‹ Vicissitudes de l'Église catholique des deux rites en Pologne et en Russie, ouvrage écrit en allemand, par un prètre de la congrégation de l'OratoireChapitre 15 sur 19 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

DEPina CATIfERINE II JITSQITA NOS JQUAS.

Catherine, tont en persécutait de ipille manières rÉgltsc catholique des deux ritçs, se donnait, pour mieux frapper le rite r^thcnien uni , les airs de prot<5ger le rite latin dans ses États. Mais à peine celte protection , dictée par la po- Htîqiie,^ eut-elle atteint sqq but, que 1,'ÉgIise cathoJique du rite latia se vit exposée à des traitements pareils à ceux quVvait eudores avant eOe TÉgTise ruihénienne unie.

Catberi|ie s'élit érieéç en protectrice de la tolérance religieuse et cle là liberté eu Pologne; c^était pour elle un moyen de diviser les habitants de ce royaume, de l'ébranler dans ses fondements , et d'y fonder sa propre domination. H était ns^urel que, prêchant en Pologne la tolérance religieuse, elle raccordât aux catliolrques de son empire; elle espérait par là déguiser ses véritables intentions : elle fit donc grand étalage de ses principes de liberté et de tolérance, et, dans ses déductions, surpassa les harangues des clubs de 1793. Se procurer des partisans en Pologne, parmi les catholiques, pour les amener à trahir leur pairie, lui éiaiî nécessaire pour réaliser ses vues d'cnvahissonient.

l-,es Polonais, mallietiren^einent, lui prôijcntèrcnt uno proie faillie; incon.sL'(|tioi}ts al indisciplinés tl*une |)art ; de l'nntrc , ils méritent presqnc le reproche de trop de loyauté cl de franchiikC ù l'égard d'ennemis comiqe les Hu6se<$.

Voyons, maintenant ^ comment Catherine accorda relie tolérance et cette liberté religieuse. Dang son édit général de tolérance, du aa juillet 1763, en faveur de tous les étrangers qui , dans ses Etats , appartiennent h des religions diverses, il est aussi fait mention ■ des catholiques. lU obtiennent la liberté de construire des églises en pierre et do les surmonter de tours; mais les cloîtres sont détendus, et le nombre des prêtres ne doit pas dépasser celui qu'il fiaut strictement pour les be« soins des églises; il leur est défendu de convertir ;\ leur religion qui que ce soit , excepté les mahométans , sous peine d'encourir toute la sévérité des lois. En général, cette loi était plutôt favorable aux autres croyances qu^atix catholiques. Six ans s'écoulèrent sans In moindre aniélioratioiÀ pour ces derniers, tandis que les protestants allemands avaient érigé des temples et des maisons de prière à Moscou , à Pétersbourg et en d'autres endroits. En 17^)9, les catholiques de diverses nations, établis h Pétersbourg depuis Pierre-le-Orand, implorèrent Timpératrice de leur accorder la protection promise par son édit de tolérance. Catherine émit alors le célèbre oukase du la/aS février, par lequel elle leur donna une constitution ect lésiastiquc. Cette constitution déîerminait, d'une manière plus précise, le nombre des prêtres catholiques dans les deux capitales de l'empire, Moscou et Pétersbourg; en outre, elle déterminait les rapports de ces prêtres avec les Hdèles et avec le gouvernement, et les rapports économitjues des communautés paroi:siales ; mais la lecture de ce document, dans nos pièces justiHcatives, montre que ces libcités étaient insignifiantes et bien restreintes en comparaison des droits

' Vovoz Pi< ic< ju^li^ll•aliv^<. n" D2. M.nii us /'< . </' ;7 ./. ,< /;,( < > , i. VI, ji, 2,s.

et privilèges que Catherine accordait en niénie temps aux protestants allemands, anglais, fi-ançais et hollandais éiahlis en Russie!

A peine le premier partage de la Pologne eut-il été consommé, que Catherine résolut de fonder un évéché du rit latin; die exprima cette résolution, dans un oukase, dès le 14/^5 décembre 1772 '. Dans un autre oukase, du 12/28 mai 1774» elle donna à ce siège épiscopal le nom d'évêché de la Russie-Blanche, et désigna pour l'occuper Stanislas Bohusz Siestrzencewicz (dont nous avons déjà parlé), alors vicaire-général et chanoine de Tévêché de Wilna, et évêque de Mallo ùipartibus ; oukase important , qui contient toutes les garanties concernant le libre exercice de la religion catholique accordée par les prédécesseurs de Catherine *. Dans un second oukase, du 22 novembre (4 décembre), adressé au feld-maréchal , gouverneur-général de la Russie-Blanche, comte Zacharie Tchernicheff, elle inséra des additions plus précises concernant la fondation d'un nouvel évêché. Siestrzencewicz et Catherine travaillaient assidûment ^ et d'un commun accord, à la fondation et à l'extension de ce nouvel évêché. Le comte Zacharie Tchernicheff, au nom de l'impératrice, par un oukase du i'yi2 octobre 1778, permit aux chanoines futurs de ce chapitre, ainsi qu'à ceux du chapitre de Wilna , de porter la croix d'or sur la poitriue, ainsi que les décorations de l'empire de Russie; seulement cette croix, au heu d'être surmontée de l'aigle blanc de Pologne, devait être surmontée de l'aigle russcr

Par un oukase du i3/24 juillet, Catherine ordonna sévèrement à son nouvel évêque de veiller à ce qu'aucun religieux étranger ne vînt en Russie y fixer sa demeure, hormis le cas où l'évêque l'aurait expressément invité. Les contrevenants, et ceux surtout qui, sur le territoire de l'empire , se seraient mêlés d'affaires religieuses, telles que conduite

\m\.-.'. l'i.rrijmnfîcuMTJ, 11^ 4 J — ' lliiJ., ii" 1».

et rè{;Ieiuent des cloitret», administration des églises , etc. , devaient aussitôt être saisis, interrogés par l'évêque et livrés au gouvernement , qui les ferait transporter hors des frontières du pays.

Un autre oukase parut le 2/1 3 janvier 1780. Ck)mme le précédent, il semble avoir été demandé par Févéque Siestrzencewicz lui-même, occupé de se créer une puissance illimitée sur toute TÉglise catholique de Russie , et de soumettre le clergé séculier et monastique à sa volonté arbitraire.

Ces deux oukases étaient une application entièrement ai'bitraire d'un décret de la sainte congrégation de la Propagande, du i5 août 1 778 , adressé au prélat Stanislas Siestrzencewicz. Ce décret le chargeait, pour trois ans, de la juridiction épiscopale concernant tout le clergé monastique de son diocèse; mais c'était pour qu'il l'exerçât conformément aux saints c~nons et aux décrets du saint concile de Trente, et pour le bien et la conservation et non pour la destruction de ce clergé. Emporté par la soif du pouvoir, il s'empressa de dissoudre le lien qui unissait les religieux h leurs supérieurs, leurs visilateurs, leurs provinciaux et leurs supérieurs généraux; et, par le moyen d'oukases impériaux, il soumit tout le clergé à son pouvoir absolu. Il viola lui-même les statuts des divers ordres , détruisit leur constitution , et força les religieux de reconnaître un grand nombre d'innovations contraires à l'esprit de leurs règlements et de leurs usages. Le saint-siége lui fit à ce sujet les plus amers reproches ; mais tous ses efforts restèrent sans résultat. II n^avait pas le moindre respect pour les saintes et inviolables lois de l'Eglise, ni pour les décrets des saints conciles, ni, enfin, pour la discipline religieuse, he saint-siége refusait-il de prêter l'oreille à ses exigences extravagantes, il les adressait aussitôt à l'impératrice , et les faisait confirmer par des oukases. Catherine, enchantée d'avoir trouvé en Sicslr/enrcwicz riiomme qui favorisait tous ses plans 4:ontrc ri^;]lisc catholique , et qui aidait à leur excculion , lui < onfi'rai! vo-

aitisi qu'elle s'exprime dans 1 écrit adressé au pape ', c quei m eu venu de la liberté que nos prédécesseurs et nous-mé- « i^es av&us accordée aux diverses religions de notre vaste f empire) les dogmes de votre Église sont aetuellement rë- I pandusi non-seulement dans nos provinces de la Eusisiac lilanche > mais même dans les contréet les plu« lointaines « dé nos États. • Quant à la confirmation du prélat de âoa choilt, elle invite le pape à confier cette affaire à son ndncD à Varsovie « tivéc lequel son ambassadeur en Pologne i le comte Stackèlberg, se ôoticertem sur les mesures nécesaireê à l'arrengemânt de ce tiOilVei archevêché et à la consécration du Goadjuteur arehiépisoépah

Pie VI persista dans son refus de satisfaire à ces demandes^ malgré la note secrète et ofHcielle du 4 novembre 1783» que l'impératrice avait adressée au comte Btackelberg » et qui contenait la menace de retirer toute protectioil à TÉgliss catholique des deux rites 1 dans le cas où Româ refuserait de la ëatisfaii'ek Le pape^ qui jusqu'à Ce jour n^avait reconnu le prélat Stanislas Siestiltencewio: que dans la simple qualité de visitateur en Russie-Blanche, et qui» relativemeUt à la fondation de rëvécbé de Mohilew, avait gardé le silence ) adressa à Timpératrit^e , le 1 1 janvier 1788 « un bref énergique, dons lequel il lui reproche d'avoir, avec le prélat eil question, en fondant ledit évéché et puis en l'érigeant en archevêché, agi contrairement auM canons et à toute discipline de l'Eglise. En conséquence , le Saint-Père se voyait forcé de refuser, pour le moment, son approbation , le (ait étant d'une trop grande importance; mais il était prêt à négocier l'affaire d'après les formes légales, et par l'intermédiaire de son nonce à Varsovie.

L'impératrice j qui , dans les affaires de l'Eglisô ruthënienne unie, avait plus d'une fois éprouvé l'inébranlable fermeté de ce grand (>ape, crut cette fois qu'il valait mieux cédera ses justes exigences. Elle envoya donc à Rome) à la

« Voyez l'iccc!" juslitictlivci» , u" 3j.

fin de cette année, Jean Beni^ilawski, prélat respectable , qui arriva h Rome en février 1783. 11 était chargé d'entrer en négociation avec le saint-siége relativement è la fondation du nouvel archevêché de Russie; à la confirmation de Stanislas Siestrzencevicz poiir cet archevêché ; à celle dont il serait lui-même l'objet pour le poste de coadjuteur; et, enfin, relativement à la conservation , en Rossie, de la Société de Jésus. 11 remit, à cet effet, au pape une lettre autographe de l'impératrice, où les motifs de son envoi étaient expliqués, et où étaient réitérées les plus flatteuses assurances de protection pour l'Église catholique en Russie. Benislawski fut accueilli par le pape avec la plus grande bienveillance. Les négociations étaient déjà commendéés , lorsque le pape reçut un autre écrit très-flatteur, que Catherine lui avait envoyé en hâte, par Vienne et par l'intermédiaire du célèbre ministre de l'Autriche, prince •Kaunitz; dans cet écrit, l'impératrice, enchantée des sentinients favorables de Pie VI , consentait de la manière la plus prévenante à satisfaire les désirs du pape exprimés dans son écrit, ci-dessus mentionné, du i" janvier de 'a même année '.

Pie VI, cédant au désir de Catherine , qui demandait un légat du saint-siége pour terminer l'affaire de l'archevêché, chargea son nonce près la cour de Pologne , Jean-André Archetti, archevêque de Chalcédoine, de se rendre à Pétersbourg, comme légat apostolique.

Dans les pleins pouvoirs envoyés au nonce à cet effet , le 1 5 avril 1788, le pape éleva au i-ang d'archevêché le siège provisoire épiscopal de Mohilew, et lui accorda tous les droits des sièges métropolitains du rite latin; il le fit à cause de la grande étendue des pays que ce siège embrassait dans sa juridiction, qui comprenait tontes les églises catholiques romaines situées en Russie , et tontes celles qui , à l'avenir, pourraient y être réunies par suite des ac<[uisi-

' Voyc!! l'ictc* Jll^lihcillivc!i, ii" 36.

lions croissantes de cet empire. I*ie VI ne connaissait qae trop le danger d'accorder à un seul siège un pouvoir aussi colossal ; il chercha à remédier à ce mal , augmenté d ailleurs par le caractère personnel do nouveau métropolitain, en disant formellement qu'il ne conférait au métropolitain cette vaste juridiction que provisoirement et jusqu'au moment où l'occasion se présenterait d'introduire en Russie d'autres évéqucs catholiques , et où le saint-siége ferait d'autres dispositions. Le nonce apostolique reçut le pallium destiné à l'archevêque nouvellement créé, et l'ordre de se conformer strictement aux décrets des papes, aux canons des saints conciles et au concile de Trente dans tout ce qui concernait la fondation de cet archevêché, du chapitre, du séminaire, et en général dans l'exécution et la confirmation de tous les actes nécessaires.

Pie VI écrivit en outre, par le nonce, à l'impératrice , un href daté du 26 avril. Le nonce Archetti se rendit immédiatement à Saint-Pétersbourg; il fut reçu avec distinction par l'impératrice , le i5 juillet, en audience publique, en présence des membres du conseil de l'empire, des ambassadeurs et ministres résidents des diverses puissances de l'Europe. Archetti prononça à cette occasion le discours suivant ' :

« Madame!

« Le père commun des fidèles, le successeur de saint Pierre, occupé du bonheur de toutes les Eglises, n'a pu voir qu'avec la plus grande joie la protection que vous accordez aux catholiques dans toute l'étendue de votre vaste empire. Il s'est empressé, en conséquence, de vous assurer qu'il ne négligerait rien pour satisfaire aux désirs d'une si grande souveraine, et il le répète dans la lettre que, par

• ' Voyez. Journal hi.slori'/nc et liHâviie (te Li-qe, du 15 .«.cittcinbrc 1783, t. III, |>. 115, et Sioria Hvli' anno 1783, t. Il, p. 16i.

«oi| ordre, j'ai riionneur de remettre à V. M. — Puisge laiiMtre souverain et éternel de toutes les nations du globe voir d un œil bienveillant ramiiië qui unit lé cbef de !'£• glise i^maine à Tautocratrice de tontes les Russiés; puisse* t*il éloigner les obstacles andeni qui s'opposent à la sainte et bienheureuse union ; puisse^^tnl , par tlne secousse salu* taire , i^ire t6mber cette fiatale barrière qui sépare une si grande Église de la mère de toutes les Eglises ! Ge vœu sei^it-il précipité, et son exécution encore trop difficile? Je prie du moins V. M. <i\iccueillir teiui que, fidèle interprète des sentiments de mon souverain le pape, je fais pour la prospérité de votre empire. »

Catherine répondit : -

« Je vois avec beaucoup de plaisir que le zèle du pape régnant à Rome appuie les projets que j'ai conçus pour lé bien de mes sujets catholiques romains» Le choi)c qu'il a faillie votre personne t M. lambassadeur, m'est très-agréa« ble. =

« J'espère que votre séjour à ma cour vous fournira i l'occasion de rendre le témoignage que méritent mes efforts pour le bonheur de ceux de mes sujets qui professent la même religion que vous. »

Catherine confirma derechef, par vn oukase du li/^^ novembre même année , la fondation de rarchevûclié de Mohilew, la nomination de Mgr Stanislas Siestraencewicz à la dignité d'archevêque, et ses ordonnances antérieures insérées dans l'oukase du a6 jaavier (5 février) 178^. Le comte Ostermann, vice-chancelier de Tempire, fut chargé de le déposer aux actes des affaires éir«îîigères , et y apposa le grand sceau de l'Etat le 17/28 novembre 1783.

Par une missive du nonce, du 8/19 décembre 1783, la ville de Mohilew fut érigée en archevêché; l'église de l'As* soroption de la Vierge, qui avait appartenu aux Carmélites de rancienne observaii>'e, fut transformée en cathédrale; le cloître de ladite église devint séminaire archiépiscopal; révê<pic Stanislas SicàUzcnceuic^ reçut 1^ di;]nité d'urche-

véquc et de métropolitain; tous les arran^^ements nécessaires furent pris pour la fondation du chapitre métropolitain et du consistoire; les dignités ccclcsia niques, requises par un siège métropolitain, furent établies. Le i5/36 décembre, le nonce publia des statuts pour Torganis^ition et la t^onstitution du chapitre pnétropolitain.

