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On vient de voir que l’histoire idéale , s’enfermant dans une méditation psychologique , finit par s’affranchir du contrôle de l’histoire positive. La Science nouvelle n’en reste que plus régula-
(1) Préteur romain, II' Sc. Nouv., p. 418. — Mercure , p. 417 et pastim. — Les Bacchantes, 381. — Argus et lo, p. 378. — Les Monstres, p. 193, 300, 370.
risée ; Vico la systématise avec plus de netteté dans les trois âges des dieux , des héros et des hommes , et il soumet à sa triple évolution les mœurs, les gouvememens, les religions, le droit, la jurisprudence , les jugemens , les langues et les autorités sociales.
Il reste un dernier problème à résoudre , ou plutôt à coordonner avec l’histoire idéale. Pourquoi l’empire romain est-il tombé? Quest-ce que le moyen âge de l'Europe ? Machiavel avait déjà répondu à ces demandes en disant que les histoires modernes répétaient l’histoire de l’antiquité : Vico n’avait fait autre chose que réduire à l’état de science le parallélisme entre les anciens et les modernes. Machiavel, qui certes ne manquait pas de foi dans la puissance individuelle, n’avait pas cru que les individus pussent arrêter ce cercle fatal où tournent les gouvememens et les mœurs depuis quatre mille ans. Yico, s’approchant du cercle de Machiavel , dans le Droit universel, avait espéré un instant qu’il fût possible de restaurer les civilisations qui se corrompent , en les rappelant à leurs Principes. Dans la première Science nouvelle, il paraissait penser que les hommes paissent se fixer dans un état d’humanité et de bonheur ; il disait que les nations corrompues sont faibles , qu’elles tombent sous la domination des plus puissantes , et que , même dans les conquêtes , se vérifie cette justice providentielle qui
confère la direction des sociétés à ceux qui la méritent. N’appréciant pas la force de la révolution chrétienne , n’ayant pas le sentiment des choses modernes, se méfiant presque des grandes découvertes qui avaient changé le monde , Vico n’avait aucune raison pour croire ni aux progrès , ni à la stabilité des choses humaines. U retomba donc dans le cercle de Machiavel ; il adopta ce préjugé classique, que les richesses corrompent les nations, et dans la seconde Science nouvelle il appliqua à toutes les nations cette chute de Rome, qui d’ailleurs ne pouvait être ni un hasard, ni une exception à l’histoire idéale. Quand les nations sont arrivées à l’humanité, disait-il, le commerce développe l'égoïsme ; le luxe allume les désirs ; il surgit des passions monstrueuses : les philosophes attaquent la religion, les publicistes attaquent les gouvernemens , les peuples tombent dans la guerre civile, dans l’anarchie, et de là passent de nouveau à l’état de nature d’où ils sont sortis. La corruption, ajoutait-il , est une barbarie bien pire que celle des sauvages ; on y trouve la guerre de tous contre tous , mais armée par les moyens de la civilisation ; l’impiété des premiers hommes, mais éclairée par l’athéisme scientifique ; la tyrannie du plus fort, mais hideuse et terrible, car elle écrase l’humanité du haut du trône impérial; on y trouve enfin la solitude et le libertinage de l’état
de nature , mais dans une monstrueuse dégénération de l’humanité , de sorte qu’il y a la Venus nefaria dans les mariages, et la solitude des âmes au milieu de la foule des corps. Quand les nations en sont à ce point, il est à désirer que la Providence hâte la dissolution de la société par la guerre et les révolutions, car alors les crimes s’effacent avec la civilisation , et le genre humain recommence de nouveau son cours sur les trois institutions des mariages , des auspices et sépultures. C’est ainsi que finit la société ancienne, et qu’au moyen âge la société moderne se dégagea de ses ruines. Les villes se trouvèrent de nouveau enveloppées dans la superstition primitive ; on perdit l’écriture ; les évêques signèrent les actes avec le symbole de la croix ; on parla de nouveau le langage muet des armoiries et des enseignes , les jugemens divins et les guerre» héroïques se renouvelèrent , et les transfuges trouvèrent de nouveau un asile sur les terres de l’Église et dans les protections du féodalisme. la clientelle romaine se reproduisit dans les fiefs, le sénat de Romulus dans les champs de mai , les plébéiens dans les serfs, toujours exclus de la ville héroïque , et les nobles purent les tuer en payant quelques sous d’amende. Vers la fin du moyen âge , le temps héroïque cesse ; les monarchies modernes émancipent le tiers-état du servage féodal ; la puissance des nobles cède à une lex
regia éternelle qui conduit toutes les nations sous les gouvememens monarchiques , et c’est alors qu’on médite instinctivement la jurisprudence des empereurs romains, et qu’on l’applique dans presque toute l’Europe , grâce à la découverte des Pandectes (1).
