anno 1795 peue tuppressa, tum quoad Meiropoliiam luni quoad Kpiscopos Diocesauos, ac tradila curae toUut Ueradii Lisowski, Archiipiscopi Polocentis. Ab anno 1798 a P{>ulo I, iu parte pro Regimiae (iJelium Unitornm qnodamniodo restituta et très Diocesaui Episcopi sunt constituti; nenipr AiThiepiiropusPoloceosU, etEpUcopiLuceorieotiset Bresteiuit. Anao 1807 Aa{piiliï^ioais Imperator Alexander I, diguiiaiem Metropoliticam su»citavit , et dcmaodavit in Personam Heraclii Litowtki Archiepiscopi Polocinsis, disparUta Dioce^ Brestensi in diias partes; unam in tiluluni Dioceseot Meiropolilanx, ut antea fuit, designavit : alteram majori ex parte reliquit cum tilulo Diocesis Bresietisis; huicque addidit cuculum Bialostocensem a Rege Borussorum Scepiro Rossiaco dévoluiiau. Creavii quoque duos SuEfraganeo» unuia Diocesi Mtetropolitano cum eju<: Consislorio, locavitque in civitate Vilna , et nominavil ^^/nonxm Ifolownia, Abbalem Breslavieoseni ex ordioe S. Basilii M. , qui consecratus e%i in litolum Orsensis qiiondam.in Alba Rutsia Episcopi. Altertun Suffragaasum Brestensem nomiaatttm olim Episcopuni SuprasUensem a Rege Borussîx Leoceni j'awarowski, Abbateni Supratliensis Monasterii, ex eodeoi Ordine , qui etiam consecratus est Episco|ius cum tilulo olim Wlodomiriensis Episcopi. Demortno Lisowski , in ejut locum Cathedrali Polocensi Ecclesùe Imperatorio Edicto sulTulius est Joannes Kr.4So$wski , e.\ Clei'o Szculari Alumnus Poolificius Vilnensis. Metropoliia vero Gregorius Kuchanowicz, Episcopns Luceoriensis , professas staium Religiosorum S. Basilii M. d <|uo lam Archiepiscopus Poloeensis, qnam supranomioati Suffragnne' consecraii suai auoo 1811. Qui auieqoam ad effectum consct-railonis pr.-claudatorum Episco- )torum accederet , procestum vnlgo dictum Epikiam formavit in icstiiuonium t'uturis lcm])oribu8 , quod aggtessns sit hanc consecralionem, nuiidiini a 8ede Apusiolica approbaïus, motivo necessitatis ducius , ut Ministros sub$tituerrt in Vmra Chri<ti £i quod raiione calauiiiatis in univers.ili illo bcllo, nullus a litiis ad Bralis.simum Pairem paieret, Hinrque suani tnaaifcstaiiourni tam rpisro[ii< Romano-
de l'élection aussi peu canonique de ses deux successeurs, et supplie le Saint-Père de s adresser à Teropereur pour obtenir que Ton remédie aux Tiolations des canons et de la discipline ecclésiastique résultant du déplacement de la métropole, et, dans le cas où cette prière ne serait pas écoutée, de vouloir bien, en vertu de son plein pouvoir apostolique , le relever de ces irrégularités canoniques, et lui accorder tous les droits et privilèges que la bulle du pape Clément V\U^ Decet Ronianimi porUificem , attribuait aux anciens métropolitains.
Mais tous les efforts du métropolitain et du saint-siége tendant à donner à la nouvelle métropole rutliénicnne unie
Catholicis , cjuam Uiii(i$ pri<niiil{>;ivii , <i< accedeiis ad aciiiiii riiii.-frniik>iiis . Professionom Fidci , rt juramciitiim obedienii^ .Sedi Apo^tnlic;? i*nti»i(. Funcio lioc iiliinio , Luceoriensis EpUropus noiuinalus est Jmohus Mntuszcn'ùz , c C.lcm Ssrculari, Sarr.T Theologirr et SS. Canonum Doctor, nnndum ronscrratn-i ; di.'jnita» antein Metropolilana ceuit in lur.-iin «ortein.
Quoil ad Sedem MclropolitanaDi stabiliendaiu , seii bccloiam (Jailicdrnieiii eljgendaio altinet, res non ila levis est momenti , nt possini alii(iiaiii cligcrc , rt eleclam proponei^; est enim mihi ex parte cerlum , «iipremum nenioien nosmiin , sublaio liliilo , qui olim Mctropolitanis notlris Arcbiepiscopuruui Kiovieostiini d.ibatiir, ita prxtamers , ut Metropolitauuni Tiltilum ctiivis ex Episcopls Diocesanis conferre possic ; id qood factum r«l in Pra^deressoribax meii , dum alter fiierat siniul Archiepiscopus Poiocensig , aller KpiscopiH Laceorieusii*. Igiiiir arbilror in hodiernis adjtioctis btiroillinie supplicare Sanctissiintim Iluniitium Noslriuii Papam , ut de plenitudine potesiatis Apostolicx hune derecium suppléât , vel cum ipso Auguslissimo Imperaiorc fareat tractare, tum bac super re , Uim de meliori in posteruoi nostro staln.
Paratum me esse et fore profileor ad en omnia qu» mihi injpoiiat SancCi Scdrs Aposlolica,nt impleam vocalionem meani in bonoremOmnipotcntis Dei etutiliiairni Ecclesix cjus. Et quamvis Nos omnes Uniii Episcopi simus «uspeiisi quodamniodo a nostris privilegiis, in pr.Ysenti rerum statu, prsecipuae in hoc d.?sudamu», ut \iiiculum sacne Unioni» cum C^plte Ecclcsiac SoMiin Romano Pontificf relinc.TnnK. et pro posse tueamur.
Aduectens hisce litieris Professiouciu Fidci ciini jurauicntu proieciium, l)euevutentix, et f.ivoribus me meosqne Confratres Episcopos commitio ac cum prol'niidi^simn culiu maneo
SuK Euiineiitix Proiectori!» .Sin(^uUriï>iiiii Humillimus Dcvoiisjimus -ServiiN -j- Jo>,iphat I<ulli.)k, Nom. Mciropoliii , F.|tiK'0|m> DrP>icii(«. (1 Martii 1HI8 iii Giilx-rnio <ir<>dnen<i , DJstriciu ï^loninjeus) , in Mona^tfim P. I'. P^Mlianurdui /^'••'^ncusi.
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mie position plus stable, échouèrent encore une fois devant les intrigues du saint synode et du métropolitain latin, qui, jusqu'à son dernier soupir, resta l'ennemi juré de l'ÉglijyC unie. Le saint-siége se vit forcé, par les besoins pressants de cette Église, de conférer à Bulhak la dignité de délégué du saint-siége, et lui envoya la bulle d'institution, le .3'.î novembre 1818, avec tous les pouvoirs et privilèges que la bulle Decet Romanum ponlificcm accordait aux métropolitains canoniquement institués. Le saint-siége se réserva de remédier plus tard aux irrégularités de l'institution du métropolitain par une institution canonique; mais toutes ces tentatives auprès de la cour de Pétersbourg demeurèrent vaines et se brisèrent toujours aux mêmes écueils. '
Le métropolitain Bulliak célébra en conséquence la consécration des deux évèques nommés, et se rendit à Péters* bourg pour prendre la présidence de la section'des ruthéniens unis dans le collège ecclésiastique catholique.
Ce prélat gouverna paisiblement l'Église unie jusqu'à la mort de l'empereur Alexandre, qui le traita avec distinction et accorda à l'Église ruthénienne une généreuse et constante protection.
Si nous jetons un regard en arrière sur la situation de l'Église unie, depuis le premier partage de la Pologne jusqu'à la mort de l'impératrice Catherine II, nous verrons que cette nialheureuse Lglise eut à déplorer la perte de plus de sçpt raillions de fidèles que les violences de l'impératrice jetèrent forcément dans le schisme.
D'après une statistique du métropolitain Félicien \Volodkowicz, le nombre appartenant aux neuf diocèses unis de Pologne, de Lithuanie, de Russie-Blanche et de Gallicie était, en 1 771, de plus de douze millions; les paroisses étaient au nombre de trci;ze mille, et les succursales de plus de dix-sept mille. Le diocèse métropolitiuii de Kiow renfermait à lui ï^eul mille neuf cent vingt-cinq pju-i»i->e>,
comme le prouve la bulle du pape Benoit XIV du 5 avril 1753, à propog du rétablissement du collège papal ruthcnien uni de WiJna '. Les deux grandes congrégations des B^^iliens, celle de la Sainte^Trinité et celle de la Sainte- Vierge comptaient environ deux cent cinquante et un monastères des deux sexes.
D'après un calcul officiel que le gonvernemeat russe fît dresser par le métropolitain de l'Église romaine et archovêque de Polock, Héraclius Lisowski;, sous les yeux du 14gat apostolique Thomas Arezzo, en 1 8i4; 2, l'Église unie rétablie par l'empereur Pau! I*' comptait en Russie un million trois cent quatre-vingt-dix-huitmille quatre cent soi;tante-dixbuit fidèles, quatre-vingt-onze couvents basiliens et mille trois cent quatre-vingt-huit paroisses. D'après un calcul fait, en 1826, dans les métropoles de lialicz et de Léopold, l'Eglise unie de Gallicie possède deux mille deux cent quatre-vingt-seize paroisses, deux millions cent trente-six mille six cent soixante-six fidèdes, et quatorze couvents basiliens des deux sexes. Ces deux totaux réunis donnent trois millions cinq cent trente-quatre mille cent quarante-quatre fidèles , trois mille six cent quatre-vingt-quatre paroisses et cent quinze couvents basiliens. Si nous les comparons maintenant au calcul du métropolitain Félicien Wolodkowicz , nous verrons que l'Eglise unie de Russie, dans le court espace de vingt-trois ans (1773-1796), a perdu huit millions de fidèles, neuf mille trois cent seize paroisses et cent quarante-cinq couvents basiliens devenus la proie du schisme. I/Eglise peut hardiment comparer cette perta à celles qu'elle fit pendant les premiers siècles du christianisme, dans le temps des plus sanglantes persécutions.
Sou? îe gouvernement de l'empereur Alexandre I", et pendant les premières années du règne de Nicolas I" jtis-
' ':<inimcii'l.,»ii»imiiiii sliclitiin ilii > .i\iil 1 7 » '•. — ' ^ "\c^ l'ai ( i jU-l licjli>c.-,
qu'à Tannée i834, l'Kijlise nulumicnnc unie se maintint dans une pro{jression toujours» croissante, quoique faible, et n'eut à déplorer aucune perte importante , soit en fidèles, soit en prêtres, soit en églises, à rexcepiion des innovations introduites dans la hiérarchie et dans la discipline par Toukase du 22 avril 1828.
Si nous comparons les calculs diocésains qui furent faits eo 1826 * et en i834 ^ et les comparons à ceux de i8o4, nous trouvc!>s le résulta^ suivant :
État de l'Église ruthénienne unie en Russie en i8o4, 1825 et 1834.
Paroisses. Prêtres. Basilirni. Basilienaes. Couvents. Fidèles.
Le nombre des fidèles et des prêtres a toujours augmenté depuis 1804, même daus les premières années du gouvernement de Tempereur actuel. Quanc au nombre des paroisses et des couvents, il a sensiblement diminué depuis la mort d'Alexandre I".
Avant de terminer cet article, qu'on nous permette de citer quelques exemples du noble esprit de justice que l'empereur Alexandre témoigna envers les églises catholiques des deux rites.
Une famille princière russe du plus haut rang dont nous devons taire le nom, et que nous connaissons personnellement, avait accompagné l'empereur Alexandre au congrès de Vérone pendant le printemps de l'aunée 1822. Far suite de circonstances particulières, elle s'était chargée de Téducatica d'un jeune homme de quinze ans, fort distingué, app.trtenant à une pauvre famille anglaise de Londres, et qui précisément, à cette époqpe, était venu à Vérone dans la société d'un de ses parents. Ce jeune Anglais conçut une
' Vu\ri l'iic i'^ jii>ii(., 7 i. — • \o\ri l'itcc? jubl., 73, "0 ri ii(i.
si vive inclination pour toute cette noble famille, et princi» paiement pour Tainé des enfants, qu'il voulut abjurer la religion protestante pour embrasser la religion irusse. La princesse, qui se distinguait autant par sa beauté que par sa piété, fit part de cette résolution à Tempereur, et lui demanda son consentement. « Madame, lui répondit Tempec( reur, je ne ferais jamais violence à la conscience de V personne. Ecrivez à la mère de ce jeune bomme; in- A struisez-Ia des intentions de son fils. Si elle lui permet • d'embrasser la religion russe, vous pourrez alors le rece- « voir dans le sein de votre Église. » La princesse écrivit aussitôt à Londres, et reçut de la mère cette courte réponse, dont Toriginalité est tout anglaise : < Rien n'est plus natu« « rel que mon fils embrasse la religion de sa bienfaitrice. » Le jeune bonnne fut dune admis dans TEglise russe.
En 1821, un prêtre séculier, nommé Lindel, bavarois de naissance, venu en Russie en 18 19, et élu, en 1820, administrateur de la commune catholique d'Odessa, et visitateur des colonies de la nouvelle Russie, avait apostasie et embrassé à Odessa la confession d'Augsbourg; selon la coutume des apostats, il déclamait contre l'Eglise catholique. La sainte congrégation de la propagande, instruite de cette apostasie, chargea le métropolitain de l'Eglise romaine, de mettre un terme aux désordres de ce prêtre indigne. Siestrzencewicz adressa des plaintes à l'empereur Alexandre, qui fit chasser 'aussitôt ce misérable de ses Etats. En même temps, il ordonna au métropolitain de faire connaître cette mesure au saint-siége; et, comme avertissement qui pût prévenir le retour d'un pareil scandale, il fit insérer dans toutes les feuilles publiques de l'empire, l'oukase rendu dans cette circonstance et la lettre que le métropolitain adressait le 8-20 décembre 1820 au cardinal de/la Sommaglia , secrétaire d'Etat du pape Léon Xn.
L'empereur Alexandre termina son règne par une belle action qui lui mérite à janiaib la recotuiaissance de sfs
sujets catholiques des deux rites. La veille , pour ^insi dire , de sa mort, qui arriva le i-i3 décembre iSaS à Ta- {jaiiFoç, le 6-18 juillet, il publia en faveur des catholiques des deux Eglises un oukase, par lequel il décrétait la fondation d'une église pour les Rutbéniens unis à Pétersbourg, et d'une autre pour les catholiques romains à Zarskoje-Selo, cette célèbre résidence impériale, où il n'y avait jamais eu d^église catholique, et donna à chacune d'elles, outre le local nécessaire , la somme de 3o,ooo roubles en argent.
VICISSITUDES DE l/ÉGIJSE KUTIlÉNItNNE UNIE EN POLOGNE ET PANS LES PHOVINCES rOLONAlSfS DE LA KLSSIE, DEPUIS l'aVÉNEMENT de NICOLAS l"' JUSQU'a NOS JOURS. (1825, DÉCEMBRE, jusqu'en 1840.)
Si à la suite de la cruelle et furieuse persécution qu'elle avait éprouvée pendant trente ans, sous le règne de Catherine II , l'Eglise ruthénienne unie avait joui de quelque repos sous le gouvernement des empereurs Paul r"" et Alexandre 1'', elle ne tarda pas à le perdre sous celui de l'empereur actuel.
La vieille guerre recommença contre elle avec les mômes armes, et fut poussée jusqu'à ce que cette malheureuse Eglise eût succombé tout à fait. Les annales ecclésiastiques compteront ces quelques années, h l'égal des trois premiers siècles du christianisme, où l'Eglise fut si cruellement persécutée. Bourreaux et victimes sont pareils aux deux époques.
C'est une ;;ravc erreur «nie de rallacher, comme i'<inr cssiiyé le» ;ipol"|;i>i('> du (^ouvcincnu'nt russe , la pcis«'( iiliou de ri-'iJi-'C niii( . a l'insiii lortion »Ir< l'oloriiii'^ de
i83o et i83i, qui finit avec la prise de V.irsovie le 8 septembre i83ï. L'empereur s'en tétait venjjé par le statut organique du j i\-9.6 février i832, et avait consommé ainsi la ruine de la Polo{jne.
La guerre contre l'Église unie ^"ut entreprise à l'époque j)récisdment où tous ses sujets polonais des anciennes et des nouvelles provinces témoignaient de leur soumission. D'ailleurs les catholiques unis de Pologne n'avaient pris qu'une faible part à cette insurrection.
