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Mlle Agathe garda héroïquement son secret, afin de ne point mettre obstacle au bonheur de sa sœur, et, deux mois après, Prosper Cabardet triomphant conduisit au pied des autels la rougissante Dorothée. En l'honneur de ce grand événement, il avait acheté un bel œil neuf et une perruque de rechange, se proposant de ne porter Tun et l'autre que les jours de fête et les dimanches, car il était économe. Son premier soin fut de s'installer confortablement dans la maison de sa femme, qu'Agathe continua d'habiter , les deux sœurs ayant décidé de ne se séparer jamais. Les animaux familiers, Bélisaire, les serins. Bébé, quelques tortues qu'on trouvait parfois sous les meubles, furent expulsés du salon, sur l'ordre du nouveau maître, qui ne voulait pas, disait-il, vivre au milieu de ces écuries d'Augias. Le petit phormium — autrefois le Benjamin de Dorothée! — fut relégué dans la serre, avec défense de reparaître jamais. Les deux sœurs soupirèrent, mais n'osèrent protester contre
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ces cruelles exécutions. Le perroquet Justinien fut seul épargné d'abord, parce qu'ayant remarqué la pureté de sa prononciation, Cabardet eut quelque temps Tespoir de lui apprendre une des plus belles harmonies imitatives connues : Quadrupedante putrem... Malheureusement, Justinien, qui pourtant avait de Toreille et attrapait certains mots avec facilité, mit une coupable obstination à ne pas mordre aux onomatopées. Cabardet eut beau se fâcher, jurer à plusieurs reprises son Margaritas! des grands jours, répéter trente fois de suite, en galopant de la langue, Quadrupedante^... cette bête avait son idée, qui était de répondre invariablement : Tai du bon /aftac/...Etvous saurez que, lorsqu'un perroquet a son idée, on lui ferait manger tout un plat de persil plutôt que d'obtenir qu'il en change. Indigné du mauvais procédé de ce volatile à l'égard du Cygne de Mantoue^ Prosper lança une nouvelle sentence d'ostracisme, et Justinien alla rejoindre dans la chambre ou, si vous l'aimez mieux, dans la ménagerie d'Agathe, son fidèle BéUsairc et les autres proscrits.
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Au bout d'un mois, Cabardet avait pris en main la direction de la fortune, de la cuisine, de la cave, des domestiques, de tout enfin, dans le ménage. Il eut dans sa poche un trousseau, qui ne le quitta plus, de toutes les clefs de la maison, distribua le linge lui-même, tous les jeudis, comme au lycée de Carcassonne, fit les comptes de la cuisinière, surveilla la mise du vin en bouteilles. Se sentant assez riche pour n'avoir plus besoin d'attendre sa pension de retraite, il donna superbement sa démission. Alors tous ses instincts tracassiers, tatillons, fureteurs, n'ayant plus l'occasion de se satisfaire aux dépens de ses élèves, il devint pour sa femme et pour sa belle-sœur un tyran. Il s'ingénia à les assouplir, comme ses victimes d'autrefois, à l'obéissance passive, et eut d'autant moins de peine à y parvenir, qu'il possédait une longue pratique de ces sortes de dressages, et que, d'ailleurs, les deux créatures aimantes, timides et bornées sur lesquelles il éprouvait cette fois la singulière faculté de