I-r-rs 'jTi-'* i'zjir^ niiz. s-j:^,E.^f'>^r«xsiljienU
r- • -1J!l:i: ir^-sri-r Ir rziJi^rT, tant il lear
Ln :!^r.>ir, il crut s€^ctir en dînant un perfide Tcnt coulis lui glacer les n>lules, qu'il aTait extraordînairement frileuses. D entra aussitôt en fureur contre la bonne qui Tenait de laisser la porte entr'oaverte, contre sa femme et sa
l'œil de verre 287
belle-sœur qui ne s'étaient pas précipitées pour la refermer. Agathe et Dorothée tremblaient de peur : ce fut bien autre chose quand elles le virent tout à coup rougir, bégayer quelques mots inarticulés, étendre les bras et tomber en avant, le nez dans son assiette.
C'était une attaque. Quelques sinapismcs appliqués à propos le tirèrent d'affaire pour cette fois; mais, à quelque temps de là, il eut une seconde crise, plus grave, à la suite d'une nouvelle scène qu'il fit à Dorothée, pour une tasse de camomille qu'elle lui avait offerte, en oubliant de la sucrer. La fièvre se déclara, puis le délire. Il se démenait dans son lit comme un possédé, criait, jurait, apostrophait violemment d'invisibles écoliers. Le docteur raconta plus tard que Cabardet avait distribué dans cette nuit-là pour un mois et demi de privations de sortie, et une quinzaine de mille vers à copier. Vers le matin, il parut se calmer un peu. On l'entendit déclamer d'une voix encore pleine d'expression:
Insonuere cavœ, gemitumque dedere cavemx!
« Qu'est-ce qu'il dit? demanda le médecin.
— Ça doit être encore une onomatopée ! fit
288 l'œil de verre
Agathe avec un soupir. L'instant d'après, Cabardet reprît :
(( Sentez- vous, cancres, riiarmonie de ce vers? »
Il se retourna sur son oreiller et murmura d'une voix faible, où perçait cependant le mépris : <( Margaritas ante j>orcos!,,. »
Ce furent ses dernières paroles.
Six mois après la mort de son beau-frère, Agathe était seule, un jour, au salon, où les bêtes et les plantes injustement proscrites avaient repris leur place ordinaire, Justinien sur son perchoir, Bélisaire sur un coussin du canapé, les serins dans leur cage, près de la fenêtre, le petit phormium devant la cheminée. Assise dans un fauteuil, la vieille fille contemplait d'un air mélancolique un écrin de velours noir qu'elle tenait ouvert sur ses genoux. Elle était si bien perdue dans sa songerie qu'elle n'entendit point la porte s'ouvrir et Dorothée s'approcher d'elle. Celle-ci se pencha pour regarder Técrin, car elle était devenue un peu myope,
l'œil de verre S89
tandis que sa sœur devenait un peu sourde. Et Mme veuve Cabardet ne put retenir un cri de surprise, car ce qu'elle aperçut dans la petite boîte de velours, c'était Tœil de feu son mari, l'œil de rechange, celui des jours fériés, qu'Agathe avait trouvé dans un tiroir et dont elle s'était emparé, comme d'une relique. Les deux sœurs restèrent un moment sans se parler.
« Tu l'aimais donc? interrogea Dorothée, qui venait de comprendre soudain.
— Je l'aimais, » répondit simplement Agathe.
Elles tombèrent dans les bras Tune de l'autre en pleurant abondamment. Alors une voix aigre , nasillarde , jeta dans le silence de la grande pièce ces quatre syllabes : Margaritas /. . . Les deux femmes tressaillirent et regardèrent autour d'elles, comme pour chercher Cabardet, car la voix avait toutes les intonations dédaigneuses qu'il mettait dans son juron favori. Le salon était désert : du haut de son perchoir, Justinien, le profil sarcastique, fixaitde côté sur elles son œil rond, qui brillait comme une boule de jais.
Et c'est depuis ce jour qu'Agathe et Dorothée
croient à la métempsycose.
LA GOLONEI4LE
A mon ami Alexis de Sohns,
M. et Mme de Rivalz étaient mariés depuis trois ans et s'aimaient un peu plus qu'au premier jour. S'aimer davantage est, en ménage, la seule manière de ne pas s'aimer moins; car de s'aimer autant, après plusieurs mois de vie commune, il ne peut être question : l'amour conjugal étant, de sa nature, un sentiment qui rétrograde, aussitôt qu'il a cessé de progresser.
Beaux, riches tous les deux, Alfred et Rose eussent été parfaitement heureux, si la chambre dite « de reserve » avait reçu le locataire. qu'ils lui destinaient , lorsqu'ils s'étaient installés , après le voyage de noce, dans leur appartement de la rue Tronchet.