Ce fut en pleine paix, et au milieu de la tranquillité générée, que la Russie commença cette guerre inqualifiable contre l'Église catholique dans l'empire russe. Mais le récit qui suit prouvera qu'elle se trompe si elle regarde cette guerre comme couronnée par une victoire définitive, par le décret synodal des évéques apostats, rendu à Polock le 1 2-24 février 1839, bien que l'Eglise russe ait alors entonné un chant de triomphe qui commençait par ces mots ' : « L'ancienne ËglisQ élève sa tête triomphante jusqu'aux cieux; elle rentre dans ses anciens temples, et elle considère avec joie le retour de ses enfants dans son sein. La langue étrangère a fait place à la langue nationale, et la Russie occidentale parle de nouveau, pense et croit en russe. »
Dès les premières semaines qui suivirent son avènement au trône, le 9 février 1826, ainsi 4 ans avant l'insurrection polonaise, l'empereur Nicolas publia un oukase qui défendit H tous les marchands polonais ou russes , appartenant à l'Église unie, de vendre dans les foires ou toutes autres réunions du peuple, dans la petite Russie, la Russie-Blanche ou ailleurs, aucun livre à l'usage des fidèles de cette Eglise, imprimé par des imprimeurs de cette religion et dans la langue slave.
Un coup bien plus funeste fut porté à l'Eglise unie, par l'oukâse du 23 avril 1828, qui détruisit non-seulement se?
' liiKiilu in\iv'i>illf, ri. '1*'^1 . '1m f (|iii. Miliit I^!''
institutions ecclésiastiques et temporelles, mais encore >a discipline et sa hiérarchie. Cette loi, dont les détails se trouvent dans les pièces justificatives annexées à cet ouvra> ge', renversa non-seulement l'organisation que le saintsiége avait donnée à TEglise unie , en reconnaissant l'élection de monseigneur Bulhak au siège métropolitain , organisation confirméeparTempereur Alexandre, mais elle rendit encore impossible, à l'avenir, tout effort du saint-siége pour améliorer ou maintenir même l'état précaire où se trouvait déjà l'Eglise unie.
L'oukase impérial prétend désirer que TEglise unie re- , vienne à la pureté de ses anciens usages, tels qu'ils avaient été déterminés par les résolutions de tous les conciles généraux, et par les décisions que les papes avaient rendues aux différentes époques où les Églises d'Orient s'étaient réunies à rÉglise romaine; résolutions et décrets qui forment la base de l'union des deux Eglises; mais alors, il aurait fallu ne point accabler l'Eglise unie ni le saint-siége, et tous les deux eussent uni leurs efforts pour maintenir ou rétablir cette pureté du rite et des usages.
Mais il n'en fut pas ainsi, l'Eglise unie de Russie n'avait point perdu la pureté de son ancrén'rite, ni subi le mélange d'usages et d'institutions étrangères, au point de n'avoir plus rien de son ancienne forme; le gouvernement russe ne veut point qu'elle revienne à l'ancienne pureté du rite catholique, mais bien aux cérémonies de l'Eglise schismatique, non pas à celles qui ont précédé l'union, mais aux cérémonies nouvellement adoptées par l'Eglisse russe.
Les dispositions de cet oukase , relatives au retour de l'Eglise unie à la pureté de son rite, sont principalement dirigées, comme le gouvernement russe Ta reconnu dans certaines circonstances, contre les résolutions du célèbre synode de Zamosc de 1 720.
L'intention de ce synode ne fut point, comme on l'a dit,
' >r>tr/ Pfcrr^ ju-lil.. ii. J(*
tle rapprocher le pins pof^siltle le rite grec <hi rite latin. Mais, c'oiiime s'exprima le savant métropolitain, Léon Kiszka, dans sa lettre au pape Benoit XIII, lorsqu'il lui envoie les statuts du synode et qu'il lui en demande la confirmation * : c Hoc in opère jAurimorum conciliorum acta ; fides et canones refc' runtur ad repellcndos abusas, ad conformandos mores, ac prœsertitn ad collabentes nonnuUos ritus, cœremonias, disciplinas quœ sacramentorum munditiem , allarium decus, ac sacrarum solemnilatum concernant hierarchiam. »
Les faits renfermés dans cette lettre prouvent que d enormes abus et de grands désordres s'étaient glissés dans la liturgie et dans la discipline de TEglise unie, et que le métropolitain, d'accord avec tout Tépiscopat ruthénien, voulait réprimer ces abus sans pour cela attenter au fond ni même à la forme de la liturgie.
Qu'il y ait eu abus et désordres, cela ressort évidemment du premier chapitre de Fidc catholica, des résolutions du synode, qui ordonne, entre autres choses, que dans le Symbole des Apôtres, on ajoute les mois Jî/ioqae, sous peine d'être entaché de schisme. Il était également exigé que dans la liturgie et dans toutes les prières et cérémonies de l'Eglise, il fût fait mention du pape, c'est-à-dire que l'on répétât pour lui toutes les prières de l'Eglise, et cela clairement et distinctement, afin que personne ne fût pris à la place du légitime successeur de saint Pierre, seul véritable chef de toute l'Eglise apostolique catholique romaine : < Qnibas alter quant romanus universalis episcopus designari non possit. » Ces deux ordonnances salutaires dont l'exécution faisait l'essence même de l'union, prouvent suffisamment que beaucoup de Ruthéniens, après leur réunion à l'Eglise romaine, conservaient encore quelques usages schisroatiques.
Dans le même article, il est pris quelques dispositions contre l'hérésie d'un certain Philippe.
* Voyez Supplcmeota ad Collectiunem conciliorum uiaiiuinm •Ji>, Maiaii- Lurnr. 1:45, fol.
Que Jira-t-on encore du aecontl chapitre du synode ile Prœdicatione vcrbi Dei et calechismo inslituendo^ où il est parlé de la profonde ignorance du clergé, et où on donne à ce sujet les plus saçes avertissements, en même temps qu'on pose les lois les plus salutaires.
Mais le troisième chapitre de SacrameiUorwn administratione est encore plus important. On y énumère tous les abus que le clergé, dans iùn ignorance, avait laissé s'introduire dans l'administration et la dispensatiim des sacrements, abus qui nbn-'sculement sentaient le schisme, mais quelquefois étaient plus coupables encore; ainsi, par exemple, la formule Bapirizeti& servus Dei in nomine Patris amen; in nomine Fila amen; in nomine Spiritus amen ; formule si contraire à Tessence de la Sainte-Trinité, qui ressemblait beaucoup ^ celle des Ariens et qui était accompagnée de l'usage de trois immersions.
Relativement à l'administration du saint-sacreme./t de l'Eucharistie, le synode ordonnait que les particules dd pain que les prêtres de l'Eglise orientale avaient l'habltiide de mettre autour de l'hostie , pendant la célébration de la sainte messe , en l'honneur de la sainte Vierge et des saints , fussent consacrées avec les autres et distribuées ainsi au peuple, afin que les prêtres ruthéniens n'eussent aucun rapport avec les prêtres schismatiques, qui ne consacrent pas les particules et les donnent ainsi au peuple.
Pour inspirer plus de respect pour le saint-sacrement il défendait d'admettre les enfants mineurs à la comnuinion , et supprima l'usage oriental de consacrer une grande hostie les jours de jeudi.
Pour prévenir tout danger d'idolâtrie, il défendait la prosternation pendant la messe, au moment où le pain béni était porté du petit au grand autel , afin d'établir cette nouvelle différence avec les schismatiques, ]>armi lesquels cette prosternation est en usage. Par des motifs non moins graves, il défendait encore l'usage établi dans les l')glises
orientales, de ver.^or tîo i'e.iu cians le (alice, ap»t'r> U consécration et la commîiuiou.
Enfin , poui faciliter l' usage du sacrement de la pénitence, il supprima le jeuiiede trois jours, qu'exigeait l'Eglise orientale avant d'en approcher, et recommanda aux fidèles de communier au moins trois fois l'an , le jour de Pâques , le jour de l'Assomption et le jour de Noël.
D'après ce court exposé des dispositions prises par les Pères du concile de Zamosc , il est évident qu'il n'eurent jamais TintcaMon de rendre le rite ruthénien conforme au rite latin, r/jais bien vraiment de garantir le saint dépôt de la foi contre les erreurs, qui dans le courant d'un siècle s'étaient glissées dans le sein de-cette partie de l'Eglise catholique, et de purger la liturgie des nombreux abus et des désordres dont elle avait été souillée. Si l'on examine la manière dont ils procédèrent, on se convaincra qu'il en fut autrement que ne l'affirme l'oukase de l'empereur ; car partout et toujours ils en appelaient ù l'ancienne liturgie et aux Ëucologes de l'Eglise catholique orientale pour détruire legabus queles catholiques-unis avaient empruntés àl'Eglise schismatique. Or, si ces sages ordonnances et ces salutaires réformes des Pères de Zamoîic n'eurent d'autre but que de purger l'Eglise unie et sa liturgie des erreurs en matière de foi dont elle était entachée et de tous les désordres de la liturgie schismatique, l'Eglise ruthénienne unie n'avait pas moins que le saint-siége, sous l'autorité duquel ce synode avait été tenu, le droit sacré de maintenir de toutes manières les décisions de ce synode, et de les défendre contre les prétentions du gouvernement russe.
Nous ajouterons cependant queles Pères du synode de Zamosc, hommes vraiment pieux et éclairés de l'esprit du Seigneur, se sont peirt-être préoccupés un peu trop de détruire tout rapport avec le rite schismatique, et de supj)riiner certaines cérémonies insignifiantes qui auraient dû être conservées dans la liturgie de l'Eglise orientale, comme, par cxeinj)l«', après la consécration, de verser de l'eau tiède dansic calii i*
avant la c-ominuniun. Mais ils l'oiit fait par convirtioii, ef sans pour cela ébranler les fondements et changer la nature de leur Eglise, et surtout sans y avoir jamais été contraints par personne, car le sahit-siége, comme nous l'avons déjà feit observer, ne suggéra pas ces décisions, il les toléra seulement, et cela pour satisfaire au vœu général de l'épiscopat ruthénien, et avec la réserve expresse qu'il ne serait attenté en rien aux résolutions des conciles généraux, ni aux décrets des papes précédents relativement au rite , lesquelles décisions et décrets resteraient toujours en vigueur (i).
Ainsi, si quelques prélats ambitieux de nouveauté ou plutôt d'antiquùé avaient voulu de nos jours rétablir dans TEglise ruthénienne unie les usages en partie modifiés ou en partie supprimés par les Pères du synode de Zamosc , ou si telle eût été l'intention du f;ouvernemeut russe, le saintsiége n'y eût fait certainement aucune difficulté, puisque , même en confirmant ce synode, il a laissé cette voie ouverte. Dans ce cas d'ailleurs, et si ce désir fût venu véritablement des prélats unis , il devait être soumis au tribunal du saintsiége, ainsi que l'exige la loi fondamentale de l'Lglise citre dans cette lettre patente de 1695 , c'est-à-dire dans la bulle Magnus Dominiis et laudabilis^ et il fallait que la congrégation des livres et rites orientaux établie dans ce but émît une décision à cet égard. Le saint-siége y eût répondu avec cet esprit de bienveillance et de charité qu'il a toujours montré pour la nation ruthénienne, et que dans d'autres temps il a prouvé avec tant de désintéressement. Négliger ce devoir, c'était par là même se montrer infidèle à l'Eglise, et coupable envers soi-même, envers son troupeau et envers le saint-siége; c'est laisser voir au grand jour une déplorable inclination pour le schisme.
Nous sommes bien loin toutefois de vouloir faire peser un pareil reproche sur les dignes pn'tres de TKgliso unie <jiii,
' Vovei Prenaièrr pariic, t. 1, S '^-
dans les jours si inailieureux de la persécution, sous Çaibeline II, comme aussi pendant le règne de l'empereur Alexandre, ont témoigné d'une manière si touchante ei si éclatante leur amour inaltérable et leur soumission pour le saint-siége, centre et base de toute TEglise catholique. Nous n'incriminons pas non plus la pieuse nation nuhénieuue qui , trahie par d'indignes pasteurs, a fait entendre à la fece de ses persécuteurs des plaintes courageuses, et a appelé à son secours le Tout-Puissant, lui demandant de la consenrer dans la foi de ses pères, menacée par up prince qui avait juré solennellement de ne jamais attentera cette religion.
Pour en finir avec cet oukase du 22 avril 1828, nous dirons qu'il renferme un système complet, dont le but est de schismatiser l'Eglise ruthénienne unie tout entière. Toutes les dispositions prises depuis 1828, sont sorties de cette source. L'orage qui s'est élevé en i83oa comme suspendu cette réforme de TËglise unie; mais à peine fut-il apaisé, à peine la Pologne fut-elle devenue, le i4-26février i832,partie intégrante de la Russie, que l'empereur publiait, deux jours après, un oukase contre les basiliens, par lequel il ordonnait l'exécution de toutes les réformes> indiquées dans les ou* kases des 22 avril et 17 octobre 1828. La dignité de provinciaux était à janiais détruite dans cet ordre (i). Cest ù pas de géant que l'empereur procédait ù ses réformes arbitraires. Peu de temps après, il ordonnait de clore le noviciat de cet ordre, et de congédier ceux même qui y étaient entrés et déjà avaient fait leur profession; quant aux diacres et aux prêtres, ils dureat entrer daus le clergé séculier; enfin , par un oukase du 17 juillet Je la même année , il supprima l'ordre définitivement. Une partie des biens du l'ordre fut adjugée à la couronne, une autre employée au profit du culte schismalique.
Ainsi finit cet ordre, qui avait si bien mérité de l'Eglise unie !
* Voye» 3UX Uocuiiicd('< juiuis à l'Alior.nioii Ju 22 jiiillit lSi2, n» 0.
En Ruf^sîCf comme dans les provinces polonaiitcs de cet ' empire, Tannée i833 restera à jamais, pour l'Eglise catholique des deux rîtes , nne des plus désastreuses. Avec cette annéef commencèrent les véritables persécutions qui ont ébtaulé dans ses fondements l'église ruthénienne unie , et œeiificfeat de décadence rËg«ise latine, que la main seuli; de Dieu pourra désormais sauver.
Dans le courant de cette même année parut l oukase sur les mariages mixtes, dont noue parlerons avec plus de détails dan^ ttos observations sur TEglisc romaine de Buisie : cel oakase exige que les enfouis nés de manages conclu>i entre catholiques et schismatiqnes , soient élevés dans la religion scbisn»atique. Q«9tfe autres oukases , les uns plus destrtîctifs q^ie les autres > furent dirigés contre TEglise unie. Le premier défend sévèrement aux ecclésiastiques de l'Eglise latine, d'administrer les saints sacrements aux personnes appartenant à l'Église ruthénienne unie, ce qui jtisqu'àée jour avait été toléré en cas d'urgence. Le second interdit, sous les peines Jes plus sévères, toute communauté de service divin et d'exercices religieux entre les catholiques romains et les ruthéniens uriis, de sorte que les premiers n'osent prendre part au seiTÎce divin des seconds , ni les seconds à celui des premiers. Le troisième ordonne de fermer toutes les écoles religieuses , grandes et petites , et les séminaires fondés dans les métropoles de la Russie- Blanche et de la Lithuanie; cet oukase n'épai^oe pas même runîvcrsite ruthénienne unie de Polock, oi foi-ce les jeunes lévites d'aller poursuivre leurs études religieuses dans l'uni- VcTsité théofogique-schismatique du couvent d'Alexandre Newsky à Saint-Pétersbourg. Le quatrième oukase, enfin , incorpore au saint synode ru^ise , le collège ou département ecclésiastique rulhénien uni , fondé par l'oukase du 9.2 avril 189.8; devenu, de cette manière, section du saint spiode, il a perdu son indépendance. La victoire du schisme sur rEg]i.s<î unie n'était plus douteuse; cependant, pour la rendre j)lus coin|>îcte encore, l'empereur noinuia président de ceiUî
$ecMOQ, Joseph Sieroaszko, préjat ambitieux, qui, pour mériter la faveur de Tciiiper^ur, s'ctait depuis longtemps distiugué par ^ négligence à dtfendre les intâréts de Tunion et du saiqtîisiége, l-iç pieux et digqe mctropolitoin Josapliat ^uli^aK fut forcé de le nommer suffi-açant dai>s l.i mutropple àe (^ithuanie. Connaissaat Tinimitit^ dont w jeUOQ prélat faisait preuve envers TEgliserutliénienne unie> I0 métropolitain avait résisté longtemps et ne céda qu aux ordres menaçaiU& de l'ômpereur; et encore ne s'y résignat-il qu'après avoir exigé de Sicmaszko le serment de recherckev ^ I^Qme m«me sqn institution canonique; il prêta la serfu^nt et ne tarda pas h, le violer. Dès ce moment TEglise ruihénienne unie doit être regardée comme une branche de TEglise schismatique russe. Ceice dernière, par lorgane du saint synode, lui fit adopter toutes ses décisions en matière do religion, toutes ses lois et règles concernant la discipline religieuse. Les membres du synode , après s'être secrètement concertés avec gieniassko, projetèrent un plan profondément médité pour scbisinj^tiser définitivement TEglise unie; ce plan avait pour base les moyens proposiV^ par Eugène Bulgari, archevêque schismatique de Catberinoslaw, qui, conformément aux ordres précis de l'impératrice Catherine If, avait, en 1793, traité cette question dans un écrit remarquable, intitulé : Quels sont /e.v itufiUeurs uioycus de ramener ies Gr^cs unis de la Pologne à Ui religion ori/iodoxe grecque ? Siemaszko prit à cc«ur de faire réussir ce plan adopté par lo synode russe; d employa tous ses efforts pour le soutenir et avancer iù. réalisation. Dans cette intention il s'entoura d'hommes dont ]e>: sentiments étaient les siens. A son instigation et par ordre de l'empereur, le ci-devant provincial , père des hasilieus, Zarski, et le simple prêtre Zubko furent nomiiic;> président et membre du consistoire de la métropole de Litluianie; Guillaume î.usinski et le ci-<levant basilicn Antoine furent Fait-; vicaires et évêques suffragants des deux tH''' opales ; le premier avait pour résidence Polock et Orsclia, le •second résidait à Zv-
rowice. Ces cinq prélats, ennemis perfides du saint-siége et de l'union, réunirent leurs efforts pour consommer la perte de leur Eglise et employèrent toutes sortes de ruses pour entraîner les prélats de leurs diocèses et les membres des divers consistoires. Jeunes, ambitieux à l'excès, ignorants, dépourvus de vertus, ils furent élevés aux plus hautes dignités par la volonté seule de l'empereur, en dépit des remontrances réitérées du métropolitain ctàTinsu du sainti^iége ; et ils ne rougirent pas de devenir traîtres envers leur Eglise et leurs troupeaux.