CiBS diverses préparations étant terminées^ le nonce mil l'arcfaeTéque en possession de tous ses droits de juridiction et de tous ses privilèges » et le décora enfin du sacré pallium. Cette sainte cérémonie ent lieu, à Pétersboarg,le 7/18 janvier 1784) jour de la fondation du siège de saint Pieire à Rome, dans l'église paroissiale catholique romaine, consacrée , par le même nonce , le 26 septembre ( 7 octobre ) 1783. Les premiers dignitaires de Tempire, les envoyés, les ministres résidents de toutes les puissances étrangères , un nombreux clergé des deui rites, les hommes les plus marquants de rÉglise catholique et russe, et un peuple nombreux, assistèrent à cette cérémonie, dont on n'avait jamais vu Id pareille en Russie. Le nonce prononça un discours, dans lequel il fit mention de la haute protection que Timpératrice accordait h l'Eglise catholique romaine dans ses États, et invita le nouvel archevêque à remplir consciencieusement ses devoirs envers le pasteur suprême de TEglisé catholique et envers l'impératrice : il lui fit entendre la portée de ces deux obligations , en lui expliquant la signi* gnification du haut et symbolique ornement du paliium '. Il répéta ses vœux pour la réunion de l'Eglise gréco-russe à FEglise catholique romaine.

Le 18-39 janvier 1784, le nonce reçut de l'archevêque le serment de fidélité et d'obéissance ou saint-siége, et, le 8/19 février, il procéda à la consécration solennelle du coadjuteur de Mohiiew, Jean Benislawski. A cette cérémonie assistèrent de nouveau les personnages les plus marquants de la cour et de la capitale. Jeanne Borch, épouse du eu-

• M'jrid ilcir aimo I78i, i. H, !•• 8C, cii.

lebre cliaucclier de Pologne, avait préparé les costumes religieux pour l'archevêque de Mohilew et pour son coadjuleur.

Vers la même époque, le nonce du pape réussit à donner à levéque de Livoaie un suffragant dans la personne du chanoine George Puslowski, qui reçut le titre d'évéque d'Athalia m partih'îs. Vur oukase du io/3o décembre 1780, Catherine lavait nommé suffragant de la Russie-Blanche > ce qui l'obligea à établir sa résidence dans les Etats russes.

Siestrzencewicz sut alors pousser Catherine à lui obtenir du nonce le pouvoir de prononcer dans les divorces sans appel et sans avocat dit defensor matrimonii , quoique la présence de ce fonctionnaire en pareil cas fût ordonnée par Benoit XIV dans sa célèbre bulle Dei niiseratione , destinée à mettre un frein à Tabus des divorces en Pologne. Le nouce annulait ainsi en partie les sages ordonnances de ce grand pape, et accordait à l'archevêque des droits dont il ne tarda pas à abuser d'une manière détestable.

Le nouvel archevêque demanda et obtint de Catherine , par l'oukase du 4/i 5 mai 1 784, le droit d'appeler des prêtres étrangers, allemands, français et polonais aux missions de Saint-Pétersbourg, de Moscou, de Rijja, de Revel, de Dorpat, etc. Ils devaient prêter serment de fidélité et d'obéissance à l'impératrice , aux lois de l'empire et aux magistrats locaux; ils demeuraient libres de quitter l'empire à leur gré. Catherine confirmait ainsi ses ordonnances antérieures du 3/14 juillet 1779, du 9-20 janvier 1780 et du i4/25 décembre 1783.

Catherine accorda aussi son attention aux Arméniens catholiques de ses États, dont le nombre se montait à 70,000. Elle les soumit tous à la juridiction du métropolitain catholique romain de Mohilew, lui ordonnant de les pourvoir de prêtres de leur nation et connaissant leur langue ; de les établir, pour en former des écoles, et, en attendant, elle permit qu'un ou deux jeunes gens ai niénicns fussent enN oyés , dans les Etats de TAuniche, à Léopol , pour cire élevée , au col-

loge arménien de reltc ville, aux frais du [gouvernement russe.

Par l*oukase du 16/27 mars 1784, adressé au comte Ostermann, Catherine confirma toutes les ordonnances émises par le nonce du pape relativement à la fondation , ù l'organisation , à l'administration et à la juridiction de l'archevêché de Mohilew '.

Depuis lors, Timpératrice, mais surtout Siestrzencewicz, ne supportèrent plus qu'à contre-cœur la présence du nonce à Saint-Pétersbourg. Catherine chercha, en conséquence, à l'éloigner d'une manière délicate; elle ordonna à son ambassadeur, à Rome, de prier le Saint-Père d'accorder au nonce le chapeau de cardinal. Pie VI lui conféra la pourpre, et le rappela de Saint-Pétersbourg dès la (ia de janvier 1784.

Catherine continua, en attendant, à tromper ses sujets catholiques par de brillantes promesses qu'elle ne remplit jamais. Par oukase du 21 avril/2 mai 1785, elle répéta son célèbre édit de tolérance du 22 juiIlet/2 août 1768, se parant de nouveau des principes de la philosophie de son siècle.

« Tous les citoyens d'une ville, nation ou religion étrangère, doivent jouir du libre exercice de leur culte, de la liberté religieuse qui leur a été accordée par les sages monarques de la Russie, nos prédécesseurs, de vénérable mémoire, et par nous-mêmes. Tous les peuples qui habitent la Russie peuvent louer le Tout-Puissant dans leurs langues diverses, suivant la religion et la foi de leurs ancêtres, bénir notre empire, et implorer le Créateur du monde pour qu'il augmente la prospérité et qu'il affermisse la puissance de l'empire de Russie. »

Catherine et son successeur Paul I" garantirent cette liberté de culte aux catholiques étrangers, dans les divers traités de commerce et d'amitié conclus avec les puissances

* Pièces justificaiives. n" .'!:{, vi H* eu il i\c Marteiis, t, \ l, p. 2H.

catholiques S et néanmoinâello ne garda niirtin frein (i<i(u son hostilité conti'C l'Eglise catlioliqnc. L'archevêque nVn res^ect^ oi les dvoitd, ni le« saints canons; riinpéi*utncc ne 8e souvint m de ses promesses solennelles , ni des g»rantiea qu'elle avait données au saint-siége et à ses sujets pour rinviolabilité de TËçlise catholique. Siestrzencewicz y pour devenir chef unique de l'Eglise latine en Russie, avait profité de l'erreur commise par le nonce apostolique, Arche^ii» qui, dans son décret de traetlation du 1 3/214 décembre 1783, avait imprudemment omis la sage distinction entre la juridiction pleine et la juridiction délégi»ée. Pie VI , cependant , comme nous Tavoiis déjà remarqué ^ avait, dans sa bulle de fondation du i5 avril

• Trailé de commerce entre S. M. la reine de Portugal et S. M. l'impëratrice de toutes les Ilussiet, signé à Saint-Pctersbourj; , le 9-20 décembre 1787.

yirtide 2.

Les sujets Portugais jouiront m Hussie d'une pniTuiic liberté de ronscic-ncc , conforMfémenl atn |iritirip« d'une entière tolérance , qu'on y accorde à toutes les rcli- i gious ; ils (vonrroai Mliremeni s'ucquitter des (àevoir* et raquer mi culte <le leur religion, tant dans lenrs propres maisons (jue dans les églises publicjucs qui y i>out établies, sans éprouver jamais la moindre difficulté .^ cet égard.

Les sujeu russes ne seront de même jamais troublés ni inquiétés en Purtn{>al p.^r rapport <i ^^f religion , et l'on observera riiTers eux , k cet égard, ce qui se pratiipie avecles wijets des autres nations d'une communion différeute, particu)ièremei>t avec ceux de la Grande-Bretagne. Martenc , necueil , t. lil , p. lOU.

Traite d'alliance entre S. M. le roi des Deux-Siciles et S. M. l'empereur de tontes les Itossies , signé ?i Saint-Pétersbour{; , le 29 novembre (10 décembre) 1798.

^ilklc 8.

En outre, ces Troupes auront leurs propres aumôniers et l'e^iercice entièrement libre de lenr reKgion et ne seront jngées que selon les lois et léglcnienis miliuircs tle ieur fMTopn loaverain et par le général et les cftkiers qm les counandcut. Marteus, t. VU. p. 30Ci.

Traité d'alliance défensive eaitp S. M^ feni^tereur de tuntes les Uussiea et S. M. Très-Fidèle, signé à Saiui-Pvtersbourc ^ le 17-28 septembre 1799.

^tiicU II.

De plus, ces forcck aiuiliair«s aurout leurs» propres aumôuiets, et l'exercice entièrement libre de leur religion, oi ne seront ju;;(i-x «iaiis tout ce 'pii ,i r.'i|>|u)ri au service milit-tire, que selon les U)is et le.< article» tic ;;ui nr dr lour* propio sikiverains. Marieus, p 3i0.

1783, ordonné qne larchevêqne de Moliilew exercerait une juridiction ]r>leinc et entière sur les catholiques romains de son diocèse, et une juridiction délé^ruée sur les catho* Uqnes romains établis dans le reste de lempire rosse. Cette deraièr« juridiction était par cela même révocable , « ad

• ROtum Sedis Apostoliese, » et ne devait durer que jusqu'au moment qti le sjiint-siége aurait créé d'autres évêchés, « ifuoad usque altéra nebis al^os catbolicos episcopt>s depu* « tandi sese offerat occasio, ac donec aliter per hanc » Apostolieam Sedem fuerit dispositum. » Mais Siestrzencewicz n*ent aucun égard pour la bulle, et, ne se conformant qu^Blu décret de translation où ce? clauses étaient omises, s'intitula : « métropolitain ordinaire de Tempire de « Russie, et appela « l'empire entier de Russie son dîo-

• cèse. » Son aveuglement alla jusqu'à vouloir q je le saintsiége lui accordât ce litre. De l'aveu de l'impératrice, il fit , en 1790, imprimer tous les décrets et documents émis par le nonce du |>ape et par l'impératrice h Tocrasion de la fondation de rareberêché de Mobilew ; mais il etit soin do Éaire omettre, non-seulement la lettre de Pie VI, du 36 avril 1783, adressée à Catherine H, mais aussi les pleins pouvoirs accordés par le pape an nonce pour l'organisation de Tarcbevoché, et dans lesquels lesditcs conditions étaient ÎBsérées.

Par suite du second partage de la Pologne , cinq sièges épiscopaux avaient été réunis à la Russie. Ceux, i*' de Livonie, 2*^ de Wilna, 3' de Luck, 4^ de KicAv, dont la résidence était à Zytomier, 5® de Kamieniec. Chacun de ces cinq évécbés avait deux ou trois suffragants.

A peine le troisième partage de la Pologne avait-il rendu Cîatherine H maîtresse de ce malheureux pays , qu'elle jeta an loin son masque d'hypocrisie, et commença à exercer envers l'Eglise catholique du rite feiin la n.cme persécution qu'elle avait fait essuyer à l'Eglise ruthénicnne unie. En 1795 , malgré la garantie donnée par elle dans les traités de partage, et en vertu de laquelle l'Eglise catholique des

deux rites devait être maintenue dans son slula ijua , Gatheiine abolit tous les évéchés, celui de Livonie excepté; quant aux biens dépendants de ces évéchés ^ elle en dispos^ comme elle avait disposé des biens des évéchés ruthéniens, c^est-à-dire elle adjugea à la couionne ou donna aux généraux de ses armées ou à de hauts dignitaires de TEtat tous les biens de ces églises, et ceux qui appartenaient aux cl^pitres, collèges, séminaires et autres institutions. Par oukase du 16/27 septembre 1795, elle érigea, de sa propre volonté, deux pseudo-évécbég du rite latin, à Pinsk et Latyczew, c'est-à-dire dans des endroits où il n'y avait presque pas de catholiques; elle donna le premier de ces sièges au digne et pieux Gaspard-Casimir Gieciszowski , cidevant évéque de Kicw; le second fut donné au misérable et avide prélat Sierakowski , évéque de Prusa in part ib us y qui s'était arbitrairement emparé de l'administration de l'évéché de Kamieniec, d'où Catherine avait, à main armée, chassé le coadjuteur légal du siège, l'évéqne Louibrowski. Tous les évèques et suffragants furent privés <le leurs sièges, honneurs, privilèges et revenus, et durent,' comme les évéques et suffragants riuhèniens, se contenter d'un très petit revenu annuel.

Quelque temps auparavant , Catherine avait soumis toutes les églises ruthéniennes unies à la juridiction de Farchevéque ruthénien uni de Polock; cette fois, elle ordonna de soumettre toutes les églises catholiques du rile latin à la juridiction de rarchevt*que de Mohilew.

La mort de Catherine II, qui survint sur ces entrefaices, fut un vrai bonheur pour l'église catholique du rite latin.

L'empereur Paul I" témoigna, en faveur de l'Eglise catholique du rite latin , dans ses Etats , les sentiments dont il avait fait preuve envers l'Eglise ruthénienne unie; il lit tout ce qui fut en son pouvoir pour auiéliorer le sort de l'Eglise catholique romaine de Russie, et alla au devant des vœux que formait à cet égard le saint-siège.

Le légat apostolique Laurent LitCa , air hcvéquc d»? Tlir-

liCs, qui, comme nous lavons vu, nvaii faii iIc^eMoris pont' le rétablissement de l'Eglise unie, remit ù Tempereur un mémoire, corroboré d'un grand nombre de documents concernant TEglise catholique du rite latin ; et exigea , au nom du pape Pie VI , le rétablissement de tous le* sièges épiscopaux abolis, et la réinstallation de chacun des évéques dans la possession de ses droits de juridiction; il insistait surtout sur la réinstallation du vertueux évêque Dombrowski , coadjuteur de Kamienicc, qui , comme nous l'avons raconté, avait été expulsé de son siège par Catherine II. Le légat apostolique demandait, en outre, à Paul P''de restiti^ter tous les biens de l'Eglise, nommément ceux affectés ù l'entretien des évéques , ceux des chapitres, collèges, séminaires et couvents; d'ordonner que les divers ordres monastiques fussent rendus à l'entier exercice de leurs règles, et de ne plus entreprendre à l'avenir, sans la coopération du saintsiège, aucune innovation dans le système existant de la hiérarchie religieuse.

L'empereur céda relativement à la première demande; ordonna de rétablir les évêchés de Wilna , de Luck , de Kamieniec, d'annuler les deux pseudo-diocèses de Pinsk et de Laticzew , et d'expulser de l'évêché de Kamieniec le prélat intrus Sierakowski. L'évêché de Livonie fut pareillement maintenu , avec le titre nouveau d'évéché de Samogilie ; l'évêché de Kiew seul ne put être rétabli, et cela par les mêmes raisons qui empêchaient le rétablissement de la métropole ruthénienne unie de Kiew, Halicz, et de toute la Russie; mais, en revanche, l'empereur permit l'érection d'un nouvel évêché à Minsk. Quant à la restitution des biens de l'église, elle ne fut effectuée qu'en partie , la plus grande parlie de ces biens ayant été adjugée à la couronne ou donnée j'k des particuliers. Mais, en même temps , l'empereur défendit par les lois les plus sévères d'arracher, à l'avenir, au clergé ses biens; il promit de le dédommager des pertes que lui avaient occasionnées des mesures arbitraires et illégales, et de donner aux évêques un entretien fixe et ronvenable. Hc- I. ly

lailvemont au clcrrîç n'giilier, le 5yj;t«"''inc iniroiliill par Caihcrine \\ fut inainteuu; et ce clcrf;é resta soumis à la juridiction des évêques respectifs, qui, po^r cela, reçurent, ad tempus , les pleins | ouvoirs nécessaires, car l'ambitieiu archevêque de Moliiiew ne voulut pas se dessaisir 4e sa prétention à une complète juridiction sur les religieux.

Plusieyrs des diocèses rétablis avaient jadis dépendu de I^ juridiction des n\étcopolitains de Gnesen ©t de Léopol. Ce lien de jui^idiction devait être dissous y car il était coutraire à une çopYention conclue entre les trois puissances CO'parta|;«^(es. Cette convention annuJait à jamais tout exercice de juridiçtiou territoriale ou diocésaine d'un Etat à uu autre. Le légat apostolique entra , par conséquent, en négociation, ayec les deux métropolitains mentionnés , et effectua la dissolution de ce lieu. Le siège de Mohilew fut , par sui^e. de cette dissolution, élevé au rang de méti'opole , et Stanislas Siestrzence\vicz déclaré métropolitain de ce siège. La nouvelie métropole eut eu partage les diocèses; deWilns^, de Sau^ogitie et de Luck, qui. tous avaient été soumis au métropolitain de Gnesen , et , en outre , le diocèse de ];CaEBieniec » qui avait été soumis à la juridiction du métropolitain de l<éopoK Le nouveau diocèse de Minjsk échut de droit, au métropolitain de Mohilew.

