CHAPITRE II
PREMIERES IDÉES DE VICO SUR LA PBttOSOPHIE ET SUR
l’histoibe.
La philosophie de Vico est remarquable par l’originalité avec laquelle elle se pose au milieu des doctrines de Pythagore , de Platon et de Leibnitz. En voici le point le plus essentiel.
L'intelligence , les sens et la conscience s’arrêtent toujours à la perception du phénomène , à la surface des choses : pour les connaître en ellesmêmes , il faudrait les pénétrer, présider à leur origine , et voir les causes intérieures qui les engendrent. Dieu connaît le monde parce qu’il l’a fait ; il faudrait être à la place de Dieu pour avoir la véritable science des causes. En d’autres termes , en métaphysique , on ne peut connaître qu’à la condition de faire. Y a-t-il une branche des connaissances humaines où les deux
puissances de faire et de connaître se trouvent réunies? Oui : il y a les mathématiques; là, on enfante un monde de nombres et de figures ; on tire de l’unité et du point toute une création hypothétique , et la science y accompagne toujours les créations de la pensée. C’est par l’image des mathématiques qu’on peut s’expliquer l’origine de la nature : quand on analyse les corps, on prolongerait les divisions à l’infini , si l’on ne rencontrait quelque chose d’indivisible , une espèce de point métaphysique qui sert de milieu entre le néant et l’existence. Il y a donc des points métaphysiques ; tous les corps sont composés de ces essences virtuelles. La nature sort de ces entités indivisibles, comme le monde des figures et des nombres est composé de l’unité et du point mathématique. Le point mathématique est une abstraction ; il n’existe pas , parce que les figure» sont des abstractions; mais le point métaphysique existe , par cela même qu’il y a des corps. Ainsi, la nature est une géométrie divine, comme le monde abstrait de la métaphysique est la création humaine. Le point métaphysique est la vertu radicale du corps ; il a le pouvoir de l’étendue et du mouvement, mais il n’est ni étendu ni en mouvement ; toujours indivisible, il reste également audessous de toutes les grandeurs les plus disparates. Vico n’allait pas plus loin dans la théorie des points ;il ne les douait pas de vie comme Bruno,
et U n’en faisait pas autant de microcosmes comme Leibnitz. Il disait que les corps sont composés de points ; qu’ils ne se communiquent pas les mouvemens ; qu’il se mettent en mouvement par le réveil de leur puissance latente; qu’un même point soutenait le grain de sable et la masse de la terre ; mais il n’osait pas dire que l’âme était elle-même un point métaphysique arrivé à la conscience de soi-même (y, Yico bor-
(1) Voici les trois théories de Bruno, Leibnitz et Vico.
Théorie de Bruno, d’après Buhle , qui l’a dégagée des dialogues dell’ infinito universi et mundi. — La cause première est un artiste intérieur; elle donne la forme et la figure 4 la matière. Elle fait sortir la tige de l’intérieur des racines ou de la graine, les branches de la tige, les rameaux des branches et les bourgeons des rameaux. Le tissu délicat des feuilles , des fleurs et des fruits , tout se forme, se prépare et s’achève intérieurement, etc... Tout est vivant dans l’univers. L'esprit seul peut animer. Userait à la vérité ridicule de prétendre que les objets d’art, qui ne proviennent pas immédiatement de l'esprit, sont des formes vivantes. Une table comme une table, un habit comme un habit ne sont point animés ; mais puisqu’ils tirent leur substance de la nature, ils sont composés départies vivantes. II n’y a pas une seule chose assez petite et assez peu importante pour que l'esprit n’habite pas en elle , et cette substance spirituelle n’a besoin que de se trouver dans des circonstances favorables pour devenir une plante ou pour prendre la forme d'un animal Toute chose est compo-
sée, divisible, et a pour base une chose simple : l’esprit humain tend vers cette unité simple et indivisible , et il n’in-
naît sa tâche à défendre l’hypothèse des points contre les objections des Cartésiens. Nier, di-
tcrrompt jamais ses rechercbesjque lorsqu’il l’a rencontrée dans les choses ou qu'il y a trouvé au moins une image de ressemblance. Ainsi, les uns, poursc former une idée delà manière dont les choses isolées proviennent d’une essence infinie, ont regardé les substances particulières comme autant de nombres émanés de l’unité ; d’autres aimèrent mieux considérer le principe substantiel comme un point , et les êtres en particulier comme des figures. La première opinion est la plus pure et la meilleure; elle appartient à l’école de Pytbagore, dont Platon ne s’écarta que par vanité , ear il n’ignorait certainement pas que l’unité et les
nombres correspondent aux points et aux figures
L’unité engendre la multiplicité, sans acquérir elle-même ni nombre , ni mesure , ni relation ; elle demeure une et indivisible. Par conséquent , quand nous regardons un homme isolé , nous ne voyons pas une substance particulière, mais la substance eu particulier.