Dès ce moment , le métropolitain Bulhak , vénérable vieillard de soixante-seize ans , cessa de prendre part à l'administration de l'Eglise ruthénienne unie.
La faiblesse d'âge et les nombreuses souffrances corporelles auxquelles il était sujet, ainsi que la volonté de fer du gouvernement, l'empêchèrent de résister aux innovations désastreuses introduites par les cinq prélats. Sa résistance ne fut que passive : il repoussa avec une sainte feiTTieté toutes les propositions qu'on fit pour le corrompre; il rappela à ses indignes collègues l'opprobre dont ils allaient se couvrir aux yeux de Dieu et des hommes, et, par des paroles douces et remplies d'amour, chercha à les éloigner d'un projet si criminel.
Pour assurer la victoire du schisme on reconnut la nécessité d'en planter l'étendard dans le cœur même de l'Église ruthénienne unie. Dans cette intention, l'empereur fonda plusieurs évêchés grecs- russes, auxquelles il donna les dénominations des anciens sièges ruthéniens unis; ainsi l'oukase du 14-26 octobre i833 transforma en évéché schismathique de Volhynie , le célèbre couvent de Poczajo\v,de l'ordre de Sair4.-Basile, qui dans les derniers temps avait fourni à la religion des hommes distingués par leurs vertus et leur savoir, et qui avait été un des plus grands sanctuaires de la religieuse population ruthénii.nne. Le Synode russe fit usage d'une logique toute particulière pour faire entrer ce couvent dans le schisme, il s'appuya sur ce
^uc la fondation de ce couvent avait eu lieu avant l'apparition de Tunion, et soutint que ce couvent était une institution de TEglise russe. Ce raisonnement est absurde. Si les souverains catholiques vaient appliqué cette logique, n auraient- ils pas amené la mine totale du protestantisme en Allemagne, dans le reste de l'Europe et même en Pologne? £n effet, ceux qui les premiers ont répandu la confession de Luther ont arraché de vive force toutes leurs Eglises au culte catholique.
Mais en Russie les choses se sont passées tout autrement: le clergé et le peuple ruthénien avaient, dans le principe, appartenu à l'Eglise catholique romaine ; après avoir fait pendant quelque temps partie du schisme, ils s'étaient décidés, par la puissance seule de la vérité, uc leur propre mouvement et sans y avoir été forcés par aucune violence. à retourner dans le sein de l'Eglise romaine. Eu s'appuyant sur un argument si peu juste, le 5ynode russe pouvait tout aussi bien et d'un trait de plume détruire l'Eglise unie toiif entière, et lui arracher ses évêchés, ses églises et ses couvents, comme ayant été, en grande partie, fondés antérieurement à l'union de iSgS, et ayant dû, par conséquent, appartenir à l'Eglise grecque-russe.
€ Le couvent de Poczajow (c'est ainsi que s'exprime cet oukase) a été fondé dans la confession catholique < orlho- « doxe-orientale, et son fondateur avaitprescrit qu'il rcsiàtà « tout jamais dans cette même confession orthodoxe... etc. '. « Par ordre de Votre Majesté impériale, cet ctablisoemcntrc- « ligieuxaétérenduà sa destination primitive; Votre Mnjcsté « a daigné destiner ce couvent à servir de résidence à Tar- « chimandrite éparcbial de Volhynie avec son chapitre, et « ordonner que, par la suite, il servît de retraite aux moines « grecs, et fût élevé au rang de cathédrale. » . L'archimandrite de ce cloître fut nommé cvcque de
' Voir Pièces jusiiâcalivcs, a" 55.
Volhynie. Cebouveàli siégë épiscépàl schismatique remplaça àiU^i lë siëge hithéniéfa uni de Luck, supprimé eu 1828.
Il est âupeiHflu d*arrêter tibtre attentiod §ùf les Mensonge^ autquer& leë ihembrëd dii s^tiôdé hissé etitëilt i-écolii-s pôiik* palliét les Violences ëkèi'céëè éhVërè le couVëbt dé Poczajo^V, qui , éHgé éb éiëgé éjiisébp^l, rëçiit un sùffragàrit. Ce snffragant iFut biëbtèt trab^fôrë à Vai^âbVîë dàn^ le bilt de jétër lés ([^erîhës du schisitié dans le royaume de I^ologne tout catholique, qui , à l'exception des troU|les ruésës en cahtonnemédt et de quelque^ négociants russes, h'âvait dans ses lihlitës ni croyants ili églises schismatiques. Ce \ica> riat ëpiscopal, érigé p&r Tôukàsë impérial dil 25 aTiril (3 mai 1834), iië reçut J)as moins de i^ob cï&es , que Vèmpereur Nicolas, dam le couH éspaèe dé ^on régne, était parvenu à at^ rather dû, setri de V Église ruthéniehne unie *.
Par un autre oukase du(li) 24 j^i" i833, bn évéché scliisttiatiqUe fut pareillement érigé à Polock ^ ; le prélat schismatique Smiragde, cinlevant érêque des proTÎnces allemandes de la Baltique et vicaire de Téparchie de Pétcrsbburg, fut investi de ce siège, et prit le titre d'évêque de Pblock et de Viltta. Sa juridiction s'étendait sur les gouvernements de Vilna, de Vitepsk, de CoUrlande et dd Minsk, qui, comme nous Tâtons vu plus haut, avaient dépendu de la niétropole ruthéniénne unie de la Russie-Slartche. A cette même époque le siège épiscopal de Vladimir, qui jusqu'à ce moment était t-esté réuni à l'évêché uni de Brest, fut de même transformé en une c/wircAte gréco^-russe.
Rétablissement des évéchés schismatiques de Volhynie, de Polock, de Vilna et de Varsovie devait nécessairement amener la ruine des métropoles ruthéniennes unies de la Russie-Blanche et de la Litbuanie fondées par l'oukase du •22 avril 1828.
Conformément à plusieurs oukases impériaux, des églises
• Voir Pièce» jUïUfigilivci , u''lj2. — » Ibid., û« Cl.
catholiques romaines et unies furent bientôt transformées en cathédrales assignées à ces nouveaux évéques schismatiques. L'évêque de Varsovie reçut la belle église attachée au collège de la congrégation des Piaristes; celui de Polock et de Vilna, la belle église de SaintpGasimir,à Yilna , et à Polock Téglise qui jadis avait appartenu aux Jésuites , et qui, après leur expulsion, avait été donnée aux pères des écoles pies, appelés piaristes,
Uéglise schismatique s'élevait ainsi sur les ruines de l'église catholique , s'enfichissait aux dépens du domaine sacré de cette dernière, et sans égard aux sujets catholiques qui^ à genoux^ les mains jointes , ne cessent de prier leurs persécuteurs de respecter leurs temples, tit de ne pas leur ôter jusqu'aux dernières consolations de la religion.
Le métropolitain Bulhak étant dépouillé de toute influence dans l'administra tioU de Téglise ruthénienne uniô, Siemaszko devint, de fait, président du collège ecclésiastique, et «ut bientôt gagner tous les évéques aux vues sect'ètes du gouvernement russe; il leur donna Tordre de « retirer à n leurs prêtres leurs anciens missels, eucologes et brén viaires catholiques, et de leur metti^e entre les mains les « missels , eucologes et bréviaires imprimés à Moscou en « i83i, et dont se sert TEglise schismatique nationale; « d'employer la ruse, la corruption, et même, en cas de « besoin, la violence, pour les forcer de se servir de « ces livres schismatiques dans les services privés aussi « bien que publics. De cette manière, les églises unies « furent mises sur le pied des églises schismatiques. On y « détruisit les autels latéraux pour empêcher quon y « pût dire plus d'une messe à la fois ; on emporta les orgues, « et l'on y construisit des portes impériales, connues aussi « sous le nom d'iconostases ou murs à images , qui ferment « l'autel principal et séparent le presbytère de la nef de « l'église j on défendit de sonner les cloches pendant ic • service divin et pendant les prières qui ont lieu à dillé-
« rentes heures, comme aussi de s'onner les petites cloches * « pendant la consécration ; on aboht les messes basses, les « prières chantées pour rédification des fidèles, le chant « de^ litanies , les rosaires , l'agenouillement dans les « églises; on supprima toutes les processions et plusieurs « fêtes importantes, nommément la Fête-Dieu; enfin les « prêtres reçurent Tordre sévère de ne pas prêcher dans « les églises, et de n'y enseigner le peuple en aucune « manière, pour propager une ignorance complète de ce « qui concerne les dogmes , et faire passer inaperçues les « innovations que nous venons d'énumérer. Pour qu'enfin « tous les services divins fussent faits conformément au « rite moderne et scbismatique adopté par le culte russe., « l'empereur envoya à toutes les, églises unies catholiques « des calices, des ciboires, et en général tous les attributs « et habillements requis pour le culte de l'Église russe. » Tous ces changements survendis dans le rite et la discipliné de l'Eglise ruthénienne unie furent mis en vigueur au commencement de Tannée i834. Dans le but de forcer les prêtres par les menaces et la violence à accepter ces innovations, et de les rendre plus docilos à remplir les ordres du gouvernement, l'empereur émit , vers la fin de i833, un oukase par lequel il ordonnait que, dorénavant, la nomination des curés des deux rites dans les provinces polonaisesrusses appartiendrait aux gouverneurs de ces provinces. Les évêques catholiques se trouvèrent ainsi privés d'un de leurs droits les plus précieux et les plus importants, tandis que le gouvernement russe s'emparait de la dernière et de la plus influente branche de la juridiction religieuse, et s'érigeait en juge absolu et en arbitre de l'Eglise catholique. Dès ce moment, les charges et emplois religieux furent distribués aux ecclésiastiques les plus réprouvés, ou à ceux qui, par faiblesse ou par intérêt, s'étaient montrés disposés à trahir leurs devoirs. Ceux qui laissaient voir le moindre attachement et le moindre zèle pour les intérêts de
Tégiise unie se voyaient bientôt forcés de demander leur retraite , et de renoncer aux dignités dont ils étaient revêtus. Si, au contraire, le devoir sacré de la conscience leur dictait une résistance noble et mesurée, ils étaient indignement expulsés par le pouvoir séculier.
' Cependant ces violences n'eurent point le résultat espéré auprès du plus grand nombre des fidèles et des prêtres ruthéniens, qui demeuraient dévoués au saint-siége ; lexemple odieux de leurs pasteurs et prélats qui, après avoir rejeté toute honte , s'étaient laissé employer comme instruments à la destruction de TÉglise unie , ne faisait qu'augmenter leur zèle. Aussi ce fut avec un héroïsme digne des premiers siècles du christianisme, qu'ils résistèrent aux infâmes tentations que mirent en usage leurs propres pasteurs, de concert avec le gouvernement, pour leur faire abjurer
• leur religion.
Us suppliaient avec un courage inébranlable et par des représentations respectueuses et touchantes leurs prélats de rester Hdèles au culte de leurs ancêtres ; ils leur démontraient toute l'injustice des innovations religieuses qu'on voulait leur imposer; ils ne se lassaient pas de démontrer combien elles étaient contraires à leur foi : ils soutenaient avec justice, que ni les évêques ni le gouvernement n'avaient le droit de les forcer à reconnaître ces inno-
. valions ; les évéques, parce que de pareils procédés étaient incompatibles avec leur qualité de pasteurs ; le gouvernement, à cause des serments solennels par lesquels les souve-
■ rainsde la Russie depuis Catherine II leur avaient garanti le libre exercice de leur culte; enfin ils déclaraient avec une noble fermeté qu'ils étaient décidés à ne pas reconnaître ces innovations. L'honneur d'une si belle résistance appartient surtout aux prêtres du district de Nowogrodek, qui, au nombre de cinquante-quatre, adressèrent le 2 avril i834, ^ Saint-Pétersbourg, à Siemaszko , cvêque de la métropole de Lithuanie et président du collège ecclésiastique ruthénicn
iini, tin écrit toiucbant doril le bat éuit de défendre les intérêts de letl^ religion et de protester à runanimité contre les réformés religieuses qu*on leur avait proposées *.
A peine Siemaszko eut-il reçu cette déclaration remplie de dignité, qu'il se hâta de se rendre à Nowogrodek, y rassembla tdds les prétreâ du district qui avaient àigné Cette déclaration, et employa tour à tour les menaces et les violences, pour les décider à la retirer. Quelques-uns, par crainte d'être poursuivis ou de perdre leurs emplois^ cédèrent et retirèrent leurs signatures; mais la plupartpersistèrent, déclarant qu'ils aimaient mieux 96 démettre deleurs charges et supporte*" toutes sortes de punitions, que d'accepter ces réformes et de souiller leur conscience par une pareille trahison envers leur église. Siemaszko eut encore une fois recours à tous les moyens d'éloquence pour ébranler leur fermeté; méis n'ayant pas réussi , il résolut de se venger. Aussitôt un ordre dé l'empereur les Condamna à une année de pénitence ; jis furent toits enfermés dans un couvent.
Ajîfès réxpiration de cette arnée, ils devaient rentrer dans leurs anciens emplois , s'ils réussissaient à donner satisfaction sur de nouvelles épreuves touchant les affaires de discipline et de religion. Dans ce but, on leur mit entre lès mains un livt'e théologique mal famé, intitulé Horoszwaia khîhay dans lequel se trouvent exposées, avec une impudence eitraordinaire ^ les doctrines de l'Église schismatiquc. Dè^ i83o, et d'après un ordre précis de l'emperelir, ce livre avait été introduit dans lés séminaires ruthéniens unis et dans les autres écoles , pour y servir de base aux études théologiques on relijjieuses. Mais cette conttrainte arbitraire et indigne ne fit qu'affermir encore plus ces hommes pieux dans leur ci*oyance, et l'un d'cuk, nommé Plawski, curé de Lubieszotv , homme savant et plein de foi , eut même le courage d'écrire à cette époque une savante réfutation dudit
■ Voyez ci-aprcs Us docuincnu qui accoui|>3;;ucal l'Ailocu'.ioa du l>ape Grégoire XVI, ilu 22juillci 1842, u" 24.
oiivté^é , et de la remettre à Siemadzko , ati moment où celuioéi i à Texpiratidd de cette première ann^^e d'ëpreuve, se disposait à lui faire subir, ainsi qn à se$ compagnons de malheur, une pénitence conforme aux doctrines de ce livré. Siemaszkd envoya aussitôt cette réfutation au synode his^è^ et à peine Tempereur en etit'il tontiaissance, qti'il èOiidëmna ce respectable prêtre à être exilé avec ses six en^ faùts dans rintéHeur de la Rusdie^ où il eut à supporter mille outrages et Utië affreuse ihisère. La femme et les enfants furent |>lacés séparément dans diverses maisons d'éducation russes i forcés d'y embrasser la religion schismatiquey et d'y supporter tbutes sortes de mauvais traitements. Plawski fat relégué à Wiatka , endroit désert ^itué sur les confins de la Sibérie $ et tondëmné à être âdrineUr de cloches de Téghse schismatiqUë de cette ville. Les autres prêtres, qui ne voulurent pas se Soumettre au joug de Timpiété, eurent à subir uli sort à peu près pareil.