Mais voilà : quelque bonne volonté qu'ils eussent mise à justifier l'affectation spéciale de ce petit coin bleu et blanc, — car c'était un garçon qu'ils avaient décidé d'avoir, pour commencer, — la chambre de réserve restait toujours la chambre de réserve! Et vous saurez que lorsque le nid est prêt, c'est chose infiniment triste que l'oiselet n'y vienne pas.
Vous me direz qu'ils étaient jeunes, que tout arrive avec le temps, — surtout quand on ne le perd pas; — qu'il ne faut jamais jeter le manche après la cognée, comme l'avait expliqué le docteur X... à M. de Rivalz, lequel n'en avait, d'ailleurs, point envie le moins du monde; qu'on voit de gentilles petites femmes rester jusqu'à des cinq et six ans sans prendre leur parti, tant elles sont perplexes à l'idée de savoir ce qu'elles aimeraient le mieux, d'un fils ou d'une fille... Oui, sans doute; mais le malheur, c'est qu'ils n'étaient pas seuls, ces jeunes gens, à s'impatienter de ne voir rien venir! La belle-mère d'Alfred, Mme de Laumière, commençait à trouver de fort mauvais goût, puisqu'elle s'était résignée à devenir grand'mère, qu'on la fit attendre si longtemps.
C'était la veuve d'un colonel de cuirassiers, une grande et forte femme, haute en couleur, qui avait une quinzaine de poils au menton, un peu de moustache, le cœur excellent, un caractère détestable, le mot vif, et Tentêtement d'une mule. « Au bout de trois ans de mariage, dit-elle un jour à sa fille, j'avais mon dragon et mon hussard, — c'est ainsi qu'elle désignait ses deux fils, officiers de cavalerie comme leur père, — sans compter que tu étais déjà en train... Toi, tu n'es bonne qu'à me faire croquer le marmot... au lieu de m'en donner un!... » Rose protesta que ce n'était point sa faute, qu'elle faisait de son mieux... Sur quoi la colonelle l'interrompit pour prononcer ces paroles mystérieuses : « Je le sais bien, sac à papier, que ce n'est pas ta faute I... Une Laumière!... Il ne manquerait plus que ça... Seulement, vois-tu, fillette, ton mari a beau être joli homme : il est un peu mince! » Elle n'en dit pas plus long ce jour-là, mais il fut aisé de voir, dans le mois qui suivit, que sa pensée se précisait. Son regard prit, quand il s'arrêtait sur Rivalz, quelque chose d'inquisitorial; si bien, qu'au costume près, ce pauvre
cédés, les mille taquineries dont Alfred était maintenant accablé, en aimant plus tendrement que jamais la victime de préventions dont elle connaissait mieux que personne Finjustice, l'irascible colonelle se mit à bouder sa fille.
Fort de sa conscience, Rivalz n'avait d'abord pas attaché grande importance à la lubie de sa belle-mère. « Laissons-lui son dada, dit-il philosophiquement à Rose; les femmes de son âge, il faut que ça s'occupe! » Quand il vit la tournure que prenaient les rapports de la mère et de la fille, il commença de s'inquiéter. « Vois-tu, ma petite Rose, dit-il un jour à sa femme, cela ne peut pas durer... Que nous soyons à couteaux tirés, Mme de Laumière et moi, c'est dans l'ordre... Mais il ne faut à aucun prix que tu perdes, à cause de ton mari, Taffection de ta mère... Quel est son gros grief contre nous? Au fond, vois-tu, c'est que nous nous aimons trop. Sais-tu comment il faut t'y prendre pour rentrer en grâce auprès d'elle?
C'est bien simple... Nous allons faire semblant
d'être brouillés ensemble; tu partiras seule avec belle-maman pour Fontainebleau et je resterai, moi, pendant quelque temps à Paris; avant trois semaines elle t'adorera, pour peu que tu aies l'air de me détester. Quand la girouette aura tourné, tu me feras signe; ton excellente mère remplacera par une autre la manie de me haïr, et tout ira pour le mieux. » Rose objecta que ce serait bien long et bien dur de rester plusieurs jours, plusieurs semaines peut-être, sans se voir. « Bah! fit-il tendrement, en lui donnant une petite tape sur la joue, est-ce que tu crois que ce serait moins dur et moins long pour moi? Tu sais bien que non, toi!... Nous nous donnerons des rendez-vous en cachette; nous nous écrirons poste restante, pour que les domestiques ne se doutent de rien; nous dînerons une ou deux fois au cabaret... Ce sera amusant au possible... » Elle battit des mains avec transport et lui sauta au cou, comme une vraie enfant qu'elle était. Ce serait charmant en effet : avoir une intrigue avec son mari, quel rêve ! S'initier aux cachotteries, aux ruses, aux impatiences, aux terreurs de l'amour clandestin, sans avoir
à rougir plus tard du péché commis, que pouvait-elle souhaiter de plus attrayant, je vous le demande, que cette édifiante parodie de l'adultère, ce diable d'adultère qui les fait toutes un peu rêver, toutes, même les meilleures!