Qu’arrivera-t-il de l’Europe? Ici Vico sc tait ; mais l’histoire idéale est là comme une triste prédiction applicable à toutes les histoires ; et d’ailleurs les opinions de Vico sont déjà bien arrêtées. A ces désordres des cours qui effraient tout le monde et qui rappellent les temps de Tibère , à ces cartésiens qui renouvellent l’aridité stoïcienne, à ce luxe enfanté par le commerce et si analogue aux prodigalités de la Rome impériale , en un mot , à ce parallélisme des anciens et des modernes qu’il a commencé dans sa brochure de 1708, et qu’il a régularisé dans la seconde Science nouvelle de 1732, à tout cela, dis-je, on voit bien que Vico prédestine l’Europe au même sort que Rome, et qu’il la voit déjà engagée dans la voie de ces schismes religieux , de ce
(1) II* Sc. Nouv.,1iv. V. Del ricorso delle cose umane nel risorgere che fanno le nazioni. — Ricorso che fanno le nazioni sopra la natura et orna de' fendi quind'il ricorso del diretto roraano antico fatto col diretto feudale. — Descrizione del mondo antico e moderno delle nazioni osservata conforme al disegno de' principi de’ questa scieozu.
criticisme négatif , de cette politique révolutionnaire qui la dépouillent de sa force , et lui préparent une chute effroyable. Yico avait assisté avec une impassibilité toute fataliste au triomphe du patriciat et aux émancipations de la plèbe ; cependant il ne voyait qu’avec effroi ce mouvement du dix-huitième siècle qui préparait l’émancipation moderne ; pour lui , c’était la fin du monde , puisque c’était la ruine de la religion , des monarchies et de la noblesse , les trois grands piliers de toutes les civilisations.
En régularisant ses idées d’après les souvenirs du Droit universel et de la Science nouvelle , Vico dit que les nations corrompues n’ont que trois ressources : la réforme par un monarque , comme Auguste ; la conquête étrangère , qui les soumet aux destinées, d’une nation plus jeune et plus vivace; enfin la chute, l’anarchie, la guerre , qui les renouvellent en les ramenant à l’état de nature (1). *
(1) Dr. Univ., liv. I, chap. cun. Hinc si conserventur leges, quæ ordines jubent, et multo magis ordines qui leges tuentur, respublicæ in sua quaque forma conservantur : alioqui respubiica Optimatium et piurimum in factionem et polentiam , qua facile eminent , qui promovent libertaiem; respubiica libéra in sui perniciem et exitiura , unde postea saluiis caussa ad unius dominatum confugit ; regia in tyrannidem ac dominatum , a qua populorum animi ad obsequium temporis diuturnitate consuefacti, *
Vico a achevé sa carrière en traçant les derniers mots de la Science nouvelle ; après cela il
quamvis quandoque Pripeipe.ru, perraro reipublicæ forroan» mutant.
Commuais omnium caussa est, quia ubi déficit ordo naturalis, et non pro dignitate, sed ex ambilione, magistratus , imperia , aiiique honores dispensanlur, ibi venalia omnia haberi incipiunt , et honorum mercatu potenliam insurgere, et ad potenliam struendam avaritiam grassari necesse est ; per quæ , exuta omni æqualitale , multitudo oppressa præsenlia odit , et ad res novas spécial ; ut si nacta sit, qui libertatis caussam suscipiat. ambitiosissimum aul perdilissimum aliquem, contra patriam armalur, eamque civilibus armis opprimit : atque adco nisi Deus, a quo omnis naturalis est ordo , custodiat civitates , primum labefactantur, deinde corrumpuntur, postremo occidunt; et servitutem naturæ servitus juris , tanquam conserva , comitatur : nam respubiicæ non statim lege victoriæ, sed sensim prius nalura servie fiunt , ubi legum servitium exuunt , ut graviter Cicero ait : idco legum servi minus , ul liberi este possimus ; quod invcrlere sic possis : naturà servi efficimur, si legibus liberemur. Ex quo Romani Asiæ delicias et Aualicas opes suspicere ac mirari cœpere, tune servire cœpere ; ex luxus et voluptatum aniore capti non ultra legibus servierunt. Unde non mirum si servitus repente extitit iota in unius Augusli vila ; et ab e firent libertate sub Julio Cæsare in quœsitissimas adulationes et in fandum servitium sub Tiberio cecidere, quod ipsemet indignabundus serael curia egrediens dixerit : O liomines ail sertilutem paratos !