Paj; la huHe ci -dessus meû.tioiuiée , Modemis undiquc pressi, du i5 novembre 1798, Pie VI confirma cette noiv yeUe organisation dfis diocèses catholiques du tU^e la.tin en Russie>t, effectuée graçe aux efforts du nonce appstoliqite

l«itta.

Yoici quelle fut 1a nouvelle organisation des diocèses : r.. JÇéa méti'opole de HoliU^w. La juridiction (\q ce siège , ji^idiction. partie réelle et partie déléguée, s'étendait sur les É^ouvecnements de Mohilew, de Witepsk en Russie- Blanche , de Kiew en Ukraine, de Péiersboucg, de Moscou, de Livonie, de Saratow et d'Astrakhan ; et enfin, sur celui de la Crimée, le siège avait deux suffragants et autant de

coailjuloiirs avec til»e> (;j>isropaiix In parlibus; les deux premiers avaient en outre le droit de Kurvivunce.

Le métropolitain touchait un iraitemeut annuel de 10,000 roubles argent ( 40,000 fi-ancs).

2. IJévàché de Samogitic avait un suffragant et un coadjuteur.

Cet évéque avait, sur les biens de réglise, un revenu annuel de 5o,ooo roubles argent, ces biens ayant échappé , sous Catherine II , à la spoliation générale des biens de l'église.

3. Lévéché de Wiltia embrassait presque toute la Lithuanien la Courlande et le diocèse de Livonie , réuni à ce dernier. Cet évéché avait quatre évoques suffragants , ceux de Wilna, Brest, Troki et Courlande.

L'évêque recevait un traitement annuel de 10,000 roubles argent, qui plus tard fut augmenté de 6,000 roubles en argent, revenu de Tévêché supprimé «le Livonie.

4. Lévéché de Luck, qui sVUenduit sur toute la Volhvnie et sur le diocèse de Kiew, qui y était réuni. L'évêque avait deux cathédrales , celle do Luck, telle de Zytomir et deux suffragants, et il s appelait évéque de Luck et Zytomir et recevait 16 000 roubles de traitement, Zytomir est la capitale de la Volbynie, et était lo k>iége de Tévéque de Kiew.

L'évêcbé réuni de Luck et de Zytomir fut, le 16 décembre 1798 , donné au digne prélat César Colonna Ciecisaewski, ci-devant évéque de Kiew , mais expulsé de cet év<îcbé par Catherine II. Il fut appelé par ses contemporains rornement de Tépiscopat, Tapôtre et l'étoile de TÉglise de Pologne.

5. LévêcJié de Kaniieniec; sa juridiction s'étend sur toute la Podolie , dont Kamieniec est la caj)itale. !/évéque a uu suffragant et un traitement annuel de G, 000 roubles.

6. Véoêchc de Minsk, fondé par suite de ki séparation du gouvernement do ce nom d'avec le diocèse de Wiliui.

Cet évèque n'a pas de suffragaiit,ei reçoit un traitement de G, 000 roubles argent.

Lesbiensfon'ls dti clergé séculier des six diocè-îcs étaient

évalués à une somme de 1,157,370, et celui du clergé régulier ù 2,175,357 roubles argent : au total 3,338,737 '.

Le nombre des fidèles des deux sexes ayant atteint leur majorité, dans la métropolie de Mobile w , s'élevait, en i8o4) à 1,635,490 âmes.

L'on peut dire que l'Église catholique latine dut sa renaissance , en Russie, à l'osprit de justice de l'empereur Paul I". Cet empereur se distingua aussi par la protection qu'il accorda à Tordre de Malte.

Catherine II, aussitôt son avènement au trône, avait recherché l'amitié du prince de Rohan, grand-maître de Malte, qui bientôt après conclut une alliance secrète avec la Russie, et réunit l'escadre de l'ordre, commandée par le bailli Flaxiande , à la flotte russe , qui , sous les ordres d'Alexis Orloff, croisait dans l'Archipel. Le duc de Choiseul , l'habile ministre de Louis XV, sut briser cette alliance, en déclarant qu'il allait s'empaier des biens des trois langues de France. Le grand-maître effrayé renonça à l'alliance , mais livra à l'impératrice tous les plans et cartes que l'Ordre avait préparés pour cette expédition , et tous les secrets que l'on avait pratiqués jusqu'alors dans de pareilles entreprises.

Catherine conserva toujours une grande prédilection politique pour l'Ordre , et chercha à inspirer les mêmer. dispositions au grand duc Paul, son fils et son héritier présomptif, qui bientôt s'enthousiasma pour cette chevalerie chrétienne, et conçut pour l'Ordre une affection plus grande tiicore et certainement plus pure que celle de sa mère.

A peine monté sur le trône, Paul leur donna des preuves de sa bienveillance.'

A l'époque du second partage de la Pologne, le grand prieuré de l'Ordre, dont le siège était à Ostrog en Volhynic, avait passé sous le pouvoir de la Russie : Catherine s'élait emparée de ses revenus. Le bailli , comte de Licta , frère du

* Cl n. pare 2 lt« :aLliit(s sijii'iiijnrs cl« INOi et 1rs Pitres jusiiflcaiivc? , n" Ti'.

k'jjal apobtoli(jiie près la cour de Fetersbouig, reçut )a commission de réclamer auprès du nouvel empereur la restitution de ces revenus, qui s'élevaient à la somme de iao,ooo florins de Pologne.

Paul ne se contenta pas de satisfaire à cette réclamation, il augmenta encore ces revenus jusqu'à la somme de 3oo,ooo florins (180,000 francs).

Dans un acte du 1 5 janvier 1797 , signé par le comte de Bezborodko, vice-chancelier de l'empire, par le prince Kurakin , au nom de l'empereur , et par le bailli Lilta, au nom de rOrdrc, il est dit que l'empereur n'a pas obéi seulement à un sentiment de justice , mais encore à l'affection et à l'estime qu'il porte ;i l'Ordre , en le rétablissant dans ses États.

Les dignités de grands prieurs et de commandeurs russes ne devaient être conférés qu'à des sujets Russes.

Le 28 novembre de la même année , l'empereur ajouta encore une autre convention à celle-ci, par laquelle il créait trois commanderies de chapelains avec un revenu annuel de 6,000 florins.

Le grand-maître, prince de Rohan , et le conseil de rOrdre , séduits par la générosité de Paul I", nommèrent le bailli Litta député de l'Ordre près la cour de Pétersbourg , et le chargèrent d'offrir à l'empereur la croix qu'avait portée l'illustre Lavalette, en témoignage de leur reconnaissance et de leur dévouement, le priant en même temps d'accepter le titre de protecteur de l'Ordre. L'empereur prit solennellement ce titre le 29 novembre 1797, et fit faire par ses ambassadeurs, au commencement de l'année suivante , une déclaration solennelle à toutes les cours de l'Europe, par laquelle il annonçait qu'il considérerait tous les services rendus à l'Ordre comme rendus à sa propre personne.

Le prince de Rohan mourut sur ces entrefaites. Le baron de Hompescli , homme estimable mais faible , lui succéda , et vit bientôt l'Ordre s'anéantir. Sept iii(.Mnbrc> , les

baillis Turin Frihari et Maria i esta Ferrata, le coinmandeur Boisredon de Nansuyet, le docteur Muskat, l'avocat Benoît Schembry et le conseiller Bonani livrèrent Tîle de Malte au citoyen Bonaparte, général en chef de l'armée d'Egypte, le 12 juin 1798. Ils renoncèrent, en faveur de la république française, à tous leurs droits de propriété et de seigneurie sur cette île et sur toutes ses places, aussi bien que sur celles de Gozo et Coraiuo.

JBonaparte promit que la république française s'occuperait d'obtenir au congrès de Hastadt, en Allemagne, un autre duché pour le grand-maître, et lui assura 600,000 francs de pension. Bonaparte promit aussi que la république française emploierait son influence sur les puissances européennes , pour les déterminer à conserver aux chevaliers les biens que l'Ordre possédait dans leurs Etats. On sait avec quel mépris des traités Bonaparte et la république française so conduisirent à l'égard du grand-maître et de l'Ordre. On refusa au grand -maître jusqu'au traitement même qui lui avait été promis. Ce ne fut qu'après plusieurs réclamations qu'il obtint, en i8o4, 100,000 francs; et il mourut le 12 mai i8o5.

A peine la nouvelle de la reddition de Malte fut-elle connue en Russie, que tous les dignitaires et tous les chevaliers du grand prieuré de Russie se réunirent dans la maison de leur Ordre à Saint-Pétersbourg, et formulèrent delà manière la plus illégale, une protestation solennelle, le 26 août 1798, contre le grand-maître et les chevaliers résidant à Malte , qui avaient pris part à cette indigne trahison ; ils recoururent, en même temps, à la protection de l'empereur Paul P% s'en remettant, eux et leur Ordre, à la générosité de ce prince, le suppliant de leur faire connaître sa volonté à leur égarf^ . et promettant de s'y couforn»er.

Paul, qui croyait trouver dans Tordre de Malte un moyen puissant de s opposer aux progrès de Tesprit 1 • volutiotinaire et de Tincrédulité, embrassa lear cause avec ch 'eur, et Icui promit, par un acte solennel daté de Galschina le lo sep-

tcnibrc 1 798 , une protection toute particulière , s*en{jageant, non-seulement à maintenir leurs règlements, priviiK^ges et honneurs , mais etjcore à feîre tous ses efforts pour rétabli:- IXDrdre et lui rendre son ancien ëcîat.

Quelques chevaliers enthousiastes résidant à Saint-Pétersbourg, ranimés par la protection éclatante qtie leur Bccofdait Tempereuv, élurent, le 27 octobre de la même année, tant en leur propre nom qu*en celui des autres langues et de tous ceux qui voudraient se réunir à eux, l'empereur Paul I" grandmattre de l'ordre deSaintJean de Jérusalem. L'empereur accepta celte dignité par un acte solennel du i3-24 novembre 1798, et les engagea , par un manifeste publié le 3o novembre (t 1 décembre) 1798 , à s\inir étroitement avec lui, à confondre leurs efforts avec les siens, et à ne foire plus qu'un seul corps.

Le même jour, l'empereur créa un grand prieuré pour la noblesse catholique des deux rites en Russie , sur le modèle de celui établi précédemment, le i-i 3 janvier 1797, pour la noblesse de la religion inisse, et, par un oukase du 18 décembre 1798 (8 janvier 1799), il fixa les limites de ces deux prieurés.

Le grand prieuré russe fit des progrès étonnants ; il compta bientôt 893 commanderies de 600 à 1,000 roubles argent de rente et 82 grand'croix.

Le grand prieuré catholique arriva bientôt aussi à un grand développement. Le prince de Condé fut élu grand prieur, et l'on comptait parmi les grand'croix le vice-amiral, comte, bailli Litta, j:rincipal instigateur de toutes ces mesures ; son frère Laurence Lilta, archevêque de Thèbes , nonce du pape à la cour de Pctcrsbourg; l'archevêque Stanislas SiesirzenccNVicz, uiciropolitain de Mohilow; le duc de Serra-Gapriola , ambassadeur de Naples; le comte de Kobenzel, ambassadeur d'Autriche, et tous Its membres de la famille royale de France, rés'daut à Millau en Courlande. Paul , s'abandonnant à ses rêveries innocentes et jiivcnilcs, songeait 5 rcfuirc do rOicUe le premier in^iilut mi-

litaire de l'Europe, et comme le centre d'une noblesse européenne dont le but eût été la restauration des trônes. Pour accomplir ce dessein, il voulait donner accès dans l'ordre, non-seulement aux nobles, mais encore à tous ceux que distiogueraient, à côté d'une vie honorable, des talents, des capacités , des connaissances , et surtout une profonde répugnance pour les principes révolutionnaires. Tout chrétien , sans distinction de communion , pouvait être admis. Les catholiques seuls devaient prononcer des vœux perpétuels ; ceux qui professaient d'autres religions n'étaient astreints qu'aux vœux d'humilité et d'obéissance. La discipline devait donc être entièrement changée. L'empereur voulait établir à Pétersbourg, siège principal de l'Ordre, un grand institut d'éducation , où les membres seraient formés à l'art de la guerre, à la marine, n la diplomatie et aux sciences. Tout chevalier, hormis ceux de la classe des savants et des ecclésiastiques, devait être exercé au maniement des armes. Les commanderies étaient réservées aux célibataires. Les mathématiques et leurs différentes branches devaient former la base des connaissances indispensables pour les aspirants aux différentes places. Personne ne devait être dispensé du service des hôpitaux , ce service servant à adoucir les mœurs, à former le cœur et à entretenir la charité. La classe des savants ne différait en rien des trois autres pour ce qui regardait les privilèges, honneurs et dignités ; elle devait cultiver toutes les sciences également et former des professeurs et directeurs pour les différentes institutions savantes.

Le successeur de Paul , Alexandre I", accorda également sa protection à l'ordre de Malte.

Ce n'est pas ici le lieu de relever les irrégularités dans lesquelles tombèrent les membres du grand prieuré de Russie, nommément en déposant leur dernier grand maître Ferdinand de Hompesch. Nous nous contenterons de dire que Pie VII un'ii ses efforts à ceux des souverains de I Europe, pour rétablir l'Ordre <lans son ancienne splendeur,

et qu'en nommant un succct>seur an dernier et Icçitimc grand-maître, qui s'éiait démis de sa char^^e entre ses mains en 1801 , il remédia, en vertu de son pouvoir apostolique, à toutes ces irré^jularités.

Ijorsque les Anglais , qui prirent Malte aux Français en 1800, rendirent aux chevaliers ce chef-lieu de l'Ordre , le pape, par une bulle du 16 septembre 1802, nomma grand- "^maîtrc le prince romain Barthélémy Ruspoli, général des galères de Malte, qui devint le premier successeur légitime de Ferdinand de Hompescli *. Pie VII saisit cette occasion pour donner aux empereurs Paul et Alexandre les éloges que leur méritait la noble })art qu'ils avaient prise au maintien de l'ordre.

Revenons à PEglisc catholique latine en Russie. Le métropolitain Stanislas Siestr/encewicz proBta, comme nous

' II est bien rcgrcttal>1c que le chevalier de Saint-Allais , archivisle de l'ordre , ait parcciirii ces dociinienls avrc si peu d'exactitude était commis de si graves errears. Il est encore inronccvalile qu'il ail pu affirmer que Pie VI avait confinné l'ordre de Malle que l'empereur Paul I'^ avait trausformé en une sorte de Franc>maçonneric plii!aniliropiqnr. t Sa Sainletc Pie VI, dit-il, mu par un esprit de philanthropie et un « esprit de tulcrance et de charité qui rend sa mémoire <i chère, approuva la forme

* et l'associntiou du prieure du rite (jrcc à l'ordre de Malte. Il avait déjà reconnu,

• par un bref (!u 15 novembre 1798, l'élection de l'empereur de Russie à la dignité c de grand-maitre. ■

Voyex r. rdre de Malte, ses grands-maiires et ses chevaliers, par M. de Suint- Allais, directeur-propriétaire des Archives généalogiques et hé'aldiques de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. — Paris 1839, p. 176.

Pie VI désavoua tous les actes des chevaliers du Grand-Prieuré de Russie. On connaît sa célèbre lettre de janvier 1799, adressée à tous les prieurés de l'ordre, dans l.-iquelle il se défend d'avoi- pris part à l'érection du Grand-Prieuré de Russie. Cette lettre porte pour titre : Memoria sugli atli rapitolari dcl Grand Priorato di Rnssia del 26 agosto 1798; per servire d'istruzione agli altri priorati dell' ordine Gerosoiimitano, iotorno l'indipendcnz.! del gran maestro dell' ordine medrsimo , ed iniorno l'immcdiala l'i luidipendcnz.-» dalpnpn.ad csclusione di ogni altra podesià. En conséquence de.celielettre, la l.mgaebavaroise cl le prieuré de Dohémc protestèrent contre les actes du Grand-Prieuré de Russie. Pic VI adre.^saii, ver» le même temps, le 20 janvier 1799, delà chartreuse deFlorence, une insiructioii remarquable à son nonce apostolique près la cour de Saint-Pétersbourg , le c.irdnal I<aurence I.itta , relative aux affaires du Graud-Pricuré de Russie. Celte icll:u oflicicllc , rédigée a\ ce une sagesse et une modération qui n'ap|iartienncui(|u'u,i saint-siégc, a de cpioi convaincre le chevallier de Siiint-Allais des incroyables erreurs dans lesquelles il est tombe, rt fait voir quelles lurent les dispo>itions du saint-siége dans celte affaire.

lavons i-einarqné, du rappel du légat apostolique Litta, pour augmenter de jour en jour son pouvoir. 1! aspirait eu gouvernement absolu des Eglises catholiques des deux rites en Russie, et , dans ce but , il s'efforçait die restreindre, autant que possible, le pouvoir des évéques ses suboitlonnés. Dans ce dessein , il présenta à l'empereur Paul I** le plan dune cour générale de justice ecc!ési«stiq\ie , qui, «rtnsi que nous lavons dit plus haut , devait connaître de tontes les affaires ecclésiastiques importantes dans les six diocèses latins et dans les trois diocèses mlhéniens unis , et juger en dernière instance.