Huit jours après, Mme de Laumière annonça sèchement à sa fille qu'elle partait le soir même pour Fontainebleau :
« Je ne f invite pas à venir avec moi, ditelle; je sais que les affaires de ton mari le retiennent à Paris et que tu ne peux pas te séparer de lui! »
De quel ton méprisant furent prononcés ces mots, si vous avez une belle-mère vous devez le savoir, et si vous n'en avez pas, je renonce à vous l'apprendre. Mme de Rivalz ne répondit pas; seulement, elle se trouva à la gare de Lyon à la même heure que sa mère, avec autant de malles et de paquets que si elle avait eu l'intention de passer tout l'été à la campagne.
Pendant le trajet, elle eut un air triste et poussa quelques soupirs, ce qui intrigua prodigieusement la colonelle. Le soir, au potage, la petite rouée fit entendre que tout n'allait pas pour le mieux dans son ménage ; au dessert,
elle avoua qu'Alfred lui avait fait une scène; au moment d'aller se coucher, elle exprima le vœu qu'on lui fît un lit dans son ancienne chambre de jeune fille : sur quoi sa mère se mit à l'embrasser frénétiquement, en ayant l'air d'adresser des reproches et des menaces à quelqu'un d'invisible. Le lendemain, Rose écrivit à son mari une gentille petite lettre où elle se plaignait d'avoir fort mal dormi, ayant trouvé son lit dur, étroit et glacial. « Je m'ennuie déjà de ne pas te voir, disait-elle en forme de conclusion; donne-moi bien vite un rendez-vous... Tout va bien; maman recommence à m'adorer; je ne sais pas ce qu'elle a, je crois qu'elle rumine des plans... »
Le troisième jour, Mme de Laumière tint à sa fille un discours où elle démontra, avec une grande force d'argumentation, que M. de Rivalz avait tous les vices ; que Rose s'était crue heureuse avec ce monstre, tandis qu'elle n'avait été, au fond, depuis trois ans, que la plus infortunée des épouses; qu'il était temps, enfin, d'ouvrir les yeux sur les débordements d'un garçon qui, non content de ne pas donner -^'^-'int à sa femme, et pour cause, la trompait
indignement. Il y avait bien, à y regarder de près, quelque chose d'un peu contradictoire dans ces deux derniers griefs. Mais Téloquence fait passer tant de choses ! Or elle parlait, cette terrible colonelle, avec toute la furia de son mari, poussant une charge contre les Autrichiens à Solférino. Rose avait commencé par protester en riant. Elle était si sûre d'Alfred! Puis, pour rentrer dans son rôle qu'elle venait d'oublier un moment, elle n'opposa plus que de faibles dénégations. Et ne voilà-t-il pas qu'à la fin elle se sentit tout émue, inquiète, effrayée, même, par ce réquisitoire à fond de train... Si pourtant c'était vrai, ce qu'elle afQrmait là, sa mère! Si Alfred ne l'avait éloignée de Paris que pour... Une lettre qu'elle trouva, deux heures après, au bureau du village, chassa toutes ces vilaines idées. Rivalz lui écrivait un billet d'amoureux, un billet où chaque phrase est pleine de caresses, et d'où semblent s'envoler des baisers, quand on tourne la page.
Même, elle remarqua qu'il était souvent question du petit lit déjeune fille dans cette épître, et le sourire mystérieux qui passa sur ses lèvres prouvait, sans doute, qu'elle pardonnait à l'ab-
aent la curiosité malséante et l'extraordinaire intérêt que paraissaft lui inspirer ce meuble.
« Pauvre garçon ! fit-elle en poussant nu gros soupir de compassion... Et quand je pense que maman!... »
Quelle idée saugrenue lui vint alors et fit qu'elle se prit à rire toute seule, en glissant le billet dans son corsage, ce n'est pas à moi de vous le dire, si vous ne l'avez pas deviné.
Cependant la colonelle mettait à exécution un plan machiavélique. Dupe de sa vive imagination, de sa rancune, et aussi de la petite histoire que sa fille lui avait contée, elle était arrivée sans peine à se persuader que Rivalz était réellement, ou peu s'en faut, aussi noir qu'elle s'était ingéniée à le dépeindre. Dès lors, il ne s'agissait plus, pour prendre barres sur lui, et au besoin pour délivrer Rose d'un si mauvais mari, que d'établir d'une manière indubitable les torts graves dont Alfred devait se rendre coupable envers sa femme. Mme de Laumière n'hésita pas à faire espionner soq
gendre par un vieux domestique qu'elle avait laissé à Paris. Les premiers rapporta de cet homme furent accablants : M. de Rivalz portait lui-même des lettres à la poste ; il en recevait bureau restant, qu'il allait chaque jour se faire délivrer et qu'il paraissait lire avec une attention passionnée; enfin il avait été retenir pour le samedi suivant un cabinet particulier chez Bignon. La colonelle alla consulter son voisin de campagne, le général de cavalerie Lacroix (elle avait toujours un peu méprisé l'infanterie). Ce vieux brave, ancien camarade du colonel de Laumière et jadis tuteur d'Alfred de Rivalz, dont il avait fait le mariage, se prononça pour une offensive hardie.