Théorie de Leibniix. — « Les composés ou les corps sont des multitudes; les substances simples (monades), les vies, les âmes, les esprits sont des unités. Et il faut bien qu’il y ait des substances simples partout , parce que sans les simples il n’y aurait point de composés : par conséquent toute la nature est pleine de vie. Les monades , n’ayant point de parties, ne sauraient être formées ni défaites : elles ne peuvent ni commencer ni finir La simplicité de la sub-
stance n’empêche point la multiplicité des modifications... C’est comme dans un centre ou point , tout simple qu’il est, se trouvent une infinité d’angles formés par les lignes qui y concourent. Tout est plein dans la nature.... Chaque monade est un miroir vivant ou doué d’action interne, re-
sait-il, le point métaphysique parce qu’on ne peut pas le comprendre , c’est une obstination
présentatif de l'univers, suivant son point de vue, et aussi réglé que l’univers même.... Chaque monade, avec un corps particulier , fait une substance vivante. Ainsi il n'y a pas seulement de la vie partout , jointe aux membres ou aux organes , mais même il y a une infinité de degrés dans les monades , les unes dominant plus ou moins sur les autres.... Rien ne se fait sans une raison suffisante.... Dieu
eti la raison suffisante de l’univers Chaque âme connaît
l’infini , connaît tout , mais confusément. Pour ce qui est de l’âme raisonnable ou de l’esprit , il y a quelque chose de plus que dans les monades ou même dans les simples âmes. 11 n’est pas seulement un miroir de l’univers des créatures, mais encore une image de la Divinité ; l'esprit n’a pas seulement une perception des ouvrages de Dieu, mais il est même capable de produire quelque chose qui leur ressemble , quoique en petit ; car notre âme est architectonique; encore, dans les actions volontaires et découvrant les sciences suivant lesquelles Dieu a réglé les choses (pondéré, mensura, numéro), elle imite , dansson département et dans son petit monde où il lui est permis de s’exercer, ce que Dieu fait dans le grand. » ( Leibnitz , vol. n , p. 32. )
Vieo. — « Col lume delle verità geometriche acceso al fonte d’ogni lume dell’ umano sapere, dico la melafisica, fo vedere l’essenza (perciocchè il nulla non puô cominciare ne finire ciùche è; e ’1 dividere è in certomodo finire), fo vedere dicol’essenza consistere in unasostanza indivisibile, e che altro non è cbe una indefinita virtu , o uno sforzo dell’ universo a mandar fuori e sostener le cose particolari tutte ; talcfaè l’essenza del corpo sia una indefinita virlù di manlenerlo disieso, la quale a cose distese, quantunque
grossière qu’ou tient des préoccupations de la physique. Quand vous demandez la cause de l’é-
disugualissime , vi sia solto egualmente : e questa istessa sia indefiniia virtù di muovere che egualmente sta solto a moti quanto si voglia ineguali; la quai virtù eminentemente è atto in Dio. Onde proviene che con somma proporzione si corrispondono , quinci Dio, materia (les essences ou la matière métaphysique ) , e corpo : quindi quiete , conato ( l’effort delà matière métaphysique) c moto; ed iddio atto semplicissimo , perché tutto perfezione gode vera quiete ; la materia è potenza e sforzo i corpi , perché constano di materia che in ogni punto e in conseguenza in ogni istante si sforza; e impedendosi l'un l’altro gii sforzi per la continuité delle parti , si muovono ; talche moto non è altro che sforzo impedito , che se spiegar si potesse, andrebbe nell’ infinito a quietarsi e si ritornerebbe a Dio , donde è uscito. Per tutto ciô la sostanza dagli antichi iilosofi italiani in quanto è virtù di sostenere il disteso fu detta puntum; in quanto di sostenere il moto, momentum : l’uno e l’altro da essi preso per una cœa stessa e per