Paul l*' publia les statuts de cette cour dans un oukase du 1 1/22 décembre 1800. La mort de l'empereur, qui survint le 14/25 mai 180Î, retardtile développement de cette organisation. Alexandre 1" lui donna une nouvelle forme, et rétablit définitivement par oukase du 13/24 novembre

Les huit articles de cet oukase contiennent comme un abrégé de toutes les lois tyranniques par lesquelles Catherine II enchaînait les Eglises catholiques de ses Etats , les soumettait au pouvoir temporel , et à toutes les usurpations que l'orgueilleux métropolitain Siestrenceuicz se permettait en dépit des réclamations du saint-siége. Cette cour de justice reçut d'abord le nom de consistoire général ecclésiastique catholique romain; mais elle prit ensuite celui de collège ecclésiastique catholique romain. Nous recommandons la lecture de cette pièce parmi nos documents *.

Il est impossible d'imaginer rien de plus absurde, ni do plus outrageant pour les lois de l'Eglise, que ces statuts du collège ecclésiastique.

Les évcques des cinq diocèses cl le nouveau nonce apostolique, Thomas Arezzo , archevêque de Séleticie , essayèrent de tous les moyens en leur pouvoir pour détourner le métropolitain de cette monstruosité , Tengagcaut à rcnoti-

' l'ii'ccs Justifc4livc>, 47.

cer à SCS absurdes usurpations sur le pouvoir de l'Eglise, et à rendre à celle-ci la liberté qu'il détruisait par l'établissement de ce tribunal ecclésiastique; mais ils n'y purent réussir. L'indigne prélat, de son côté, ne négligea n'en pour faire servir ce collège ecclésiastique à accroître son despotisme religieux. Il le composa d'bommes sans conscience , sans religion et sans mœurs , et en éloigna tous ceux qui témoignaient un intérêt véritable pour l'Eglise ; tels furent, par exemple, son propre suffragant, le digne évêque de Gadora, Jean Benislawski , ancien jésuite, que Catherine II avait envoyé, en 1788, comme plénipotentiaire à Rome; le pieux Joseph Byskowski, abbé mitre de Mohilew, et Henri Szerniewski, chanoine deLuck, qu'il éloigna sous le prétexte qu'ils étaient en cori*espondance secrète avec Rome, et cherchaient h éluder ies lois de l'empereur. Il nomma à leur place deux moines de mœurs dissolues, dont il voulait faire des évêques suffragants , et dont l'un , pour se venger \ du refus que Rome avait fait de l'élever à cette dignité, abjura publiquement la religion catholique, et se maria à Pétersbo'.rg, au grand scandale des fidèles de toutes les confessions. H ne craignit pas non plus de nommer conseiller et secrétaire du collège ecclésiastique son propre frère , Louis Siestrzencewicz , bien qu'il appartînt à la religion protestante et fût de réputation équivoque.

Les empiétements de ce prélat, sur toutes les branches de la discipline et de la hiérarchie de l'Eglise, étaient à peine croyables. Les abus les plus monstrueux furent commis eu matière de divorce; il les accordait sans cause légitime , sans avoir les pouvoirs nécessaires , et pour de grosses sommes d'argent. Ennemi de toute institution monastique, il accordait la sécularisation à tous ceux qui la demandaient, et surtout aux hommes perdus dont il comptait faire , par la suite, des instruments de ses intrigues; il récompensait leurs indignités par de gros bénéfices; il portait toujours aux places et aux dignité» les ecclésiastiques les plus corrompus.

En 1804, le verluciix ôvêquc de Sainogitie, Ignace, prince Giedroyc, présenta à l'empereur Alexandre, au nom des autres évêques de la mètropolie de Mohilew, un mémoire détaillé contre le métropolitain. On lui reprochait surtout les abus qu'il s'était permis, à Paide de son triple pouvoir, comme archevêque, métropolitain et président du collège ecclésiastique. On demandait que l'organisation de ce collège fût rétablie sur des bases catholiques; que sa nouvelle constitution fût soumise à l'approbation du Saint- Père, mais surtout que le choix du président appartînt au pape, et que la cour elle-même fût sous la dépendance immédiate du saint-siége '.

Alexandre reconnut la justice de ces réclamations qu'appuyait le nonce apostolique, et promit de donner satisfaction aux désirs des évéques. Le comte Boutourlin, déjà désigné comme ambassadeur, reçut donc commission de l'empereur pour traiter avec le saint-siége d'une organisation plus raisonnable et plus chrétienne du collège ecclésiastique, afin de tranquilliser la conscience du clergé et des laïques qui considéraicnflcs arrêts de ce conseil comme n'ayant aucune valeur. Mais Siestrzencewicz remua ciel et terre pour se maintenir en possession de ce tribunal ; il sut rendre suspects à l'empereur les évéques qui avaient demandé la réforme et le nonce apostolique qui les avait appuyés, prétendant qu'ils ne tendaient à rien moins qu'4 altérer et renverser la constitution de l'empire. Le projet d'une organisation nouvelle resta donc comme non avenu.

' Daat le mcmoire, l.umbtemcnt adresse U V. M. I. , il est tlciuonln-, (|ii(- Ij nicsiatelli|]CDce qui règne dans le clergé cathuliquc, est venue du pouvoir illiiiiiiù confie au mclropoliuin Siesirzeocewicz. ..lia dam les niaios tons les pouvoirs rciiiiis, tellement que les plaideurs qui en appclleni d'nnc insiance .'i l'autre, jiisqd'.'i l.i dernière, trouvent parloui Siestrzencewicz, soit comme archevêque, soit comme mL-tropolitain , soit comme chef du rollrge de justice , ayant dans ce dernier tribunal l'influence d'un juge unique. Suivant les droits canons , l'jrclievcquc de Mohilew doit rt-sidcr pri-s de sa cathédrale cl présider le ronsisloirc du diorcsr. Or, si l'autorilc cl It prééminence dcdiuf du rolJcse c ilholiqnc s(mt réunies au pouxoir de mciropolitaiD, cette autorité devient triple et doit iuncucr toujours les méiur.v in» convénicnli.

Siestrzeiu'çwicz ne >'en tint pas l.'i ; sa colère conire le nonce et le saint-siége ne connut plus de bornes lorsqu'il se vit refuser, par bref du 24 juillet 1802, la confirmation des pleins pouvoirs qu'il avait obtenus de Pie VI, pour trois ans, sur toutes les institutions cloîtrées et régulières; ce refus fut maintenu, malgré qu'il renouvelât auprès de Pie VII sa demande avec celle de pouvoirs plus étendus encore.

Pie VI avait, disait-il, confirmé pour trois ans, par décret de la propagande du 16 août 17S4» les pouvoirs qui déjà lui avaient été accordés précédemment le i5 août

Ces pouvoirs, que Rome lui refusait avec raison, puisqu'il en faisait un si cruel abus, Sieslrzencevicz se les fit accorder par rempcieur dans l'oukase du iG/27 août i8o4; et il sut si bien manœuvrer, que le nonce apostolique dut quitter la cour de Pétersbourg.

Devenu ainsi maître absolu de l'Eglise catholique en Russie, il ne se contenta point d'anéantir les Eglises latine et rulhénienne unie, il travailla à ruiner également l'Eglise catholique arménienne. Il y employa des moyens tels que l'histoire n'en offre pas d'exemple , et qui n'ont pu être iu)aginés que par cet homme , également ignorant des principes de la foi, des règles de la discipline et de la constitution de l'Eglise catholique.

Protecteur de tous les prêtres corrompus , il en avait rcç-j dans son diocèse un du rite arménien , et lui avait donné une paroisse latine. Le pieux comte André Cholonie\vski, ancien supérieur de l'église nationale polonaise de Saint- Stanislas à Rome et, depuis, évéque suffragant et coadjuleur de Kamieniec, étant mort, Sieslrzencevicz mit tout en OLUvre pour faire donner ce siège à son Arménien; et voulut , non-seulement lui conférer la direction de ce diocèse latin ^ mais encore le faire sacrer évéque par l'archevêque catholique arménien de Léopol , afin qu'il pût exercer la

' Vo\r/ L ii|Miisf ilr I'k Vl.ilu -21 juillet IHO'i, "i rri iini.

juridiction cpiscojialc sur loiis les catholiques annénieMs des Etals russes. Cette confusion de lautorité épiscopale de deux rites si différents déplut h l'empereur lui-même , qui empêcha lexécution de ce plan. Alexandre négocia cette affaire avec le saint-siége, qui , par bref du 28 mars 1809 , nomma vicaire-général des catholiques arme'niens de Russie l'évéque m partibus de Arze > le pieux prélat arménien Joseph Krzystofowicz *. L'évéque arménien de I^éopol , Jean Szymono>vicz> lui donna la consécration , et ie diocèse latin de Kannieniec fut pourvu duo prélat latin.

Les agents de la célèbre société biblique, qui surgit en Angleterre en i8o4, vena^ient de paraître en Russie. Aussitôt Siestrzencewicz se déclara leur plus ardent protecteur. Il adressa une circulaire aux fidèles de son diocèse, les invitant à lire les saintes Ecritures en langue maternelle, et à soutenir de toutes leurs forces cette société sainte. Pour mieux cacher le poison qu'il voulait répandre, il s'efforçait de démontrer que l'Eglise catholique ne recommande pa>j aux e*:clésiastiques seuls, mais aux laïques aussi, la lecture des saintes Écritures. Eu preuve, il citait le décret du concile de Trente et le bref du pape Pie VI à l'archevêque de Florence du 16 avril 1778, par lequel le Saint-Père donnait à ce prélat les plus grands éloges pour la traduction qu'il en avait faite en langue italienne. Mais il altérait l'un - et l'autre de ces documents. 11 ue citait, par exemple, qu€ la prenuère partie du décret du concile de Treirte, qui dit que rÉcriture-Sainte contient la révélation divine, et supprimait la deuxième partie, qui reconnaît la tradition comme seconde source du mystère de la révélation , Dans le bref de PieVI à l'archevêque de Florence, il supprimait un passage où le pape fait l'éloge du prélat pour avoir, dans sa traduction , observé rigoureusement les règles ti^cées par la sacrée

• Voyez Pièces justiticatives , n" 46 .

» Sie8trz(mce\vicz3|)jiuyaii sa circulaire sur f.mtorltc du ilicic! dr rano rii< sciy,tiiris, cl (II- iiisliliiinda IfCiom: Sncrw ScripUmv , n\i\< il ncii rjiaii fj le rc que i:ous avoii; ilil.

congiv^atîoii tic Vfiidex et ( onnnandros pr»r le,-; papc> ; enfin, il le loue de lavoir enrichie do notes et d'explications empruntées ù 11 tradition.

Siestn^encewicz adressa sa circulaire à toutes les paroisses catholiques de Tempire , et ordonna à tous les prêtres , curés et prédicateurs de la lire en chaire , de Tafficher dans un endroit apparent de l'é^jlise , où l'on pût la lire commodément, d'exhorter leurs ouailles à soutenir de tout leur pouvoir une institution aussi recommandahle, et d'aider selon leurs moyens les agenc ,;s qui seraient étahlies dans les différentes provinces de l'empire. Des recommandations pareilles furent envoyées aux provinciaux de tous les ordres religieux et à tous les directeurs de missions.

Bieatot après, il fit imprimer, aux frais de la société biblique, à Saint-Pétershoug, la belle traduction polonaise catlK)lique des saintes Ecritures, que le savant P. Jean WojeK, de la société de Jésus, avait faite en 159:'), et qui est, comme on le sait, un chef-d'œuvre do la httéiature polonaise; mais il en supprima les notes et les échiiicissements dont ce savant prêtre l'avait accompagnée pour l'instruction du clergé et l'édificalion du peuple.

Pie VII, instruit de ce honteux subterfuge, lui interdit, par un bref rempli d'onction du 3 septembre 181G, toute participation à la société biblique; lui reprocha, en termes modérés mais fermes, les nuitilations arbitraires qu'il s'était permis de faire aux décrets du concile de Trente et au bu f de Pie VI, lui ordonnant de désavouer sa lettre pastorale par une autre dans laquelle seraient exposées les doctrines de TEolise catholique et les constitutions dos papes concorn.ujt la lecture des saintes Écritures, et do fortifier la foi do^ fidèles dans les deux sources de la révélation divine, savoir : les saintes Ecritures et la tradition.

L'empereur Alexandre avait, sur riuHuonce que pouvait exercer la société biblique, des vues plus sages que Siestrzencewicz ; il fut tellement frappé du langage teiu parle pape Pie VII dans ce bref, que, nou-soulomciit il on lit

publier une traduction dans toutes les feuilles de son empire, mais encore ordonna aux agents de la société biblique de quitter ses Etats sans délai. Pie VII adressa encore, le 4 juin 1810, un bref h l'arcbevêque de Gnesen et aux évêques de Pologne qui s'étaient opposés énergiquement à rétablissement de la société biblique dans le pays, les engageant à éloigner de toutes leurs forces cette peste de leurs diocèses.

Pour ce qui concerne le royaume de Pologne, placé par le congrès de Vienne sous l'autorité supérieure de l'empereur de Russie, Alexandre donna à ce petit pays, à côté d'une constitution politique, une organisation religieuse, fondée sur des principes malheureusement pareils à ceux sur lesquels l'Eglise catholique romaine repose en Russie et dans les provinces polonaises de cet empire. Comme en Russie les choses de la religion sont soumises à l'appréciation du sénat, ainsi, dans le royaume de Pologne, ce< t'onc- .tions sont accomplies par la commission des cultes et d(^ l'instruction publique. Cette constitution ecclésiastique, publiée le 6/17 mars 1817, rencontra beaucoup (ropposiiiou dans le haut clergé , et seuible n'avoir été adoptent qu'en partie. Quoi qu'il eu soit , nous donnerons place à (et étrange document.

EXTHAIT DU PROCÈS-VEfiRAL DU SF.CRI^iTAP.IAT d'kTAT DU

ROYAUME DE POLOGNi:.

Nous, Alexandre P*", etc., etc.,

Vu les articles 11, 12 et i3 de la Charte constitmionnelle, et voulant faire connaître le degré de proteciion que notre gouvernement veut accorder au clergé catholique romain dans notre royaume de Pologne et à ses propriétés, après avoir entendu l'avis de notre conseil d'Etat , avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

publier une iruduction dans toutes les feuilles de son empire, mais encore ordonna aux agents de la société biblique de quitter ses États sans délai. Pie VII adressa encore, le 4 juin 1810, un bref îi l'arcbevêque de Gnesen et aux évêques de Pologne qui s'étaient opposés énergiquement à rétablissement de la société biblique dans le pays, les engageant à éloigner de toutes leurs forces cette peste de leurs diocèses.

Pour ce qui concerne le royaume de Pologne, placé par le congrès de Vienne sous l'autorité supérieure de l'empereur de Russie, Alexandre donna à ce petit pays, à côté d'une constitution politique, une organisation religieuse, fondée sur des principes malheureusement pareils à ceux sur lesquels l'Eglise catholique romaine repose en Russie et dans les provinces polonaises de cet empire. Comme en Russie les choses de la religion sont soumises à Tappréciation du sénat, ainsi , dans le royaume de Pologne , cef t'onc- .tions soni accomplies par la commission des cultes et dt^ l'instruction publique. Cette constitution ecclésiastique, publiée le 6/17 mars 1817, rencontra beaucoup (l'opj)Osiii()n dans le haut clergé, et semble n'avoir été adopté.' qu'eu partie. Quoi qu'il en soit , nous donnerons place à ( rt étrange document.