Il s'agissait de surprendre le coupable, — comme Bayard avait surpris jadis Prospero Colonna au débouché des Alpes, — de l'envelopper, de lui couper la retraite... Si la complice était prise dans le mouvement tournant, ma foi, tant pis pour elle ! A la guerre comme à la guerre, n'est-ce pas? On la relâcherait... sur parole de ne plus recommencer. Quant à lui, le mauvais drôle, le coureur de cotillons, on verrait plus tard à statuer sur les çondi-
tîons qu'on lui imposerait. L'important était d'arriver d'abord à la démonstration éclatante de son indignité. Et le général serra la main de Mme de Laumière en promettant de « faire colonne » avec elle.
Le grand jour arriva. Justement, Rose, pour la première fois depuis son arrivée à Fontainebleau, avait pris le train de Paris à deux heures, annonçant qu'elle rentrerait un peu tard dans la soirée, étant priée à dîner par une de ses amies. Mme de Laumière et son compagnon arrivèrent chez Bignon vers huit heures. « M. de Rivalz, cabinet 8! » dit le général avec assurance et en prenant sa plus belle voix de commandement. Ces militaires ont une façon de parler qui fait marcher les gens malgré eux. Le « chasseur », ayant voulu risquer une observation, reçut un regard torve qui diminua son zèle pour le secret professionnel. Huit heures du soir n'est d'ailleurs point une de ces heures où il y ait inconvénient grave à ouvrir la porte d'un cabinet particulier : d'ordinaire on n'en est encore qu'aux hors-d'œuvre.
Un maître d'hôtel prit donc le parti de faire
conduire où il voulait aller , ce monsieur sanglé, boutonné haut, décoré, dont les moustaches croisaient la baïonnette des deux côtés du nez, et qui caressait sa barbiche en pointe, comme s'il voulait l'aiguiser. « Qui dois-je annoncer? » dit timidement le garçon en entrebâillant la porte du cabinet. « Général Lacroix ! » dit une voix qui sonna dans le corridor comme un appel de trompette. Un petit cri étouffé répondit à cette fanfare; la porte s'ouvrit, juste à temps pour laisser voir une robe de femme qui disparaissait précipitamment derrière les rideaux rouges de la fenêtre. Le dîner était servi; deux chaises placées tout à côté l'une de l'autre faisaient face à un énorme buisson d'écre visses, dans lequel des coupes sombres avaient été pratiquées déjà. Et le scandale des deux chaises trop rapprochées était augmenté par celui de la coupe unique, placée entre les deux assiettes , et pleine à moitié de Champagne frappé.
Mme de Laumière vit tout cela d'un coup d'œil, et quand son gendre, l'air plutôt surpris que confus, se leva poliment pour la saluer,
elle l'écarta d'un geste d'horreur. « Conduite
de débauché! » dit-elle avec majesté; puis, montrant d'un doigt accusateur les écrevisses, le perdreau truffé qui attendait sur un réchaud, la bouteille de Champagne émergeant du seau à glace, elle ajouta ces paroles, qui semblaient indiquer que feu le colonel n'avait pas négligé son éducation culinaire : « Menu de libertin! » Les rideaux remuèrent faiblement, mais elle n'y prit pas garde, emportée par le mouvement d'une véhémente apostrophe : c'était Je trop-plein de son indignation contre Rivalz, qui s'épanchait abondamment.
Elle parlerait encore, si les rideaux ne s'étaient mis tout à coup à s'agiter avec une violence telle, qu'on eût pu croire qu'un chat faisait des bonds derrière. En même temps, un petit rire convulsif, pointu comme un cri de souris, partait du côté de la fenêtre; et ne voilà-t-il pas, Dieu me pardonne! que Rivalz lui-même parait garder avec peine son sérieux.
La colonelle s'arrête ; alors le damas rouge
s'entre-bâille pour laisser passer une tète
blonde, horriblement ébouriffée, et Rose, plus
rose que son nom, plus jolie qu'elle n'a jamais
. dit, en riant toujours :
« Je te demande pardon, maman, mais c'est plus fort que moi! » Puis elle sort de sa cachette et vient gentiment se mettre à genoux devant la colonelle courroucée. « Si tu restais à dîner
avec nous, maman?... Il y a encore des écrevisses et tu les adores!... »
On s'explique en deux mots; la colonelle se laisse fléchir tout en maugréant, et Ton entend jusque dans Tavenue de TOpéra une voix terrible, celle du général, qui claironne :
« Garçon, deux couverts!... »
Mme de Laumière revint à Fontainebleau, ce soir-là, par le train d'onze heures, seule avec le général. Elle avait bien offert à sa fille de la ramener; mais Alfred jeta sur sa femme un regard singulier, dont il eût été difficile de dire s'il contenait plus de supplications ou plus de promesses, et Rose se rappela tout à coup un rendez-vous donné à sa couturière pour le lendemain matin, de si bonne heure qu'elle était bien forcée de rester à Paris. Je vous laisse à penser si la colonelle se gêna pour dire au général — qui d'ailleurs ronflait dans un coin du wagon — ce qu'elle pensait de l'inconvenance d'une pareille conduite.
