X DÉDICACE
que tu étais avant la première atteinte du mal cruel qui t'a couché dans la tombe ; et te voilà encore, portant sur ton visage amaigri ce je ne sais quel stigmate que la mort met au front de ceux qu'elle a choisis pour les emporter avant l'heure. Ce feuillet de papier, dans un cadre de bois noir, c'est l'héroïque billet que tu écrivais, après Wissembourg, à notre père : « ... Je crois m'être assez bien comporté. Dis à George que j'en ai descendu au moins une dizaine... » Au-dessous, j'ai mis la médaille militaire, qu'on t'a donnée parce que tu t'étais, en effet, « assez bien comporté » ce jour-là. Sois tranquille : si l'on se bat de nouveau, ta place ne restera pas vide ! Ceci, c'est ta photographie, en turco. Comme il y a dix-sept ans que je l'emporte avec moi partout où je vais, elle a un peu pâli. Mais quelle flamme encore dans les yeux! C'est bien ainsi que tu devais être, les jours de combat, au miheu de la mitraille et des balles, ivre de la belle tuerie que tu faisais! Et tout ce qui m'entoure me parle de toi, au point qu'il me semble parfois