Extrait du l'HOcÈs-vEnnAL du secrf^itaiuat d'ktat du

ROYAUME de POLOGNI:.

Nous, Alexandre V% etc., etc.,

Vu les articles 11, 12 et i3 (\e la Charte constitutionnelle, et voulant faire connaître le degré de protection que notre gouvernement veut accorder au clergé catholique romain dans notre royaume de Pologne et à ses propriétés, après avoir entendu l'avis de notre conseil d'Etal , avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Titre I*'.

Dispositions générales.

Art. I*'. La commission des cultes et de rinstruction pU" blique est chargée de protéger et de surveiller le clergé catholique romain et ses propriétés. )

Art. '^. Le clergé ne pourra s adresser au gouvernement que par Tentremise de la commission. >

Art. 3. La commission sera chargée de transmettre au clergé toutes les lois et décrets du gouvernement qui le concernent.

Art. 4* Aucun ecclésiastique ne pourra s^adresser à Id commission que par Tintermédiaire de son supérieur, poiir toutes les affaires concernant ses devoirs , excepté dans leâ cas spécifiés par l'article a3 ci-dessous. Il lui est permis dé s'adresser directement à la commission, s'il s'agit d'affaires civiles, et s'il n'est pas donné suite à sa demande dans l'espace de quatre semaines à dater de l'envoi de sa pétition.

Art. 5. Les ecclésiastiques sont soumis aux mêmes règlements que les autres sujets de l'empire pour tout ce qui regarde l'administration de la justice et la police générale.

Art. 6. La commission des cultes et de l'instruction publique décidera dans les discussions qui pourront s'élever entre le clergé catholique romain et les clergés des autres communions.

Titre If.

Nominations aux sièges vacants.

Art. 7. Lorsqu'un siège épiscopal sera déclaré vacant , les évêques et le chapitre du diocèse pourront présenter des candidats avec désignation de leurs titres; la commis^ sion en choisira trois qu'elle soumettra ù notre lieutenant.

Art. 8. L'évêqiic du tliocèsc où se t.'oiiveront des sièges suffragants vacants présentera trois candidats à la commission, qui les soumettra au choix de notre lieutenant.

Art. 9. Le chapitre du siège devenu vacant par la mort de son évéque présentera à Tapprohation de la commission radministrateur qu'elle aura choisi pour le diocèse.

Art 10. Les abbés des couvents seront choisis par la communauté tout entière,. en présence de Tévéque ou de son vicaire; le procès-verbal de l'élection sera tran<;mis à la commission, qui soumettra le choix effectué à notre approbation.

Art. II. Les évéques établiront les examens annuels auxquels les candidats à toute dignité ecclésiastique seront obligés de se soumettre devant les personnes désignées à eet effet par Tévêque. Celui-ci donnera une liste par ordre de mérite avec des renseignements sur leur moralité , et Irenverra à la commission des cultes et de Tinstruction publique.

Art. IX Aucun bénéfice ne pourra être conféré qu'à uni des ecclésiastiques portés sur cette liste. Quant aux bénéfices appartenant au gouvernement, Tévéque choisira sur ceUe liste trois candidats , dont il enverra les noms à la commission avec son opinion sur leurs vie et mœurs.

Art. i3. Les supérieurs ecclésiastiques ne pourront inslaUér les bénéficiaires élus aux bénéfices institués par les particuliers, avant d'en avoir donné avis à la commission des cultes, à laquelle ils devront faire connaître les mœurs du susdit. La commission décidera dans le cas d'un désaccord entre le collateur du bénéfice et Tévêque.

Art. i4« Les évéques devront également rapporter à la commission leurs choix aux emplois d'officiaux, membres de consistoires et doyens.

Art. i5. Les couvents des deux sexes ne peuvent admettre personne au noviciat sans un examen préalable des sujets devant l'autorité ecclésiastique du diocèse , et sans une autorisation préalable de la commission.

Art. iG. Les évéques et leurs consistoires sont tenus de soumettre à la commission les cboii^ de tous ^es fonctionnaires y ainsi que toutes les mutations et. changements , dans le clergé et les cloîtres.

Art. 17. Aucun novice ne peut être admis avant l'âge de 24 ans accomplis , ni prononcer les vœux solennels avant Tâge de 3o ans.

Titre III.

Discipline ecclésiastique.

Art. 18. Les synodes ne pourront se rassembler sans une permission expresse du gouvernement, et leurs décrets ne pourront i5tre publiés avant d'avoir été soumis à la commission des cultes et de l'instruction publique.

Art. 19. Les autorités ecclésiastiques ne pourront publier les bulles des papes sans les avoir soumises au gouvernement, et avoir obtenu rauU)risation de les publier.

Art. 20. Les évéques devront exercer une active surveillance sur la police des monastères, qui ne pourront s'adresser au gouvernement que par l'intermédiaire des évéques et du consistoire.

Art. 21. Les tribunaux ecclésiastiques pourront connaître de toutes les violations des devoirs ecclésiastiques , et imposer les peines suivantes :

1° Une amende au profit des établissements de charité, mais qui ne pourra s'élever à plus de 100 florins de Pologne.

2** Une réclusion d'un mois dans un monastère ou dans un séminaire.

3° Une suspension de pouvoirs ecclésiastiques.

4° La privation des bénéfices.

5*^ La défense d'exercer les fonctions de chapelain.

Art. 22. Les autorités ecclésiastiques devront faire connaître à la commission des cultes et de l'instruction publique toutes les fautes qui entraînent les punitions spécifiées dans l'art. 21 sous les numéros 3,4 et 5, et soumises au tri]t>unal

ecclésiastique, lequel ne pourra se rassembler qu'avec l'autorisation de la susdite commission. Les jugements en dernière instance devront être envoyés à la commission.

Art. 23. Lorsque Tautorité ecclésiastique aura infligé quelques-unes des peines ci-dessus sans le concours du tribunal, appel pourra être fait auprès de la commission. Il en sera de même lorsque le tribunal ecclésiastique aura infligé une peine plus sévère que celle spécifiée dans Tart. ?.r. La commission devra alors, faisant droit au recours de l'opprimé, mais sans entrer dans l'examen de la cause, réduire la peine aux proportions fixées par cet article.

Art. 24. Les évêques sont tenus de résider dans leurs diocèses. i

Art. 25. Aucun ecclésiastique ne peut jouir de deux bénéfices à la fois.

• Art. 26. Les ecclésiastiques ne peuvent s'éloigner de leur église sans la permission de leur évêque. Ils ne le peuvent faire pour plus de six semaines. La commission peut seule accorder des congés plus longs.

Art. 27. Aucune nouvelle paroisse ne peut être créée; les limites de celles qui sont établies ne peuvent être changées; et deux paroisses ne peuvent être réunies, sans l'autorisation du gouvernement.

Art. 28. Les évêques devront envoyer chaque année à la commission la liste du clergé régulier et séculier de leur diocèse; un rapport sur l'état des séminaires, le nombre des professeurs, l'objet de leur enseignement, le nombre et les noms des élèves , avec des notes sur les mœurs et les qualités de chacun d'eux.

Titre IV.

Hevenus de FÉg/isc.

Art. 29. Les biens-fonds et proprié(<''^ des égh^c; cl du

clergé sont sous la protectioa et la surveillance de la commissioD des cultes et de l'instruction publique.

Art. 3o. La coirimission doit veiller à ce que les églises et édifices religieux soient entretenus en bon état. Elle a le droit de forcer à les faire réparer ou à en faire construire de nouveaux , ceux qui y sont obligés d'après les règles établies à cet égard.

Art. 3i. Lors de Tinstallationd'un bénéficiaire, il sera fait, par des personnes commises à cet effet, par la commission et par révéque , un inventaire exact de l'état de l'église et de ses ressources, et le bénéficiaire en sera rendu responsable.

Art. 32. Les années de grâce sont supprimées. Le bénéficiaire jouira des revenus de son bénéfice pendant toute sa vie. — Ces mêmes revenus perçus depuis le jour de sa mort jusqu'à l'installation de son successeur sont employés à Famclioration de l'église. Si elle n'en a pas besoin, la coininission donne les ordres nécessaires pour qu'ils soient employés au profit de la communauté , et l'évêque en rend compté cbaque année à la commission.

Art. 33. Les ecclésiastiques jouissent du revenu attaché à leurs fonclioîis du jour de leur installation canonique.

Art 34- Ils le perçoivent à partir du i" janvier de chaque année.

Art. 35. Les fonds ecclésiastiques ne peuvent être aliénés ni engagés pour plus de trois années. On ne peut en prendre le capital, ni le placer en aucune façon, sans la permission du gouvernement.

Art. 36. Tout contrat engageant les fonds ecclésiastiques pour trois ans doit être approuvé par la commission. Les engagements pour une année doivent être approuvés par révéque.

Art. 37. Los églises et communautés ecclésiastiques ne peuvent faire aucune obligation sans l'autorisation du gouvernement.

Art. 38. L'exécution de la présente ordunnance est con-

fiéë h )à commission des cultes et de l'instruction publique. Fait, à Pëtérsbourg, lé 6/17 mars 1817.

Signé L. P. ALEXANDRE.

Par l'Empereur et Roi, Le Ministre Secrétaire d'État , Signé Ignace Sobolewshi.

G>Dforme à Toriginal.

Le. Ministre Secrétaire d'État, .

' Signé Ignace Sobolewsri.

Gonformç à Toriginal.

Le Conseiller d'État, Secrétaire d'État, Signé KôssECKi, Général de brigade.

* Pour copie conforme ,

Signé Gluszynski, Secrétaire général.

La nouvelle délimitation du royaume de Pologne, en 181 5) cbangeait les liens hiérarchiques de l'Église polonaise, dont le siège primatial de Gnesen passait, avec Ijb grand duché de Posen, sous la domination de la Prusse. Pie VII , dans les négociations qu'il entama à cette époque avec la cour de Pétersbourg, confirma, par la bulle Ex imposiia NobiH du 3o juin 1818, la nouyelle organisation des diocèses du royaume. Par une autre bulle, Militantis EccU' sue, du 12 mars de la même année, il fit du siège de Varsovie, qui n'avait été jusqu^alors qu'une suflragance du siège primatial de Gnesen , un archevêché et une métropole. A ce nouvel archevêché se trouvaient soumis les sept évêchés du royaume de Pologne , savoir : Cracovie, Ralisz, Plock, Augustow, Sardomir, Lublin et Podiachie. Le nouvel archevêque, François Malczewski, précédemment évêque de Kalisz, ainsi que les autres évêques du royaume , reçurent, par bref du 9 octobre 1818, les droits quinquennaux. Par un autre bref du 3 octobre de la même année, l'Université de Varsovie fut rétablie dans ses anciens droits.

La discipline de l'Église relativement au mariage avait

été fort relâchée dans le cours dii dernier siècle. Dans ducun autre pays, si ce n^est en Angleterre, à la même époque, il n*y avait eu autant de divorces. Triste preuve de la dégradation des mœurs chez une nation longtemps pieuse et chaste. Déjà, en 1771 et en 1777, l'évèque de Kamieniec , Jean Rrasinski , et Antoine Mlodziêjièw'ski, évéque de Posen et grand chancelier du royanme, avaiébt cherché, par des avertissements sévères, à détourner les Polonais de cette voie de perdition , et les avaient menacé» de la colère du ciel; mais tous leurs éfForts avaient été inutiles. La dépravation des mœur ^ et son inséparable compagne, Imcrédulité , pénétraient de plus en plus au cœur de la nation , lorsque fut réalisé le terrible décret prononcé par la bouche du grand Krasiuski, dans la diète de 1772, dans ces mots : Regnum a gente ingentem trànsfcrtur propter injustitias et injurias et contwnelias et dîversos dolos» ( EccL )

L'immoralité et l'incrédulité s'étaient surtout répandues dans la noblesse et les classes supérieures. Souvent, dans la haute société , on voyait des dames ayant trois ou quatre maris vivants, et il n'était pas plus rare de voir des hommes rencontrer trois ou quatre dames auxquelles ils avaient été mariés. Des mariages de vingt et trente ans étaient rompus sans égard pour leur descendance nombreuse et sans motifs graves. Un léger soupçon, une jalousie, un caprice, l'envie d'une dot, déterminaient ces divorces, que l'on couvraitdu prétexte d'infidélité conjugale et autres semblables défaites. Les membres des consistoires épiscopaux étaient souvent gagnés à prix d'or pour procurer ces divorces.

Le mal qui résulta de ce désordre pèse surtout sur les évêques qui ne s'opposèrent pas avec la vigueur nécessaire à cette immoralité de la noblesse, et ne surent pas maintenir les consistoires et les prêtres dans l'observation de la discipline de l'Église dans une matière si importante. Ils dispensaient avec une coupable facilité de la publication des bans, et permettaient de faire célébrer les mariages par des prêtres étrangers aux paroisses. De là une foule de ma-

riages soi-disant secrets, dont la nature servait merveilleusement de prétexte à des divorces qui ne tardaient pas à suivre. Ces abus incroyables venaient souvent encore de la nêg1i{;eDce que les prêtres mettaient à s'assurer du consentement des deux parties, ce qui permettait de prétexter bientôt une prétendue violence. Mais la faute la plus grave pèse sur les consistoires épiscopaux, qui se laissaient corrompre , et négligeaient , avec une coupable légèreté , les ^ages prescriptions que le pape Benoit XIV avait faites oans sa bulle Dei mtseratione.

Aucun prélat) toutefois, n'alla plus loin que le métropolitain Stanislas Siestrzencewicz. Le mariage semblait n'être plus à ses yeux un sacrement. Ayant obtenu du nonce apostolique Arcbetti dispense de Tobligatiou d'admettre des défenseurs du mariage , il déliait indistinctement tous les mariages, et se fit même par ce moyen un revenu considérable. Plusieurs de ses suffragants suivirent cet exemple, et cet abus di^re malheureusement encore aujourd'hui. Dans le seul diocèse de Minsk, qui ne compte pas plus de 331,869 âmes, le nombre des divorces monte à deux ou trois cents par an.

Les évêques du royaume de Pologne agirent plus consciencieusement en matière de divorce que ceux de la métropole de Mobile w, et se conformèrent plus exactement aux ordonnances de Benoît XIV, ce qui est d'autant plus louable que le code civil français avait été mis en vigueur 4ans ce royaume.

D'après ce code, le mariage civil suffisait , et le mariage ecclésiastique n'était pas indispensable. Heureusement, lorsque le grand duché de Varsovie fut placé sous le pouvoir du roi de Saxe, les curés furent chargés eux-mêmes de faire les mariages civils, et, aussitôt que celui-ci était accompli, ils donnaient la bénédiction nuptiale. Dans la capitale seulement, des laïques présidaient aux actes civils , de sorte que la bénédiction spirituelle y était négligée , et les divorces rendus faciles.