Le prélat ruthéhien uni de Polock, Lusirlski, employa des moyens encore plus réprouvés pour forcer le clergé de sa métropole à reconnaître leàdites réformes. Ce prélat n'eUt pas honte de recevoir publiquement, des mains de larche- Véque schismatlque de Teudroit, \ei noirveaux livres de messe, bréviaires et eùcdloges, quil distribua hMssitût à ses prêtres. L'évêque schismatique l'engagea, de |>liis, à demander à ses prêtres des reçus deres livres, et à les forcer d'y joindre des lettres de remercîment pour les envoyer, ainsi q.ie les reçus, à l'empereur; ce fut une tâche difficile pour 1^ prélat uni. Il réussit cependant, grâce à une ruse et à une scélératesse profonde.
Craignant à juste titre la résistance de ses prêtres, il les Convoqua fous à Polock, en i835, peu après les fêtes de Pâques, pour uti conseil, dans Tintentibn de les trahir. Presque tous y furent au jour indiqué. Lusinski les reçut avec bienveillance; après la fin du conseil, où l'on n'avait parlé que d'affaires insignifiantes du diocèse , il les invita à passer chez son collègue, l'archcvcque russe de Polock, qui
les priait d'assister à un diaer préparc pour eux. Tous se rendirent dans la demeure de larchevéque, où les attendait im splendide repas. Les deux prélats, qui s'étaient d'avance concertés sur les moyens de réaliser leurs basses intentions, réussirent à enivrer avec des liqueurs fortes ces prêtres honnêtes et innocents, qui Jie s'étaient douté de rien; puis, profitant de leur absence de raison, ils surent leur arracher lesdits reçus et lettres de remerciment. Grâce à cette ruse abominable, les deux prélats remportèreqt une victoire complète. Tous les prêtres signèrent, sans savoir ce qu'ils faisaient , les reçus qu'on leur avait présentés; le curé de Lepel seul, se doutant de la perfidie , refusa sa signature, Lusinski, au comble de la joie, se leva de son siège vers la fin du repas , et tenant dans ses mains les diverses signatures des prêtres , porta un toast en l'honneur de l'empereur et de l'Eglise russe orthodoxe. Le consistoire grec uni de Polock ne tarda pas à envoyer au synode de Saint- Pétersbourg un rapport détaillé sur la manière dont s'était accompli cet événement. 11 remerciait en outre le synode , dans les termes les plus flatteurs , de lui avoir envoyé , par le prélat russe de Polock , les livres de messe et bréviaires , et lui permettait en même temps de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour introduire dans la métropole grecque unie de la Russie-Blanche toutes les réformes religieuses désirées par l'empereur. L'intrépide et noble curé de Lcpel fut aussitôt, en vertu d'un oukase, privé de sa charge et de sa dignité, et relégué en Sibérie, où il devint sonneur de cloches d'une église schismatique : sa malheureuse et nombreuse famille subit le sort de celle du courageux Plawski. Dès ce moment, Lusinski ne se soucia plus de cacher sa prédilection pour le schisme : il commença à célébrer le service divin d'après le rite schismatique; et, après avoir terminé son service, il assistait à celui de l'archevêque schismatique dans le but de faire croire au bas peuple , pieux et simple, que l'Eglise gréco-russe ne différait en rien de l'Eglise ruihéniennc unie. Le prélat russe de Polock,
de son côte, jouait !a même comédie, et asfiistait paifots ail service divin de l'Eglise métropolitaine ruthénienne unie.
Mais ces artifices indignes ne purent ébranler la fermeté et la croyance du reste du clergé de la métropole : les curés des trois districts de Drisna , de Lepel et de Grodno envoyèrent à leur indigne. pasteur Lusinski des protestations solennelles ) non*seulement contre les réformes déjà imposées, mais aussi contre toutes celles qu'on voudrait introduire à Tavenir : leur langage fut courageux et éloquent; ils déclarèrent les réformes qu'on leur présentait diamétralement opposées aux doctrines catholiques de leur Eglise, et résolurent de ne pas les accepter, à moins que le pape, seul chef légal de leur Eglise, qui est l'Eglise catholique, ne leur commandât de se soumettre à ces réformes.
Lusinski et Sicmaszko eurent de nouveau recours aux moyens de séduction pour décider ces prêtres vertueux ù retirer leur protestation, et à reconnaître les réformes religieuses; ils semèrent de grandes sommes d'argent parmi le peuple et le clergé ; à Grodno leurs menées réussirent : à force de promesses et de menaces terribles, ils parvinrent à ébranler le courage des prêtres de ce district et à leur faire retirer leurs protestations. Les curés des districts de Lepel et de Drisna ne se laissèrent pas intimider et restèrent fidèles; mais là, comme partout où les prêtres s'opposèrent aux réformes , ils furent chassés de vive force, et leurs églises adjugées aussitôt ù des prêtres schismatiques ; plusieurs centaines d'églises latines et ruthénienncs furent ainsi livrées par ordre du gouvernement.
Pour couvrir ses violences d'un voile de justice, le gouvernement se faisait donner les registres des baptêmes des églises qu'il avait Tintention d'arracher aux Catholiques. Si ces églises avaient été fondées par des schismatiques, ou qu'un jour elles eussent appartenu au culte schisuiatique, ce qui, évidemment, était le tas de celles fondces avaut
1695, ellçs étaient, sur c^ seul fai(, (|(5c|ariiL>3 scbismatjques aus«i(dc, avec toptes los cures çt (labitants qui ci) 4épenliaient ; on en chassait alors les prêtres catholiques et on |e$ reippi^çai^ par des prêtres schismatiqpes» Les fidèles étaient obligés de prendre pprt au nouveaii service divin , et de prendre les sacrements des mains de ces prêtres. Dans presqiio tous les oukases qui donnent des églises ruthéniennes m^içs au culpe schismsipque , on trouve les expressions suivantes : // a été trouvé que telle çurc a nutrefois appartenu à la religion dominonie. C'est jiar ce i^oyen qu on veut abuser le peuple et lui faire croire qu'en arrachant ainsi ces cures et ces églises à leur culte, on ne viole pas le droit de possession, mais qu'on restitue, au contraire, à chacune des parties ce qui lui appartient. Nous avons vu que le gouvernement russe s'était servi de cette formule pour arracher, en i833, aux basiliens, le célèbre cloître do Poczajow , transformé en évêché sçhismatique de Volhynie.
Les puthéaiens perdirent de cette manière toutes leurs églises les unes après les autres. Dans l'ancien diocèse de Kamieniec, ils ne conservèrent pas une seule église.
Dans la ville de Krzemieniec, on schismatisa même les églises qui appartenaient au rite latin; les prétresse virent obligés de transporter le Saint-Sacrement de l'autel dans leur demeure: là, dans une peti chambre qui ne pouvait contenir que très peu de personnes , et à l'exemple des premiers chrétiens persécutés, ces ecclésiastiques distribuent les saints sacrements à leurs nombreux paroissiens , dont le zèle et lattadiement à l'Église n'a fait que s'accroître à la vue de ces violences.
£n maint endroit, les croyants résistèrent , les armes à la main, aux /M);9e$ (prêtres russes) et au gouvernement toutes les fois que, suivant la tactique déjà expliquée plus haut, on venait leur arracher leurs églises. Le gouvcrnement, désireux d'accomplir au plus vite son entreprise, eut encore recours à un autre moyen aussi injuste que violent :
n publia un oukase qui conférait aux héritiers UQit'mes de tous ceux qui, par piété, avaient laissé des bieng aux églises unies ou latines, le droit d'exiger de ces églises la restitution de ces biens; ce droit, toutefois, n était donné qua ceux des héritiers qui voulaient embrasser la religion scbismatique.
Le nombre des paroisses diminue ainsi de jour en jour, et les croyants se voient privés des consolations si nécessaires de la religion ; il y en îî qui doivent faire vu voyage de ux>is jours pour trouver une église catholique et y recevoir les saints sacrements. Le nombre des curés diminue en proportion égale , et il y a longtemps que leur nombre ne peut suffire aux besoins. 11 arrive souvent, et siu'tont en hiver, que les croyants doivent renoncer pour des mois entiers au service divin et à toute consolation rcdigieuse; cela arrive surtout en Russie-Blanche, où toute la noblesse appartient au rite latin, et où le peuple suit le rite rudiénien uni. Les nobles vivent dispersés dans le pays et à de très grandes distances des fidèles. Le nombre des nobles n'étant pas grand, les paroisses du rite latin sont très-rares et très-éloignées les unes des autres. Cependant ce désavantage n*étail pas trop sensible à cause de la proximité des églises unies, dans lesquelles la noblesse pouvait au moins, tous les dimanches et jours de fête, assister sans beaucoup de peine au service divin; d'un autre côté, i! arrivait souvent qu^une paroisse latine moins éloignée qu'une église unie , allégeait, pour les fidèles rulhénicns unis, l'incommodité de parcourir d'énormes distance') pour arriver dans leurs églises, et les faisait assister an service latin. Enfin, dans les cas d'une urgente nécesslLé, le curé le moins éloigné, fût-il latin ou uni, administrai: je baptême aux enfants des deux rites, sans distinction. La même chose arrivait quand il fallait administrer les mourants.
Cette communauté réciproque dans les actes religieux , communauté si Ivienfaisante , finit par vive sévèrement
(iéfendue, non-seulement aux ecclésiastiques, mais aus!>i aux- croyants. On espère que, inquiétés par toutes ces mesures répressives, ils se verront forcés d'abjurer leur religion.
Il arrive déjà que les croyants opprimés appellent, à leur heure dernière , des prêtres scbismatiques , pour pouvoir, avant de mourir, jouir au moins de quelques consolations religieuses, qui ne peuvent leur être données par des prêtres catholiques expulsés de tout le voisinage.
Le gouvernement a ordonné de fermer jusqu'aux chapelles ovatoires de toutes les églises succursales; il en a fait démolir plusieurs, défendre la construction d'églises nouvelles ou la restauration de celles qui sont délabrées.. .■
Si la persécution a été cruelle sous Catherine II, elle l'est devenue beaucoup plus sous le règne actuel. Catherine II avait au moins laissé aux prêtres et aux croyants ruihéniens unis la triste alternative de passer à l'Eglise latine ou d'embrasser le schisme. Grâce à l'activité et au zèle d'un grand nombre de curés, qui embrassèrent le rite latin, un grand : nombre de paroisses furent conservées à l'Eglise. Le gouvernement actuel , non-sculcnient défend aux prêtres d'embrasser le rite latin, mais il contraint même tous les Ruthéniens unis qui, sous Catherine II , Paul 1" et Alexandre, ont embrassé le rite latin , de retourner au schisme.
Un oukase de Catherine II, de Tannée de 1789, fut remis en vigueur en i833, et renforcé par de sévères additions, (t Cet oukase ordonne de punir comme rebelle tout catlio- « lique, fût-il prêtre ou laïque, d'une condition basse ou éle- « vée, tontes les fois qu'on le verra s'opposer, soit par des « paroles, soit par des actions, au progrès du culte domi- « nant, ou empêcher, de quelque manière que ce soit, la M réunion à l'Église russe de familles ou villages séparés. »
Appuyé sur cette effroyal)le loi, le gouverneuicni envoyait ses prêtres, en qualité de missionnaires bibliques, dans les propriétés de ceux des nobles qui se distinguent par leur attachement aux dogmes de leur l'];;lise; ces prèireN
2ii
emploient toutes sortes de moyens pour forcer les campagnards à embrasser le culte scbismatiqiie ; leur lâche est facile, car tout individu qui leur résiste, et qui provoque ses coreligionnaires à rester fidèles au culte catholique, est aussitôt traité de rebelle ei jeté dans les prisons. Mais cette loi est insuffisante, malgré sa tyrannie, à détruire partout le zèle des fidèles. Parmi une foule d'exemples, nous en choisirons un seul. En i835, des prêtres russes arrivent dans les terres de M. Makowiecki, riche propriétaire du district de Vitepsk, et commencent à y remplir leur mission; une vigoureuse résistance leur est opposée par les paysans , soutenu^ de leur seigneur. Les prêtres russes (popes) en informent le gouvernement, et aussitôt l'empereur donne ordre de dépouiller M. Makowiecki de toutes ses possessions et de Texiler en Sibérie; soutenus par des troupes russes, les prêtres recommencent leur mission; malgré des cruautés inouïes, ces malheureux paysans résistent encore ; mais, après deux ans, ils embrassent le rite schismatique! L'empereur envoie alors au ministre de l'intérieur, NikolajoviczBloudow, Toukase suivant, dans lequel se peint l'expression d'une amère moquerie : « Rendez à « Makowiecki sa liberté et ses terres, car tous ses paysans • sont devenus Russes orthodoxes. »
Des scènes pareilles eurent lieu dans les paroisse» ruthéniennes unies de RadomI et Oszmiana. Les habitants de Radoml avaient résisté pendant trois jours et trois nuits contre des soldats russes, et avaient défendu leur église avec un héroïsme rare ; mais , enfin , vaincus par le nombre, ils cédi'^rent et embrassèrent le schisme. \ Oszmiana, M. Mirski, propriétaire , fut dépouillé de ses biens et exilé en Sibérie, pour n'avoir pas voulu livrer les clefs de l'église, après que ses paysans, forcés par les moyens ordinaires, avaient embrassé le culte schismatique.
Des prêtres russes sont fréquemment envoyés dans les terres de ceux des nobles qui ont embrassé le culte latin; ils s'y permettent les phi« grandes cruautés poin- forcer les I. '^
hubitanis ^ adopter ie srliisme ; ror, ^uiv.'utl une (liuiertiqtie fûUle particulière ciii {jonveriieinent russe, ces nobles, pour avoir ehibrassc le culte lutin , n'ont plus aucun droit ÈUt leurs paysans ruibëniens unis. Dans les villages où les ^ysûns, pour sauver leur culte, ont, depuis Catberine II, emlirassé le rite latin , les prêtres se présentent armés db Toukase de i833, qui dit : « Toutes les familles qui, sous « Catherine II, et sous ses sûints successeurs, les empe- « réurs Paul 1*' et Alexandre 1*% ont embrassé le rixe latiu, « sont prëséotement reconnues appartenir au culte russe • orthodoxe. » Des villag^es entiers sont ainsi forcéj de passer du rite latin dans le schisme. Les popes russes et les agents du gouvernement ont recours aux plus grande^ cruautés pour mettre cette lot en vigueur. Ciions-en un 86til temple i » Un certain M. Buraczek, qui appartenait au rite ruthénien uni , ei qui , parce qu'il descend d'une famille scbismatique, avait été, en id35, judiciairement déclaré sthiâmatique , avait obtenu en mariage une demoiselle qui , de môme que lui , appartenait à TËglise unie ; mais lorsqu il demanda à être marié, son prêtre et tous les prêtres unis auxquels il s^adressa refusèrent, disant que les ordres de Tempereur leur défendaient de consacrer de pareils mariages ; il courut de ville en ville , et finit par trouver dans le voisinage de Smolensk un prêtre rutbénien uni qui, toiicliéde son attachement pour la religion, le maria secrètement. Le gouvernement eut connaissance de ce mariage, èC le déclara n&l. M. Buraczek et le prêtre furent dépouillés de leurs biens et exilés en Sibérie. »
Le gouverprjiient russe essaie de justilier ces violences, tn soutenant que déclarer schismaliquc telle ou telle famille , tel ou tel individu, ce n'est point violenter les consciences : c'est simplement les ramener à la religion de leurs ancêtres, religion qu'ils ont, dit-il, abandonnée par ignoi^nce, e! sans en avoir le droit.