una cosa stessa indivisibile. Ed in si fatta guisa vendico alla filosofia d'Italia i punti di Zenone , c li sincero da’ sinistri sentimenti dati loro da Aristotile seguitato in ciô da Renato ; e li fo vedere essere di gran lunga altra cosa da quella che finora è stata intesa : che non già il corpo fisico consli di punti georaetrici ; onde fu ricevuta con tanta credito l’obbiezione *. Ptinctum addilum puncto non facit exiensum tua corne il punto geometrico , perché è stato definito non aver parti , ci dà le dimostrazioni che le linee altrimente incommensurabili si tagliano eguali ne’ loro punti; cosi in natura siavi una sostanza indivisibile che egualmente sta sotto à saldi slesi ineguali ; talchè il punto geometrico sia
tendue et du mouvement , vous vous faites un problème, un mystère, de ces deux faits si évidens pour la physique. Il faut donc sortir de la physique pour en obtenir la solution , et , quand vous êtes sorti du cercle des phénomènes , la physique n’a plus le droit d’arrêter vos hypothèses, et de les soumettre à ses expériences. N’allez pas dire avec Descartes qu’on peut faire le monde
un esempio o somiglianza di questa fisica virtù la quale sostiene e coniiene il disteso e percid da Zenone fu punto metafisico nominala , perocchè con questa similitudine e non altrimente , possiamo ragionare dell’ essenza del corpo, perché non abbiaino altra scien/.a umana che quella delle matematiche la quai procédé a somiglianza délia divina. » De là il s’ensuit : — « Non isforzarsi le cose stese ; » — * che non si diano moti retli in natura ; » — t che in natura non si dia quiete ; » — « finalmente , che i moti non si comunicano. » Vol. n , pag. 99. — « Pitagora disse , le cose constar di numcri : i numeri si risolvono ultimamente nell’ unità ; ma l'uno e l'altro punto sono indivisibili eppure fanno il diviso ; quello il numéro questo la linea e tutto ciô nel mondo degli astratti. Dunque nel mondo reale vi ha un che indivisibile che produce tutte le cose che ci danno apparenze divise. Perché per l’istessa via aveva io investigato, i nostri antichissimi filosofi avernclle lormas- Sime chel’uomo talmenie opéra nel mondo delle astrazioni, quale opéra iddio nel mondo delle realitadi. Vol. u, p. tïô et 66. — Voir Bruker, de Convenientia numerorum Pythagoræ cum ideis Platonis. — Voir aussi Gerdil , Introd. à l’étude de la religion , lib. n, § 3 , Dci Numeri di Pitagora o délia convenienza del sistema di Leibnitz col Pitagorico.
avec de la malièrejet du mouvement ; expliqueznous d’avance ce que sont la matière et le mouvement. Ne dites pas non plus qu’on explique le monde avec des atomes : ceux-ci ne sont que des phénomènes , des corps, et nous cherchons les causes des corps et des phénomènes. N’opposez pas enfin l’évidence de la conscience, qui ne peut pas reconnaître les points métaphysiques : votre premier pas, dès que vous entrez dans la philosophie , est de révoquer en doute votre conscience et de ne voir que des problèmes là où la conscience ne voit qu’une certitude inébranlable. Les sens et la conscience peuvent imposer leur clarté à tous les raisonnemens de la physique où il s’agit d’expliquer les phénomènes par les phénomènes ; mais l’évidence de la conscience ne peut pas s’imposer à la métaphysique, où l’on commence par la nier. En effet , l’homme , dans cette science , n’est qu’un des mille phénomènes de la nature ; il n’est rien par lui-même ; il est imposable de le détacher de ce point central qui soutient toutes les merveilles mystérieuses de l’univers. Malebranche disait que c’est Dieu qui pense en nous ; il fallait dire que nous pensons en Dieu : plus on médite Dieu , plus on se persuade de ne pas être ; et celui qui so sera perdu lui-même aura le mieux profité de la science (1).