L'empereur Alexandre voyait Lvec une égale peine, et les désordres provenant des divorces, et Timplantation du code français en Pologne. 11 en parla dans la diète qu'il ouvrit le i3 mai i825, dans les termes suivants : « Repré- « sentants du royaume de Pologne. La religion, cette source « de toutes les vertus et de tous les mérites de Thomme, « exige la révision d'une partie de votre code civil; une « commission choisie dans votre sein u déjà entrepris ce « travail important, et le projet qu'elle a rédigé du pre- « mier livre de ce code sera soumis à vos délibérations. »

La diète vota la révision du code français , et la rédaction d'un code national ; mais il y eut une forte opposition contre la suppression de l'article du code français relatif au mariage civil et au divorce. Heureusement, la volonté de l'empereur et le courage tout apostolique de l'épiscopat polonais l'emportèrent. Le mariage civil fut aboli. Cependant, quelques sénateurs demandèrent que toutes les affaires concernant les mariages fussent déférées aux tribunaux civils, ce qui est évidemment contraire à la décision du concile de Trente» canon XII, sess. xxiv. Us se fondaient sur deux motifs aussi vains que peu concluants : Tun , qu'en Autriche cette pratique était généralement admise^ l'autre, que le conciîc de Trente n'avait jamais été, en Pologne, officiellement ni publiquement reconnu. Les évoques, ayant à leur tétc Mgr. Skarszewski, archevêque métropolitain de Varsovie, Skorkowski, évéque de Gracovie, et l'évcque de PodJachic, Çutkowski, essayèrent vainement de convaincre les sénateurs du peu de fondement de leurs assenions, et de les rappeler à de meilleurs sentiments de pieté et de religion. Quant au premier point, que toutes les affaires concernant le mariage sont jugées en Autriche par les tribunaux civils , ils faisaient observer que jamais l'Église catholicjue ni ses chefs n'avaient consenti à cette usurpation des droits les plus sacrés de TÉglise ; que l'empereur Joseph H l'avait permise , en cédatit aux suggestions des Illuminés et des Francs-maçons; qu'elle n'avait donc jamais été reconnue ni

approuvée; que le (jouvernement de TAutriche lui-même, frappé de Tinjustice de cette usurpation, s'efforçait de diminuer, autant que possible, le mal qui en résultait. L'archeTeque primat de Varsovie citait, comme preuve, que pendant les quatorze années de ses fonctions épiscopales à Lublin, lorsque cet évéché avait été sous la domination de l'Autriche, pas un seul mariage n'avait été dissous par les tribunaux civils autrichiens. Quant au second point , que le saint concile de Trente n^avait pas été reçu en Pologne, les évêques prouvaient, l'histoire à la main, que non-seulement ce concile avait été proclamé plusieurs fois en Pologne par le cardinal Jean-François Gommendoni, légat à latere du saint-siége en Pologne et en Russie ( mort en i584), et par l'illustre Stanislas Hosius , cardinal-évêque de Warmie (mort en 1579), ^^ ^"* avait été lui-même l'un des présidents de ce concile, mais que le roi , les évêques , le sénat et les états réunis à la diète de Varsovie en iSyi, l'avalent solennellement reçu à l'unanimité , et que, depuis cette époque, c'est-à-dire depuis 260 ans, il avait toujours eu force de loi. Tontes ces raisons ne purent détourner les sénateurs de leur malheureux projet. Six d'entre eux seulement votèrent pour le jugement des affaires concernant le mariage par les tribunaux ecclésiastiques; le reste , au nombre de vingt-quatre, vota dans le sens contraire. Le scandale fut plus grand encore dans la chambre des nonces : quatorze seulement soutinrent le projet des évêques, et les quatre-vingt-douze autres décidèrent que les affaires concernant les mariages seraient déférées aux v.ibunaux civils. « Quelle différence entre l'ancienne et la nouvelle Pologne! » s'écriait avec douleur le noble archevêque-primat, à la vue de cet esprit irréligieux des représentants de la nation , « quelle différence dans les sentiments de piété de l'une et Je lautreî c'est la franc-maçonnerie, c'est l'éducation impie que l'on donne à la jeunesse qui ont corrompu ainsi vos esprits et vos cœurs. »

En prononçant la clôiure de la diète, le ministre de Tin-

lërieur, comte Mostovvski, lut un rapport dans lequel on remarque plusieurs projets sur l'Église, celui entre autres de l'érection, pour le royaume de Pologne, d'un collège ecclésiastique catholique à Varsovie, sur le modèle de celui établi à Pétcrsbourg, pour la métropole de Mohilew. K Conformément à un décret royal , qui prescrit quelques changements dans l'administration du culte , il sera établi dans ce collège, disait le ministre, une section ecclésiastique pour s'occuper directement des affaires du clergé catholique romain , et veiller au maintien de la discipline dans les ordres religieux, m

Heureusement pour l'Église catholique des provinces polonaises de l'empire russe, la mort emporta, vers cette époque, le métropolitain Stanislas Siestrzencewicz , qui avait été, pendant cinquante-quatre ans, le fléau de ce pays.

Son successeur * fut le saint évêque de Luck , Gaspard Casimir Cieciszowski , vieillard vénérable de quatre-vingtquatre ans, né à Wolice, dans le diocèse de Posen, le 12 janvier 1745, et nommé, le T 6 décembre 1798, au siège réuni de Luck et Zylomir, par suite de la suppression du siège de Kiew, ordonnée par Catherine II. Élevé contre son gré, par oukase du 28 février (11 mars) 1827 (voyez page 770), à la dignité de métropolitain des églises catholiques romaines en Russie, il fut confirmé par un bref du pape Léon XII du 23 juin 1828. Son grand âge et ses nombreuses infirmités (il avait presque perdu la vue, et ne pouvait plus

' Journal de Saint-Pétenbourg t n» 3i, 182T.

Sa majesté l'empereur a daigné adresser le 28 février dernier au sénat dirigeant l'oukase tuivant: • En témoignage de l'estime que nous faisons des mérites distingués de Mgr Gaspar Ciecisiowiki , ëyéque catholique romain de Luck, qui par ses travaux apostoliques et par «on lèle pour le trône et pour l'église avait su se concilier la bienTeillance de feu notre frère bien-airaé l'empereur Alexandre l", de glorieuse mémoire , nous élerons ce prélat à la dignité d'archevéqne métropolitain des églises catholiqites romaines en Russie* lui conservant en cette qualité le siège de Luckt et nous 1^ dispensons en mciuc temps de présider le collège ecclésiastique catholique romain.

signer son nom qu'au moyen d'un fac-similé) Tempéchèrent de se rendre à Moliilew. II resta doue à Luck en qualité d'administrateur des trois diocèses réunis, bien que sa nomination aux fonctions de métropolitain eût rendu vacants les sièges de Luck et de Zytomir. Michel Piwnieki , ëvéque de Ramaté in partibus^ nommé son coadjuteur, par un bref de la même époque , cuni futura successione in epi' scopalu Luceoriensi et Zitomiriensi, le suppléa dans ladmiiiistration de l'archevêché de Mohiiew, et siégea pour lui dans le collège ecclésiastique catholique romain de Pétersbourg.

Cieciszowski, seul entre les prélats soumis à la métropole de Mohiiew, n'avait pas suivi le déplorable exemple donne par Stanislas Siestrzençewicz. Pendant le long péricde de son administration du diocèse de Luck, il n'y avait pas laissé pénétrer la peste du divorce. Aussi Léon XII lui recommanda-t-il , en lui conférant la métropole de Mohiiew, de déployer le même zèle, la même vigilance et la même vigueur, pour combattre ce mal si grave dans les cinq autres diocèses soumis à sa métropole.

L'empereur Nicolas trahit, dès son avènement au trône, contre l'Eglise catholique du rite latin en Pologne et en Russie, les sentiments de haine qu'il avait témoignés contre l'Lglise ruthénienne unie; il est donc évident, comme nous l'avons déjà remarqué, que la persécution de cette Lgliso ue résulte point des événements malheureux qui commencèrent le 29 novembre i83o et finirent en septembre i83i.

Tandis que l'empereur publiait le célèbre oukase du 22 avril (3 mai) 1828, qui bouleversait de fond en comble la hiérarchie et la constitution de l'Eglise riuhénienne unie , par un autre, il ordonnait que , à l'avenir, pour entrer dans un ordre monastique, on serait tenu de solliciter par l'intermédiaire du gouverneur-général de la province l'autorisation du miuistre des cultes. Or, l'on sait que cette permission n'était accordée que très-difficilement. Cet oukase fut le premier d'une série de mesures tendant à la destruction

complète des institutions monastiques^ destruction qnifut accomplie en i832.

Dès la même année , Tempercur avait ordonné que quiconque voudrait entrer dans un séminaire pour s'y faire prêtre devrait présenter ses titres de noblesse. Les aspirants à la prêtrise devaient, en outre, avoir fait leurs études dans une des universités de l'empire , être âgés de 25 ans au moins, fournir un remplaçant pour le service militaire, obtenir la permission du ministre des cultes, et enfin verser une somme de 600 francs dans la caisse de leur province au profit du clergé scbismatique. Un autre oukase de 1829 ferma les noviciats dans tous les monastères , et un autre limita le nombre des séminaristes dans chaque diocèse.

Mais la persécution devint bien plus vive à dater de i83o. Par ordonnance royale du 25 mars (6 avril) de cette année , Tempereur avait convoqué la diète du royaume de Pologne. Elle devait discuter un nouveau code civil, et reprendre de nouveau l'affaire du mariage , sujet qui avait été traité avec tant i\c cbalenr dans la dicte de 1825. L'empereur ouvrit cette diète, le s>.8 mai, par nn <liscours dans lequel nous remarquons le passage suivant:

« Les dispositions volées par hi dernière diète et renfermées dans le premier livre du code civil , relativement aux causes de nullité en mariage et au divorce, ont rencontré dans leur application quelques difficultés qui en demandent la révision. J'appelle toute votre attention sur un objet qui intéresse si fort l'ordre social et le repos des consciences. »

Bientôt après, un projet de loi fut proposé à la diète sur les modifications à introduire dans la législation en usa};c dans les procès en dissolution de mariage et en séparation de corps et (!e biens.

Le 3o mai, le ministre de l'intérieur comte Mostowski lut, au nom de rempereur, un rapport sur l'administration du royaume pendant les cinq années écoulées depuis la dernière di(>te. Voiri ce qui s'y trouve sur Io> affaires religieuses.

Ministère des clltes.

« La loi votée dans la'dernière dicte et insérée dans le premier livre du code civil a été mise à exécution. Les dispositions relatives aux procès en séparation ont rencontré une Tive opposition de la part des autorités ecclésiastiques , et ont introduit dans les liens sociaux une incertitude qui a exercé sur la paix des familles et sur les mœurs publiques une déplorable influence. Les ministres des cultes et de la justice, n'ayant pu trouver le moyen de mettre celte loi en harmonie avec les lois canoniques , il a été résolu que cette affaire importante serait de nouveau soumise aux chambres législatives.

« La population catholique du royaume de Pologne , qui en 1828 était de 3,471,28a âmes, était répartie sur 1,917 paroisses et 809 succursales ou chapelles, occupées par 3,369 pi'^ti'cs , sans compter le haut clergé. i5 séminaires comptaient 370 élèves; i56 monastères d'hommes renfermaient 1,783 moines, et 29 couvents de femmes renfermaient 354 religieuses.

« Les revenus annuels du culte catholique consistaient en 1,600,000 florins payés par le trésor, et 890,728 florins provenant des domaines confisqués aux congrégations religieuses; les revenus des curés nont pas tous encore été encaissés, à cause de la difficulté de percevoir la dune, et par les retards des contribuables ; du reste, c'est une affaire qui doit être réglée entre le ministre des cultes et celui des finances.

• 325 églises ont été recouvertes, 12 autres ont été construites aux frais des paroisses, et loi sont en réparation.

c L'église de Saint-Stanislas, bâtie à Rome, il y a aSoans, par la piété des rois de Pologne , a été tirée par l'empereur Alexandre de la triste situation où l'avaient jetée les événements politiques. L'église dite délia Madona del Pascolo, également à Rome et de fondation polonaise, a été rétablie par les soins du ministère des cultes.

« La Pologne comptait, en 1828, 41 communautés protestantes avec 38 prêtres, 7 chapelles, i monastère du rite grec , 2 monastères et 2 chapelles de philippons ou raskolniki, 2 paroisses mennonistes, 2 mosquées mahométanes avec 2 imans, et 62 synagogues juives *.

« Toutes les confessions religieuses sont protégées , et quelques-unes sont activement soutenues par l'État. »

Cette diète se sépara comme les autres sans améliorer la triste situation de TÉglise polonaise. Les plaintes des évêques sur le scandale des di^orces, et leurs réclamations pour obtenir un règlement ecclésiastique sur le mariage échouèrent devant l'aveuglement des membres de la diète, et cette fois aussi devant la volonté de l'empereur. Nicolas, pour gagner les membres de la diète à son projet de réforme politique, les soutint dans leurs propositions concernant les mariages , qui passèrent définitivement dans la compétence des tribunaux civils. L'évêque de Podlachie , Gutkowski, et Skorkowski, évéque de Cracovie, firent dans cette diète la même opposition que dans celle de 1825 , contre la honteuse usurpation des droits de l'Église, et tous deux, victimes de leur zèle, reçurent l'ordre de quitter Varsovie avant la clôture de la diète.

Les événements de i83o forcèrent l'empereur de suspendre pour un temps ses réformes ecclésiastiques , et de consacrer toute son activité au rétablissement de sa domination ébranlée. Mais à peine fut-elle rétablie, en i83i, que l'on reprit de plus belle la guerre contre l'Église catholique.

L'année 1882 fut, pour l'Église du rit latin , tout aussi fâcheuse que pour l'Lglise ruthénienne unie; on l'ébranla jusque dans ses fondements , et elle aurait péri comme rÉglise ruthénienne unie, si Dieu n'en avait eu pitié. La suppression de tous les instituts religieux résolue en 1828 fut accomplie en i832. Nous citerons quelques-unes des mesures qui furent adoptées à cet effet.

' Voir Piècet juiùficaUvci, o. 71 et 72.

L'ancienne Pologne avait coniplé un grand nombre île cloîtres richement dotes. La seule métropole de MoLilew , d'après le rapport statistique cité plus haut, comptait, eu i8o4, dans les provinces russes ou polonaises 3o5 couvents d'hommes, renfermant 3,468 moines, et 4' couvents de femmes , renfermant 5()0 religieuses , sans compter les maisons de jésuites. Le capital possédé par ces couvents montait à 2,175^357 roubles argent, formant un revenu annuel de 289,206 roubles. Ils possédaient , en outre , 61,000 serfs mâles. l/Eglise polonaise avait déjà perdu un bon nombre de monastères des deux sexes sous le gouvernement de Catherine II, depuis l'époque du partage de la Pologne jusqu'à l'année 1798. Cependant, les richesses de ces monastères étaient. un appât séduisant pour le gouvernemeut russe, qui ne cachait pas le désir de s'en emparer.

Le ministre de l'intérieur Bludow, ayant reçu de l'empereur la commission de mener à fin la suppression des couvents catholiques dans l'empire , adressa au collège ecclésiastique catholique romain, au commencement de i832; un rapport mensonger sur l'état prétendu déplorable des couvents. Ce rapport, en terminant, exigeait, ait nom de l'empereur, et avec des promesses infinies d'amélioration pour rÉglise, que l'on supprimât les couvents dont le maintien 11c répondait plus aux besoins du temps ni de l'Église, et ceux dont la discipline était altérée. Tout ce que la philosophie du dix-huitième siècle avait publié contre les institutions monastiques fut reproduit dans ce rapport. •Le ministre allègue le peu de vocation que l'on éprouve de nos jours pour la vie monastique; mais il néglige de dire que l'empereur, par son oukase de 1828, et pour préparer cette suppression , avait rendu l'obéissance à celle vocation à peu près impossible. Il affecte de déplorer Toubli dans lequel est tombée la discipline monastique, la mauvaise administration des couvents, la corruption des mœurs , le petit nombre des sujets dans beaucoup de cloîlre> , lo peu de services rendus par enx , et il termine ses

lamentations par ces mots : « Il nous a paru que le meilleur moyen et le plus efHcace pour remédier à cet état de choses était de supprimer les monastères superflus , d'en répartir les religieux dans ceux que Ton conserve, et auxquels on donnera une constitution q\û les mette en harmonie avec le but primitif de leur établissement, avec le véritable esprit du christianisme, et avec les besoins actuels de l'Eglise câthol que romaine. »

Ces plaintes contre les monastères s'appuyaient encore de l'autorité de l'église elle-même; on citait la célèbre bulle du pape Benoît XIV du u. mai i744> -^'i'^'* p/uresyuc»«tt/iïafi5 ', par laquelle les métropolitains de l'Eglise ruthénienne unie reçurent la faculté de réunir plusieurs monastères en un, s'ils étaient trop pauvres pour pouvoir nourrir plus de deux ou trois individus. Mais chacun des cloîtres en qucs tion maintenant contenait huit à dix religieux au moins. La réunion des monastères n'était donc point motivée.

Mais la suppression Tétait néanmoins au dire du gouvernement , puisque les biens des ordres religieux seraient transportés à la masse des biens de l'Église, et pourraient servir à la destruction de beaucoup d'abus, à l'amélioration de l'administration, à l'agrandissement des séminarr«« , ce à la fondation d'hospices pour les ecclésiastiques âgés ou malades. En conséquence , et d'après ces considérations , l'empereur publia, le 17/28 juillet i832, l'oukase que nos lecteurs trouveront aux pièces justificatives ^.