Dans beaucoup de paroisses , où Ton craignait une trop grande résistance, on promit ù ceux qui seraient dociles
rufiraficliisscrncnt de tout paiement fi'iin{)(lt.<), et truiitre^ privilège*. Lorsque tes ofiVës ne produisaient point d'efFet, on recourait à la ruse ei à lu violence; on chtfrcUoit à gagner» par de 1 argent , leé paroissiens les plus dépravés et les plus irréligieux, ei on failaic adresser par eux au gou- Ternemont, au nom du reste des paroissiens, des suppliques qui expriiâaient le désir d'embrasser la religion dominante. Âussit^C, par ordre du gouvernement « et par la force des I
ahnes, on s'emparait de l'église et oti la livrait au culte p].
schismatique ; après cela, le magistrat du lieu rassem* >^r
blait le« habitants et annon^it « en ternies flatteurs , et au grand étonneraent de tous, que leurs vœux étaient exaucée, et que TEglise schismatique les recevait dans son sein ; 4' < puis on congédiait rassemblée, sans demander à personne ^' son bssenMment. Si, cependant , comme il arrivait souvent, quelques-uns osaient protester et cherchaient ù prouver qu'une indigne trahison avait été ourdie à l'insu et contre la volonté de la commune^ on leur appliquait aussitôt la f
bastonnade, en les accusant de vouloir trahir la religion 1''
qu'ils venaient d'embrasser. Aussitôt une déclaration du 1
gouvernement annonçait que cette paroisse appartenait à k;
la religion dominante; on en expulsait les prêtres catlio- ^,
liques et légitimes; on les remplaçait par des prêtres russes; ï
les habitants, à moins de renoncera leurs biens, étaient f
obligés de se confesser à ces prêtres, de recevoir de leurs i
mams la communion , et, en général , de participer h tous leurs exercices religieux.
Dans les cas où ces moyens de corruption ne réussissaient pas dès le premier coup, on revenait ù la charge, jusqu'à ce que, fatigués de tourments et de tortures , les infortunés cédaient et embrassaient le culte schismatique. Cela se faisait surtout dans les tenues qui avaient jadis api^artenu au collège des jésuites, de Polock, et dont les poysans avaient été forcés, par les moyens connus, de renoncer à la religion unie. Les paysans des terres de Vilepsk , qiii, jusqu'à l'année i832, avaient appartenu aux uiiTsionnaires de Saiuc-
Vincent- de-Paul, durent subir le même sort, sous le seul prétexte qu'ils avaient embrassé, sous Gitberine 11, le rite latin? En i835, peu après Pâques, une commission, accompagnée d'une troupe de soldats, s'empara, à l'improviste y de Téglise , convoqua les habitants , et leur annonça que, suivant Tordre sacré de l'empereur, ils devaient embrasser la religion dominante. Ils résistèrent longtemps avant de se soumettre; mais les moyens de séduction n'ayant pas réussi, les Soldats fondirent sur eux et lesinaltraitèrent d'une manière cruelle. Il y en eut qui expirèrent sbusleâ coups; un grand nombre' prit la fuite, et se sauva sur un étang qui était recouvert d'une glace encore peu épaisse; les soldats, qui ne respiraient que vengeance, les poursuivirent et les sommèrent de se rendre et de quitter ce lieu d'asile. Tous s'écrièrent d'une seule v*:»ix : « Nous « aimons mieux mourir que d'abandonner la religion de nos « pères. » La cruauté de ces monstres alla jusqu'à briser la glace tout autour pour noyer ces malheureux. Vingtdeux périrent ainsi ;^ un petit nombre se sauta à la nage. Dans la commune de leziorkowice, du gouvernement de Vitepsk-, plusieurs paysans perdirent la vie pour n'avoir voulu ni livrer leurs églises aux schismatiques , ni embrasser la religion russe.
Des violences pareilles, et de plus terribles encore, furent exercées par les agents russe? dans les colonies militaires, nour la plupart composées de Polonais et de Ruthéniens catholiques. 11 suffit de citer un seul fait qui eut lieu , en i835, dans une de ces colonies, 5 Starosiel , gouvernement de Vitepsk. «< Le commandant rassembla un jour tous les soldats soumis à ses ordres, et, après leur avoir adressé un discours qui leur rappelait leurs devoirs envers la personne sacrée de l'empereur, il leur déclara que la voloniô immuable de ce souverain était qu'ils reconnussent le niênic Dieu que lui. Le plus grand nombre résista, et déclara qu'il leur était moins difficile de mourir que de trahir leur religion; h peine eurent-ils prononcé cette résolution Ixroïquc,
que les soldats russes de cette colonie reçurent Tordre de se précipiter sur leurs compagnons, et de les frapper à coups de bâton et à coups de sabre. Beaucoup moururent à la suite des blessures qu'ils avaient reçues. •
Des scènes aussi cruelles se répétaient dans' beaucoup d'autres endroits, comme le prouvent les plaintes adressées au gouvernement par les habitants des diverses villes des provinces polonaises. Ainsi, la noblesse du gouvernement de Vitepsk rédigea, en i834, ""^ rapport détaillé sur les violences exercées par les agents du gouvernement, dans le but de forcer les catholiques des deux riteâ à embrasser le schisme; le rapport, muni des signatures des membres de rassemblée » fut remis à l'empereur ». Nous nous empressons de dire, à la louange des croyants des antres confessions qui jusqu'ici professent librement et tranquillement leur religion à Vitepsk , que , touchés de compassion h la vue des affreux traitements auxquels étaient livrés leurs concitoyens catholiques , ils signèrent tous cette supplique, rédigée dans les termes les plus respectueux. Cette décision d'une assemblée respectable , et la supplique modérée qui en fut la suite, n'eurent aucun effet. Le gouvernement ferma l'oreille aux plus justes plaintes de ses sujets catholiques, et ordonna à la noblesse du gouvernement de Vitepsk et des autres provinces de s'abstenir désormais de traiter d'affaires religieuses dans leurs assemblées.
Les défenseurs de la foi furent ainsi réduits au silence ; cependant, cette dureté ne découragea pas les paroisses isoléds; elles ne cessèrent de porter aux pieds du trône leurs plaintes respectueuses, et d'implorer, les larmes aux yeox, la diminution de leurs souffrances. C'est ce que firent, par exemple, les habitants du village d'Uszacz, dans le district de Lepel ,au printemps de l'année i836, et les habitants de Lubowicz, village du district de Babiinowicc ,
Voyei ci-aprèt, Dociuneals joinU à l'Allocution du ii juillcl IS4-*. n' 2 j.
dtn« le gouvernemeol do Mohilevv, au mois de juillet de la mén^Q année. Le langage dont se servent ces hommes pi^US e<t si simple , si touchant, qu'il ne peut manquer d'émou^«.*i toiUft personne, de quelque religion qu'elle s9it ', X^s prières ^^ ça malheureux ne furent pas plus ccpi^tées que let autres : au çontr^ife, on fi( défense ^\ix paysans d'en 9dres«^ de npMveljes à Vempereur; on leur ordonna de les remettre à Içufs seigneurs, qui, eux» mêmes, comme nons yenops de le voir, aviiient rpçu J'ordre le plus sévère de 'î^e plus s'occuper, dans leurs as* seniblées, d^ff^ires religieuses* pn sut, de cette n^anière , joindre à la violence le plus an>er nfépris , et ôter aux uns i et apx autres ^pnt moyen de défencjrp la rehgion outragée,
i Cepen(tanç , ne poqvant plu^ remettre lenrs plaintes ni
I à l'enipereur, ni ^ leurs seigneurs, ils s adressaient à leurs
; curv'S pour pi>p(ester contre les prétendues réformes reli-
! gieuses, et ceux-ci, par Vii)tçrfn^diaire de leurs archi-
pr^tres et des doyens, faisaient remettre ees suppliques aux évéqi|^$ ou autorités diocésaines» Ce dernier genre de défense, si beau et si tpuchani, fut également prohibé aux croyants comme auiç prêtres. Les deux indignes prélats, Siemasiko et Lusipski, envoyèrent au^ doyens et archtprêtres ruthéniens unis les ordres |es plus sévères de ne recevojjT aucune protestation senablablp des niainsde leurs prêtres, qu'elle fuç rédigée par ces derniers ou par les habitants, et de renvoyer ces suppliques sans les lire. Bientôt les prélats mentionnés , non contents de défendre à tout le clergé rutbénien uni de npmnter le pape dans les prières de |a messe ou dans les autres prières publiques, se plaignirent de ce que les croyants continuaient à faire ces prières, qui » depuis i834, ne se trouvaient plus ni dans les nouveaux missels, ni dans les nouveaux rituels. C'était îiiler plus loin que Catherine 11 , qui , au moins , avait permis aux catholiques des deux rites de conserver cet usaj^o ancien et inaliénable de leur reIi{];ion.
■ Voir ci-aiiri'S atit DocutoeDli jnioii U'Allociiiioadu 2i inillfi (842, n" iH-2T.
L*iisRf[e de prier pour le pape, pendant la mfsse , et \e& autres prières de TEglise , a , depuis les premiers temps , été re^çardé dans les Eglises orientales et occidéutales comipe une preuve de Tunion de ces deux Eglises avec TEglise universelle du Christ, avec le siège de suint Pierre. Si I06 Eglises de quelques peuples de TOrient comme de rOcci* dent s^étaient, à la suite d'hérésie et de schisme , t^parées de TEglise romaine « nécessairement, au moment de renoncer à leurs erreurs et au moment de retourner à Tunit^. de TEglisc , elles devaient reprendre cet ancien usage , afin de confirmer par ce fait leur communauté avec TEglise cathoiliquQ. G est ce qu'avaient fait les Ruthéniens, depuis leur réunion à TEglise catholique , et ils n'avaient cessé de se conformer avec fidélité à cet usage jusqu'au moment ou on les força d'y renoncer '.
' (f«l4* CQ 9V0DS déjà cité plusieurs exemples h l'occasioD du scbitoie de PlioUas et de Cerularius; qu'il nous soit permis de produire quelques faits accomplis dam l'église occidentale. VoiU ce qu'écrit entre' autres le saiqi pape Pelagius II , aux évéques d'Étrurjc t au moment o& ils menaçaient dy se bitser entraîner dans le schisme Lombardo-Arien : • Divisionem vestram a generali
• Eccicsia , quam tolcrahilitcr ferre non possum , vehcmenter stupeo; cum enim « beatissiinus Angusiinus , Dominiez sententiae mcmor, quae fundamentnm Ec-
• clesise in Apostolicis Sedibns coUocavit , in Schismate esfe dicit, qnicnmque a te a Prcsulum earumdem scdium aiictoritate, vel communionc suspendent, nec
■ aliam manifcsiet esse Ecclesiam, nisi quz in Poniificalihus Apostolicarum Scdium
■ est solidataordinibus : quomodo vos ab universi Orbis commnnione separalos esse
• non eredilii, si mei ioter Sarra Mysieria, «ecnndnui consuetudin^m , noinioit m*- « moriain retinetJs,iD quo licet ipdii]aQ, Apostolicae Scdis, per succcssionçra E^pisco-
• patus, videli« coosislere firmilateai?» Et le célèbre Alcuin, précepteur de Cb#rlemagoe : • Coustat ab universi Orbis coromnnione séparâtes eise, sicut B. Pelagius
• docet, qui qualibet dissensione, ioter Sacra Missarum Apostolici Poptiftcis menio* « riapi secunduo consuetudii|<;m non frcqueniant« Lib. 1, de diviois olKcii} cap. 12. • Et le grand Hugo, abbé de Flavigny, dans ses chroniques sur l'année 8S7 : • Nove- « rit se a communione lotins Orbis separari , quicumque nomen A]>05loiici , pro fi qpalicuipqne dissensjoiic , in Canope non recilaverwnt- ■ C'est coutbruiëment à do pareils faits , que s'exprintent les Pères grecs-unis dans leur Synode de Zaniosc. ■ Ad
• depionstrandam sinccram meml)rorum cuni c.ijiite conjiioctioncni, ccnsuii etiam,
• ac prarrepit, snb pœnis arbitrio ordinarii iiifligendis , ut uhicumque in sacris
• Uypiicis cou?memora|io Iloniani PoutiKcis facicuda cril , pratsmini vcro (em|iarc
■ SacriGcii Mi»sx in iraiislalioiic cblaioriini, Kai clyris , ctexpiesiis vcibis, quilms « aller, quaiii lîonijiius riiivci shIis r.i)isto|.iis dcsiguaii non posait • T. F. de fiii» Caiholicd, p. G8, edit. sccuuJie HomaoK 1838.
Il ii*est donc pas étonnant que la schismatisation de TE- {];1ise ruthënienne unie, par des moyens pareils , ait fait des pas de géant. Déjà, en 1837, comme le prouve un rapport seci'et adressé à Tempereur par le ministre de Tintérieur Bludow, et inséré plus tard dans la gazette dudit ministère, sur i|369 églises paroissiales des deux métropoles de la Russie>Blanche et de la Lithuanie , 886, c'est-à-dire la plus grande moitié , étaient livrées au schisme *.
Siemaszko et Lusinski , enhardis par ces victoires, et excités par le gouvernement , procédaient avec une audace croissante. A Taide des plus vils moyens de corruption et des persécutions les plus dures, ils obligèrent, cette même année, les moins éclairés et les plus faibles d'entre les prêtres de leurs diocèses à signer une formule de serment conformément auquel ils s'engageaient à ne jamais opposer la moindre résistance à la réunion des paroisses grecques unies au schisme , dans le cas oa le gouvernement réussirait, soit par violence manifeste , soit par de secrets moyens de séduction , h forcer les paroissiens d^abjurer la religion rulhénienne unie. Et cette fois encore, comme lors de l'acceptation des réformes religieuses , le haut clergé se montra disposé à seconder le gouvernement. Tous, un trèspetit nombre excepté, promirent par serment de renoncer à la sainte union ; le clergé inférieur résista longtemps avec courage, et se montra prêt à mourir plutôt que de re- Doncer à sa religion. Mais la violence l'emporta; ils furent obligés de signer ce serment, appelé Acte d'Union avec t Église russe.
Lorsqu'au mois d'août de l'année 1 838, cet acte fut envoyé par Févéque Siemaszko au clergé juthénien uni de la pro* vince de Mohilew, tous refusèrent de donner leur adhésion. Beaucoup de* prêtres vénérables devinrent victimes de la plus cruelle vengeance, et rachetèrent sans doute ainsi devant Dieu, par leur sang, le pieux et infortuné peuple
' VoTM Pièce* jusiif,, D. 69.
rutbénien d'un péché si graDd , mais auquel il était entraîné par ses évéques et ses prélats. Michel Wierzbieki , curé de Douibrowa, pour n avoir pas voulu signer 'cet acte, fut, d'après l'ordre de M. Mourawieff , gouverneur de la province, horriblement maltraité, dépouillé de son bien, et exilé en Sibérie; affaibli par suite des traitements qu'il avait supportés, il expira, le 1 1 septembre, sur le chemin qui mène en Sibérie; et déjà luttant avec la mort , protesta solennellement contre cet /écte de tUnion avec le Schisme et contre toutes les violences qu^on avait exercées sur lui. Ce saint prêtre laisse quatre fils en bas âge et une fille ; tous , ainsi que leur mère, furent placés dans des maisons de refuge schismatique, oii ils furent forcés d'embrasser la religion russe. Le pieux curé Jean et sa nombreuse famille subirent un sort pareil. Plus la résistance des prêtres était grande , plus les punitions qu'on leur infligeait étaient cruelles. Le digne prêtre Michel Starzynski , curé de Sieciechow, fut, à cause de sa résistance héroïque , condamné à mort; sa peine fut commuée à vingt ans de travaux aux mines; il n'atteignit pas la Sibérie, car il mourut en chemin, à la suite d'affreux traitements , et à l'âge de 36 ans.
Le peuple, animé du même zèle pour la religion que les prêtres, exerça dans plusieurs endroits une vengeance terrible ; un prélat, qui avait signé l'Acte d'adhésion au Schisme, célébrait, un dimanche, le service divin d'après le rite schismatique; dès que les croyants s'en furent aperçus, ils sortirent de Téglise tous à la fois , sans attendre la fin du service, fermèrent l'église et y mirent le feu ; l'indigne prélat expia ainsi son crime et périt.
A celte même époque, les fidèles de Pystynie, dans le district de Mscislaw, résistèrent avec une grande énergie à leur curé, le père Lisiakowski, lorsqu'il témoigna le projet d'introduire le schisme.