Corruptæ aulem respubiicæ emendalione reparanlur, si præsenlia ad pristina insüluta revocentur , aut pristina
n’a plus rien écrit : sa dernière page exprime la haute conviction où il était d’avoir analysé le tra-
instilula ad prœsentia producanlur j quod est tantundem : quod fil ubi eiliterit Princeps qua sapiens, qua fortis, qui id præstet uuctoritale; aut viri pietate meritisquc gravissimi, qui id ipsum (trais leu t exemplo. Voyez aussi le iiv, U, p. 1 1 , cbap. xxv. Quarta epocha tcmporis obscuri , qua respublicæ optimalium aut abierunt in régna niera aut patrum auctorilas omnes in reges translata est , aut de pœnis primum tatis legibus constituta ; aut in propolare imperium dissipata.
I" Sc. Nouv., lib. II, chap. lxvii. Si détermina il punto etcrnc dello stato perfetto dette nazi oui. In cotai guisa dalla sapietua volgarc , che è la scienza dette divine cose delle religioni ed unume delle leggi , usci la sapienza riposta delle divine cose mctafisiche , delle verilà matematiche e de’ principj délia fisica , e delle cose utnane che si trattano dalle morali , iconomiclte c civili filosofie : per le quali i buoni jilosoji studiarono tutti egualmente formare per rnassime di etcrnc verilà quclla mente di eroe che ’1 popolo ateniese spiegava nell’ adunanze col tenso* comme delta pubblica utiliià : onde cdfnandava le leggi giusle, che altro non son che mente di legislatori scevra d'afl'etti o di passions. H qui si détermina l' àvfù, o sia lo stato perfetto delle tiazioni, che si gode, quando le sciense, le discipline e le arti, siccome lutte han l' esserc dalle religioni e dalle leggi, lutte servono aile leggi e aile religioni. Talchè quando alleno o fanno diversamente da cio , corne gli Epicure i e gli Stoici ; o con indifferenza a ciô , corne gli Seettici ; o contro di ciô, corne gli Atei; le nazioni vanno a cadere e a perdere le propic religioni doniinanù, e con esse le propie leggi; e poichè nou valsero a difendere le propie religtoai
vail historique de la Providence ; travail confusément recommandé par le sentiment de vénéra-
e leggi, vanno a perdere Je propie nrmi, le propie lingue ; e , con la perdita di queste loro propicta , vanno a s perdere quell’altra de’ propj nom i denlro quelii delle nazionl doininanii : e per tutto ciù sperimentati naluralmentc incapaci a govcrnare esse sè stesse, vanno a perdere i propj govemi : e si per legge elcrna délia Provvcdenza , la quale vuol in ogni conto conservare, ricorre il diritto naturale delle gcnii eroiclie; per lo quale tra’ deboli e forli non vi ha egualita di ragione. y
II* Sc. Nouv., lib. V, chap. deniier Ma corrompen-
dosi ancora gli Siati popolari, e quindi ancor le Filosofie ; le quali cadendo nello scetlicimo, si diedero gli stolti dont a calunniare la verità; e nascendo quindi una fa Isa eloquenza , apparecchiata egualmente a sostener nelle cause cntrambe le parti oppostc; provenue, che mal usandu l’eloquenza, corne i tribuni délia plebe nella romana, e non più contentandosi i cittadini delle ricchezze , per famé ordine, ne vollero fare potenza ; corne furiosi Austri il mare, commovendo civi/i guerre nelle loro rcpubbliche , le niandarono ad un totale disonlinc; e si*da una liberté le fecero cadere sotto una perfetta tiratmide; la quai è peggiorc di lutte, ch’ è l’ anarchia, ovvero la sfrenata liberté de’ popoli liberi. Al quale grau malorc delle cittn adopera la Provvedenza uno di questi ire grandi rimedj con quesl’ ordine di cose umane civili. Imperciocchè dispone prima di rilruovarsi denlro essi popoli uno che, corne Augusto , vi surga e vi si stabilisca monarca : il quale, poichè tutti gli ordini e lutte le leggi ritruovate per la libenà punlo non più valscro a regolarla e tenerlavi denlro in freno , egli abbia in sua mano tutti gli ordini e lutte le leggi con la forza dell’