L'évêquePawlowski, alors présidentducollége ecclésiastique catholique romain, marchait exactement sur les traces de Siestrzencewicz. Il s'empressa donc d'envoyer une circulaire auxévêques de la métropolie de Mohilew, pour leur demander un rapport détaillé sur l'état des couvents de leur diocèse, avec une note de ceux qui pourraient être supprimés sans porter préjudice à VEçYise ou nnire au service de Dieu. Afin d'être plus sûr de réussir dans celte entreprise, on s'était

» Inicr plures juriindliatis, S 29 du 2 mai I74i Ruilarii BcnedictiP. Xr\', T. I )>. 355, cd. Romrc , 17 Wî, (ol. — ' Voir Pit^c<»< jii«iifir.iii\p» , n" .">S,

d'abord adressé au pieux cvêque Michel Piwnicki, coadjoteur et administratrateur de Luck etZytomir; il était, comme nous lavons vu , adjoint du métropolitain Cieciszowski pour 1 administration de la mctropolie ; mais il répondit avec courage qu'il ne pouvait rien sans rassentiment du métropolitain. Celui-ci , que ses vertus avaient fait surnommer l'Apôtre de TEglise polonaise, répondit, avec la simplicité qui Te caractérisait et qui ne s'était jamais démentie pendant sa longue carrière apostolique, qu'il était trop vieux (il avait alors 87 ans), et se voyait trop près des portes de 1 éternité pour donner son approbation à une mesure coupable.

On rencontra la même opposition chez Tévéque Szczyt , administrateur du diocèse de ^lohilew; mais il ne tarda pas à être puni de cette résistance : on l'enleva secrètement pour renvoyer aux extrémités les plus reculées de l'empire ; et il n'en revint jamais , malgré les instances que fit , à ce sujet , la noblesse entière de la Russie-Blanche. Un autre prélat , Szantyz , s'opposa égaleraeqt de toutes ses forces, mais en vain. A la place de Szczyt, on avait placé l'abbé Kamionka, favori du gouvernement, qui donna sans hésiter son consentement, et travailla de commun accord avec Pawlowski à la destruction des couveots. A la fin de Tannée cette déplorable entreprise était accomplie. Des 3oo couvents de la métropolie de Mohilew qui subsistaient encore en i83a, 202 avaient été détruits : il n'en restait plus que 98 '.

Le plus grand nombre de ces couvents avait été vendu à l'enchère ^ ; le reste avait été donné à rÉgli&e schismatique. Ceux qui étaient des lieux de pèlerinage, ou que distinguait quelque fondation pieuse, furent de préférence donnés aux ennemis de l'Église. Le couvent des Camaldnles de Pozayscie, par exemple, l'un des plus célèbres de la Lithuauie , faisait la gloire de son ordre , dont il était la souche en Pologne, et formait une véritable pépinière de

' Voyez Piicesjujiificaiives ce les Documents joiiiis à l'Allociiiioa du 22 jiiillci 184â» n« 11. — » Voyw Pi^M juîtificiiivcs , n" 5f>.

«linl». Il avait été fonde par iç priuLc Polt^slas, Vun dea pieux epfanls de saint Hotnuald, et n avait compté pas moins de cinq martyrs à Tépoque où ce pays 8^ trouvait sous le joug des barbares. Dans un antre couvent célèbre du même ordre, situé près de Cracovie, les religieux sont réduits ù un faible révenu annuel, et ne peuvent désormais recevoir de novices, bien que les habitants de Cracovie, qui avaient toujours favorisé cet asile de la piété, se soient offerts de pourvoir à leur entretien.

Quant aux fonds provenant de la suppression des monastères, et qui formaient un capital de 4)85o,ooo roubles d'argent, Toukase que nous avons cité plus haut Icsaffectait aux besoins de TEglise catholique , tels qu amélioration et agrandisssement des séminaires, écoles, églises, etc.; mais on devine bien que le gouvernement s'en appropria la plus grande partie; le reste fut employé en construction ou riéparation des éuiblissements catholiques transformés en couvents, paroisses et évéchés schismatiques. Quant aux évéques et prêtres catholiques, s'ils demandent un secours pour des séminaires, pour l'entretien ou la réparation des églises, ils reçoivent toujours pour réponse que cette dépense est à la charge des diocèses et des paroisses.

Mais ce qui menace par-dessus tout rKglise catholique , non-seulement dans les provinces polonaise? de la Russie, mais encore dans le royaume de Pologne, c'est le nouveau règlement des mariages mixtes, introduit en i832,etqui veut que tout enfant né d'un mariage où l'un ou l'autre des deux époux appartient à l'Eglise russe soit élevé dans cette religion. Pour colorer d'une apparence de droit cette ordonnance impie , le gouvernement invoque un oukase pareil de Pierre-Ie-Grand , du i8 août 1721. Nous avons parlé dans notre Introduction de cet oukase, dirigé contre les protestants.

Pierre I" avait fait de la Russie un asile pour tous les étrangers. Il affluait à Saint-Péier.sboursj; cl dans le» antres villes de Tcinpirc une foule (\c n('';M)(i;»iils, (i"arii<^ans et

d'artistes, qui venaient y faire fortune, et en façonner la population sauvage sur Je modèle de l'Europe. Ces étrangers cherchaient à s'établir dans le pays, en y contractant des liens de famille. Ils étaient généralement bien accueillis par des femmes soumises jusqu'alors à un joug orientai, et privées d'influence sur la socié*? des hommes. Il y eut donc une réaction qui pénétra dans l'Église et dans l'État , et comme une lutte entre la nouvelle et l'ancienne Russie.

Le grand nombre de ces étrangers appartenait à la confession d'Augsbourg du à celle de Genève. 11 était rare qu'un catholique, à moins de circonstances graves, épousât quelqu'un d'une foi étrangère à la sienne, puisqu'alors il était formellement stipulé que les enfants seraient élevés dans la religion catholique. Ce ne fut guère que dans la seconde moitié du xviii" siècle, et en conséquence de l'esprit d'irréligion, que la coutume des mariages mixtes sans cette condition s'introduisit parmi les catholique?. D'ailleurs, à l'époque de Pierre-îe -Grand, les catholiques ne jouissaient pas encore des droits et privilèges civils accordés par cet empereur aux protestants, lors de son avènement. L'oukase de Pierre relatif aux mariages :.aixtes avait donc en vue principalement ces derniers, et avait pour but d'arrêter les progrès du protestantisme allemand , français , hollandais, ou autre, en Russie.

On trouve une preuve de la rareté des mariages mixtes en Pologne, même pendant la seconde moitié du dernier siècle, dans la disposition stipulée en leur faveur par la Russie à l'article 2, paragraphe 1 1 , de l'acte séparé du la/aS février Ï768 '. Cet acte est empreint de l'esprit irréligieux qui avait alors déjà pénétré dans la législation des p^vs catholiques de l'Allemagne, tels que la Bavière (*t î'Aiiinche, et néanmoins il ne causa pas en Polop,ne tout le nisil qu'il avait causé dans les pavs catholiques allemands.

Trois causes principales coniribuèrcnt à rendre les nia-

" VoTM plu* liant, cliap. 1, ei Piètc? juMilîcaiives, n" -21.

liages mixtes rares eu Pologne : la première était le petit nombre des protestants et des non-unis; la seconde, la pauvreté et rinféhoritd de condition des uns et des autres; enfin Jes dissidents, comme les non-unis, s'étaient rendus odieux aux catholiques par la protection qu'ils avaient imprudemment réclamée de la Russie sans motif réel ni justice. Les Polonais distingués et appartenant à la noblesse auraient rougi , autant par orgueil national que par d'autres considérations mondaines , de s'allier avec des familles protestantes ou non-unies. Cet éloignement subsiste encore aujourd'hui même, malgré le temps et les malheurs qui ont accablé la Pologne. Les catholiques regardent les dissidents comme leurs ennemis, et se souviennent qu'ils ont aidé la Russie et la Prusse à anéantir la religion et la patrie.

Les dispositions contenues dans l'acte séparé de 1768, relatives aux mariages mixtes, furent étendues, par les oukases de 1776 et de 1780, aux Polonais de la Russie- Blanche, tombés en partage à la Russie en 177^. l'n oukase du 20 mars 1812 les étendit pareillement au grand duché d» Finlande.

Les mariages mixtes dans les provinces polonaises de la Russie restèrent soumis à cette législation jusqu'en i83i. Au premier janvier de cette année parut un oukase qui rendait la législation russe obligatoire, en général, dans les gouvernements de Vitepsk et de Mohilew, jadis appartenant à la Pologne. C'était y remettre en vigueur î'onkase de Pierre-le-Grand du 8 août 1721 concernant les mariages mixtes, lequel avait conservé force de loi dan^i i'euipircj. L'année suivante on alia plus loin: le 20 août i832, un autre oukase , sur un rapport du saint synode , oidonnait que l'oukase du 8 août 1721 aurait force de loi dans toutes les autres provinces polonaises de la Russie et, conséquetnment, dans les six diocèses de la métropolie de Mohilew '. Le gouvernement se servit encore d'un moyen particulier

' Pièces justificatives , ii' (i.J,

pour soumettre à cet oukase de l'ierre-Ie'Grand tous les officiers civils et militaires employés dans les provinces polono-russes , et compléter ningi Tœuvre violente de 1768, relative aux mariages mixtes. Nous ne reviendrons pas sur ^'argumentation absurde, illogique et essentiellement ré> voîuiionnatre, par laquelle le législateur russe prétend faire valoir les droits que, par le traité de 1768, les Polo- Dais avaient accordés au:| dissidents et aux non>unis de leur pays , tandis qu'il supprime ceux que les catholiques polonais s'étaient, pari le même traité, réservés contre les protestants et les non-unis. L'acte séparé de 1768 a été solennellement garanti par la Russie dans les trois traités départage postérieurs de 1773, 1793 et 1795. Il devrait donc conserver sa force entière pour les polonais qui à ces trois époques ont été livrés à la Russie. Dans ces trois traités la Russie avait, en outre, renouvelé les assurances les plus solennelles et les plus positives de ne jamais employer son autorité au détriment de la religion catholique dans les provinces polonaises; et elle avait encore répété cette , promesse dans plusieurs circonstances à la face de TËu* rope. Ainsi, pour le royaume de Pologne créé en 181 5, Pempcreur Alexandre, en lui octroyant une charte constitutionnelle, jura solennellement de maintenir la religion catholique dans ses droits et privilèges existants. Mais cette garantie solennelle ne se fonde plus sur lacté séparé de 1768, ni sur la triple promesse donnée dans les traités de partage de 1773, 1793 6t 1795. Elle repose sur le droit public et la saititeté des traités nouveaux, qui n'ont plus rien de commun avec Tacte séparé de 1768. EnHn, il est évident que, par cet acte séparé, la Russie ne pouvait donner aucune garantie aux catholiques polonais, puisque à cette époque, antérieure au partage, la Pologne était un État indépendant et tout catholique. Toutes les concessions Stipulées alors par la Russie l'étaient en faveur des dissidents et des non-unis, et la Polo{;nc les accordait à Tinterct'ssion de la Russie, qui intervenait comme médiatrice et

non comme ayant le droit de dicter des lois. Le traité de 1768 n'a pas un autre sens; il est la reconnaissance par les catholiques de Pologne des droits des dissidents et des non-unis , et nullement un traité fait en faveur des catholiques , qui n'avaient pas , en 1768 , à demander à la Russie le libre exercice de leur religion.

La loi relative aux mariages mixtes , fondée sur les oukases des 20 août et 23 février ï832, jeta le trouble dans la population catholique des provinces polono-russes. Les agents du gouvernement, en voulant appliquer cette loi à tous les enfants issus de mariages mixtes conclus avant sa promulgation, ont eu évidemment pour but de schismatiser toutes ces provinces. Bientôt cependant, pour tranquilliser les catholiques, on se vit obligé, par oukase du 26 août i833, d'en restreindre l'application aux mariages conclus depuis la publication de l'oukase de i832,et de laisser £ous le régime de la loi de 1768 ceux qtii auraient été conclus antérieurement '.

En i834t cette loi fut étendue au royaume de Pologne; depuis ce temps on exige des prêtres catholiques de bénir des mariages dont les enfants doivent être élevés dans le schisme. 11 est défendu aux curés, non-seulement de demander aux fiancés la promesse d'élever leurs enfants dans la religion caiholique, mais même de leur donner le moindre avis à cet égard. Un oukase déclare criminel de lèse-majesté tout laïque ou ecclésiastique qui transgresserait ces lois.

On sait la lutte que soutint depuis i833 le noble et pieux évêque de Podlachie : il succomba martyr de son zèle; mais son exemple fut suivi par l'évêque d'Augustow. Sa lettre pastorale adressée au clergé de son diocèse a excité l'admiration du monde catholique; elle est trop connue pour que nous la citions ici. Mais le gouvernement ne se laisse pas arrêter dans la violence de ses attaques contre l'Eglise catholique , et il marche à son but sans s'inquiéter des récla-.

' Vovc/ Pièces JMstilif.iiivef , ii'>('l.

mations des pasteurs ni du troupeau. Les mariages mixtes sont plus favorisés que jamais; un oukase accorde des faveurs à tout catholique qui aurait contracté un mariage mixte ; un autre accorde aux femmes dont les maris ont été condamnés à Texil, à la prison , aux mines ou aux ga« 1ères, la permission de se remarier du vivant même de ceux-ci , à la condition seulement d'élever tous leurs enfants dans la religion russe. Ainsi, le gouvernement viole les lois les plus saintes de TEglise nationale elle-même, qui, comme TEglise catholique, proclame l'indissolubilité des liens du mariage.

Les plaintes des catholiques polonais et polono-russes sont donc bien justes; car il n'est pas besoin, pour anéantir la religion catholique dans ce malheureux pays, d'une autre mesure que cette loi sur les mariages mixtes; et elle y suffira, si Dieu ny met obstacle *.

' ÏjK prolesuntitme devra succomber aussi en Ruftie, sous les coups de ceuc Icslalion sur les mariages luiates. Nous ne pouvons nous empêcher de citer, sur ce ujrt , oo article curicus de la GaxsUe cCAugsbourg. tout en priant nos lecteurs de pardonner à ranteur de cet article , ministre luthérien distingué des provinces Ruses de la Baltique, quelques erreurs sur le passé de la Russie , et la situation polili> que et religieuse de ce pays \ l'cgard du Catholicisme et du Luthéranisme. Le coup d'oeil qu'il jette sur la situation sociale de l'Eglise de nos jours n'en c5t pas moins d'uue grande justesse. Après avoir énumérc les principaux moyens par lesquels le gouvernement russe a attaqué secrètement et ouvertement le Lutiiéranisme , il observe avec raison que le prosélytisme de l'Eglise russe ne nuit pas au Luthéranisme et n'est rien moins qu'utile à la religion gréco-russe , puisque l.i plupart des luthériens qui embrassent la religion russe sont ou des criminels, ou des esclaves qui veulent échapper aux peines qu'ils ont encourues , ou Lien améliorer leur sort.

a II faut remarque!, dit-il, que cesconversiotis du luthéranisme à la rel'j:">" «grecque ne t'accomplissent que dans les basses classes. Dans les hauts étages lesexemplts, s'il y en a, de conversion solennelle de protestans à la religion grecque sont fort rares ; en Allemagne, au contraire, les conversions au catholicisme sont fréquente.*. L'Eglise catholique est animée d'un esprit admirable, plein de force et de grandeur, qui en a fait le calie plein de splendeur, les tableaux ravissants, la belle musique, les temples majestueux. Tous ces fruits si imposants de l'arbre catholique, l'idée de la Vierge aux sept douleurs, de la pas«ion du Sauveur, de l'enfant Jésus, du Sainl-Eiprit, reproduite dans le culte catholique, cmljcllie et vivifiée par l'imagication, mai» pardessus tout, la pensée qui fait de tout catholique un membre de l'Eglise, de cette grande unité indépendante en présence de tout pouvoir iriuporel quelconque, tout cela est bien fait pour pénétrer des «sprils éclair('8 et subjujjucr des caur*.

Tout ce que nous avons dit des moyens employés par le gouvernement pour schismatiser TEglise catholique ru-

Auuî Ici poèiei , les arliues , let honiraet à imagination abaodonoent«iU volontiert le froid protedauiijme pour la foi ardente dei caiboliqnei. Cette facnltc «félectriter et de rëreilier renllioiiiiasme ti t>n>pre i l'Eglise calholiqae a , de toat temps, man* que à l'Eglise gréco-ms>e qui est paurre comparatirement. L'architerinre des temples y est froide et tosigniiiante , la peinture y est sans valenr , malgré les exemples donnés par la Grèce; la masiqoe, qnoiqae sédoisante, est sans pmfondrnr. On tent que l'ide'e mt-re et créatrice manque ; aussi est'il impossible qu'un esprit allemand soit entratoé librement et par couviciion vers l'Eglise russe. Les protestants de Russie ne connidèrent le culte de l'Eglise russe que comme des cérémonies eitérieures, et s'ils se montrent moins contraires à cette communion qn'ani antres , c'est qu'ils la regardent comme plus insigniGante et ne daignent pas l'honorer de learbaine,ne lui accordant que du mépris. L'habitude ou bien des considérations temporelles peuvent seules leur faire adopter cette religion ; enco'': ce dernier motif n'est-il pas très-puissaai, puisqu'en qualité de protestants, ils jouissent dans l'empire des mêmes droits et des mêmes privilèges que les Grecs.