Plus de cent soixante prêtres expièrent leur héroïsme religieux par des traitements indignes el par la Sibérie, où le plus grand nombre trouva la mort. Les noms d'un très-petit
nuiubie sont connus <}u public. Fuisisont cef noms être con- «ervéa d»m l'histoire, en l^ttre$ inef fi^çables ! Puisse le sou*- Y^nir de ces saints martyre passer à la po^éritc la plus re-
CUI^Qj -ii i.y- j^ii i - ^ ï.i,
A la tête de cea héro^ religieux ^e trouve l'infortuné père do Tévéquç Joseph ^iecnasïko , devenu lui-même étranger aux sontiments les plu^ «acres, à ceux méine de la piété filiale. L'indulgenco et la générosité de Teuipcreur et de Vévéque consistèrent à ne pas le fairo tratner en Sibérie , vu son grand âgOt 6(ous cipoyons devoir citer encore quelquesuns des prêtres qui furent exilés en Sibérie; ce furent : Jean Smvaskiewiçji % Jean Obuch\ ^intoin^ Kors^an] Jean Zarski; Stratanouticz; Càonski', Stutginshii Ko^ak^ewicz-^ Morawski; AJanietviçz i Mikwomicz \ Maçkiçwkz \ Urbanowicz ; Somow^\ii\ Jean BuHkkwict > curé è Lobiady; Adam ^iszewski^ curé de Swizona; Me^candre Baranowski^ curé de Bobiy dans le district de Lida; Zabiello i cwré de ^it/w/pcz , père de buit enfants; ^ai>/e//<», curé de Mscikowi père d'une nombreuse famille ; ^/e^anc/rç ZabiellOf père de famille, condamné à devenir serf cbe* un prêtre appelé Dytekoski^ qui venait d^embrasserle schisme ; Etietme Fieszczynskij doyen à Dzisna ; Joseph Makoiuifchi t doyen à Polock; Adam Tomkiewicz^ directeur du séminaire grec-uni de Polock; les prélats Jean IgnalowkZy doyen du chapitre catbédral à Polock, et Jacgue^ Nikanowkzt doyen du chapitre et membre du consistoire à Lepel. Ces violences exercées sur les prêtres yalurent de grandei récompenses aux deux évêqnes. IVempereur leur envoya des décorations accompagnées de lettres écrites de sa main, et dans lesquelles il les remercie au zèle qu'ils ont mis à ramener l'Église unie à son rite primitif.
Les trois évêques crurent enfin que le temps était anivé où ils pourraient déposer le masque et embrasser ouvertement le schisme, ils se rassemblèrent pendant l'automne de cette même année à Polgck, pour liguer définitivcuicnt et envoyer à ren)percur l'acic d'union avec l'Eglise russe, à rucceptaliun duqutl ils avaient voulu forcer les prêtres de
leurs diocèiies. A;pièà une courte délibération, iU rédi(<èreot effectivement cet acte, y apposèrent leurs signatures, et y déclarèrent qu'ils étaient prêts à enibrasser I^ schisme et h 8« réunir eux et ieurs troupeaux h la religion dominante. Mais une détennination «i importante et si peu susceptible d'étro dérpbf^e À lattention du public devait ^cbouer «ans radbësion du métropolitain' Siema«»ko fitt en conséquence, tout ce qu'il put pour amener le métropolitain h reconnaître cet acte et à y donner son adbéi^ion. Craignant sa fermeté, on chercha à le gagner par toutes sorte$ de flatteries et de séductions. Dana ce but» l'empereur lui envoya le cordon de Saint-André, décoration qui ne se donne qu aux princes du sang et » rarement , aux premiers personnages de l'empire. Siemasxko se rendit aussitôt chez Mgr. Bulbak pour le féliciter. II IVntretiiU dç la grapda faveur dont Tempereur rbonorait, lui fit entrovçir dan9 Tayenir de^ faveurs encore plus grandas; puis, après avoir ainsi flatté son ambition, il chercha à lui arracher son adhésion à lacté de l'union avec rÉgliso russe, déjà signé par les autres évéques i il lui parla en ces tefores : • Si vous consente?, il ne vous reste plus à f demander à l'empereur que la métropole de Saint-Péters- « bourg, c'est-à-dire la souveraineté sur tpute l'Église russe; f lempereur est prêt à vqhs l'accorder. »
Le respectable vieillard , indigné de la bassesse du prélat, lui répondit d'une voix tremHante : f< Sortez , vous outragez H Dieu et votre con§ci§nçe. ^ Puis il rédigea une protestation solennelle contre l'acte impie des éyéqnes, dans le but de s'opposer, au besoin» à cet acte. Siema$zliO rendit compte à l'empereur du maMVais accueil qu^ lui avait fait le métror politain , et conseilla d§ recourir à la violence pour forcer ce vénérable prélat à signer- Le même «oir, M. Rludow, ministre de rintérieur, reçut l'ordre de se rendre sans délai, quoiqu'il fitt minuit, cbc/ le métropolitain Bulhak, d'y porter l'acte signé par les évéques, et d'ordonner an métropolitain , au nom de l'empereur, d'apposer sa signature. M. Bludow se rendit en effet chez lui. Les valets refusèrent
rentrée à une heure si tardive. Le ministre, usant du plein pouvoir que lui avait donné l'empereur, fit forcer Tentréc du palais, éveilla le métropolitain , et lui ordonna, confor-^ mémentà la suprême volonté de l'empereur, de si{jner Pacte en question. Mais Bulhak, soutetiu évidemment par une grâce particulière de Dieu, lui répondit sans s'émouvoir: c Excellence, aucune force humaine ne saura m'obliçer à c signer cet acte; si d autres évéques le signent, et que le f gouvernement le publie , je publierai aussitôt ma protesf tàtiou solennelle. » I
Le courage inébranlable du métropolitain fit ainsi échouer encore une fois la détestable trame. Pour le moment, on s'en • tint là, Car on craignit d'exaspérer la population : catholiques el rutbiniens avaient un profond respect pour; le vénérable métropolitain. Gn résolut donc d'attendre sa mort : ses souffrances corporelles, aggravées par les derniers événements, ne lui promettaient pas une longue vie : il expira en effet avant la Hn de l'année. • Ce qu'on n'avait pu obtenir de Bulhak durant sa vie, on voulut l'obtenir par sa mort. On voulut se venger sur le soavenir sacré de ce prélat, qui, pendant quarante-deux ans, depuis le 22 avril 1787, jour de son élévation au siège épiscopal de Pinsk et Turow, n'avait cessé d'être l'appui et l'ornement de son église.
L'empereur ordonna de déposer son corps avec une magnificence extraordinaire , dans le lieu de sépulture des métropolitains russes, au couvent de Saint- Alexandrc- Newski, et de célébrer le service funèbre avec la pompe employée pour les métropolitains de l'Église russe; on voulait piar cet artifice faire croire aux catholiques des deux rites, que M. Bulhak était mort métropolitain de rÉgli>;e russe, et qu'il avait, immédiatement après les autres évoques, donné son adhésion à l'acte d'Union avec l'église dominante. Après la mort de Bulhak, les prélats mentionnés n'eurent plus à craindre aucune résistance, ils purent ^C!i lors rendre public leur acte sacrilège d adhésion au schisino,
et embrasser ouvertement la religion russe. Siemaszko crut n'avoir pas de temps à perdre. Dès le commencement de Tannée i^Sp, il entra, ù Polock, en pourparlers avec ses collègu(}S, les deux autres évéques. Le 1 2/24 février, ils publièrent le fameux arrêté synodal qui contenait Icqr séparation de rÉglise romaine et leur réunion à l Église nationaie. Us y priaient Tempereur de les accueillir, eux et leurs troupeaux, dans le sein de cette Eglise ; cet arrêté synodal porte les signatures des trois évéques et de. vingt et uu prélats et prêtres ; nous le citerons en entier *.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
« Nous , par la grâce de Dieu , les évéques et le < sacré a concile de TEglise grecque unie en Russie, ^vons, après 0 en avoir délibéré, pris en considération ce qui suii :
c Notre Eglise était unie depuis son origine h TEglise
< sainte, apostolique, ortbodoxe, catbolique, qui, fondée en
< Orient par Dieu même et par notre Sauveur Jésus-Christ, •. avait de là éclairé le monde , et dont les dogmes , loin « d^être défigurés par la vaine sagesse des hommes, sont c toujours restés intacts et tels qu'ils étaient lors de la ■ fondation de ladite Eglise. Par ce lien œcuménique, béni «et mille fois heureux, notre Eglise a toujours été partie « inséparable de l'Eglise gréco-russe; par leur langue et « leur origine, nos ancêtres ont toujours été une partie in- « séparable de la nation russe; mais la séparation des pro" «. vinces que nous habitons davec notre mère, la Russie, a produisit aussi la séparation de nos ancêtres d'avec la « vraie unité catholique , et la vioîcuce d'une conquête « étrangère les soumit, sous le nom de rulhéniens unis, à « la domination de l'Eglise romaine.
* Cel acte , ainsi que ceux qui le suivent, iiisén-s séparcmeni dans les feiiilles périodiques françaises et allemandes , se trouve dans le journal officiel russe; il fui iusere' en articles séparés djns VAicilledu P/oni, à Saiut-Pi'lersbourg, et dans la Gm^tc d'Augsbouirf, n. 3i8, 329 cl 330, no%enibre 2t, 25, 2«, 1839. Cette publication, où riiisioiic est cuiièrcuient diH^urife , porte le tifx suivaut : lU-union de» Unis à la vcritablc F.jjlise, dans l'iinpire de Ilusiic ; traduit par Auciisie deOldecop. Stutlgard 1840, dep. p i'i-4i.
« Bien que par *\eis docuinonts formels on leur eut assort «< la consei'vation du service divin oriental en langue nia»
• ternelle russe, et la conservation de» UBa5es sacrés et » tle tous le« dogmes de rË|ttise orietitaI«; bien qn'on leur
• eût défendu d'embrasser la religion catholique romaine « (ce qui proutë ftssee qdôUe était la pureté et la vérité de « tkOB dogmes) , cependant la politique rusta de la républi- « que de Pologne d*une part , et de Tautre le clerf^ë latin h de ces provinces, qu| ne put supporter Tesprit d'oni:tion K du clergé i*usse) ni les anciens luages de TOrient ortho « doxe, Brent que toutes leurs forces furent employées à
• détruire jusqu^à la moindre trace de rorigine de ;iotre « peuple et de notre Eglise. Ces efforts communs forcèrent « nos ancêtres à raccéder à Tuoion, et les vouèrent au sort
■ le plus malheureux. La noblesse opprimée embrassa le « culte latin; mais les bourgeois des villes et les |)aysans, li n'ayant pas voulu clianger les usages suivis par leurs an* M cètres et maintenus dans Tuoion, eurent à supporter la
• plus dure oppression. Bientôt nos usages ^ no» saintes ce- « rémonieS) les dogmes et même le service extérieur de nos « églises j commencèrent à disparaître pour être remplacés
■ mal à propos par les u^ges , cérémonies et dogmes de
• TEglise latine.
■ Le clergé rutliéuien uni des paroisses , privé des R moyens de s'instruire, réduit ù la pauvreté et à rabaisse- « ment, fut subjugué par le clergé romain, et courait le « danger d'être détruit ou entièrement réformé; mais le « TrèS'Haut mit tin a des souffrances qui avaient duré des « siècles. La Ruthénie, c'est-è-dire les provinces que nous « habitons, rentra sous la domination de lu Russie.
« Profitant de cet heureux événement , une grande par- « tie des Grecs unis se réunit dès lors à TÊglise orientale
• orthodoxe catholique, et redevint partie inséparable de tt rÉgUso de toutes les Russies. Le reste des Grecs unis « trouva dans la bienveillance du gouvernement russe^ « autant que les circonstances le perinireu», une proteclion
effiooce contre le rlcrgé romain. Mais c'est surtout à la v^
générosité el h la protection paternelle de Nicolas l'awlowitch, etnpereur, actuelleiiienl régnant kvec piété et bonlieur, que nous devons fentière délivrance de notre Église^ «»^ie8 moyens mis en ùîuvfe à cett0 heure pour la sftlutaire éducation de notre jeunesse ecclésiastique, •«-' la réhabilitation et la splendeur toujours croissante de oof temples , dans lesquels le service se foit dans la langue de nos ancêtres, et où les usai^es sactés Ont été rétablis dans leur ancienne pureté. Partout op rec&mmence à introduire les dogmes de uotre Ëgîise* qui» dès loi temps les plus reculés, a été Eglise orientale et russe. Tout ce qui nous reste à désirer, c*est que cet ancien ordre de choses, si agréable à Dieu, puisse se consolider et durer à Tavenir, aho que, par le rétablissement de cette ancienne unité, ceux qui jadis avaient été nos h
enfants puissent, daus le sein de leur vraie mère, jouir ^i{
désormais du repos et des progrès religieux dont ils avaient été privés pendant tout le temps de. leur séparation. Grâce à la faveur divine, c'est moins par l'esprit que par une dépendance extérieure, et par des événeuienls fôcheux, que nous nous étions séparés de notre ancienne mère TEglise orthodoxe catholique orientale , et nommément de TEglise russe. Mais, maintenant , grâce ù cette même faveur divine , nous nous retrouvons tellement rapprochés d'elle, que, pour achever de rétablir cette tl
« union, il ne reste plus qnh la revêtir de paroles.
« Après avoir imploré, par de ferventes prières, la hé- « nédiclion de Dieu, de notre Sauveur Jesus-Christ (qui « est le seul chef de la véritable Eglise unie) et dn Sainta Esprit, source de tontes choses, nous avons fermement < et invariablement résolu :
« 1. — De reconnaître de nouveau l'union de notre « Eglise avec l'Eglise orthodoxe catholique ; do faire régner « la plus parfaite union entre les troupeaux qui nous sont
« confiés et les très-sainte patriarches orthodoxes de J'O- » rient; enfin, de faire preuve de la plus parfaite ohëis- « sai^ce envers le saint synode dirigeant de toutes les « Russies.
« II. •— De prier humblement le très-pieux empereur et « maître «r de prendre notre projet actuel sous sa très- « haute protection , et de hâter son exécution selon son
• bon plaisir, selon sa volonté de maître, pour la paix et
• le salut des âmes, afin que, gouvernés par son scepti^ , N nous puissions , d'accord avec le peuple russe , louer le « Seigneur conformément à l'ancien rite des apôtres, aux
• dogmes des saints conciles œcuméniques et aux tradi- « tiont des pères et des docteurs de TEglise orthodoxe ca- « tholique. '
« Pour confirmer ce qui précède, nous, évoques et « membres du haut clei.'g«5 , apposons à cet écrit nos signa- « tures, et, de plus, comme preuve de l'adhésion du « reste du clergé grec-uni , nous y ajoutons, écrites de leurs « propres mains, les déclarations de prêtres et de moines, « au nombre de mille trois cent cinq personnes.
« Fait à Polock, ville protégée de Dieu, en l'an sept « mille trois cent quarante-sept de la création, et mille < huit cent trente-neuf de l'Incarnation du Verbe, le i2''de « février, et dans la semaine de l'orthodoxii). »
Ont signé l'original :
L'humble Joseph , évêque de Lithuanie.
L'humble Basile, évéque d'Orsza , administrateur de l'éparchie d . la Russie-Blanche.
L'humble Antoine, évéque de Brest, vicaire de l'éparchie de Lithuanie.
L'assesseur du collège ecclésiasiique grec-uni, prololiiereï delà cathédrale, Ignace Pilichowski.
L'assesseur du collège ecclésiastique grec-uui, ])ioCohiereï de !a cathédrale, Jean Koniuszewhki.
Le président du consistoire de Lithiianie, protohiereï
de la cathédrale , Antoine Tupalski. .
Le président du consistoire de la Russie-Blancbe, rec« il
teur du séminaire, protohiereï de la cathédrale, Michel |l
Szelepin. i\
Le vice-président du consistoire dé Lithuanie, proto- l
hiereï de la catliédrale , Michel Golubowicz. . f
Le recteur remplaçant du séminaire de Lithuanie , protohiereï de la cathédrale, F. Gomolicki. i.
Le vice-président du consistoire de la Russie- Blanche , protohiereï, Constantin Ignatowicz.
Le membre du consistoire de Lithuanie et économe du jç
séminaire, igumène de la Croix, Joasaph Wyszynski. |
Le membre du consisto.n'e delà Russie-Blanche, igumène, Joseph Nowicki.
L'inspecteur du i^éminaire de la Russie-Blanche, protohiereï, Thomas Maliszewski.
L^inspecteur du séminaire de Lithuanie, moine-prétre de la Croix, Ignace Szekiasowski.
L'intendant de la garde-robe de la cathédrale de Sainte- Sophie, protohiereï, Michel Ropecki.
L^économe du séminaire de la Russie-Blanche, protohiereï, Jean Szczesnovvicz.