Six mois après , Mme de Laumiëre était un jour assise auprès de sa fille. A demi couchée sur une chaise longue, Mme de Rivalz coiffait son poing d'un petit bonnet qu'elle venait de tricoter et qu'elle admirait avec une joie mêlée d'attendrissement, en songeant à la chère tête qui bientôt allait le remplir.
« Tu vois bien, tout de même, maman, dit tout à coup la petite femme, comme tu calomniais ce pauvre Alfred?
— Oh ! — grogna la belle-mère d'un air peu convaincu, — sans les écrevisses!... »
A mon ami Albert Delpit.
La première fois que je le vis, ce fut un soir cFété, à la brune. Le soleil venait de se coucher, laissant à Thorizon le flamboiement d'un immense incendie. Comme je passais au long d'un champ de luzerne, j'aperçus à quelques pas devant moi quelque chose d'étrange et de formidable. C'était un homme très grand et très maigre qui fauchait, seul, dans la campagne déserte. Avait-il les jambes de longueur inégale, ou bien quelque ankylose nouait-elle Tun de ses genoux, je ne pus m'en rendre compte à ce moment. Mais ce que je vis nettement, c'est que son buste, arc-bouté sur deux jambes torses , s'élevait puis s'abaissait
alternativement, selon qu'il portait Tun ou Tautre pied en avant. A chaque pas, il s'arrêtait pour lancer un large coup de faux; puis, de courte et d'écrasée qu'elle était alors, sa silhouette osseuse se faisait longue, démesurément longue, émergeait au-dessus du champ, si grêle, si anguleuse, qu'on eût dit un squelette gigantesque se détachant en noir, avec un déhanchement hideux, sur l'écran rouge du couchant.
« Tiens, dit le médecin du village, qui d'aventure passait près de moi, sa tournée finie, tiens, vous regardez ce bancroche de père Jacques!... Quand je pense qu'il fauche encore à cette heure, le vieux brigand!... Hé, père Jacques, on ne rentre donc pas manger la soupe, ce soir? »
A cet appel, l'homme, se retournant vers nous, redressa lentement son grand corps disloqué et resta un moment immobile, appuyé sur sa faux, dont il avait planté le manche en terre; sans répondre, il nous montra d'un geste circulaire tout un morceau de pré qu'il
'^It encore à faucher. Et, soudain, passa I mon esprit avec une netteté surprenante
le souvenir d'une fresque que j'avais vue autrefois dans un vieux cloître, d'une fresque sur fond rouge où la Mort, d'un geste semblable à celui de ce faucheur, donne le signal du branle aux figurants de la danse macabre.
Tandis que nous rentrions au village, je fis causer le docteur et voici ce que j'appris sur le père Jacques. Bien des années auparavant, cet homme était venu s'établir dans le pays, arrivant on ne sait d'où. Était-il juif ou chrétien, protestant ou catholique, Français ou étranger, on l'ignorait. Quelques-uns le croyaient « bohémien », parce qu'on se souvenait de l'avoir vu, jadis, tresser des paniers en osier sur le bord des chemins. En dépit de sa claudication, il était propre à tous les métiers, aussi bien à ceux qui exigent de l'adresse qu'à ceux pour lesquels il faut seulement de la vigueur : ce qui, joint à certaines expressions, à des jurons de matelot dont il se servait quelquefois, donnait à penser qu'il avait été marin, dans le temps, ou bien encore forçat, là-bas, à Cayenne. Sa réputation était déplorable. On l'accusait de ne croire ni à Dieu ni à diable, de vivre comme un païen,
sans mettre jamais les pieds à Téglise, de ricaner méchamment quand il passait auprès de ce pauvre saint homme de curé et de faire : « Couah! couah! » du plus loin qu'il l'apercevait dans les champs. Comme les paysans de ce coin de France ne sont pas encore faits aux façons des villes, beaucoup trouvaient mauvais que ce grand sacripant tournât en dérision le vieux prêtre qui depuis deux générations donnait aux nouveau-nés la douce bienvenue du baptême, et aux moribonds le consolant adieu de Textrême-onction. D'ailleurs, le père Jacques était encore plus craint que haï. L'ignorance où l'on était de son passé, la force surhumaine de ses grandes mains maigres (dont il avait un jour saisi par les cornes et renversé sans effort une vache furieuse), sa brutalité, sa laideur grotesque et terrible tout ensemble, la malice et la luxure qu'on voyait pétiller dans ses petits yeux sanglants, tout était réuni pour faire de cet horrible homme l'objet d'une sorte de terreur superstitieuse. Hardi et lascif comme un bouc, il mettait en fuite les jeunes filles, quand, allant aux mûres ou aux noisettes, elles
voyaient tout à coup sa face velue surgir audessus des buissons.