tion que Tou à toujours eu pour les anciens législateurs , mais que n’a jamais compris la va-
armi : ed al contrario essa forma dello Stalo monarchico la volonté de’ monarchi in quel loro infinilo imperio stringa dentro l’ ordiile naluralc, di mantenere contenu i popoti, e soddisfaiti délia loro religionc e délia loro nalural libtrtà ; senza la quale universal soddisfaxione e contenlezza de’ popoli gli S irai monarchici non sono nè durevoli nè securi. Dipoi se la Provvedcnza non truova si fatto rimedio dentro, il va a cercar fuori ; e poichè tali popoli di tanto corrotd erano già innanzi divenuti sclùavi per natura délie sfrenalc lor passioni, del lusso, délia dilicatezzia, deU’avarizia, dell' invidia , délia superbia e del fasto ; e per li piaccri délia dissoluta lor vita si rovesciavano in tutti i visj propj di vilissimi sclùavi , corne d’ esser bugiardi , furbi , calunniatori , ladri , codardi e finti ; divengano schiavi per diritio nalural délie genti, ch’ csce da tal natura di nazioni, e vadano ad esser soggette a nasioni migliori , che l' abbiano conquistate con l’armi; e da queste si çonservino ridutle in provincie ; nello che pure rifulgon due grandi lumi d’ordine naluralc ; de’ quali uno è, che chi non puù governarsi da sè, si lasci governare da altri, che ’l possa; Valtro è, che governino il mondo sempre quelli che sono per natura migliori. Ma se i popoli marciscano in quall’ ultimo civil malore , che nè cfêntro acconsentino ad un monarca natio, nè vengano nazioni migliori a conquistarli e conservarli da fuori ; allora la Provvedenz a a questo eslremo lor male adopera questo estremo rimedio , che , poichè tai popoli a guisa di beslie si erano accostumati di non ad altro pensare, ch’ aile particolari propie utilité di ciascuno ; et avevano dato nell’ ultimo délia dilicatezsa , o , per me’ dir, dell’ orgoglio , ch’ a guisa di fiere nell’ esserc disgustate
nité des savons qui attribuaient à ces législateurs une sagesse toute philosophique.
d' un pelo, si risentono e s’ inûeriscono, e si nella loro maggiore cdebrhà, o folia de’ corpi, vissero, corne bestie immani , in una solilutüne d’ animi e di voleri ; non potendovi appena due convemre, seguendo ognun de’ due il suo propio piacere o capriccio : per tutto ciô con ostinatissime fazioni e disperale guerre civili vadano a tare stlve delle ciuà, c delle selve covili d'uomini : e’n cotai guisa dentro lunghi secoli d» barbarie vadano ad i rrugginire le mainate j ouigliezze dcgl’ ingegni maliziosi , che gli avevano resi fiere più immani con la barbarie délia riflcmone , cbe non era stata la prima barbarie del senso : perché quella scopriva una fierezza generota, dalla quale altri poteva difenderei, o camparc, o guardarsi ; ma questa con una fierezza vile dentro le lusinghe e gli abbracci invidia alla vita e aile fortune de’ suoi confidenti ed amici. Percio popoli di si fatta ri (lessiva malizia con tal ultimo rimcdio , ch’adopcra la Provvedenza, cosi slorditi e slupidi non sentano più agi, dilicalezze, piaceri e fasto, ma solamente le necessaric utilità délia vita : e nelle poco numéro degli uomini al fin rimasti , c nella copia delle cosc necessarie alla vita, divengano naiuralmcnte comporievoli ; e per la ritornata primiera semplicità del primo mondo de’ popoli, sieno rcligiosi, veraci e fiât ; e cosi ritorni tra essi la piclh, la fede, la vert tà, che sono i naiurali fondamenti délia giusiizia, e sono grazie e bcllczze dell’ ordinc clcrno di Dio.