L'assesseur du consistoire de Lithuanie, protohiereï, Placidus Jankowski.
L'assesseur du consistoire de la Russie-Blanche, protohiereï, Jean GleboNvski.
L'assesseur du consistoire de Lithuanie, Grégoire Kucewicz.
L'assesseur du consistoire de la Russie-Blanche, hiereï, Jean Szczesnowicz.
L'assesseur du consistoire de la Russie-Blanche, Thomas Okolowicz.
Le remplaçant secrétaire du T.-R. évéque de Lithuanie, moine-prêtre de la Croix, Fau«;t Micliniewicz.
Ifi secréiaire remplaçaiu du T. -R. Antoine, prctiemoine, Pierre Michalewicz *.
l£ même JQur encore, lesfliu ^vêques réjigèieni la supl^li^if^ sujv^n^, a(ir^ss4^ ^ l'^mpcr^pr :
« MàG9iai)ime]^p^4IiqueI « Très-Glémeht Seigneur !
« Depuis la sépara|ip|i des provinces occiden^^e^ do la « l^ussie d'avec ieur mère-patrie, par la réunion de ces proa vinces au grand-duché de Litbuanie, et depuis ^ la Poloa gne, le peuple orthodoxe russe eut à subir de dures épreu- « ves, causées par les efforts continuels du gouvernement « polonais et de la cour de P-ime , tendant à le séparer de « TEgl^e orthodoxe catholique orientale pour le réunir ù a TEglise occidentale. Les personnes des conditions les n plus élevées, opprimées de toutes les manières dans « leurs droits y embrassèrent le culte catholique, qui leur^ f ét^i( étranger, et oublièrent même leur origine et leur' « nationalité. Les bourgeois et les paysans furent séparés « de TEglise orientale par Tunion introduite à la fin du M seizième siècle. Depuis lors, les ruses continuelles de la « politique et du fanatisme tendirent à dérober enti^rc- « ment le peuple à son ancienne patrie, et les unis fléchitt rent, dans toute Tétendue du mot , sout» le [loids du joug « étranger.
n Quand la Russie rentra dans sou ancien héritage, une « grande partie des unis se réunit au culte de ses ancêtres « et à TËglise gréco-russe; le reste des unis trouva aide et M protection contre les empiétements du clergé romain. a Sous le règne béni de votre majesté impériale , et grâce à M votre bienfaisante protection, très-clément seigneur, le « culte divin et les dogmes de TEglise gréco-orientale fu- (I rent, dans le plus grand nombre des Eglises des unis, ré-
* Yoir ceUc {HècedaDS le n» 830, 26 uovcmbrc 1830, iU la Gutctte unù-crscllr
« Joseph , ëvêque de Litliuanie.
« Basile , évèqne d'Ors/a , etc.
« Antoine, évéque de Brest, etc. »
Polock, la février i83g.
Sieuiaszko, joyeux d^pvoii- reiD|>ovié une si éclatante victoire) se rend à Suint-Péier&boMrg, soumet ù rapprobation de renij)ereiir ces deux dociuncnts, et le prie de disposer du sort de rh'^lisc iiitliunieaiic unie. L eutpereur renvoi»'
« \Mï^ d^ns leur pureté première { et ia jeunesse erclé- « çi^stiquei graine ^iinfi éducation coafdnne à sa degtination, « peut, à juste titre, porter de nouveau le nom de Russe.
« Mais, isolée au milieu d'hommes qui professent une re« a ligion différente, TEglise ruthënienne unie ne peut point, « d^m Sfi forme distincte, arriver à une organisation enu tièren(ien^ pure, au repo$ indiipensable à sa prospérité; (( ceux des habitants des provinces occidentales qui appai- « tiennent à ladite Egllae* et qui sont fusses par leur langue « et par leur origine, courent le danger de dem«iurer étran- ||
« gers ^ leurs frères orthodoxes, tant que leur situation tt restera a la merci d'événements incertains et variables. « Ce U^otifi mais par-dessus tout notre sollicitude pour (i le salut du troupeau qui nous est confié, nous porte, « feruiement persuadés que nous son^mes do la vérité des (( dogmes apostoliques de TEglise orthodoxe catholique d orientale > à supplier humblement V. M. d'assurer à ja- « fnais le sort des unis, en leur permettant de se réunir « de nouveau ù TEglise orthodoxe de tous les Russes. • Cof^me garant de notre adhésion , nous avons le bon- « heur de vous soumettre ci-joint Tacte fait on concile, <t rédigé ce même jour à Polock par nous, les évéques et « le haut clergé de TEglise ruthénienue unie , avec les déf claratjons autographes de i,3o5 personnes du clergé de « notre Église.
« Ont signé l'original :
uussitut l'affaire au comte de Protassoff, procureur général du synode, le charge de la soumettre à ce tribunal religieux, et publie le i-i3 mars Toukase suivant.
Au saint synode.
« Les évéques de TÉglise grecque unie, de notre empire, A nous ont soumis, par l'entremise de ladministrateur de « ce culte , le grand procureur du saint synode , comte de « Protassoff, une requêite dans laquelle ils demandent que c eux et leur troupeau soient réunis à TÉglise orthodoxe, « dont leurs ancêtres ont été séparés pendant l'époque orac geuse où la domination de la Pologne pesait sur les pro-
< vinces occidentales de la Russie. Ils nous ont remis , en c même temps, l'acte fait en concile, le 12 février, par eux € et par le haut clergé , dans lequel ils expriment la ferme « volonté de reconnaître l'union de leur Église avec TÉglise
< orthodoxe catholique orientale, et d'obéir an saint synode « de tous les Russes, et, comme preuve de leur consente- « ment et de celui de tous les autres membres de leur clergé ,
< ils ajoutent audit acte les déclarations autographes de M i,3o5 prêtres., religieux et moines.
«Après avoir remercié du fond de notre âme leTrès-Haut, « d'avoir daigné toucher les coeurs d'un clergé si nombreux « et jadis russe, et de l'avoir fait rentrer avec son troupeau « dans le sein de sa vraie mère l'Église orthodoxe , nous « ovons donné au procureur général du saint synode l'ordre « de faire examiner ledit acte dans le synode, et de nous « soumettre le projet d'une décision conforme aux lois de
< la sainte Église.
• Signé : Nicolas. »
S^iint P«-«er*bour{» , le i»' mars iSSg.
Par un autre oukase, adressé le même jour au sénat, l'empereur ordonne de réunir le département des affaires religieuses de l'ÉgUse ruthéniennc unie au déparlenuiil de rÉglise russe '.
' Voir Pièces justifiratives , u» (i!>.
Le 23 mars ( 4 avril ) , le synode publia un décret plein de mensonges dans les termes suivants :
Décret du saint synode.
f Au noin du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
c £n Tannée du Seigneur iHSp, le sixième jour du mois de c mars , et par la volonté du souverain et empereur Nicolas c Pawlowitcb, autocrate de toutes lesBussies: le synode di-
< rigeant de toutes les Russies a reçu et pris connaissance de « Tacte fait en concile, le douzième jour de février dernier, c par les évéques et les autres membres du clergé de la cit devant Eglise grecque unie de Russie. Dans cet acte, après t avoir parlé de leur ancienne union avec la sainte Eglise ( apostolique ortbodoxe-catholique, en général, et , en partiff culier, avec TEglise russe, et après avoir rappelé que leurs c ancêtres ont dû malgré eux se soumettre à la dissolution de c cette union par suite de la séparation de la Russie , les € trois évéques et le clergé grec uni expriment leur ferme « et inébranlable résolution de reconnaître derecbef l'union « de leur Eglise avec l'Eglise ortbodoxe-caiholique-orien-
< taie, et de demeurer, avec leur troupeau, en parfait accord
< avec le très-saint patriarche oriental-orthodoxe, et dans « l'obéissance envers le saint synode dirigeant de toutes les « Russies. Ils déclarent avoir soumis ce projet à la suprême « sanction de notre très-pieux empereur.
«Cet acte est signé par tous les évéques grecs unis en c Russie , etc.
€ Après avoir entendu ce qui précède, le saint synode, f cédant d'abord à un mouvement général , rendit des ac- € tions de grâces à Dieu et à notre Sauveur Jésus-Gbrist , « qui, par les moyens impénétrables de sa puissance, ne t cesse de mettre à exécution sa promesse éternelle de dé- € fendre son Eglise contre les portes mêmes de l'enler; qui «amis à néant les efforts nombreux, soutenus et trioinc pbants en apparence qui éloignaient de l'Eglise orthodoxe
russe un peuple nombreux de mcine foi et de même race ; qui a inspiré à notre très pieux SouVeMin et monarque j Nicolas Pawlowitch , de délivrer le clergé grec uni de rinfluence étrangère) et qui a, par sa puissance invincible, ramené les cœurs de ceux qui étaient séparés, à lunité primitive et vlBidient<)nhodoxe*càtholique 4 d'une manière à jamais mémorable dans les annales de TËglise. « Après un mûr examen ^ le saint sytiode a pris en considéi^tion ce qui suit :
M La séparation de TËglise grecque unie, enBussioi d'atec rEglise orientale orthodoxe fut produite par Tabolition de la cotnmunautë hiérarchinue qui existait entre nos deux Eglises. Mais ^ maigre celte séparation , TEglise grecque unie conserva , dans le service divin , Tâncieù rite oriental , qui i par sa pureté et sa tonfonnitë aux dogmes et aux traditions orthodoxes, eut la force d*empécher , malgré les efforts d'un pouvoir ennemi, Tentière. destruction de TancienUe unions
t L'influence étrangère commençait, à la vérité, à dénaturer ce rite, et des subtilités humaihes viciaient déjà l'antique croyance, lorsque les pdstetirs de l'Eglise grecque unie saisirent^ pour ramener l'ancienne pureté du rite , le moment où une digue avait contenu l'usurpation étrangère. 1^ saiut synode le retnarqua surtout, en i834 f lorsque les archiprétres grecs unis, par une rétolutioM unanime, empruntèrent au saint synode leurs livres d'église les plus importants.
< Lacté fait en concile portant reconnaissance solennelle de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ^ comme véritable et éternel chef de l'orthodoxie, et promesse de rester à jamais dans un parfait nccord avec le saint patriarche oriental'Orthodoxe ei avec le saint synode , *^ ce dernier pense qu'il ne reste plus rien à exiger de l'Église grecque unie pour sa réunion Véritable et réelle, et que, par conséquent, rien n'empêche pins l'unité hiérarchique.
< Après en avoir ainsi délibéré, io saint synode, fort de
la béD(idiction et de la puissance qui lui ont été accordées par Dieu tout-puissant, par Notre Seigneur Jë8us4[]ihnst et le Saint*Esprit, a dëcidë et décrété ce qui suit :
I. • Conformément aux saintes luis et aux exemples des Pères de TËglise , les évéqUes , le clergé et les troupeaux religieux de TEglise ci-devant grecque unie, sont admis dans rentière et complète communauté de TÈglise sainte Orlhodoxe-Catbolique-Orientale, et feront partie indivisible de TEglise de toutes les Russies.
II. I Le saint synode envoie aux évéques et au clergé sa bénédiction r avec prière de foi et d amour adressée à Jésus-Cbrist, le souverain pasteur de notre eonfession, pour qu^il leé raferuiisse dans la profession qu^ils ont laite, et pour que l'œuvre de leur service contribue à la gloire des Saints.
III. 4 L'administration des troupeaux h eux cdnfîés devra être basée sur la parole divine , sur les décisions de l'Eglise , sur les lois de TEtat, et conforme aux instructions du saint synode. On raffermira dans ces troupeaux Taccord de leurs sentiments envers l'Eglise orthodoxe. Mais on usera d'une grande indulgence apostolique en ce qui concerne la diversité de quelques usages locaux , qui ne touchent ni aux dogmes ni atit sacrements, et Ton rame* néra l'uniformité pritnîtive lentement, avec ddticéur et par libre conviction des fidèles.
é Enfin, le saint synode, au nom de l'Eglise de toutes les Bdèsies, remercie le très-pieux souverain et empereur et autocrate de toutes les Russies d'avoir donné son approbation à cette salutaire et bienfaisante entreprise; il remet humblement à sa suprême protection l'exécution du prescrit arrêté synodal , et décide qu'il en sera donné connaissance aux évéqués nouvellement réunis.
« Fait, dans la vi|Ic protégée do Dieu, Saint-lVlcrshourj;, « Tannée 7347 de la Création du monde, et lanncc 1839 de
• riacarnatiûn du divin Verbe, le vingt-neuvième jour du « mois de mars; •
Ont signé l'original : f|.
L'humble Séraphin , métropolitain de Nowgorod
et de Saint-Pétersbourg.
L'humble Philaréte , métropolitain de Kiew. L'humble Philarète , métropolitain de Moskou. L'humble Jonas , métropolitain.
L'humble Wladimir, archevêque de Kazan.
L'humble Nathanièl , archevêque de Pskow. Le confesseur propresbytére , Nicolas Musowski. Le prêtre supérieur, Basile Rutnewicz.
L'empereur confirma ce décret du saint synode, qui, peu de jours après, lui présenta un second rapport dans les termes suivants :
Très-humble rapport du saint synode , approuvé.
Au très-haut et très-puissant Seigneur et Empereur , autocrate de toutes les Russies.
Très-humble rapport du saint synode.
« Par le souverain oukase du premier de ce mois, Votre
c Majesté Impériale a daigné ordonner au saint synode
«.d'examiner, conformément aux lois de l'Eglise, l'Acte de
« réunion à l'Eglise de toutes les Russies, fait par les évê-
• ques et le clergé grec uni.
M Le saint synode a fait cet examen avec toute Tatten- « tion qu'exige l'importance du sujet. Il 'ioumet humblc- « ment à l'appréciation de V. M. l'arrangement ci-joint « qu'il projette, et dans lequel sont exposés les meilleurs n moyens d'opérer l'admission de l'Eglise grecque unie de « Russie à une parfaite et entière communauté avec la « sainte Eglise catholique-orthodoxe-orientalc, et à faire « partie indivisible de l'Eglise de toutes les Russies. L'exé- « cution de ce projet est mise sous la prclcclion de Votre
• Majesté. •
« Très-Clément Maître!
« Le synode, transporté de joie et pénétré de recon- « naissance envers Dieu, qui veille au salut de son Eglise « et qui bénit le règne de V. M., félicite respectueusement « V. M. I., au nom de toute TEglise russe, au sujet de ce « paisible triomphe de la réunîon^spfrituene d'un si grand « nombre de fils de la Russie à ladite E(j'lise, réunion si fa- « vorableà leur union naturelle et civile.
« En même temps le saint synode remercie V. M. des H arrangements préparatoires qu'elle a ordonnés, et qui « ont frayé à l'Eglise grecque unie le chemin de sa rentrée « dans le sein de son ancienne et véritable mère, l'Eglise R de toutes les Russies.
« Le saint synode, relativement aux conséquences de la « réunion, est d'avis :
« I* De ne rien changer, pour le moment, à l'administra- « tion des évêchés réunis et des écoles religieuses qui en « dépendent , et d'attendre que l'on puisse décider, avec « plus de précision, des meilleures règles à suivre pour « réunir ladite administration à l'administration des épar- « chies demeurées orthodoxes depuis des siècles.
< a" De mettre le collège ecclésiastique grec uni, dans c ses rapports avec le saint synode, sur la même ligne, € dans l'ordre hiérarchique, que le Comptoir synodal de « Moscou et celui de Géorgie et Iméritie, et d'appeler 9 désormais ce collège du nom de Collège de Litbuanie et < de Russie-Blanche.
« 3° De nommer l'évêque de Litbuanie , Joseph , préc sident du collège de Litbuanie et de Russie-Blanche , et « de lui conférer la dignité d'archevêque. »
< Très-Clément Maître ! c Le saint synode, en soumettant ce projet à la suprême
e appréciation de V. M., supplie V. M. (Témettre à ce su- « jet un oukase souverain.
^ « De V. M. I. les très-humbles sujets.
« Oiit signé l'otiginal :
Les mêmes, {k crrll) sS mars 1839.
Sur Toriginal , et dé la propre main de S. M. , se troa?enl écrits ces mots :
« Je rends grâces à Dieu, et approuve. >
' BaiiuPétersboarg, 35 mars 1839.