« Du reste, ajouta le docteur, s'il faut en croire ce qu'on dit de sa vie privée, ce vieux satyre... »
La demie de sept heures sonnait au même instant,
« Ah! sapristi, s'écria le docteur en s'interrompant brusquement, déjà la demie... Je me sauve... Je vous conterai le reste une autre fois . . . Bonsoir ! . . . »
Et il s'éloigna à grands pas.
A quelque temps de là, j'eus besoin d'un ouvrier pour un travail à faire dans mon puits. Le puits était profond; plusieurs hommes qu'on m'envoya déclarèrent, après l'avoir examiné, qu'ils n'osaient se risquer à y descendre.
(( Il n y a que le père Jacques d'assez hardi pour cet ouvrage-là, » dit l'un d'eux. Et il ajouta , d'un air qui me parut singulier :
« D'ailleurs, les puits, ça doit le connaître...
— Pour sûr! » fit un autre à mi-voix.
Ils ne voulurent ni l'un ni l'autre s'expliquer davantage. Et comme j'exprimais des doutes sur la possibilité pour lui, vu son âge et son infirmité, d'exécuter un pareil travail, l'un des hommes, haussant les épaules, me répondit :
« On voit bien que vous ne le connaissez pas... Il a beau avoir une jambe plus longue que l'autre, il grimperait aux murs comme un mille-pattes, ce grand faucheux-là! »
Le lendemain, je me rendis chez le père Jacques. Il habitait une masure sordide, isolée de toutes les autres maisons, à deux pas du cimetière, dont il était le fossoyeur. En approchant, je vis, tricotant debout sur le seuil, une grande fille rousse, à Tair audacieux, dont le visage, criblé de taches de rousseur, n'était pas dépourvu d'une sorte de beauté bestiale. Par la porte ouverte j'aperçus, accroupie dans un coin, vêtue de loques immondes, une femme dont les cheveux, rudes à l'œil comme des poils de bique, pendaient en longues mèches sur son cou déformé par un goitre. Cet être hideux poussait, par moments, une sorte de gloussement, puis ouvrait
une bouche édentée pour rire sans fin, d'un rire silencieux d'idiote, qui faisait mal à voir. Des bottes d'oignons pendaient au plafond, un corbeau privé sautillait sur le plancher, crevassé par endroits. Au milieu de la pièce, garnie de meubles misérables, un grand garçon roux, sec comme un sarment et velu comme un ours, mangeait, les bras nus, une écuellée de soupe sur une table boiteuse.
« Le père Jacques! dis-je à la fille.
— Que que vous lui voulez? répondit-elle en me dévisageant de ses grands yeux de chèvre, fendus en amande.
— Lui parler pour un ouvrage.
— Y est pas...
— C'est dommage... J'aurais voulu le voir...
— Sais-tu où qu'est le père, Jean? » fit-elle en se retournant vers l'homme qui mangeait.
J'appris ainsi que le père Jacques avait une famille, et je compris que je me trouvais en présence de ses enfants et de sa femme.
« Y creuse une fosse, » répondit Jean à la question de sa sœur. Et l'idiote s'étant mise à grogner, il lui jeta, pour la faire taire, une croûte de pain qu'elle saisit avidement
avec de petits jappements joyeux qui secouaient son goitre .
« Pouvez-vous me conduire auprès de lui? »
demandai-je à la fille. Sans répondre, elle se mit à marcher devant moi. Je remarquai alors qu'elle portait aux oreilles des boucles d'or ou d'argent doré. Un peigne d'écaillé était piqué dans son chignon, formé de deux.
grosses torsades d'un blond ardent. Un caraco à peine boutonné , mais dont la coupe et l'étoffe annonçaient une certaine recherche, dessinait les contours fermes de sa gorge.
Elle avait aux pieds des souliers, au lieu de sabots remplis de paille, comme son frère.
Tout, enfin, dans la mise de cette robuste gaillarde , contrastait avec l'air d'indigence du taudis que je venais d'entrevoir.
« Vous habitez là avec votre père et votre frère? » dis -je après avoir fait quelques pas.
Elle me jeta un regard perçant et, sur un ton de défi :
« Pourquoi donc pas ? » répondit-elle sèchement.
Je ne répliquai point : une idée horrible,
dont j'eus honte , venait de traverser soudain mon esprit.
Elle poussa du pied, car elle avait continué de tricoter en marchant, la porte noire surmontée d'une croix, et nous nous trouvâmes dans le cimetière.
