DÉDICACE XVII
fais le prouve. Je m'y suis essayé dans des genres divers, afin de connaître quel était celui qui me convenait le moins mal, je n'ose dire le mieux. Il y a une de ces nouvelles qui est un peu leste, encore que la pointe de piment que j'y ai mise doive paraître fade^ j'en ai peur, à certains palais rendus exigeants par la littérature terriblement épicée dont se délecte aujourd'hui le goût public.
Une autre de mes petites histoires fut pour moi quelque chose comme une variation que je m'essayai à exécuter sur un thème réaliste. Je voulais savoir, en écrivant la première^ si c'est amusant de laisser polissonner Un peu sa plume; — en composant la seconde, si j'avais quelque aptitude pour la littérature brutale. J'ai découvert que mieux valait encore rester simple et sincère : j'ose espérer que l'on me trouvera tel dans les autres.
Même, à parler ainsi de moi, il me vient un scrupule. Est-ce que je vais me croire obligé à mon tour d'expliquer au public la recette des plats que je lui offre, me figurer qu'il faut
XVllI DÉDICACE
Tentretenir gravement de mon « esthétique » , de ma « conception de la vie », de mes « idées d'art »?... Et à quel propos, grand Dieu! A propos d'un malheureux ouvrage qui n'a pas plus de droit à vivre, sans doute, qu'aucua des innombrables romans que chaque printemps voit éclore : livres mort-nés, qui bientôt gisent pêle-mêle dans la fosse commune de l'oubli, — comme ces nuées de sauterelles qui, après un vol ou plus court ou plus long, finissent toujours par tomber et se perdre dans la mer... Mon frère, toi qui eus un si robuste mépris des importants et des pédants, empêche-moi de me prendre trop au sérieux et de pontifier jamais, même si mes ouvrages obtiennent quelque faveur 1 Que je ne compte, pour me faire ma place au soleil, que sur mon mérite, si j'en ai, et sur la persévérance^ sur la probité de mon travail! Que je livre ma prose seule au public, et que j'aie assez de fierté pour lui dérober obstinément ma personne et ma vie! Que je laisse la réputation venir à moi, s'il lui plaît; mais sois-je