Le même jour encore, les membres du saint synode adressèrent aux' trois évéques apostats une lettre de reraercimeàts, confirmée par Tempereur, et conçue eh termes identiques avec ce qui précède. '
Ce paisible triomphe devait encore être célébré avec une grande solennité, et consacré par un service divin. Les membres du synode se rassemblèrent en conséquence , le 3o mars (i i août)^ et admirent en leur présence le mal» heureux Joseph Siemaszko comme représentant du clergé grec tmr de la nation, qui, par Ini et par l'empereur, avait été forcée à Vapostasiet. Le métropdlitain de Nowgorod et Pétersboufig , Séraphin, président du synode, fit lecture d'un rapport détaillé sur le retour des Grecs unis au culte primitif, et adressa des félicitations à Siemaszko. Le métro* politain de Riew, Pbilaréte, lut Técrit synodal adressé aux évéques ri^oumés au schisme ; enfin , le métropolitain de Moscou fit lecture des. deux actes synodaux confirmés par l'empereur le 9.5 mars (6 avril). Siemaszko remercia le synode en son nom et au nom de TEglise grecque unie. Après cela, tons lc> nicmi^res du synode se rendirent, avec Sicmaîizko, dans lEglise «ynodale, oh les attendait un nom-
hrbut clergé et où furent chadtés des hymnes d actions de grâces.
Aitisi se termina cette ti^gédie qui avait co^té tant d« sang , et dont leb principaux acteurs seront fliStris par kl postérité la plus t>eculée.
Qu^il faôus Soit pertnis d'ajouter ({Uelques remarques sur là lâatiière dont cet éfétiemeiit fut accomplie .
Tous les documents medtidnués et cités dans notre ou<> xtàQe démontrent, à réridënCe y que le retour des unis dans le sein de TÉglise russe, rétbUr si Vanté par le gouvernement russe et leâ chefs dé FÉglisé russe ^ n'a été que Tœutre de Ce tûèttie gouvernement et de c^s mêmes ebefs. Cest ce dotit conViennetit, d'une manière également claire et plus d^Cid^e, les tcois éVéques apdstats, et tous les membres du synode russe, daUs les écrits du s3 et du a5 mars 1839. Tous t'éconnàisscnt que le détour des unis dans le sein d^ TËgliSé rusàé n^êàt que le résultât de la sage sollicitude dt témpèréttr, et que sa plus belle couronne est le frUit des infatigables efforts qu'il n'a cessé de faire depuis Tannée
Écoutons maintenant lé chant de victoire qu'entonna lé gouvernement russe, et qui, bientôt après, fut inséré dàrià V Abeille du Nord.
« Chacun reconnîift, dan$ cet événement merveilleux , dit cet acte officiel , la c^firmation de Tibcontestable vérité que toute chose penche vers sa propre origine; et, en effet , Cette vérité se fait voir dans[la réunion de l'Église cidévant grecque unie à l'Église orthodoxe; la propriété légale est revenue àu% mains du légal possesseur. Aujourd'hui lé clergé réuni des deux oU plutôt d'une seule et même Église adresse en Commun au Très-Haut ses prières dansf toute l'étendue dés éparchies réunies, où jadis périrent tant de victimes d'une superstition barbare. Aux mesurés réprouvées de Dieu , dés temps passés , on n'a opposé que des moyens de persuasion; et autant fut terrible la séparation des enfants du sein de leur mèfe, autant a été
facile et joyeux leur retour actuel. Les anciennes blessures sont fermées , les préceptes de la religion affermis , l'esprit et la conscience du peuple tranquillisés. Une branche entière de rÉglise russe , abandonnant Tunion prétendue, est revenue à l'unité vraie et universelle; t et la Russie, qui, c grâce à la sage sollicitude et au pieux exemple de son
< monarque, a fait de si grands progrès dans les choses de
< la religion, 8*empresse, comme lui, d'exprimer sa recon-
< naissance au grand auteur de ce paisible triomphe , dont « les suites bienfaisî^ntes sont inpombrablos. >. On peut soutenir désormais y avec raison , qu'à l'exception de la Tjithuanie, proprement dite, et de la Samogitie , la population entière des provinces occidentales de l'empire est non-seulement russe, mais aussi orthodoxe. Des enc emij s'efforceront en vain de soutenir le contraire, malgré l'histoire et l'état actuel des faits. Leur opinion ne trouve pas d'écho dans les vrais habitants de ces provinces qui ont conserve le souvenir de leur origine, de leur langue et de leur ancienne croyance. > ,
Un pareil chant de triomphe avait pour but d'induire en ' erreur les contemporains et la postérité sur la manière dont s'est opéré ce retour des unis à TEgiise russe. L'archevêque grec schismatique du mont Thabor, Hirothéus , alors à Pétersbourg, fut invité à communiquer la nouvelle de cet événement tant prôné aux patriarches de l'Orient et à l'Eglise de Jérusalem, mère de toutes les Eglises.
Mais, heureusement pour l'histoire et pour la justice, la vérité sur les actes de la Russie n'a pas échappé à la lumière. Le retour des unis, tant du clergé que du peuple, s'est, au dire du gouvernement russe , opéré avec une telle unanimité, que, dans tout l'empire, pas an seul ecclésiastique grec uni n'est demeuré étrangère l'œuvre de la réunion; mais , tandis que les évéques apostats font monter à 1 3o5 le nombre des prêtres, moines et religieux qui, par des écrits autographes, se sont déclarés prêts à embrasser la religion dominante, le rapport statistique, présenté à l'empereur, en
i834 ', par le ministre de l'inte'rieur, porte, dans l'Eglise ruthéniennc unie , le nombre des prêtres à 2,006 , et celui des moines à 342; en tout, 2,348 ecclésiastiques. Si, de ce nombre, i,3o5 se sont déclarés disposés à embrasser le schisme, i,o43 , c'est-à-dire presque la moitié, se sont montrés fidèles à la sainte union. En déduisant de ce nombre de i,3o5 tous les prêtres que la corruption ou la violence ont portés à signer l'acte de l'union avec le schisme, bon nombre de prêtres latins réprouvés et impies, qui embrassèrent le schisme pour échapper à la juste sévérité de leurs évoques, et qui, pour avoir passé à l'Eglise russe, reçurent, non-séulement le pardon de leurs crimes, mais encore des récompenses, ce nombre de i,3o5 prêtres diminuerait de plusieurs centaines , et réduirait à un nombre peu considérable les eccésiastiques sans conscience, qui furent les promoteurs et les exécuteurs de ce honteux complot. C'est à l'histoire de vérifier ce triste événement. La Galicie devint , en 1 839 , comme elle le fut en 1 795 , le lieu de refuge des prêtres grecs unis fidèles. Et le gouvernement autrichien, cette fois encore, eut la sagesse d'accueillir ces saintes victimes de la persécution religieuse, et de leur fournir un entrelien convenable, t II est évident , i dit un témoin oralaire digne de foi , le 19 janvier 1840 % « qiMî, < dans les provinces orientales de l'ancienne Pologne , les • Grecs unis résistent en grand nombre aux efforts qu'on « fait pour les incorporer dans l'Eglise de l'Etat, russe, et t demeurent fidèles à l'union avec l'Eglise catholique ro- « maine. Tous ceux, cependant, qui se montrent fermet ment attachés à leur culte, sont forcés d'endurer des « traitements que je n'essaierai pas de décrire. Un grand « nombre d'ecclésiastiques ont été obligés d'émigrer. Ast sez heureux pour atteindre les frontières de la Galicie, € ils y ont trouvé bienveillance et hospitalité de la part « du gouvernement autrichien. »
Voir Pitces justifiealivps, n, 7iet 75.
GazilU- il' JiKj-iiniKj , II. 32, Il vritT 18 4(1.
La persëcutlon de TEglisc ru(hdniennc unie, par le goiiverneinent actuel, surpasse toutes les mesures de cruauté qui furent c^iplpyées jadis par CatLerine I|. A cette époque, |68' pret<:^#, q^i ne voulaient pQS embrasser Iç scl)t8n[iep pQuyaieot ^u fif^çt\^$ émigreri pu méipe toucher, en Russie , |ine pauyre pension dp 5p à loo roubles par an. Ils trouvaient, ep ouM^ , à se placer encore prés des no^brepi oratoires et chapelles situés sur les terres des nobles, et dont ]e nombre montait à 8,000. Aujourd'hui , on leur a ôté cp der* nipT nioyen d'e^istençie : on ferme et même on démolit les rliapelles et les oratoires, dont le nombre, en 1 834, n'était plus que de 1,027 '. La spule alterpative laissée aux prêtres unis, c'es^ d'embrasser le «chisme ou d'aller en prison, aux galères , aux mïne& et même à |'échafaud.
Si, pffectivement , le retour des unis dans le sein de l'Eglisp rusRfi s'était opéi*é avec upe unanimité qui , comme le synode rpssp le dit, « forme dans le§ annales de l'Eglise un « pxemple remarquable , » les Ruthéniens unis chercheraipnt-iU, k h face même de leurs persécuteurs, à reprendre' le cul^e de leurs ancêtres? Et pourquoi donc, alors, le gouvernement russe s'est- il efforcé d'arrêter, par des ordonnances cruelles , l'élan sacré de ces chrétiens fidèles ? L'oukase du 1 1 féyrier 1840 doit frapper les plus incrédules ^
Comment se fait-il que , pendant ce retour utiamme h l'E^llise russe, les Ruthéniens unis de l'évêché de Ghelm, dans le royaume de Pologne, aient voulu, pour se soustraire au schisme, embrasser en masse la religion lati.ie? Comment se fait-il qu'ils soient restés fidèles à leuniie dès que le gouyernement russe leur en eut assuré la liberté ? Honneur à la piété, à la fermeté et à la sollicitude du trèsrévérend Sxiimborski , évêque de ce siège, qoi sut défendre et protéger son troupeau contre tous les moy(;ns de corruption; qui refusa toutes les offres flatteuses qu'on lui fit pour
» Voir Pièces justificalives , n. 75 el 76.
» Voyez GazetU universelle d'Angsbcunj , supplément ilu 12 mars 18 iO, n. "ri, |i. D73i Cl \'Ui\iveii liliijieux Ju 18 uiar» ISiO. Voyez aussi Tiiic* juslific,, n. 7 I .
le poussera la trahison. On vit qu'il n'étaii pas temps encore ào procéder, dans le royaume de Pologne, aux violeuces !Çfercées dpns les provinces polonaises de .Teinpire, |^e mipi8(re des omîtes et ^e Tinstruction publique ch^r^ea , 9^ contraire , le prince et feldrmarécb^l Pas)^iewitch d'assurer à Tévêque uni de Cl^elm que le goi|verqeinen( russe ne songeait point ^ imposer le schisme aux ^dèles de son diocèse. Le n^^réchal P^skiewitch, qui, dit-on, a a()juré jd^iç 1^ religion greçqqe unie dans laquelle il était né, ordonna en conséquence au directepr de la commission des icuh,es, Scbipoft^i de f-édlgt^r dans ce but un écrit, en date c)u f 1'^^ jn^rs i833) qui fnt envoyé ù révêaue de C)ie|ih. Çfii ^çrit est (\'iqï\g de rema^fiue : il met une tois de p|ns en ^yi^cnce les procédés mis en œuvre pour schisn^atiser les unis ^
I) serait superflu d'en^'eprendre la réfutation de beauçpiip d'autras niensouges avancés, par les évéquqs apos^ts, ^l^nç les actes qu'ils publièrent à Polock, le ia-24 février 11^39, ponr expiiser leur retour au schisme. Qu'il nous soit pe^'nûs, cependant, d'exprimer encore la douleur de voir que ces évoques et avec eux les représentants de TËglise msse, les quatre métropolitains de Nowgorod , Pétersbourg , K.iow et Moscou , aient osé affirmer que la plupart des unis avaient déjà, sous le règne de Catherine II, renoncé volontçiirement à l'union; et que le reste des unis avait été préparé k suivre cette voie par les soins du célèbre raétropplitain Héraclius Lisowski , qualifié par eux zélateur de l'église orientale. Nons avons présenté avec asse?. de détails les moyens qui furent en^ployés par Catherine II pour ployer 1^ volonté des llutbéniens unis de Pologne, et rendu hommage au zèle infatigable de Lisowski pour son b^glise : nos lecteurs peuvent donc avec nous flétrir ce double et calomnieux mensonge.
Que Ton compare le retour du clergé ruthénien à l'Eglise
' Voyez Docuiuentf joints à l'Alloruiion du 22 jiiilKi ISi2, n. 29.
romaine, en i595, avec la rentrée dans le scliismc des trois évéqueS) en 1839. En ïSqS, c^est une nation ovec son métit>politain ) avec cinq évêques titulaires et autant de vicaires , avec toute la hiérarchie du clergé séculier et monastique; oest un peuple de 11,000,000* d'âmes, qui, pour se soustraire à la décomposition sociale et religieuse de TËglise nithénienne de cette époque , rentre dans le sein de TEglise romaine, mère de toutes les Eglises , sans violence ni influence secrète d'aucun genre. Ce retour est amené par la conviction et Tévidence de la vérité, par l'inspiration du Saint-Esprit, qui avait touché les cœurs et éclairé les esprits. C'est mentir à l'histoire que d'affirmer, comme le font les historiens russes de nos jours, que Vu» nion de 1694 a été opérée par violence et par la ruse du célèbre jésuite Antoine Possevin. Le métropolitain Michel Rahosa et tous les évéques ruthéniens s'adressèrent spontanément au pieux roi de Pologn^^ Sigismond Hl et à l'immortel pape Clément VIII , en suppliant l'un et l'autre de les recevoir dans le sein de l'Eglise catholique de Pologne. Possevin avait séjourné en Russie et en Pologne de 1 58 1 ù i584> Depuis lors, il avait abandonné le sol ingrat de la Russie, et en 1 594 1 année de la glorieuse union de 1 Eglise ruthéoienne à l'Eglise romaine, il était recteur du collège des jésuites à Venise.
En 1839, au contraire, et dès le règne de Catherine II, c^est le fer et le feu que nous voyons employer pour consommer l'œuvre impie. La nation et le clergé nitliénien livrent un combat à mort. Leur saint amour pour l'Eglise romaine, la justice de l'empereur Paul et la sollicitude active du saint-siége maintiennent , pour un temps, l'union, et la montrent sortant pins -glorieuse que jamais des désastres qui l'avaient frappée. Abandonnée à elle-même, sans autre protection que celle de la justice du souverain, mais
• A U vérii^ l« deui siège» de Léopol et de Pr7(?oiy»l, infliuncë* par le pii.iisant prioce rutbcoieo CoattaotiD d'Osiroj;, nbandonnireiii prcquc au<sii'>t riiiiiini , tuait ih V renir^rent de nouveau en 1G8-'.
lihriî <lo peiséciilion , elle pousse, sors \c. r»|jiK' de Tempereur Alexandre , de nouvelles racines sur son ancien territoire. Tout à coup ses pasteurs se vendent, et des violences inouïes du pouvoir séculier la déracinent et la précipitent dans le gouffre d'ofi, il y a peu de temps encore, elle était sortie victorieuse. De 1882 à 1889, comme de 1771 à 1795, la nation et le clergé unis, à l'exception de trois indignes pasteurs, livrent un combat glorieux; et Dieu permet cpi'ils succombent, et ajourne Tépoque où il les fera revivre d'une vie nouvelle.
Laissons les évêques corrompus de l'Église grecque unie et les métropolitains de l'Église russe représenter ce drame sanglant comme un triomphe paisible , comme les traces sayictifïées de tapparition de Dieu sur la terre; laissons-les, en signe d'actions de grâces , élever leurs mains vers Farchi-prêtre du cic! et de la terre '. Pour nous , catholiques , membres du corps dii Christ et de Tunité sainte, unissons notre douleur > aux plaintes touchantes par lesquelles Grégoire XVI , le 22 novembre 1889, déplorait l'abjuration des évêques ruthé- ?iens et le sort des troupeaux trahis par eux. Implorons humblement avec lui le Seigneur, pour qu'il éclaire ces malheureux pasteurs, et les fasse, avec leurs troupeaux, rentrer dans le sein de l'Église. Mais, d'un autre côté, réjouissons-nous et rendons grâces à Dieu, car, pendant que les malheureux représentants de l'Église rutbénienne s'arment de riensonge et de dureté de cœur, le chef suprême de rÉgli .i les dénonce au monde avec simplicité et vérité , et montre encore son amour, en parlant des infortunés égarés, et de ceux qui sont les vrais auteurs du crime. Vérité et amour éclairés parle Saint-Esprit, attributs inséparables du successeur de saint Pierre et de celui (^ue Jésus- Christ a fait, selon l'expression si juste d'Ambroise et de Chrysostomc, représentant de son amour pour l'humanité.
• Voyei les Documenls joints j l'Allocmion «lu '2jn:llit lRi'2. n» .i."i. I. It;