« Hél p'pa! » cria-t-elle d'une voix forte.
A quelques pas de moi, je vis poindre au ras du sol, par-des»us un amas de terre fraîchement remuée, la tête aux oreilles pointues d'aegipan, la tête aux yeux de loup du père Jacques.
<( Quoi qu'y a, fifille? »
Et je crus remarquer que sa voix rude cherchait des inflexions caressantes pour parler à cette faunesse. Puis, s'aidant des mains, des coudes et des genoux, contractant et ramassant son long corps noueux, les cheveux, les sourcils et la barbe pleins de terre, sale, maculé de glaise, plus épouvantable à voir de près que le soir où je l'avais aperçu pour la première fois fauchant au crépuscule, le père Jacques se hissa hors de la fosse, avec les mouvements obliques d'un énorme crabe sortant du fond d'un trou.
« Eh Lien! cest fait, dis-je en rentrant chez moi à la mère Françoise (une femme du pays qui fait ma cuisine et mon ménage), le père Jacques viendra demain pour le puits...
Ça n'a pas été sans peine... Il ne voulait pas, d'abord, ni pour cinq francs ni pour dix; c'est sa fille qui Ta décidé... A propos, mère Françoise, ça n'a pas Tair de grand'chose de bon, cette fille-là, n'est-ce pas?
— Comment, dit-elle^ surprise, vous ne savez pas?... Depuis trois ans que vous venez chasser à Villedeuil!... C'est-y Dieu possible qu'on ne sache pas des choses pareilles!.., w
Et la bonne femme se mit à me raconter tout d'un trait ce que j'avais déjà deviné en partie : la mère, une pauvre créature à moitié folle, ramassée on ne sait où et rendue tout à fait idiote à force de mauvais traitements; le père, assouvissant sur sa fille, à peine sortie de l'enfance, une abominable passion; le fils, témoin de ces horreurs et dompté d'abord par la crainte, puis brûlant à son tour des mêmes
ardeurs incestueuses; une jalousie furieuse s'emparant de ces monstres, les jetant Tun contre l'autre comme des cerfs en rut ; des cris, des blasphèmes épouvantables, des bruits de meubles brisés, des hurlements de fauves, sortant parfois la nuit de cette maison maudite; la Margot, maîtresse de Tun, maîtresse peutêtre aussi de Tautre, se parant des cadeaux de tous les deux, vivant depuis dix ans sans remords au milieu de ces exécrables amours, régnant en souveraine sur les deux hommes dans ce repaire d'inceste et de luxure...
Ces révélations m'avaient inspiré un tel dégoût, que je fus sur le point de mettre à la porte le vieux scélérat quand il arriva le lendemain matin, à l'heure dite. Mais il s'agissait d'une réparation urgente; je devais sous peu rentrer à Paris... Je conduisis le père Jacques au bout du potager et, lui montrant le puits :
M Voilà, lui dis-je.
— Ah ! » fit-il seulement.
Et il regarda le puits, sans approcher, avec une sorte de défiance.
« Vous voyez que tout est bien solide et qu'il
n'y a pas de danger. »
3â:2 LE PÈRE JACQUES
En mftnie temps, afin de le rassurer, je lui fis toucher la corde neuve terminée par une large sangle formant une sorte d'étrier, qu'on allait lui passer sous les cuisses; je fis remarquer la solidité de la poulie suspendue à trois arcs-boutants de fer.
« A nous six, dis-je, en montrant les hommes que j'avais fait venir, nous vous descendrons et vous remonterons comme une plume. »
Il m'écoutait à peine et demanda brusquement :
« C/est-y ben creux?
— Vingt-cinq mètres à peu près...
— C*est-y ben noir dans le fond?
— Dame, regardez vous-même... »
Il s'approcha de l'ouverture, se pencha une seconde et se rejetant vivement en arrière, dit d'une voix sourde :
« J'peux point... J'peux point!
— Voyons, père Jacques, fis-je, impatienté, vingt francs au lieu de dix ! »
Et je lui montrai un louis. Il parut évaluer, par un calcul rapide, la somme de jouissances que représentait pour lui cette pièce d'or, et, la cupidité l'emportant sur la crainte :
(( Allons, dit-il, faut y aller! »
Crachant dans ses mains, il les frotta Tune contre l'autre et empoigna la corde d'un air résolu. Nous lui fîmes passer les jambes dans la sangle, nous l'attachâmes solidement, et mes hommes commencèrent à le descendre.