(1) In metafisica avrà ben profittato di questa scienza colui che avrà se stesso perduto.
Vico attribua cette théorie à Zenon l’Italique, qu’il confondit avec le stoïcien ; il l’attribua aussi à Pythagore ; il montra par les Origines de la langue latine qu’elle était l’ancienne philosophie des Italiens, mais il n’a jamais cité les deux théories de Bruno et de Leibnitz, qui étaient beaucoup plus explicites. 11 serait difficile de dire si Vico craignait plus le panthéisme, ou les persécutions qu’il entraînait avec lui : certes , il ne manquait pas d’ajouter à son traité une petite déclaration où il s’efforçait de démontrer qu’il avait distingué Dieu de la nature. On pouvait toujours lui répliquer qu’il n’admettait qu’une seule substance. Le petit traité de métaphysique de Vico est intitulé : De anliquissimâ Italorum Sapientiâ ex originibus linguæ latinœ eruendâ. C’était une imitation détournée du Cratile , où Platon cherche tout une philosophie dans les origines des langues ; c’était aussi une opposition de fait contre Descartes, pour démontrer la haute importance des langues et des traditions. On y trouve quelques idées sur la psychologie , mais elles n’offrent rien de remarquable ; elles ne sont qu’une répétition de la théorie platonicienne sur l’homme double, et Vico ne se souciait pas même de déterminer si les idées sont innées , ou dérivent des sens , ou sont créées par Dieu (1).
(1) Clic poi cio si faccia per via de’ sensi, corne vuole
Les idées de Vico sur l’histoire étaient à peu près celles de son temps. Alors l’historien de la philosophie était Hornius. Dieu , pour lui , était la source de la science ; Satan , la source de l’erreur et du sophisme. La science des fils d’Adam fut une révélation de Dieu , mais elle ge corrompit dans Caïn , et marcha d’erreur en erreur avec la puissance surnaturelle qu’elle avait reçue de Dieu. Ainsi , la politique organisa la guerre ; la religion arracha à la nature de redoutables secrets, et l’asservit à une monstrueuse nécromancie. La logique entraînante d’Épicure, qui nie Dieu et l’âme, n’est qu’un faible reflet de la perversité surnaturelle des géans avant le déluge. Après le déluge, Noé restaura la science ; Satan la pervertit de nouveau par l’idolâtrie; mais la révélation primitive fut sauvée. Moïse, Teulh, Bacchus, Lycurgue, Solon, conservèrent les traditions sacrées par leurs institutions politiques , et la véritable science passa successivement dans les collèges des prêtres de l’Égypte, des pythagoriciens et des druides. On peut sup-
Aristotile ed Epicuro , o che I'imparare non sia altro che ricordarr corne piacque falsamente à Socrate o à Platone; o che le idee siano in noi innate o con generate , corne médita Renato ; o che a Dio tultavia le crei, corne le discorre .Malebranche, nel quai volentieri inclinerei : lo lascio irresoluto, perché non volli trattare in quel libriccinolo cose d'altrui. Vol. n, p. 128.