« Quelquefois cependant le gouvernement attache à la profession de la commuuion grecque la jouissance de ceruins avantages; ainsi, tous ceux qui ont obtent^ des biens en Pologne ii titre de majorats, ne peuvent transmettre ces oujorats qu'à des héritiers «flevés dans la religion de l'Eut, et encore une dispense n'est point difficile it obtenir. Mais le moyen le plus direct et le plus sûr d'extirper le protestantisme drs provinces de U Baltique, c'est l'ordonnance qui prescrit que les enfants issus d'un mariage dont un des conjoinu appartient à U religion grecque, doivent totu être élevés dans cette religion. Nous avons souvent parlé de cette ordonnance, on a prétendu que cet oukase était nouveau et menaçait depuis peu seulement le protestantisme , c'est une erreur. Cette doctrine de l'Eglise russe est très-jncienne , seulement elle a ctc mise en pratique plus ou moins sévèrement selon le» é|>oqucs. Elle considère le sang gréco-russe tout entier comme sacré et comme lui appartenant. Personne hors elle n'a de pouvoir sur lui , ne peut le lier par des sacremenis. C'est pourquoi les mariages mixtes sont consacrés exclusivement par des prêtres nuses, et tous ceux qui ne l'ont pas été sont considérés comme nuls. Autant FF^Mtr grecque est tolérante pour les faits existants et peu active à faire des prosélytes, autant elle cesse de l'être quand il est question de lui enlever ce qui lui appartient, autant elle est fanatique à faire observer les lois qu'elle a faites sur le mariage en vue de sa propre conservation. Des peines sévères frappent le ministre luthérien qui oserait les enfreindre. Un maria{;c entre un Russe et une Protestante , fait par un ministre luthérien, n'est pas un mariage, c'est un concubinat. La femme ne peut pas hériter des biens de son mari , les enfants sont illégitimes, et n'ont aucun droit au nom ni à l'état de leur père. Les plus cruelles rigueurs ont éié exercées dans des cas de ce genre par les prêtres russes. L'autorité suprême a seule, daus des cas rares, adouci tant >.\e maux p^r l'application du droit de grâce.

> il parait évident que ce règlement relatif aux mariages mixtes , suffit à lui seul pour anéantir, dans un temps donne, non-seulement le proto»tanii«me mais même la nationalité alIcmaiMlc des provinces de la Baltique. I>cs RuKses y travaillent soordément mais siWme ut. Le» mariages ruire Allemands et Russes tout très-firéquenii.

thénienne unie peut ég^lemeDl s appliquer à rF.{;Iise catholique latine. Nous nous bornons à indiquer les violences et

car Ici plat beaux partis sont oikrU aui Allemanib , comme piai iotlraiu et de belle race. D'autre part, les Russes qui arrivent dans les provinces 4e la Baltique, en qualité d'officiers, d'employés ou de marchands, s'esiimeot heureux de trouver nae fille allemande pauvre mais belle, et lui font abandonner sa foi et sa patrie. Les Alle« mands qui ront à Pétersboorg ou dans l'intérieiir de la Knssie comme médecins, employés uu militaires, y trouveot tant de femmes russes avec de riches dots, qu'ils dédaignent les filles pauvres de l'Allemagne , et consentent volontiers h prier les saiuu et k f;«ire le sifne de croix avec lears enfanu gréeo-rvsse*. Deux AKemands qui s'unissent sont donc l'occasion d'âne perte double : l'une a renoncé * quelque général haut placé , l'autre à quelque riche héritière russe; et à eux deux ils forment un couple pauvre. Mais de .ous ces] mariages entre Allemands et Busses , il ne sort plus que du sang russe, russe de religion comme de nationalité; car renoncer an luthéranisme c'est perdre , en Bussie , sa nationalité allemande. La religion grecquerusse exige la connaissance et l'usage habituel de la langue russe , et elle est ellemême si étroitement liée avec la nature de U nation russe , que l'on ne peut guère accepter l'une sans se livrer à l'antre. En Livonie cependant, on a bit la remarque (]ue tout dépendait de la mère. Si la mère est russe , les enfanls deviennent entièrement Russes et le |tère n'a qu'une faible influence. Si la mère est allemande, ses enfants sont élevés comme des Allemands , bien que la loi ne leur connaisse de re<* ligion que la religiou russe.

• Il s'opère de cette manière un amalgame des deux races, et l'on Irtrave déjà dans les provinces de la Baltique , c'est-à-cUre en Estonie plus qu'en Lironie et le moins jusqu'ici en Conrlande, une foule de ces Ruues-AUemands dans tontes les classes de la société. Les familles, même les plus distinguées de la noblesse allemande, voient de leurs branches passer en Buuie ; et l'on voit ainsi /les Eogelhart russes et des Engelhart allemands, des Rorf, des VietinghofT, des Osiensacken, des Wiitgenstein, des Nesselrode, etc.. Busses et Allemands que l'on distingue par cette qualification, sous le rapport de leur nationalité et de leur religion. Beaucoup de propriétés dans les provinces de la Baltique appartiennent ainsi 'Jéjà à des familles russes.

a On pourrait donc affirmer que cette loi sur les mariages mixtes, suffira pour amener la russification complète des provinces de la Baltique. Quelques obstacles s'y opposent toutefois encore. La répugnance de la nation allemande pour la nation nuse est grande , et il hut qu'un lltuse apporte de grands avantages poiu- qu'une £emme allemande consente à l'épouser. On sait que la paix et la tranquillité intérieure ne sont pu aussi générales parmi les Russes que dans les familles allemandes ; aussi se résigne-t-oa difficilement à donner sa fille à un Busse ; il fint pour cela qu'une fiUe soit bien pauvre et que son prétendu ait un haut grade dans l'armée ; et encore préfère-t-elle souvent un Allemand «ans fortune. Les mères allemandes ne voient |ta!< non plus volontiers lenri fils épouser des femmes russes et font tons leurs efTorts pour leur faire prendre des filles du pays. Cependant les mariages entre les Allemands et les femmes rusics sont plus fréquents qu'rntie les Russes et les .\llemandes.

• On comprend, d'après cela, que les chefs de famille allrniande étant riche» , restent provisoirement Allemand» ri r|toiisenl ies partis rirlifs de la |imvinrp; tandis que les fils cadets et 1rs pins |iaiivres tilltr^ s'iillieiii a^fi les Ku>scs. Il faut rrni»r(|nri

\eé ruses auxquelles on a eu recours , et entre autres 1 introduction de la liturgie schismatique , une des armes les plus dangereuses.

Les prêtres et les fidèles de TEglise latine ont combattu et combattent encore pour la défense de leur religion avec le méfue zèle que ceux de TEglise unie ; ils endurent les mêmes souffrances. On sait , par exemple, rhëroïque courage déployé par 800 catholiques de Podolie , lorsque , en i834) on voulut leur faire embrasser le schisme, sous le prétexte qu'ils descendaient de parents schismatiques ruthéniens unis. Tous allèrent gaiement en prison , résistèrent à toutes les exhortations comme à toutes les menaces , et déclarèrent qu ils préféraient mourir dans les fers, plutôt que d'abandonner leur religion. Après plusieurs semaines, on fut enfin forcé de les rendre à la liberté , parce qu'ils avaient obtenu une enquête sur les mauvais traitements dont ils étaient Tobjet. On connaît la mesure qui limite le

autsi qiK celte ru&titication par raariagc germe .surtout parmi la noblesse , et ne trooTC que peu d'application dans la classe des marchands de Riga, Reval , etc., uou plas que parmi les pasteurs de campagne.

Dans cette classe il n'y a guère d'alliance avec les Russes ; aoui le protestantisme et la nationalité allemande s'y conservent-ils intacts. Les Russes de race pure et les Russes-Allemands eux-mêmes n'aiment pas habiter les provinces de la Raltiquc , ils s'y voient effacés par l'esprit allemand et sentent qu'ils ne peuvent s'accorder avec toi; aussi qnlttenl-ils volontiers ces provinces pour s'étabKr où ils peuvent en Russie ; ils vendent alors les biens qu'ils possèdent dans ces provinces à ceux de leurs parents qui y résident, et l'on voit ainsi ces provinces rejeter , en quelque sorte, hors de chez elles tout ce qui devient russe, plutôt que de se l'incorporer.

• Pour surveiller la collision, de plus en plu imminente, qui se prépare entre les Relises protestante et grecque, et pour veiller aux intérêts de celle-ci , le gouvernement russe a établi depuis quelques années, à Riga, un évêque de la Baltique, qui est chef de la communauté russe croissante dans ces provinces. Ce ne fut pas sans craiDte que les Alleounds virent ooe Église russe s'organiser en face de l'Eglise allemande. La persécution de l'Église luthérienne de ce côté correspondait avec les atteintes qu'elle éprouvait du côté de Hambourg , oîi Ton établissait un cvêque catholique. Pour nous résumer, le luihcfranisnie ne gagne en Russie, ni sur l'Église grecque, ni sur les autres communions chrétiennes. Il s'efface, an contraire, sensi- Uenent tous les jours et de plus en plus de%'ani l'inâuence croissante de l'Église grecque, el semble ne faire que rct.irdcr encore par quelques rfloris sa ruine couipleie , si des événements imprévus ne viennent le sauver à icinps. "

Voycï C mette d Ail fjsliouif) lUi il et IJ juin IStO, n»* ltt3 el Ibl.

nombre des paroisses , les violences exercées par les popes sous le patronage du -gouvernement, et leurs missions protégées par l'autorité, dans les villages dont la population suit le rite latin, pour y faire des prosélytes au schisme. Des commissaires civils parcourent les villages avec les popes, et forcent les babitants,au nom de Tempereur, à se réunir à TÉglise nationale. En i834 , par exemple , à Czauy , gouvernement de Vitepsk, un commissaira du gouvernement rassemble un jour la population , et leur lit un oukase qui commence par ces mots : t La volonté de l'empereur est que tous embrassent la religion professée par lui-même et par sa famille. » On répond par un seul cri de douleur. Cependant , un habitant, distingué par sa piété et ses vertus, se rend auprès du gouverneur de la province , lui expose la consternation des habitants , et demande l'abrogation de cette inique ordonnance. Le gouverneur, effrayé des dangers que pouvait faire naître la violence , abrogea l'oukase , et dit au hardi défenseur de la religion de ses concitoyens qu'il ne voulait point les forcer à embrasser la religion dominante, mais que, en se soumettant au désir de Tempereur, ils mériteraient sa reconnaissance et ses bonnes grâces.

Nous avons dit que toute comn.unaulé in sacris avec les rutbéniens unis était interdite aux catholiques latins ; on va plus loin maintenant : on défend aux catholiques de ce rite toute communauté avec leurs co-réligionnaires d'une paroisse autre que la leur propre. Par l'organe du collège ecclésiastique catholique romain, présidé par monseigneur Ignace Pawlowski, l'empereur publia, le 28 mars i836, un oukase qui défend aux prêtres latins d'entendre en confession aucun autre pénitent que ceux qui leur seraient bien connus. Nous mettons cet oukase aux pièces annexées à ce volume '.

Dans le courant de la même année, cette restriction fut

• Voyez Pièce» ju«ofic«tivf$, n» 5i.

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portée encore plus loin. On ne permit plus aux prêtres latins de confesser que leurs propres paroissiens. De cette manière, il suffit au gouvernement de gagner le curé d'une paroisse , pour que tous les paroissiens se trouvent dans la nécessité d'embrasser le schisme, puisqu'aucun autre prêtre n'ose les confesser ni leur donner aucun des secours de la religion. Or, pour gagner les prêtres lâches et infidèles, le gouvernement leur accorde la permission de se marier, dès qu'ils embrassent le schisme. C'est ce que fit, entre autres, à Vitepsk, un carme nommé Polanski, qui déplus, pour prix de son apostasie , fut fait professeur du collège de celte ville. Toutes les fautes et tous les crimes sont pardonnes , lorsque leurs auteurs embrassent le schisme. On a vu ainsi le provincial des Frères de la Miséricorde {Boni Fratres) à Wilna , après avoir volé la caisse du couvent et du chapitre, embrasser la religion russe pour échapper à son châtiment. L'archimandrite russe de Wilna rincorpora sans autre examen dans son clergé ; l'archevêque catholique adressa, contre ce misérable, des plaintes sévères au prince Dolgorouki , gouverneur de la province, et demanda du moins la restitution des sommes qu'il avait enlevées. « Pourquoi diable, lui répondit Dolgorouki, vous inquiéter de ce provincial, il n'est plus des vôtres maintenant. •

Un autre oukase du 2 janvier i83f) accorde pardor à tout catholique qui , pour meurtre, vol ou autre crime , a été condamné au knout, aux mines, eu aux galères, ou à la prison , s'il se fait schismatique. !*uis , ces renégats obtiennent aussitôt après la permission de porter au ruban de la décoration de Sainte-Anne une médaille frappée en mémoire de l'événemenf. L'Eglise catholique perd ainsi ses enfants , ses biens et ses droits. Ceux qui essayent encore de la défendre sont poursuivis avec une incroyable rigueur, ot, s'ils résiitent aux ordres du gouvernement, ils sont violemment arrachés de leurs sièges; c'est ce qui est arrivé, à la fin de mars 18 j », ;« Tt^véque de Podlacliic, Gulkowski,

qui, depuis i83o , soutenait la lutte la plus touchante pour les droits de TLglise.

Rien n'est sacré aux yeu^ du gouvernement russe, quand il s'agit de violer les lois de TÉglise catholique. Il a détruit la presque totalité des convents, sous le vain semblant de doter, des fondations pieuses au profit des fidèles et des prêtres, de créer des écoles, de bâtir ou de réparer des églises. Les fonds provenant de ccue suppression se sont élevés k plusieurs millions de roubles d argent, que le gouvernement s'est appropriés, sans en appliquer rien aux besoins d^ TÉglise catholique. Quelques couvents avaient été cOi^- Tyésjun couvent par diocèse devait être transformé en asile pour les prêtres âgés et malades. Mais le gouvernement n a pas même épargné ceux-là ; il laisse tomber en ruines les uns , et transforme les autres en casernes. Le presbytère de Wengrow, entre autres, destiné à servir de retraite aux ecclésiastiques du diocèse de Podlachie, et le couvent de Tordre de Saint-Paul , à Wlodawa, ont éprouvé ce triste sort. Tous les deux ont été violemment enlevés à leurs propriétaires et livrés aux troupes. L'évéque, fort de son droit, réclama contre cette nouvelle et audacieuse violation des droits de l'Église garantis récemment encore paf Le gouvernement lui-même; mais tout fut inutile. Le gouvernement reconnut à la vérité la justice de ces réclamations, et promit la restitution; mais ce ne fut que pour tromper Tévêque. Les deux maisons n^en furent pas ntoins ti'ansformées en casernes. L'infatigable et courageux évéque voulut tenter un dernier effort , en adressant, le 28 mars , à l'administration et à l'empereur une plainte énergique; Nicolas y répondit en l'exilant à Mohilevv *.

La Pologne peut ranger ce pieux évêque parmi les pins nobles défenseurs de la patrie et de l'église, et inscrire

' La Gazette (t Au^bmt.q a donne un rxiraii fidèle J^s dcm \tum iJe ret ^v^qne dans ton a» du 27 juin 1810, n» 179, y ^i'iO.

XK

son nom après ceux de Krasinski, de Zaluski et de Soltyk, qui dans le dernier siècle déployèrent un courage semblable dans la défense des droits de l'Eglise contre les entreprise des Russes.

On voit que le gouvernement russe ne néglige aucun moyen pour préparer à l'Eglise catbolique latine la ruine déjà consommée sur TEglise rutbénienne unie. Il s attacbe surtout à vicier Téducation du clergé et du peuple. Nous terminerons notre travail par quelques détails concernant cet important sujet.

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