Penché sur la margelle, je le regardais s'enfoncer lentement dans le vide. Avec la lanterne dont je l'avais muni, il explorait les parois de meulière, car il s'agissait de découvrir une crevasse qui s'était produite depuis peu et qui pouvait, à la longue, déterminer quelque grave éboulement. On avait déjà filé une vingtaine de mètres de corde; la lueur de la lanterne devenait tout à fait pâle à cette profondeur et dans cette ombre opaque; je n'apercevais plus le père Jacques que comme une grosse araignée se balançant au bout de son fil, lorsque, m'étant redressé pour donner un ordre, je vis tout à coup la corde osciller comme si des secousses violentes lui eussent été imprimées d'en bas. En même temps, un cri sourd, étouffé, paraissant venir de si loin qu'on eût dit que la voix désespérée qui le poussait sortait des entrailles mêmes de la terre, un cri
d'épouvante et de folie montait jusqu'à nous, si effrayant à entendre que nous sentîmes tous pâlir nos visages et flageoler nos genoux. Je me penchai vivement et je ne vis rien : rien que rénorme trou noir qui me jeta à la face son haleine de gouffre, une bouffée d'air humide et froid. La corde oscillait toujours, et toujours montait ce cri, ce cri d'agonie, rauque, étranglé, caverneux, comme le mugissement d'un bœuf à l'abattoir.
« Tirez, mais tirez donc! » ordonnai-je à mes hommes, et je me mis à haler de toutes mes forces avec eux. La corde remonta rapidement; les vibrations cessèrent ainsi que l'horrible cri, et, après quelques secondes, nous vîmes paraître au niveau de la margelle la tête du père Jacques. De grosses gouttes de sueur coulaient sur son front; il avait la face livide et décomposée; ses yeux s'ouvraient démesurément, hagards comme ceux d'un homme en démence; un tremblement nerveux agitait tout son corps; Tune de ses mains se cramponnait à la corde; il avait porté l'autre à sa bouche et, d'un mouvement convulsîf, mordait le bout de ses doigts crispés. Nous
le détachâmes et nous l'assîmes à terre, d'abord contre le mur de la margelle, puis contre un arbre, car il nous fit signe qu'il ne voulait pas rester auprès du puits :
« Eh bienl père Jacques, qu'est-ce qu'il y a donc eu? » lui demandai-je.
Il ne répondit pas à ma question. Croyant qu'il ne m'avait pas entendu, je la lui adressai de nouveau, à voix plus forte :
« A boire! » dit-il seulement.
Je lui tendis une bouteille d'eau-de-vie et un verre. Il prit la bouteille et y but à même, d'un seul trait, la valeur d'un demi-litre; puis il fit claquer sa langue en disant :
« Ça réchauffe, ça! »
Ensuite, il se passa sur le front son bras tatoué de signes bizarres, boutonna la manche de sa chemise, remit sa blouse qu'il avait ôtée pour descendre dans le puits, et promena autour de lui le regard d'un homme qui sort d'un cauchemar :
« Allons! ça va mieux, père Jacques; mais que diable est-ce que vous avez eu à crier comme ça?
— J*ai donc ben crié, alors?
— Mais oui... Vous avez eu une fière peur, hein?
— J'peux pas dire non...
— Peur de quoi?
— J'étions point sûr de la corde... »
Je ne fus pas seul à trouver cette explication médiocrement plausible, car je vis un des hommes hausser les épaules en l'entendant et chuchoter avec ses camarades. Alors le père Jacques se leva, ramassa le bâton noueux qui ne le quittait jamais et, marchant vers le groupe de son pas inégal et sautillant, leur dit d'une voix menaçante :
« Eh ben! quoi, tas de feignants, que que vous avez tous à me reluquer?... J'suis-t'y point à vot goût? »
Ils reculèrent en se bousculant, comme des moutons devant le chien, et firent mine de se diriger vers la porte.
« Voyons, Firmin, dis-je à celui qui m'avait paru le plus entreprenant, voulez-vous vous charger de Touvrage, vous?
— Merci ben, m'sieu, ni pour or ni pour argent... »
Et, baissant la voix :
« Il y revient, dans vorpuits, m'sieu, demandez au père Jacques ! »
Le soir même, j'avais le docteur à dîner.
« A propos, lui dis-je, je sais à quoi m'en tenir sur la vie privée du père Jacques.
— Ah! vous êtes au courant... Comme spécimen de mœurs villageoises, c'est assez réussi, n'est-ce pas? Mais ce n'est pas tout... J'ai oublié de vous dire qu'il avait été, dans le temps, soupçonné d'un assassinat... Les preuves manquaient, et c'est un autre qui a eu le cou coupé...
— Un assassinat!., dis-je, en proie à une soudaine et violente émotion.
— Oh! c'est déjà de l'histoire ancienne...
Il y a vingt ans au moins... une petite sœur des pauvres qu'on a trouvée, étranglée et violée, dans un puits...
— Ah! m'écriai-je, le misérable!... »
Cette nuit-là, je ne dormis pas. Un cauchemar épouvantable hantait ma pensée. Que j'ouvrisse ou que je fermasse les paupières, je voyais, je voyais toujours le père Jacques pendu au bout de la corde à soixante pieds sous terre, et se débattant dans ces ténèbres
•OL JH