poser que Vico accepta l’histoire d’Homius, moins ses explications surnaturelles. — La mythologie était pour Bochart une variante de la Bible; pour Bianchini , une histoire symbolique des arts et des inventions ; pour Bacon, un langage figuré de la sagesse ancienne. Vico penchait pour celte dernière opinion', mais il s’abstenait de toute interprétation. — La raison individuelle prévalait encore dans toutes les solutions des problèmes historiques, et Vico, entraîné par l’exemple de Sanctius et de Scioppius , qui avaient imité Platon , attribuait aux philosophes l’origine et la formation des langues. — Quant aux origines des lois et du droit , Rome était toujours le texte des jurisconsultes italiens , et il vénérait l’ancienne sagesse de Rome , comme il avait vénéré l’ancienne sagesse des pythagoriciens. Pour lui , il y avait deux époques ou deux jurisprudences romaines , celle des patriciens , et celle des empereurs : la première était une science toute politique et religieuse; elleétaitsecrète, et renfermée dans la caste comme un moyen de pouvoir (arconum polentiœ ). Les anciens jurisconsultes étaient de véritables politiques; ils faisaient respecter les lois par la rigueur avec laquelle ils les exécutaient. De là le petit nombre de lois , toutes les fictions légales pour soumettre les faits nouveaux aux lois anciennes , la division entre la science des lois et l’éloquence des orateurs qui plaidaient
la cause de l’équité contre la lettre de la loi , et enfin tout une philosophie du droit, qui était réellement la science des intérêts aristocratiques. La jurisprudence impériale fut une révolution contre le droit patricien ; elle servit à établir la puissance des empereurs, proclama l’égalité des droits , multiplia les lois , dissipa toutes les fictions , et , embrassant tous les cas par des dispositions générales , se divisa de la politique pour s’unir à la philosophie. L’éloquence devint inutile, puisque l’équité débordait partout dans les lois nouvelles, et il n’y avait plus de lutte contre les innovations pour maintenir le petit nombre d’anciennes lois. — Ce ^ont là à peu près les idées de Gravina et de Tomasius. Sigone, le grand jurisconsulte italien du seizième siècle, avait un peu mieux compris l’ancienne jurisprudence , dont le caractère était presque féodal; D’un côté , il y avait la force barbare du droit des maîtres (jus Quiritarium ) , la caste des patriciens , les magistratures , les propriétés territoriales , les mariages , les successions , et tous ces droits qui faisaient du patriciat une ville privilégiée ; de l’autre côté , il y avait les plébéiens, simple masse d’individus sans famille , sans mariage (contiubium) , sans succession, et qu’on réglait avec le simple droit naturel , qui fut ensuite le droit des peuples conquis. Dans l’ancien droit , Sigone ne voyait pas la sagesse, mais la
barbarie , et les souvenirs récens d’une guerre sauvage : les anciennes formules de la jurisprudence , n’étaient en effet que des combats simulés et des imitations de la guerre ( imitationes violentiez).
Ici finit la première période des méditations de Vico. A cette époque (1710), il avait quarante ans ; il n’était remarquable que par l’originalité toute personnelle de sa métaphysique. Ses idées historiques n’étaient pas toujours bien choisies , et il n’était plus dans l’âge où l’on fait naître des espérances. S’il était mort tout de suite, on aurait eu de la peine à lui accorder une place parmi les célébrités municipales du royaume de Naples , car il n’avait écrit que deux brochures , et encore il n’avait pas même achevé la seconde, qui fut probablement interrompue par les critiquesdu/ouma/ des Savons dePise (1 ). Cependant, à l’observer de près , on trouve tous les caractères du génie. Il dédaignait les détails , la routine ; il ne traitait la science que par grandes généralités ; son style était aussi puissant que sa pensée; il n’ambitionnait d’écrire que pour les savans , il voulait que chacune de ses lignes jetât dans la méditation. Toujours seul , isolé , ne devant sa science qu’à ses études , il était autodidascale : il pouvait s’élever seul aux découvertes.
(t) Voyez la Préface, au il' volume des (JE 'turcs compl.
D’un caractère mélancolique, il s’était fait un besoin de la méditation ; il avait en môme temps cette hardiesse systématique qui ne recule devant aucune difficulté , cette logique qui n’admet ni contradictions ni transactions; il possédait à un haut degré cette adresse ingénieuse qui sait plier à un seul but une foule de faits, d’étymologies et de traditions. Vico avait donc tout le faire des grands hommes; les obstacles, pour lui, pouvaient devenir des problèmes ; son sort dépendait des objections qu’il pouvait se faire , et des oppositions qu’il pouvait rencontrer dans ses lectures.